Date de publication:

(H)ermitage: topo

Mis en ligne: mai 2020

« Si le Créateur a jamais conçu un vignoble entre tous pour faire le vin, c’est évidemment celui d’Hermitage. »
Kemit Lynch ‘Mes aventures dans le vignoble de France’ 1988.

(H)ermitage s’écrit de façon formelle avec ou sans le ‘H’. Dans ce texte, nous écrivons généralement ‘Hermitage’.

 

CONTENU:
1 ⇒ Géographie/physionomie
1-A → Au sein de la région viticole du Rhône septentrional
1-B → Hermitage versus Crozes-Hermitage
1-C → Les ‘quartiers’ (crus)
1-D → Physiographie-géologie / trois secteurs
1-E → Pittoresques dans le paysage
1-F → Climat (mésoclimat) privilégié
2 ⇒ Géomorphologie/géologie
2-A → Géomorphologie: Hermitage, secteur ‘disjoint’ de l’AOC Saint-Joseph?!
2-B → Carte géo-pédologique
2-C → Aperçu de la géo-pédologie singulière du secteur Ouest / porte-drapeau ‘Les Bessards’
2-D → Aperçu de la géo-pédologie des secteursCentre-Ouest / port-drapeau ‘Le Méal‘ et Est / porte-drapeau ‘Les Murets’
2-E → Témoins de la géo-pédologie dans le paysage
2-F → La physiographie, aspect déterminant des grand terroirs du Rhône-Nord occidental
3 ⇒ Histoire
3-A → ‘Clips’ sur l’histoire émanant de Gambert de Loche et Bellet
3-B → Fragments d’histoire additionnels
3-C → L’éclipse du vignoble du Rhône-Nord entre 1880 et 1980
3-D → Hermitage: appellation précurseure en Rhône-Nord
4 ⇒ Décret d’appellation en bref
5 ⇒ Les vins
5-A Profils
5-B → Caractères des quartiers (crus)
5-C → Vins de crus ou d’assemblage
6 ⇒ Racines profondes
6-1 → Essaim de grandes maisons séculaires
6-2 → Maison Paul Jaboulet Aîné
6-3 → Maison M. Chapoutier
6-4 → Domaine Jean-Louis Chave
6-5 → Cave de Tain l’Hermitage
⇒ Bibliographie

Vue panoramique du vignoble d'(H)ermitage. Illustration tirée du ‘Cahier de gestion du site classé des coteaux de l’hermitage‘, produit en 2016.

⇒ Géographie/physionomie

1-A→ Au sein de la région viticole du Rhône septentrional

Une carte tirée du site http://www.vin-terre-net.com, que nous apprécions particulièrement pour la délimitation des départements. Sur la rive gauche du Rhône, dans le département de la Drôme, l’aire de Hermitage se situe à une quinzaine de kilomètres au Nord de Valence.
Il y a généralement, voire toujours, une ou plusieurs erreur(s) ou imprécision(s) dans les cartes du vignoble du Rhône-Nord. Sur celle-ci l’aire de Crozes-Hermitage est détachée en deux parties, de part et d’autre de celle d’Hermitage. Cette dernière est plutôt ceinturée par celle de Crozes-Hermitage, entre autres par le secteur en vignes éparses des ‘Coteaux des Pends’ sur les communes de Larnage et Mercurol; voir l’illustration suivante.
Soyons ‘tâtillonneux’. La carte ne montre pas que les aires de Condrieu et de Saint-Joseph se recoupent sur quatre communes, dans la partie méridionale de Condrieu, ou inversement dans la partie septentrionale de Saint-Joseph.


1-B→ Hermitage versus Crozes-Hermitage

Cliquez sur l’illustration pour la grossir. Le vignoble de l’AOC Hermitage surmonte immédiatement l’agglomération de Tain-l’Hermitage; une flèche indique la position de la commune de Tain-l’Hermitage sur l’illustration. Celle-ci montre que l’aire de Crozes-Hermitage, teinte en ocre, ceinture bel et bien celle d’Hermitage; les vignes de Crozes-Hermitage étant cependant éparses sur les ‘Coteaux des Pends’ (mentionné discrètement sur la carte) sur les communes de Larnage et Mercurol. L’illustration ci-haut montre le périmètre de l’aire de Hermitage, 160 hectares dont ±140 hectares de vignes, et sa proximité avec l’agglomération de Tain-l’Hermitage, laquelle a adjoint à son nom initial, Tain, celui du célèbre vignoble inscrit sur son territoire; Crozes-Hermitage ayant fait de même en 1920.
Le parcours du Rhône effectue un méandre, un coude, dans son segment entre Tain-l’Hermitage et Mauves (Mauves est indiqué sur la carte, sur la rive droite du Rhône, autrement dit à gauche du Rhône sur l’illustration). Du coup, le vignoble s’en trouve exposé très favorablement au Sud. Ce caractère physiographique explique en grande partie le fort potentiel du vignoble.

 

Le vignoble de Hermitage est aussi en contact, de façon infime, avec deux communes adjacentes à Tain-l’Hermitage: une annexe au Nord-Ouest sur la commune de Crozes-Hermitage − commune ‘porte-drapeau’ de l’AOC Crozes-Hermitage qui s’étend sur onze communes −  et un contact à l’Est sur Larnage, une autre des onze communes de Crozes.

 


1-C → Les ‘quartiers’ (crus)

Fernando Betata a produit de belles cartes des quartiers de l’Hermitage, que nous mettons ici en valeur. La première montre le vignoble en 3D. La deuxième se superpose sur le cadastre.
Superficie totale de 160 hectares, dont ±140 hectares de vignes comportant 288 parcelles cadastrales / 443 parcelles de vignes. La surface moyenne d’une parcelle de vignes est de 0,31 hectares. Trente-quatre (34) propriétaires exploitants, dont trois d’entre eux détiennent ensemble ±50% du vignoble: M. Chapoutier, Domaine Jean-Louis Chave et Paul Jaboulet Aîné.


1-D→ Physiographie-géologie / trois secteurs

La géologie est abordée ici de façon très succincte, que pour démarquer les secteurs. La section suivante ‘géomorphologie-géologie’ élabore ce sujet de façon plus complète.

En fond d’image, les périmètres colorés sont:
en bleu, vignes de la corne au Nord de l’aire Crozes-Hermitage;
en vert, sur l’autre rive, vignes discontinues de l’aire de Saint-Joseph sur la commune de Vion.

Traits généraux:
La boussole au haut à droite indique nettement que presque tout le vignoble d’Hermitage est exposé directement au Sud; seules les vignes sur les flancs de vallons entaillant le vignoble sont autrement exposées. Ainsi l’ensoleillement du vignoble s’étale sur toute la journée.
L’éperon formant la partie Ouest du vignoble appartient au Massif de Pierre-Aiguille.
D’Est en Ouest, le vignoble s’étire sur une distance de ±2300 mètres.
• Schématiquement, selon nos vues, le vignoble se présente en trois secteurs: La moitié Ouest du vignoble a une allure conique, un éperon impressionnant. Cette moitié comprend deux secteurs: secteur Ouest/ porte-drapeau ‘Les Bessards’ et secteur Centre-Ouest / porte-drapeau ‘Le Méal’. À la physionomie plus modeste, la moitié orientale du vignoble représente le secteur Est / porte-drapeau ‘Les Murets’.

En 3D depuis le site internet de la maison M. Chapoutier.

Le ravin des Greffieux divise les deux secteurs ‘Ouest’ et ‘Centre-Ouest’. Le secteur ‘Ouest’ est raviné en raison du caractère érodable de sa roche-mère, le Granite de Tournon, lequel lui est singulier. Un autre ravin important, au centre de l’aire, sépare les secteurs ‘Centre-Ouest’ et ‘Ouest’, ce dernier constituant la moitié orientale du vignoble. Illustration du bas extraite du ‘Grand atlas des vignobles de France’ de Benoit France (2000).

Secteur Ouest /
porte-drapeau ‘Les Bessards’
Le ravin des Greffieux divise les deux secteurs ‘Ouest’ et ‘Centre-Ouest’. Le secteur ‘Ouest’ est raviné en raison du caractère érodable de sa roche-mère, le Granite de Tournon, lequel lui est singulier.
Secteur Centre-Ouest/
porte-drapeau ‘Le Méal
Un autre ravin, au centre du vignoble, sépare les secteurs ‘Centre-Ouest’ et ‘Ouest’.
Secteur Est / porte-drapeau ‘Les Murets’
Il s’agit de la moitié orientale du vignoble.

Aperçu de la géologie de Hermitage (un segment à la suite couvre le thème de la géologie). Les trois secteurs du vignoble, décrit à la suite, se distingue par leur géologie et leur physiographie (et bien entendu leurs vins!).

Les trois secteurs du vignoble, décrits à la suite, se distinguent par leur géologie et leur physiographie (et bien entendu leurs vins!). Autres illustrations extraites du ‘Grand atlas des vignobles de France’ de Benoit France (2000).
La section suivante couvre la géopédologie du vignoble de façon plus complète.

Secteur Ouest/ porte-drapeau ‘Les Bessards’
Le fameux quartier ‘Les Bessards’, considérable, et le lieu de La Chapelle Saint-Christophe s’y trouvent, ainsi que le quartier ‘Les Grandes Vignes’ qui occupe la pointe supérieure.
Cette bande à l’extrémité occidentale du vignoble a une morphologie imposante produisant une impresssion de pyramide. La vigne s’y étend entre les niveaux ±120 mètres et ±320 mètres, soit un créneau altitudinal de 200 mètres. Le versant y est pentu, jusqu’à 35% de déclivité, et conséquemment aménagé en bonne partie en terrasses.
C’est le seul secteur du vignoble appuyé sur une roche-mère de ‘granite de Tournon’.

√ Secteur Centre-Ouest / porte-drapeau ‘Le Méal’:
Regroupement des quartiers réputés: L’Hermite (partie), Le Méal, Les Greffieux.
Comparativement au secteur ‘uest/ porte-drapeau ‘Les Bessards’, le dénivelé y est un peu plus restreint, soit de ±130 mètres, entre les niveaux ±120 mètres et ±250 mètres, la pente y demeure forte.
À son tour, ce secteur a une physiographie plus imposante que le secteur Est. Le resserrement des lignes de niveau sur le quartier Le Méal, montre que le versant  du secteur ‘Centre-Ouest’ est plus escarpé que le secteur voisin à l’Est.
Entièrement différente de celle du secteur ‘Ouest’, la géopédologie du ‘Centre-Ouest’ comprend schématiquement deux types de ‘formations superficielles’: alluvions fluvio-glaciaires et loess.

Secteur Est / porte-drapeau ‘Les Murets’:
La moitié Est compte plusieurs quartiers dont, parmi les plus connus, Les Beaumes, Les Rocoules, Les Diognières et Les Murets.
Le ‘gabarit’ de ce secteur est nettement moins imposant: un dénivelé de l’ordre de ±70 mètres, entre les altitudes ±125 mètres et ±195 mètres. La déclivité de la bande médiane − quartiers nommés ci-devant − est assez forte, entre 15% et 25%, tandis que les parties basse (pied de coteau) et haute (plateau) sont en pente faible.
La géo-pédologie du Est est assez semblable à celle du secteur ‘Centre-Ouest’, soit schématiquement deux types de ‘formations superficielles’: alluvions fluvio-glaciaires et loess.
Le caractère pentu de la bande médiane détermine des terroirs à l’ensoleillement plus intense et aussi bien ressuyés; les quartiers Les Rocoules et Les Murets sont d’ailleurs bien réputés.

Une autre illustration duCahier de gestion du site classé des coteaux de l’hermitage‘. Les lignes de niveau sont explicites quant à la morphologie des parties du vignoble: Sur le quartier ‘Ouest / porte-drapeau ‘Les Bessards’ (là ou est inscrit ‘Coteaux’ de ‘Coteaux de l’Hermitage), le nombre élevé de lignes de niveau et leur resserrement témoignent du caractère pentu et élevé, prééminent, du versant de l’endroit. Bien qu’il comporte un dénivelé moins fort et qu’il soit un peu moins pentu, celui du quartier ‘Centre-Ouest’ / porte-drapeau ‘Le Méal’ (où apparaissent les deux mention L’Hermitage’) n’en a pas moins un profil important. Le coteau du secteur ‘Est / porte-drapeau ‘Les Muruts’ (la mention ‘Maison Blanche’ est au centre de ce secteur) a une morphologie nettement plus atténuée que les deux autres secteurs. 


1-E → Pittoresques dans le paysage

Vue de la partie Ouest de l’Hermitage depuis la belle place de Tauroboule au coeur de Tain-l’Hermitage. Autre vue de la demie Ouest du vignoble, celle-ci depuis la gare de Tain-l’Hermitage.

 

Terrasses en escalier dans le quartier Les Grandes Vignes, la partie la plus pentue de l’Hermitage.

Des bâtiments étonnants au sein du vignoble. Extrait de Cahier de gestion du site classé des coteaux de l’Hermitage, 2016

« L’impact des murs-enseignes est très important et s’ils font partie de l’histoire du site, ils n’ont pas de valeur patrimoniale. »Cahier de gestion du site classé des coteaux de l’hermitage, 2016


1-F→ Climat (mésoclimat) privilégié

Le climat du milieu est de type continental, avec une influence méditerranéenne; cet autre type de climat ayant Valence pour limite septentrionale, laquelle ville est située à une quinzaine de kilomètres à vol d’oiseau au Sud de Tain.
Ayant coulé dans un axe Nord-Sud jusqu’à Tournon/Tain l’Hermitage, le Rhône tourne à ce point nettement vers l’Ouest, du coup le massif d’Hermitage devient un bouclier protégeant de la ‘bise’, le courant d’air froid circulant dans le vallée du Rhône. Cet écran à la ‘bise’ et son exposition idéale au Sud créent un mésoclimat extrêmement favorable, unique. ‘Château-Grillet’ a une situation privilégiée comparable, il n’est donc pas étonnant que ce vignoble constitue une AOC distincte alors qu’il est enchâssé dans l’aire de Condrieu.



2 ⇒ Géomorphologie/géologie

2-A → Géomorphologie: Hermitage, secteur ‘disjoint’ de l’AOC Saint-Joseph?!

Le périmètre coloré en maron correspond à l’aire de l’AOC Hermitage. Les périmètres colorés en vert sont de vignes discontinues de l’AOC Saint-Joseph sur la rive occidentale du Rhône. Ceux en bleu appartiennent à la corne au Nord de l’AOC Crozes-Hermiatage. Le secteur principal de Crozes-Hermitage, les ‘Châssis’, s’insère dans le puzzle de parcelles au Sud de Tain-l’Hermitage.
En Rhône-Nord, le fleuve longe la bordure orientale du Massif Central, tel que le montre l’illustration à la suite. Sur la rive droite, les vignobles des appellations successives Côte Rôtie, Condrieu, Château-Grillet, Saint-Joseph et Cornas occupent des échancrures de cette bordure du Massif. Sur l’illustration ci-haut des vignes de Saint-Joseph sont accrochées de façon discontinue à la bordure du Massif.
Entre Serves-sur-Rhône − sur la rive gauche, commune la plus septentrionale de l’AOC Crozes-Hermitage, signalée sur l’illustration − et Tain-l’Hermitage, commune hôtesse de l’AOC Hermitage, le Rhône incise de façon impromptue le Massif central plutôt que de continuer à longer sa bordure! Un îlot du Massif, comprenant la pointe Nord du vignoble de Crozes-Hermitage − sur les communes de Crozes-Hermitage, Gervans, Larnage, Erome et Serves-sur-Rhône − et la partie Ouest du vignoble d’Hermitage, s’en trouve détaché, constituant du coup un ‘migrant’ sur la rive gauche du Rhône (voir l’illustration immédiatement à la suite).

Le substrat des vignobles ‘migrants’ du petit secteur au Nord de Crozes-Hermitage et du secteur Ouest d’Hermitage est ainsi formé du même type roche cristalline, le ‘granite de Tournon’, que celui du segment de l’AOC Saint-Joseph vis-à-vis sur l’autre rive. Le terroir d’Hermitage est noble, tant l’est celui de Tournon, secteur prééminent de la longiligne AOC (sur 65 km) de Saint-Joseph. La distinction majeure entre les vignobles d’Hermitage et de Tournon de l’AOC Saint-Joseph est l’insolation; soit une exposition dans un spectre de l’Est au Sud-Est pour les vignes en Saint-Joseph sur Tournon, versus plein Sud pour le vignoble d’Hermitage, ce qui confère incontestablement un ‘avantage comparé’ à ce dernier. « Un véritable miroir solaire. Si le Créateur a jamais conçu un vignoble entre tous pour faire le vin, c’est évidemment celui d’Hermitage. » Kemit Lynch ‘Mes aventures dans le vignoble de France (1988).
Sans l’incision ‘impromptue’ du Rhône, Hermitage serait-il aujourd’hui un super secteur de Saint-Joseph?!

 

Complément sur le phénomène: « Il (le Rhône) ne s’est pas contenté de suivre la limite géologique du Massif Central. On peut se demander pour quelle raison le Rhône s’est compliqué la vie en allant s’installer momentanément dans les roches dures du socle L’événement se produit au Quaternaire alors qu’un changement brutal du niveau de la mer a provoqué un encaissement du fleuve. Ce phénomène par lequel un cours d’eau n’est pas guidé par les structures géologiques s’appelle l’épigénie. Le défilé de Saint-Valier à Tain correspond donc à un tronçon de vallée ‘épigénique’ du Rhône. »
Étude géologique de l’aire de l’appellation Crozes-Hermitage’ Société d’études de sols et de terroirs
Sigales.
Le géologue P. Georges (1941) a appelé le phénomène ‘la trouée héroïque du Rhône’.
Illustration tirée de ‘Les terroirs du vin’ de Jacques Fanet (2001). (Le trait noir est sans intérêt à notre propos.)

 

 


2-B → Carte géo-pédologique

Carte géo-pédologique de l’Hermitage produite par Pierre Mandier, professeur de géomorphologie de l’Université Lumière de Lyon 2, pour le Syndicat des propriétaires des producteurs de l’Hermitage.

Le type géo-pédologique ‘granite porphyroïde de Tournon’ est limité au secteur ‘Ouest/porte-drapeau ‘Les Bessards’,  à gauche sur l’illustration; description ici-bas, sous 2-C.

Le type géo-pédologique ‘terrasses fluviales‘ s’observe sur les secteurs ‘Centre-Ouest/porte-drapeau Le Méal’ et ‘Est/porte-drapeau Les Murets’, sauf en position supérieure, en plateau; description sous 2-D.

Le type ‘Loess‘, s’observe en position supérieure, sur les plateaux des secteurs ‘Centre-Ouest/porte-drapeau Le Méal’ et ‘Est/porte-drapeau Les Murets’; description aussi sous 2-D.

Source: ‘Les terroirs du vin’ de Jacques Fanet (2001).

 

 


2-C → Aperçu de la géo-pédologie singulière du secteur Ouest / porte-drapeau ‘Les Bessards’

L’illustration du dessus est un extrait de la carte géologique du BRGM couvrant Tain-L’Hermitage et ses environs. Les parties colorées en ocre ont pour roche-mère du ‘granite de Tournon’.
La partie immédiatement au dessus de l’inscription ‘Tain L’Hermitage’ correspond au ‘secteur Ouest / porte-drapeau Les Bessards’.
En plus de sa géologie singulière de granite de Tournon, cette bande occidentale de l’Hermitage a une physiographie impressionnante: dénivelé de  ±200 mètres du versant de vignes et forte déclivité, jusqu’à 35%.
Le socle de granite de Tournon et sa physiographie distinctive sont des éléments majeurs de la prééminence du secteur des Bessards.

Géologie du secteur ‘Ouest/porte-drapeau ‘Les Bessards’: Cette  partie occidentale de l’aire de Hermitage, s’appuie sur une roche-mère de granite, le ‘granite de Tournon’, dont la composition minérale comprend: ± un tiers de quartz; ± un tiers d’orthose (famille des feldspath potassiques) et d’oligoclase (famille des feldspath plagioclase); et ± un tiers de biotite (mica noir); quartz, feldspath et mica étant les trois minéraux associés au granite. Le granite de Tournon se constate également sur la section de Saint-Joseph vis-à-vis sur l’autre rive, à Tournon-sur-Rhône et Mauves.

Pédologie du secteur: Nommé ‘arène’, ou ‘gore’, l’horizon de sol en surface est sableux-graveleux; il s’agit du stade définitif de la désagrégation du granite. S’insère un horizon intermédiaire, nommé ‘saprolite’, entre le substratum rocheux et l’arène; horizon où le granite devient poreux et friable tout en conservant sa cohésion, et prenant une teinte plus foncée. L’épaisseur du saprolite est variable, souvent de 50 à 80 cm. Celui-ci accumule l’eau et en restitue graduellement l’excès.
La ‘physiologie’ du saprolite explique que les milieux granitiques sont de bons terroirs: brièvement, la rétention d’eau est adéquate en position de coteau, mais plus que tout, deux des trois minéraux composant le granite, le feldspath et le mica − rappel: le quartz étant le troisième minéral du granite − produisent de l’argile en s’hydrolysant (lire ‘Granite vs ‘saprolite’ vs ‘arène’ immédiatement à la suite).
Les racines des vignes se ramifient jusqu’à ±1,5 mètre en profondeur en traversant l’horizon ‘d’arène’ et se ramifiant dans celui du ‘saprolite’.

Granite vs ‘saprolite’ vs ‘arène’: « Le granite (et les roches métamorphiques associées au granite, comme le micaschiste de Côte Rôtie) est une roche très sensible à l’altération (désagrégation), car le feldspath et le mica, qui le composent avec le quartz, y sont facilement désorganisés. Les radicelles (des racines) extraient des éléments chimiques: le feldspath donne surtout du potassium, du calcium et du sodium; le mica donne du fer, du magnésium et du potassium. Une fois que ce réseau minéral est appauvri (dégradé), l’échafaudage du silicate d’aluminium s’effondre; silice et alumine se recombinent pour donner des argiles. Et là, tout est gagné en matière de terroir. » Propos de Georges Truc, ‘oenogéologue’ (il se qualifie judicieusement ainsi) en 2015  à la revue Le Rouge et le Blanc (no117)

Représentation du granite, ‘saprolite’ et ‘arène’ par François Michel, géologue.


2-D → Aperçu de la géo-pédologie des secteurs ‘Centre-Ouest / porte-drapeau ‘Le Méal‘ et Est / porte-drapeau ‘Les Murets’ (en quatre volets)

√ Premier volet: Géo-pédologie assez similaire des deux secteurs / morphologies distinctes

Géologie secteur ‘Centre-Ouest’ Géologie secteur ‘Ouest’ Les deux secteurs comportent une géo-pédologie assez similaire, tel qu’en témoignent les jeux de couleurs. Cependant
Voir la section 2-B pour la légende.
Secteur ‘Centre-Ouest’:
Le profil est celui de l’axe du trait rouge qui longe le versant du secteur ‘Centre-Ouest’.
Dénivelé de ±120/130 mètres, entre les altitudes ±120 m et 240/250 mètres
√ Pente constante de ±25/30%.
Cliquez sur les images pour les grossir.
 Secteur ‘Ouest’:
Le profil est celui de l’axe du trait rouge qui longe le versant sur secteur ‘Ouest’.
Dénivelé de ±70 mètres
√ Pente faible sur les plateaux et en pied de coteau.
√ Pente forte de ±30% dans la partie médiane du versant de vignes.
Cependant les morphologies des deux secteurs sont bien différentes.
Le secteur ‘Centre-Ouest/porte-drapeau ‘Le Méal’ a un dénivelé supérieur de ±50 mètres à celui du secteur ‘Est’, aussi une pente continue plus accentuée.
Tandis que la pente est forte et constante dans le secteur ‘Centre-Ouest/porte-drapeau ‘Le Méal’, celle du secteur ‘Ouest’ est faible dans ses parties hautes (plateau) et basses (pied de coteau), et assez forte dans la partie médiane où se logent les réputés quartiers Les Rocoules et Les Murets. 

À nouveau. Issue du ‘Cahier de gestion du site classé des coteaux de l’hermitage‘. Les lignes de niveau sont explicites quant à la morphologie des parties du vignoble: Sur le quartier ‘Ouest / porte-drapeau ‘Les Bessards’ (là ou est inscrit ‘Coteaux’ de ‘Coteaux de l’Hermitage), le nombre élevé de lignes de niveau et leur resserrement témoignent du caractère pentu et élevé, prééminent, du versant de l’endroit. Bien qu’il comporte un dénivelé moins fort et qu’il soit un peu moins pentu, celui du quartier ‘Centre-Ouest’ / porte-drapeau ‘Le Méal’ (où apparaissent les deux mention L’Hermitage’) n’en a pas moins un profil important. Le coteau du secteur ‘Est / porte-drapeau ‘Les Muruts’ (la mention ‘Maison Blanche’ est au centre de ce secteur) a une morphologie nettement plus atténuée que les deux autres secteurs. 

√ Deuxième volet: Un substrat rocheux qui n’est pas le ‘matériau parental’ (roche-mère)
Le substratum, le socle rocheux du sous-sol, des secteurs ‘Centre-Ouest’ et ‘Est’ est constitué de Marnes du Pliocène. Ce substrat est cependant recouvert de masses de matériaux exogènes, des alluvions fluvio-glaciaires sur les versants et des loess en position de plateau. Ces deux types de dépôts correspondent à des ‘formations superficielles’, lesquelles forment alors en leurs lieux respectifs le ‘matériau parental’; parental car le sol est issu de l’altération de celles-ci.

√ Troisième volet, partie 1/2: ‘Formation superficielle’: terrasses de dépôts fluviaux-glaciaires: génèse (partie 2/2 à la suite à la suite: schématisation)
Des dépôts alluvionnaires, d’origine fluvio-glacaires − surtout des galets, variés de plusieurs types de roches − constituent l’aspect dominant de la géo-pédologie des secteurs ‘Centre-Est’ et ‘Est’;

Explication: Dans le Sud de la France, comme en maints autres endroits, les stades de dégel des époques de glaciation − glaciations Günz (- 900.000 ans), Mindel (- 400.000 ans), Riss (- 180.000 à – 100.000 ans) et, la plus ‘récente’, Würm (- 70.000 à – 20.000 ans) − ont donné lieu à des phénomènes d’alluvionnements remarquables. Lors de ces stades, l’Isère, affluent majeur du Rhône qui prend sa source dans les Alpes et traverse entre autres le Massif du Vercors, a charrié dans ses torrents d’eau de fonte des masses de matériaux rocheux arrachés des socles aux glaciers alpins. Gigantesques, les quantités de matériaux transportés se sont épandus, tel un delta, à la confluence du Rhône. Étant donné l’envergure d’alors de l’Isère, ampleur du lit et débit, les matériaux alluvionnaires délestés atteignirent et recouvrirent notamment les versant des secteurs ‘Centre-Ouest’ et ‘Est’ de l’Hermitage − ces versants constituèrent des parois aux épandages de dépôts alluvionnaires − , recouvrant du coup le substratum de marnes du Pliocène de ces secteurs. Les dépôts fluvio-glaciaires ont créé des terrasses en escalier − rappel: à chaque phase de dégel a correspondu un charriage/épandage de dépôts fluvio-glaciaires; la plus récente évacuant les agglomérations d’alluvions de la précédente −.
Les terrasses les plus anciennes sont les plus hautes, jusqu’à l’altitude de ±250 mètres, tandis que les terrasses les plus récentes sont les plus proches de l’actuelle vallée du Rhône, la plus basse se situant à l’altitude de ± 125 mètres. Les versants des secteurs ‘Centre-Ouest’ et ‘Est’ s’inscrivent totalement dans ce créneau altitudinal de ±125 à ±250 mètres, recouverts de dépôts fluvio-glaciaires.

Illustration de gauche (extraite de l’Étude géo-pédologique de l’aire de Crozes-Hermitage, produite par SIGALES): Les quatre époques les plus récentes de glaciation sont celles de Günz (- 900.000 ans), Mindel (- 400.000 ans), Riss (- 180.000 à – 100.000 ans) et, la plus ‘récente’, Würm (- 70.000 à – 20.000 ans). À chaque phase de dégel a correspondu un charriage/épandage de dépôts fluvio-glaciaires; la plus récente évacuant les agglomérations d’alluvions de la précédente; les rebords latéraux des épandages sont demeurés ‘émergés’ et ont formé un ‘escalier’ de terrasses.
Illustration de droite: agglomération de galets de divers types, sables et argiles formant des dépôts fluvio-glaciaires.

√ Troisième volet, partie 2/2: ‘Formation superficielle’: terrasses de dépôts fluviaux-glaciaires: schématisation

L’oenogéologue Georges Truc, spécialiste des terroirs viticoles du Rhône, a réalisé une vue schématique de la géologie des secteurs ‘Centre-Ouest’ / porte-drapeau ‘Le Méal’, que nous reproduisons. La simplification en question fait abstraction du phénomène des terrasses évoqué dans la partie précédente. Il en est judicieux car les dites terrasses ne se constatent pas dans le paysage actuel, ayant été ‘rabotées’, ‘lissées’, par l’érosion incessante, c’est à dire par le colluvionnement/alluvionnement sur plusieurs milliers d’années.

L’oenogéologue Georges Truc, spécialiste des terroirs viticoles du Rhône, a réalisé une vue schématique de la géologie des secteurs ‘Centre-Ouest’ / porte-drapeau ‘Le Méal’, que nous reproduisons. La simplification en question fait abstraction du phènomène des terrasses de dépôts fluvio-glacicaires évoqués dans la partie précédente. Il en est judicieux car les dites terrasses ne se constatent pas dans le paysage actuel, ayant été ‘rabotées’, ‘lissées’, par l’érosion incessante, c’est à dire par le colluvionnement/alluvionnement sur plusieurs milliers d’années.

La description signale la présence de lœss sur les plateaux , que nous décrivons immédiatement à la suite.

Cliquez sur l’illustration pour l’agrandir.

 

√ Quatrième volet: ‘formation superficielle’ / lœss

D’origine éolienne, transport par les vents, de l’époque du Quaternaire − de moins 2,6 Ma à moins 10 000 ans − , les lœss représentent un type de ‘formation superficielle’ − voir le deuxième volet: Un substrat qui n’est pas le ‘matériau parental’ (roche-mère) − . Ils sont constituées de dépôts limoneux, sableux et argileux, de teinte rousse ou brun-rouge; de texture douce, très fins au toucher, presque ‘farineux’. Ce type de formation a notamment pour caractéristique d’induire un drainage rapide et d’être aisé à travailler. Contenant fréquemment du calcaire, de 15 à 30%, les lœss se décarbonisent dans les horizons de surface, se redistribuent en semi-profondeur et peuvent durcir. Bien entendu, comme les sols d’alluvions fluvio-glaciaires, les lœss sont soumis à l’alluvionnement/colluvionnement et sont ainsi intervenus dans le remaniement constant des sols du versant.

Photo ci-contre tirée de l‘Étude géopédologique de l’aire d’appellation Crozes-Hermitage‘, produite par la société Sigales.


2-E → Témoins de la géo-pédologie dans le paysage

   

Dans le paysage de l’Hermitage, murs de pierres autochtones: roche de granite de Tournon (secteur ‘Ouest/porte-drapeau ‘Les Bessards’) à gauche et de galets fluvio-glaciaires (deux autres secteurs) à droite. Photos captées dans leCahier de gestion du site classé des coteaux de l’hermitage‘, 2016.


2-F → La physiographie, aspect déterminant des grand terroirs du Rhône-Nord

Dans les propos qui suivent, ‘physiographie’ incorpore les aspects climatiques du lieu (mésoclimat).

En Rhône-Nord occidental, les crus réputés, les grands terroirs, présentent presque tous, sinon tous, un profil physiographique similaire.

Les influences de la physiographie sur la ‘génétique’ d’un terroir viticole sont étonnantes. Cornas, Saint-Joseph et Condrieu ont, entre autres, des profils géologiques assez similaires et leur physiographie comporte aussi des caractères communs.
Regardons de près la situation de Cornas: ‘le’ secteur de ce vignoble qui a bâti sa réputation est bien particulier. Il s’agit d’une bande pentue entre les altitudes de ±130 m et ±280 mètres d’altitude, qui, (1) parce que abrupte, a été aménagée en terrasses pour accueillir la vigne; (2) qui bénéficie d’une exposition tournée en bonne partie au Sud, ainsi davantage favorable à la culture, exigeante, de la Syrah; (3) qui est inscrite dans une forme d’amphithéâtre qui emmagasine la chaleur; et, (4) au surplus, qui est protégé des vents du Nord circulant dans le couloir du Rhône par un promontoire au Nord de l’aire qui s’avance vers l’Est.
Si petite soit-elle, l’aire de Château-Grillet a une physiographie en large partie analogue à celle du cœur de Cornas. Bref, il est assez évident que ces deux terroirs blottis, presque enclavés, à deux endroits opposés du long ‘cortège de vignes’ ‘Côte Rôtie/Condrieu/Château-Grillet/Saint-Joseph/Cornas’ sont ennoblis par leurs attributs physiographiques spécifiques; des attributs qui leur confèrent à un et à l’autre une prééminence au sein de leur milieu, soit au sein de ‘l’archipel’ de Saint-Joseph pour Cornas — Cornas s’insère bel et bien dans l’aire longiligne de Saint-Joseph — et ‘l’archipel’ de Condrieu pour Château-Grillet − Château-Grillet est enchassé dans l’aire de Condrieu −.
Poursuivons. Les avantages physiographiques communs du coeur de Cornas et Château-Grillet se constatent également en bonne partie sur les meilleurs crus de Condrieu − entre autres Vernon, Chéry, Chanson, Clos Boucher, … Il en est de même pour les crus exceptionnels de Côte Rôtie, ceux qui ont bâti sa réputation, nommément ‘Côte Brune’ (lieu-dit et non pas secteur), ‘Côte Blonde’ (lieu-dit et non pas secteur),  ‘Landonne’, … En raison d’un crochet effectué par le cours du Rhône le long de l’aire Côte Rôtie, l’exposition sur celle-ci est du coup bifurquée, favorablement, vers le Sud. Cette déflexion du cours du Rhône atténue de plus la vélocité du courant d’air frais en provenance du Nord, la ‘bise’, qui circule dans le couloir du Rhône. Qui plus est, ces célèbres crus de Côte Rôtie ont également une géographie en hémicycles déterminant autant de fours solaires.
Hermitage n’est pas en reste, que non. Une autre bifurquation du Rhône y détermine une exposition entièrement au Sud et place aussi ce vignoble à l’abri de la ‘bise’.
Bref, en Rhône-Nord, ces crus éminents présentent mutuellement un même profil physiographique.



3 ⇒ Histoire

3-A→ ‘Clips’ sur l’histoire émanant de Louis Gambert de Loche et Charles Bellet

A été déniché un ouvrage de 1947 intitulé ‘Comité national des appellations d’origine des vins et eaux-de-vie‘ qui contient, en prologue, un chapitre sur l’histoire du vignoble d’Hermitage produit par Louis Gambert de Loche (photo ci-contre), homme de culture, d’implications sociales et fondateur de la Cave coopérative de Tain l’Hermitage. Celui-ci précise que son texte puise ses informations principalement de l’ouvrage de 1905, ‘Histoire de la Ville de Tain en Dauphiné‘, de Charles Bellet (1846-1924). Nous reproduisons des extraits jugés opportuns:

√ Histoire viticole bi-millénaire
« La décou­verte de quarante amphores, dont une seule est aujourd’hui conservée, porte à croire que, sous les Romains, des vignes y étaient déjà plantées. » (Les Romains n’avaient pas les mêmes goûts que nous, car la poix donne aux vins un goût comparable à celui d’une tisane de bourgeons de sapin fort chargée.)

√ Moment inconnu de la construction de la chapelle au sommet / Le coteau a déjà porté le nom de Saint-Christophe /  Le chevalier de Stérimberg, le premier ermite: une légende.
« Les invasions barbares des 4e et 5e siècles creusent un trou dans l’histoire de l’Hermitage. Mgr Bellet (voir l’intro de ce volet) ne retrouve mention des vignobles qu’au 10e siècle. A cette époque, la chapelle située au sommet de l’Hermitage avait remplacé le temple d ’Hercule. Elle était dédiée à Saint Christophe et le coteau portait le nom de ce saint. »
« C’est ici que se place la légende du chevalier de Stérimberg, si généralement accréditée dans le pays et que Mgr Bellet a fortement combattue. En 1224, Henri-Gaspard de Stérimberg, revenant de la croisade contre les Albigeois où il avait été blessé, s’arrêta sur les bords du Rhône et alla prier dans la chapelle de Saint Christophe. Il songea à vouer le restant de sa vie à la solitude et à la pénitence. Cependant il alla dans ses foyers se rétablir de ses blessures; puis il se rendit à la cour de Louis VIII où il obtint de Blanche de Castille une lettre demandant à MM. de Saint-André-le-Bas de le recevoir au coteau de Saint-Christophe pour qu’il pût y bâtir un ermitage. Cette lettre serait datée du 12 mai 1225. Une fois installé près de la cha­pelle de Saint Christophe, il défricha deux petites portions de terrain et y planta de la vigne pour son usage. La légende ajoute qu’à sa mort d’autres ermites s’installèrent à sa place et ‘c’est depuis ce temps que le coteau s’est appelé coteau de l’Ermitage’. Cette version est celle d’Albert du Boys en 1836. En 1863, l’abbé Vincent a repris cette légende en surenchérissant sur le tout. En 1878, Bertall ajoute que le chevalier de Stérimberg avait fait la guerre en Terre Sainte et avait rapporté de l’île de Chypre les plants de Syrah. Mgr Bellet met fortement en doute l’existence d’un chevalier de Stérimberg. »

Albert du Boy dans l’album du Dauphiné (1836) relate le premier l’installation dans le vignoble, vers 1224, du dénommé Henri Gaspard de Sterimberg, chevalier revenant de la croisade des Albigeois qui, après s’être recueilli dans la chapelle de Saint-Christophe, aurait fini par s’installer pour devenir le premier ermite de ce vignoble. Albert du Boy est ainsi l’initiateur de la légende.

14e siècle: le vignoble actuel est établi / Fin du 16e: des archives font mention des ermites, le coteau prend le nom ‘Hermitage’ vers cette époque.
« En 1389, fut établi un inventaire des biens de tous les propriétaires possédant dans la ville et le mandement de Tain des maisons, jardins, terres arables et vignes. Les vignes y occupent une part assez considérable, on voit qu’elles constituaient une des principales ressources du pays. Tout le coteau de Saint-Christophe y apparaît, avec ses ramifications, en plein rap­port et la preuve en est qu’on peut constater jusqu’à plus de quarante noms de lieux complantés en vignobles. Sur ce nombre beaucoup sont encore usités aujourd’hui, mais aucun ermitage n’est encore signalé. Ce n’est qu’en 1598 que les archives de la ville de Tain-l’Hermitage font mention des ermites. Ce n’est donc que vers cette date que le coteau de Saint-Christophe a pu prendre le nom d’Hermitage... »
« Les ermites, à cette date, étaient, depuis peu, installés à l’Hermitage et, insensiblement, ils donnèrent leur nom au coteau puisque, dès 1665, Boileau écrivait dans le ‘Repas Ridicule’: « … Se vendait, chez Crénet, pour vin de l’Ermitage. » C’est la première fois que l’on trouve le nom de l’(H)ermitage dans la littérature. »

Dénomination historique: ‘Tain-Hermitage’.
« En 1772, les tonneaux d ’Hermitage devaient être jaugés et marqués aux armes de la ville entourée des mots : ‘Tain-Hermitage’; le marqueur tenait registre des fûts qu’il avait mar­qués et ce registre servait à délivrer les certificats d’origine. On ne fait guère mieux de nos jours. » Avant le début du 18e siècle, les vins auraient étaient vendus sous la dénomination ‘Vin de Tournon’ (face à Tain sur l’autre rive du Rhône).
« En 1791, Thomas Jefferson, alors ambassadeur des Etats-Unis en France, œnologue averti et amateur de vins français, décrit (‘Carnets de voyage en Europe’) le vin de ‘l’Hermitage’ comme : »The first wine in the world without exception.


3-B→ Fragments additionnels d’histoire

√ Jadis, le blanc était mieux coté que le rouge. Au 19e siècle, le blanc d’Ermitage était parmi les vins blancs les plus chers de France.

√ « Le vin de l’Ermitage a pour principal débouché Bordeaux. S’il n’occupe pas auprès des consommateurs le rang auquel il a droit, c’est que le public ne connait guère, sous cette appellation, que les vins de qualités inférieures dont le commerce de détail fait trafic sous le nom de l’Ermitage. Il en serait autrement si le vin des premiers crus arrivaient directement de la cave du propriétaire, sans intermédiaire, et sans altération, jusqu’aux consommateurs. » Victor Rendu, ‘Ampélographie française‘,1857 (2e édition / chapitre ‘Le vignoble de l’Hermitage’).


3-CL’éclipse du vignoble du Rhône-Nord entre 1880 et 1980

« Les meilleures parcelles de Crozes, Saint-Joseph, Cornas, Côte Rôtie représentent quelques unes des vignes les plus nobles du monde, et pourtant nombre d’entre elles sont en jachère. » Kermit Lynch, ‘Mes aventures dans le vignoble de France’, 1988

La superficie du vignoble en Rhône septentrional a varié selon les époques de façon très contrastée. Entre autre, très étendu et renommé qu’il était au milieu du 19e siècle, le vignoble s’est amenuisé dramatiquement par la suite pendant plus d’un siècle.
Au 18e et 19e siècles, l’extension du vignoble de France est d’ordre général constante. Portée par un essor économique et des progrès dont l’avènement du train, la superficie en vignes atteint son apogée historique en Rhône-Nord au milieu du 19e. Cette prospérité est cependant suivie de près d’un siècle de repli dramatique, entre ±1880 et ±1980. Les vignobles du Rhône Nord subissent alors tous un processus de contraction, d’abandon assez systématique, particulièrement des parties en coteaux.
D’abord, la crise phylloxérique des dernières décennies du 19e siècle détruit tout le vignoble de France. Puis une suite d’avatars engendrés par l’homme se succèdent, voire s’amalgament: 1) La surproduction des années 1900; la forte prospérité du vignoble languedocien, les importations de vins algériens et la production de vins factices ayant entrainé des surproductions un peu partout en France; 2) les marasmes des deux guerres mondiales; et 3) une interminable période de mévente du vin, jusqu’à ±1960, explicable par les révolutions dans les pays de l’Est, la crise économique des années 1930, la prohibition aux États-Unis, la perte de marchés traditionnels par les guerres, etc…
En concomitance à ces contextes, la région septentrionale de la Vallée du Rhône connait un fort essor économique; notamment durant l’époque des Trente Glorieuses. Une forte partie de la main d’œuvre viticole s’est détournée des coteaux rhodaniens pentus, impliquant des tâches harassantes, pour intégrer les nouveaux emplois moins exigeants et/ou plus rémunérateurs et réguliers dans les nouvelles usines et ceux en découlant dans la sphère économique des services. Par ailleurs, l’extension des milieux urbains crée une pression spéculative sur leur périphérie viticole respective. En outre, la production de vins courants et les activités agricoles, maraichères et d’arboricultures (desserte du marché parisien par le train) substituent la vigne sur les plateaux et dans les parties basses des vignobles. Qui plus est, les coteaux escarpés restreignent l’introduction, au milieu du 20e, de la mécanisation des travaux viticoles, laquelle se généralise un peu partout ailleurs. La viticulture en Rhône-Nord est ainsi presque partout en léthargie, jusqu’à vers 1970/1980. Notamment, le vignoble de Cornas, non loin de Tain-l’Hermitage sur l’autre rive du Rhône, se contracte jusqu’à une surface de 50/60 hectares. Pire, celui de Condrieu, plus au Nord, s’amenuise à moins de dix hectares!

Ce n’est donc que dans les années 1980, voire les années 1990, que le vignoble de Hermitage est remis pleinement en exploitation. « À l’époque je n’avais pas les moyens d’acheter des fûts neufs en chêne, j’ai fait ce vin (Le Pavillon 1989) dans de vieux fûts en châtaignier » Michel Chapoutier. (Propos à la RVF, ‘Quatre grands du Rhône’, octobre 2007.)


3-D→ Hermitage: appellation précurseure en Rhône-Nord

√  ‘L’échafaudage’ des lois sur les Appellations
Nombreux sont les vinophiles qui savent que la loi des AOC a été mise en place au milieu des années 1930 − loi du qui crée le ‘Comité National des Appellations d’origine  des vins et des eaux-de-vie’; CNAO muté en INAO en 1947, puis en Institut National de l’Origine et de la Qualité en 2006 . Peu nombreux sont toutefois ceux qui connaissent les trois lois préalables: 1) Loi du 01-08-1905 sur la répression des fraudes dans la vente des denrées alimentaires et des produits agricoles; 2) Loi du 6 mai 1919 afférente à la garantie d’origine via les Appellations d’Origine (AO, non pas AOC); et 3) Loi du 27 juillet 1927 qui intègre des critères techniques à la loi de 1919, nommément le critère de l’encépagement propre à chaque AO.

Encadrement de la loi des AO de 1919 (non pas AOC)
Dans maintes communes, ou milieux, des syndicats avaient été créés à partir de 1905 pour notamment exercer des vigies face aux fraudeurs. La Loi du 6 mai 1919 sur la ‘Protection des Appellations d’Origine‘ modifie la donne. Des ‘syndicats de défense’ se constituent cette fois en fonction de territoires spécifiques − milieux, communes, voire de crus comme pour Chambertin en Bourgogne − susceptibles d’acquérir une Appellation d’Origine. La loi fit intervenir les tribunaux − tribunal civil du lieu d’origine du produit dont l’appellation revendiquée − en tant qu’instances décisionnelles pour fixer les ‘Appellations d’Origine’. Les syndicats de défenses constituèrent des intervenants proactifs essentiels(♦) dans le contexte engendré. Ainsi, jusqu’en 1935,  en s’appuyant sur la conformité avec ‘les usages locaux, loyaux et constants’, les tribunaux déterminèrent judiciairement une constellation de AO  à travers la France (voir la carte à la suite); particulièrement à partir de 1927 alors que la loi de 1919 fut amandée pour intégrer notamment le critère de l’encépagement.

1920 – Loi du 12 mars 1920 sur l’extension de la capacité civile de syndicats professionnels: les syndicats obtiennent la capacité d’ester en justice (voir la capsule ‘1905 à 1907’). En regard de la Loi sur la Protection des appellations d’origine (voir capsule précédente), maints syndicats modifient leur statut et dénomination pour y intégrer l’aspect de défense de leur intérêt (exemple: syndicat de défense des intérêts viticoles de Gevrey-Chambertin); ou encore des syndicats parallèles ‘de défense d’intérêt’ prennent naissance. La nouvelle mosaïque des syndicats reflète systématiquement les enjeux d’appropriations d’appellations. Bref, pour chaque producteur, le choix d’adhésion syndicale est déterminant. Étienne Clémentel, ministre du gouvernement de l’Époque disait avec justesse « le commerce avait fini par croire que les noms de Bordeaux, de Champagne, de Cognac lui appartenaient, et qu’il avait le droit d’en disposer à sa guise, alors que ces dénominations constituent avant tout la propriété des producteurs de ces régions. »

√ Seulement deux AO (et non pas AOC) fixées par jugement en Rhône-Nord

La viticulture est donc en léthargie presque partout en Rhône-Nord à partir de la crise du phylloxera. À Saint-Peray, non loin de Tain-l’Hermitage, la viticulture y redémarre néanmoins grâce au succès commercial du ‘Saint-Peray mousseux’. Certainement pour en accroître leur production, les négociants établis à Saint-Peray, une vingtaine, achètent du raisin et/ou des moûts hors du territoire même Saint-Peray; ceux-ci ayant une conception de la valorisation de la marque ‘Saint-Peray mousseux’ et préconisant notamment des pratiques d’équivalences et d’assemblages. Aux vues des viticulteurs locaux, la pratique des négociants est une concurrence déloyale; les viticulteurs préconisant la valorisation stricte du terroir, selon les us et coutumes, à partir essentiellement de raisins issus du milieu même. Deux vues s’opposent. En vertu de la Loi sur les AO de 1919 et de son amendement de 1927, le syndicat des viticulteurs de Saint-Peray fait appel au tribunal de Tournon-sur-Rhône dans le but d’obtenir la juridicisation d’une Appellation d’Origine (AO). Ce tribunal civil fixe l’Appellation Contrôlée ‘Saint-Peray’ le le 3 mars 1933.
À cette première AO (‘Saint-Peray’) en Rhône-Nord, s’en ajoutera une seconde, ‘Hermitage’, sous le régime de la Loi sur les AO (encore AO, non pas AOC): Le tribunal civil de Tournon-sur-Rhône fixe par jugement l’AO ‘Hermitage’, selon l’aire et les cépages actuels, en juin 1936. La cause avait été initiée par le Syndicat des producteurs établis sur le vignoble d’Hermitage – le ‘Syndicat de protection de l’appellation Hermitage’ créé en 1930 − avec l’objectif que l’emploi de la dénomination ‘Hermitage’ soit encadré. Clairement, ladite cause avait été instituée en justice bien avant l’établissement de la Loi-décret sur les AOC du 30 juillet 1935. C’est dire par ailleurs que malgré la léthargie en cours de la viticulture en Rhône-Nord, une animation et une activité subsistait à ce moment sur Hermitage.

En Rhône-Nord, Saint-Peray et Hermitage sont les seuls territoire à avoir obtenu une ‘Appellation d’Origine’ sous la Loi sur les AO était en vigueur (1919-1935).

⋅ Fixation de l’AO ‘Saint-Peray’ par jugement du Tribunal de Tournon le 3 mars 1933
Fixation de l’AO ‘Hermitage’ par jugement du Tribunal de Tournon en juin 1936
√ Décret de l’AOC ‘Saint-Peray’: 8 décembre 1936
√ Décret de l’AOC ‘Château-Grillet’: 8 décembre 1936
Décret de l’AOC ‘Hermitage’: 4 mars 1937
√ Décret de l’AOC ‘Saint-Peray mousseux’: 13 janvier 1938
√ Décret de l’AOC ‘Cornas’: 5 août 1938
Décret de l’AOC ‘Condrieu’: 27 avril 1940
√ Décret de l’AOC ‘Côte Rôtie’: 18 octobre 1940
Décret de l’AOC ‘Saint-Joseph’: le 15 juin 1956

 

La Loi sur les Appellations d’Origine (AO et non pas AOC) de 1919 et son amendement de 1927 (1919-1935) a été, pratiquement, ignorée en Rhône-Nord. Cette Loi, majeure, étonnamment peu signalée dans la littérature sur le vin de France, fut précurseure de celle des AOC de 1935. Le cadre de cette Loi permettait aux milieux viticoles de revendiquer des Appellations par voie judiciaire. La viticulture étant passablement inanimée en Rhône-Nord durant cette période, on ne s’en soucia manifestement pas, ou peu; il est d’ailleurs étonnant que ‘Hermitage’ et ‘Saint-Peray’ aient acquis leur appellation, une AO, dans ce contexte précurseur. Carte obtenue de Olivier Jacquet, auteur de ‘Un siècle de construction du vignoble bourguignon’ (2009) et divers textes disponibles sur internet, entre autres dans la revue ‘Territoires du vin’ (Absence de l’AO ‘Clos Saint-Jacques’ sur la carte.)


4 ⇒ Décret d’appellation en bref

Date de décret d’AOC 4 mars 1937 (ayant préalablement obtenu une AO, une Appellation d’Origine, en juin 1936 (voir immédiatement ci-haut ‘3-D: Hermitage: appellation précurseure en Rhône-Nord’).

Dénomination
Peut s’écrire Hermitage et Ermitage. Selon Michel Chapoutier, les anglais auraient ajouté le ‘h’ au 19e siècle pour faciliter sa prononciation.

→ Production
En 2009, 137 hectares, dont 70% de vins rouges.
√ Présentement ±70% vins rouges (la syrah étant très majoritaire sur les sols granitiques); ±30% vins blancs.

→ Types de vins
√ Production de vins tranquilles rouges et blancs et ‘vin de paille’ selon les millésimes.
Vin de paille (reprise de la production depuis ±1980): « Production confidentielle en terme de volume. Récolté à maturité optimum, le raisin blanc est mis à sécher à température ambiante et naturelle pendant 45 jours minimum. Ce séchage permet d’atteindre une concentration importante des sucres. Après un pressurage délicat, les moûts très riches vont fermenter lentement et de façon incomplète pour donner un vin d’exception. Ces vins présentent une robe ambrée, une saveur sucrée, une richesse alcoolique marquée, des arômes complexes et intenses où les fruits confits dominent, accompagnés généralement de notes de fumé, fruits exotiques, vanille, miel… » Décret d’appellation.

→ Encépagement
Une proportion de marsanne et/ou rousanne, maximum 15%, peut être adjoint à la syrah dans la composition de l’Hermitage.

→ Conduite du vignoble
√ Densité minimum de plantation: 6 000 pieds/ha; écartement maximal entre les rangs de deux mètres et 0,8 mètre sur un même rang.
√ Rendement de base: 40 hl/ha pour les vins rouges; 45 hl/ha pour les vins blancs; et 15 hl/ha pour les ‘vins de paille’.
Rendement butoir: 46 hl/ha pour les vins rouges et blancs et 15 hl/ha pour les ‘vins de paille’.
√ Titre alcoométrique:
⋅ Les vins rouges doivent présenter un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 10,5 %; 11,0% pour les vins blancs.
⋅ Les vins aptes à la mention ‘vin de paille’ doivent présenter un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 19,5 %.



5 ⇒ Vins

5-A→ Profils

Vin rouge:
Le secteur ‘Ouest/porte-drapeau ‘Les Bessards’ est, à nos papilles, le souverain des terroirs à vins rouges des deux rives du Rhône septentrional; les vins du quartier ‘Le Méal’ (secteur Centre-Ouest / porte-drapeau ‘Le Méal’) et des meilleurs quartiers de Côte Rôtie étant les proches ‘concurrents’.
La puissance est intrinsèque, comme dans les vins de Chambertin en Côte de Nuits. La garde est essentielle, à plus forte raison dans les grands millésimes; elle vise surtout à détendre les grands corps. Les Hermitage investissent les sens comme peu d’autres vins.
Les arômes subtils suivants sont variablement présents: fruits noirs, encre de Chine, graphite (mine de crayon), poivre de Malabar, raisin de Corinthe, …

Vin blanc:
Vin ‘exubérant’, il n’est jamais ou rarement anonyme dans une dégustation comportant une panoplie de vins blancs divers. Volumineux jusqu’à puissant sur les meilleurs terroirs comme ‘Les Murets’ (notamment la cuvée ‘Le Gréal’ de Chapoutier). Vin de tension doté d’une minéralité bien singulière, alors que l’acidité, faible, n’est alors pas un vecteur de celle-ci. Large éventail d’arômes, comprenant un mix de fruits blancs exquis, de poivre blanc. Toujours des amers nobles.
Dans la vallée du Rhône, les grands Hermitage blancs sont-ils les vins suprêmes en cette couleur? Poser la question n’est pas y répondre. Il est connu que le renouveau du vin de Château-Grillet, particulièrement depuis le millésime 2015, est impressionnant. Par ailleurs, les Condrieu des grands terroirs de la partie Nord de l’appellation −Vernon, Chery et d’autres − sont  également formidables d’élégance depuis une dizaine d’années, soit depuis que les vignes de ces endroits ont repris de l’âge à la suite de la ‘résurrection’ de l’appellation dans les années 1980.


5-B → Caractères des quartiers (crus)

Les commentaires colorés en gris comporteraient des propos tenus par Gérard Chave à Kermit Lynch, repris dans le livre de ce dernier ‘Mes aventures dans le vignoble de France’ (1988).

Beaume: mi-coteau dans la partie Est de l’Hermitage. Sols mixant des éléments fluvio-glaciaires. Participe aux assemblages. « Rouge toujours à la fois fin et tannique. Délicat mais costaud.« 
Les Bessards: le grand ‘tenor’ de l’Hermitage; une physionomie imposante, de pyramide; terroir granitique en forte pente d’où les terrasses; rouges charpentés et puissants; vins de garde; solo dans la cuvée ‘Les Bessards’ de Delas et ‘Le Pavillon’ de Chapoutier et dominant dans le rouge de Chave et ‘La Chapelle’ de Jaboulet. « Plus de structure tannique que les autres sans posséder davantage d’alcool. Fleur d’aubépine. Moins floral, plus long en bouche. »
La Croix: vins blancs.
Les Diognières: beau terroir de rouges et blancs. « Le rouge est fin et élégant, jamais tannique. »
Les Grandes Vignes
: surmonte le fameux quartier Les Bessards; pente encore plus forte; sol moins intéressant car plus mince puisque décapé répétitivement par les phénomènes d’érosion; climat plus froid en raison de son altitude environnant 300 mètres.
√ Les Greffieux: sous Le Méal, en pied de versant donc en pente nettement moins accentuée, comportant également un sol fluvio-glaciaires remanié, plus épais et argileux; vins volumineux et suffisamment de complexité pour que M. Chapoutier en élabore une cuvée éponyme en rouge. Participe dans ‘La Chapelle’ de Paul Jaboulet.
√  L’Hermite: partie en plateau au dessus du Méal sur sol de loess et partie granitique en pente dans le prolongement des Bessards vers le haut; un blanc et un rouge éponymes chez Chapoutier.
√  L’Homme: vins blancs.
√  Maison Blanche: sur plateau dans la partie Est de l’Hermitage; sols en bonne partie calcaire issu de l’altération de loess, propice au vins blanc.
Le Méal: le deuxième ‘ténor ‘en rang après Les Bessards; une pente accentuée dans le même gradient altitudinal que ce dernier et exposé directement au Sud; un sol toutefois tout autre formé surtout d’éléments fluvio-glaciaires et de loess remaniés par les phénomènes incessants de colluvionnement/alluvionnement. Rouges et blancs exceptionnels, de distinction et de complexité. Puissance enveloppée. M. Chapoutier en isole bien entendu un rouge et un blanc. Participe dans les deux cuvées de Chave et significativement dans la cuvée ‘Le Gréal’ de Sorrel, aussi dans la cuvée ‘Gambert de Loche’ de la cave coopérative.
Les Murets: si on devait donner une connotation féminine aux Hermitage(s) blancs, ce quartier serait une magistrale ‘soprano’; vins blanc amples et de grande finesse; majoritairement sinon essentiellement dans la cuvée ‘De L’Orée’ de M. Chapoutier; ‘90% dans la cuvée ‘Ex-Voto’ de la maison Guigal.
√  Les Péléats
: en pied de pente dans la moitié Est de l’Hermitage. « Plus de profondeur avec des arômes de violette.« 
√  La Pierrelle
: sur plateau dans la partie Est de l’Hermitage; sols calcaire issu de l’altération de loess.
√  Les Plantiers
: petit quarter sous Le Méal.
Les Rocoules: superbes vins blancs. Une cuvée éponyme au domaine Sorrel et participe à la cuvée de blanc chez Chave.
Varogne: voisin occidental des Bessards, expostion légèrement à l’Ouest un peu moins favorable, terroir également de granite et très pentu; génère des vins puissants et stricts participant essentiellement à des assemblages.
Vercandière: petit quartier situé au pied des Besssards.

Autres quartiers: Diognière et Toras, Toras et Les Garennes, Le Péléat, La Pierrelle, La Croix de Jamelot, Les Signaux, et Les Vercandières.


5-C → Vin de cru ou d’assemblage?

La coutume: l’assemblage
L’assemblage est une tradition séculaire. Victor Rendu, célèbre ampélographe (‘Ampélographie française‘, éditions vers 1850) du 19e siècle, a écrit un segment portant sur le ‘vignoble de l’Ermitage’ où il est mentionné que le vin d’Ermitage est supérieur si issu d’assemblage de crus: « Des produits combinés des trois mas, ou quartiers (Bessards, Méal et Greffieux) dépend la qualité supérieure du vin de l’Ermitage. Pour être classé en premier cru, il faut être propriétaire de vignes dans chacun des trois mas. Le vin venant exclusivement des Bessas a moins de finesse et de parfum que celui obtenu au Méal secteur Est et à Greffieux, mais il rachète ce défaut par une couleur foncée, recherchée pour les mélanges….« 

√ Une logique de vins de crus? / Une hiérarchie des crus
Bien qu’il destine l’Hermitage en vin d’assemblage, Victor Rendu n’inspire t-il pas sans le vouloir une approche de mise en valeur par cru en soulignant que le vignoble comporte cinq classes de vins, sans toutefois produire de classification des quartiers: « Les quartiers principaux du coteau de l’Ermitage composent cinq classes partagées en une vingtaine de cuvées: la première classe comprend 18 hectares; la deuxième, 26; la troisième, 48; la quatrième, 35; la cinquième, 13. » (Le vignoble comptait donc 140 hectares à cette époque).

Domaine Jean-Louis Chave, partisan de l’assemblage
Pour Gérard Chave: « Pas un seul ne peut rester tout seul. Certaine cuvées apportent une certaine finesse sous forme d’un parfum spécifique pour d’autres,c’est un soutien tannique … » Propos tenus par Gérard Chave à Kermit Lynch, repris dans le livre de ce dernier ‘Mes aventures dans le vignoble de France’ (1988).

√ M. Chapoutier, approche de vins de crus (quartiers) et d’assemblages restreins
Propriétaire d’une superficie considérable, plus de 30 hectares, surtout sur de grands terroirs, il n’était pas incohérent que cette maison crée une palette de cuvées de crus − ‘L’Ermite’, ‘Le Pavillon’ (du quartier ‘Les Bessards’), ‘Le Méal’, ‘Les Greffieux’ et ‘De l’Orée’ (du quartier ‘Les Murets’) − et d’assemblages restreints − Chante-Alouette et La Sizeranne −.

Situation actuelle: prépondérance de l’assemblage
Bien peu de producteurs sur l’appellation produisent des cuvées de crus, entre autres ‘Les Bessards’ de Delas, ‘Les Dionnières’ du Domaine Fayolle, ‘Le Méal’ de la maison Ferraton …



6 ⇒ Racines profondes

6-1→ Essaim de grandes maisons séculaires

Quatre exploitants peuvent être considérés les piliers de l’Hermitage, tant respectivement par la taille importante de leur patrimoine de vignes que leur antériorité; soit en activité sur Hermitage depuis plusieurs décennies, voire depuis plus d’un siècle pour les maisons M. Chapoutier et Paul Jaboulet Aîné.
Ces quatre maisons détiennent ensemble plus de 60% du vignoble d’Hermitage: M. (Michel) Chapoutier: ±30 ha; Paul Jaboulet Ainé (propriété de la famille Frey depuis 2006): ±25 ha; Domaine Jean-Louis Chave: ±13 ha et Cave de Tain: ±10/25 ha (propriétaire de ±10 ha et exploitant sur ±25 ha).
Des topos sur ceux-ci sont présentés à la suite, par ordre ‘d’ancienneté’.


6-2→ Maison Paul Jaboulet Aîné

√ Réputation / propriété
Une des quatre grandes institutions du milieu viticole nord-rhodanien avec Chave, Chapoutier et Guigal. Certainement le premier producteur d’Hermitage a avoir créé et promu une cuvée de prestige, la cuvée ‘La Chapelle’, que d’aucuns connait la gloire entourant le millésime 1961; nos brèves notes sur cette cuvée du millésime 1990 bu en décembre 2013: ‘immensément remarquable (pléonasme voulu), toutes les qualités réunies’. Sous la propriété depuis 2006 de la famille Frey − Montebello Domaines, holding appartenant à la Compagnie financière Freyaussi propriétaire du Château La Lagune, du Château Corton ‘C’ à Aloxe-Corton, de 90 hectares de vignes en Champagne et détenteur d’une participation de 40% dans Billecart-Salmon. Après une transition, la cote de la maison est redevenue solide; entre autres, le ‘Guide des vins Bettane et Desseauve’ lui attribue ‘4 BD’ dans les éditions récentes, en soulignant notamment que « les vins rouges sont raffinés, épurés. »

La chapelle Saint-Christophe sur l’illustration. Ce petit bâtiment symbole du vignoble d’Hermitage appartient à Paul Jaboulet Aîné depuis 1919.

√ Racines profondes
Fondée en 1834 par Antoine Jaboulet (1807-1864), la direction de l’entreprise viticole fut relayée aux fils Paul, l’aîné, et Henri. Louis, fils de Paul, mena ensuite l’entreprise jusqu’en 1977. Gérard, fils de Louis pris ensuite la direction jusqu’à son décès en 1997. C’est le cousin de ce dernier, Michel, qui fut le dernier dirigeant de la lignée Jaboulet.

√ Autres propriétés viticoles dans la vallée du Rhône
Montebello Domaines détient également des vignes, entre autres, sur Côte Rôtie (Domaine Les Pierrelles), Condrieu (cuvée ‘Les Cassines’, terroir de Limony au Sud de l’appellation), Saint-Joseph (Domaine de la Croix des Vignes), Cornas (Domaine de Saint-Pierre), Crozes-Hermitage (Domaine de Thalabert) et Châteauneuf-du-Pape (Domaine de Terre Ferme). Il s’agit du deuxième capital de vignes dans toute la vallée, après Guigal.

Patrimoine sur Hermitage
Un ensemble de 21,8 hectares de vignes sur, entre autres, les quartiers Les Bessards (extrémité Ouest), Le Méal, Les Greffieux, Les Dionnières, Maison BLanche (vin blanc) Les Dionnières et Torras, Les Roucoules, Les Murets et Les Signaux.

Localisation des parcelles de Paul Jaboulet Aîné. Illustration tirée de la Revue du Vin de France, ‘Hors série’, novembre 2010.

Cuvées
· ‘La Chapelle’, rouge d’assemblage, sélections de lots de syrah âgées.
· ‘La Maison Bleue’, autre cuvée d’assemblage en rouge, de lots de vins moins denses, autrefois dénommée ‘Petite Chapelle’.
· ‘Chevalier de Sterimberg’, cuvée de blanc produite depuis 2012; la famille Jaboulet avait abandonné la cuvée de blanc en 1970.

 Méthodes sur Hermitage
·
Certification de gestion du vignoble en agriculture biologique.
· Travaux des sols en coteaux avec treuils ou chevaux.
· Vendanges en petites caissettes de 17 kg.
· …


6-3 → Maison M. Chapoutier

Réputation
La notoriété du domaine a monté littéralement en flèche à la suite de la prise de contrôle des vignes et du chai par Michel Chapoutier au tournant des années 1990. L’édition 1996 du réputé guide ‘Guide des Meilleurs Vins de France’, produit par ‘La Revue du vin de France’, soulignait alors que « Les résultats sont spectaculaires, surtout sur Hermitage. » Aujourd’hui, les Hermitage de la maison M. Chapoutier appartiennent définitivement à l’élite ultra fine de la viticulture française.

√ Histoire
1879: Polydor Chapoutier achète ses premières vignes.
1897: Le nom Chapoutier apparait sur une raison sociale du milieu du vin, ‘Delépine et Chapoutier’; Marius Chapoutier s’associe alors à Rodolphe Delépine. Ce dernier avait racheté en 1883 la maison Calvet, créée en 1808. Tous les mâles de la lignée de Marius Chapoutier auront par la suite un prénom débutant par M.
1922: L’entreprise devient ‘Chapoutier et Cie’ en 1922, alors que Rodolphe Delépine prend sa retraite.
1928: Marius Chapoutier achète la propriété ‘La Ciboise’ à Robert Monier de la Sizeranne, un homme de lettres.
1929: Marius Chapoutier crée une nouvelle cuverie au pied de la colline de l’Hermitage.
1937: Au décès de Marius, Marc, son fils, prend la relève dans l’entreprise. Marc renomme l’entreprise ‘M. Chapoutier’ en 1955, nom qu’elle porte encore aujourd’hui.
±1950: Max, fils de Marc, intègre l’entreprise familiale.
Années 1980: les frères Marc et Michel (1987) intègrent l’entreprise familiale.
1989: Création des premières cuvées dites ‘sélections parcellaires’ par Michel Chapoutier.
1990: Après Max, Marc et Michel Chapoutier accèdent à la tête de l’entreprise.
1991/1993: Création des cuvées parcellaires et introduction de la discipline de la biodynamie.
Années 1990: Michel achète les parts détenues par les membres de la famille et devient le propriétaire unique.
2009: Inauguration du nouveau site de production à Tain-L’Hermitage.

√ Le personnage Michel Chapoutier
Jacques Dupont, ‘Gault Millau Le Vin’, édition 1994: « Une fois par an, il se fâche avec les autres mauvais caractères et grands vignerons de la région. Une fois par semestre, il rentre à l’hôpital réparer ce qu’il a négligé de soigner la fois précédente. Une fois par mois, on le dit racheté ou en faillite. Une fois par semaine, il prend l’avion pour New-York, ou Berlin, pour parler de la syrah de l’Hermitage. Une fois par jour, il perd ses clefs de voiture ou son téléphone portable. Une fois par minute, il téléphone (sauf voir précédente). Une fois par nuit … il arrête de parler. »
Bernard Burtschy, ‘Gault Millau Le Vin’, édition 2005: « Sous l’impulsion du remuant Michel Chapoutier, elle (la maison Chapoutier) s’est tirée de l’ornière où elle s’était engoncée au milieu des années 80, pour se propulser au plus haut niveau. »

√ ‘Déploiement’ viticole de Michel Chapoutier
Également propriétaire de vignobles dans la plupart des AOC en Rhône-Nord, où il exerce de plus une activité de négoce.
Propriétaire de la maison Ferraton Père et Fils de Tain-L’Hermitage, administrée de façon semi-indépendante et dont la gamme de vins Nord-Rhodiens s’apparente à celle de M. Chapoutier.
Autres propriétés ailleurs en France: Bila-Haut (Côtes-du-Roussillon et Collioure), Roc de Folassière (Côtes-du-Rhône), Château des Ferrages (Côte de Provence), Domaine Saint-Étienne (Côte du Rhône, Côte du Rhône-Villages et Costières de Nîmes), Marius (Pays d’Oc), Trenel (Beaujolais et Mâconnais).
Propriétés dans d’autres pays: Dos Lusiadas (Douro/Portugal), Dominio Del Soto (Espagne), Shieferkoft (Allemagne et Alsace) et Domaine Tournon (Australie).

Patrimoine sur Hermitage
Le vignoble sur (H)ermitage de M. Chapoutier est de 30,63 hectares (plus de 20% de l’aire de l’AOC), dont ±5 hectares en blanc. Les propriétés sont surtout situées sur les quartiers les miieux cotés de la demie Ouest du vignoble. Illustrations, ci-haut et ci-bas, issues du site internet de M. Chapoutier.

‘L'(H)Ermite’ rouge ‘L'(H)Ermite’ blanc ‘Le Pavillon’ (rouge)
‘Le Méal’ rouge ‘Le Méal’ blanc ‘Les Greffieux’ (rouge)

√ Gamme d’Hermitage(s)
Les cuvées de crus, ou quartiers, désignées ‘cuvées parcellaires’ par Michel Chapoutier:
‘L’Ermite’: blanc et rouge du quartier éponyme (L’Hermite).
‘Le Pavillon’: rouge issu du quartier Les Bessards. Pour cette cuvée et ‘Les Murets’, Michel Chapoutier a attribué des noms autres que ceux des quartiers d’origine.
• ‘Le Méal‘: rouge et blanc issues du quartier éponyme.
‘De l’Orée‘: blanc issu du quartier ‘Les Murets’. (Sur l’image principale, Les Murets correspond au polygone le plus considérable à l’extrémité Est, à droite, à mi-coteau.)
‘Les Greffieux‘: rouge issu du quartier éponyme.
Les cuvées d’assemblages restreints (notre choix de qualificatif):
‘Monier de la Sizeranne’
: rouge issu de raisins des quartiers Bessards, Greffieux et Méal n’entrant pas dans les cuvées ‘parcellaires’.
Chante-Alouette‘: blanc des quartiers Chante-Alouette, Le Méal (parties inférieures) et Les Murets.

 Méthodes
Usage de porte-greffes américains plantés dans le sol en premier, sur lesquels sont greffés les plants in situ. (Délai de 7 à 10 ans avant la production des premiers fruits.)
Philosophie de travail dans les vignes et de calendrier d’actions au chai selon la biodynamie.
• Vendanges des blancs souhaitées en surmaturité.
• Vin blanc: égrappage; pas d’encemencement; pas de chaptalisation.
• …

Adepte de l’approche de crus
Peut-il en être autrement étant donné l’envergure du patrimoine sur Hermitage; qui plus est, presque entièrement sur les terroirs prestigieux de l’appellation.

√ Etcetera
Commercialisation sous la dénomination historique ‘Ermitage’, autorisée par le décret.
Volonté de produire des vins pour épicuriens.
Mentions en braille sur les étiquettes depuis 1996.

√ Entrevues Michel Chapoutier
Plusieurs sur youtube.com, dont celle-ci.


6.4→ Domaine Jean-Louis Chave

Réputation
Mis de côté les producteurs de vins du Bordelais, ce producteur serait certainement un des trois finalistes au rang du ‘plus estimé domaine viticole de France’.

√ Racines profondes
Seizième génération de vignerons ardéchois − depuis 1481 indique la collerette −, Jean-Louis Chave (50 ans en 2020) a succédé Gérard (85 ans en 2020), qui a lui succédé un autre Jean-Louis. Le domaine est établi à Mauves, sur l’autre rive du Rhône, dans le ‘berceau’ de l’AOC Saint-Joseph.

Ancienneté sur Hermitage
Gérard Chave entrepris l’achat de vignes sur Hermitage dans les années 1960. Les vignobles du Rhône-Nord était alors en léthargie depuis de nombreuses décennies et les prix des vignes ‘abordables’.

 Méthodes
Vignoble: Conduite du vignoble en agriculture biologique (2020 / certification prochaine). Sols travaillés au cheval ou au chenillard, même au treuil au haut des Bessards. Ratio de main d’œuvre ouvrière: un ouvrier par hectare. Vignes remplacées via des greffons de vieux plants du domaine.
Vendanges: à la main, à maturité élevée.
Vinification: Nouveau chai de vinification, enterré, depuis 2015 et relié par un tunnel au chai principal d’élevage de Mauves. Pas de levurage pour les vins rouges; usage au besoin pour les vins blancs d’un ‘pied de cuve’ (préparation à base de levures indigènes). Lente fermentation pour les blancs afin de préserver l’acidité, faible sur le terroir d’Hermitage.
Élevage: maximium de 20% de fûts neufs.
Assemblage: « Avant de mettre en bouteille, je mettrai deux semaines à trouver le bon assemblage. » Gérard Chave, propos en 1988.

Patrimoine sur Hermitage (crus)
Vin rouge (±9 hectares): Les Bessards, Ermite, Le Méal, Beaume, Diognières et Péléat.
Vin blanc (±5 hectares): Rocoules, Le Péléat, Le Méal, Maison Blanche et Ermite.
Absent sur les reconnus quartiers Les Greffieux et Les Murets.

Adepte de l’approche de l’assemblage
Pour Gérard Chave: « Pas un seul ne peut rester tout seul. Certaine cuvées apportent une certaine finesse sous forme d’un parfum spécifique pour d’autres,c’est un soutien tannique … » Propos tenus par Gérard Chave à Kermit Lynch, repris dans le livre de ce dernier ‘Mes aventures dans le vignoble de France’ (1988).
Des assemblages variant selon les millésimes. Assemblage de différents ‘quartiers’, Les Bessards en constituant le cru principal.

√ Etcetera
Volonté de construire des vins pour la garde.
Gérard Chave conçoit que le ‘granite de Tournon’ présent notamment sur Les Bessards contient davantage d’argile et du coup moins d’acidité que sur les versants granitiques de Tournon même. Cette particularité apporterait un surcroit de complexité aux vins d’Hermitage de ce secteur à l’Ouest du massif.
Propos à la Revue du Vin de France (Quatre grands du Rhône’ octobre 2007: « L’Hermitage est d’abord un vin blanc, davantage que rouge » … On ne peut pas quantifier la minéralité (du vin blanc), on ne peut que la ressentir« .

Bien que le domaine soit d’abord réputé pour ses Hermitage(s), le domaine produit également des Saint-Joseph, dans le secteur de Lemps, un peu au Nord de Tournon-sur-Rhône, aussi à Mauves sur le ‘Clos Florentin’.

Sur le lieu-dit ‘Bachasson’ du secteur de Mauves de l’AOC Saint-Joseph, les Chave remettent en état depuis quelques années un vignoble en terrasses, laissé longtemps ‘en jachère’. Photo extraite de www.youtube.com/watch?v=Qj-tupp1Tdo


6-5 → Cave de Tain l’Hermitage

√ Histoire / Louis Gambert de Loche
Louis Gambert de Loche (photo ci-contre), Homme de culture manifestement − il a notamment écrit un volet d’histoire sur Hermitage qui a été inséré de façon plutôt insolite dans un ouvrage à caractère technique de l’INAO −, d’implications sociales − il a notammente été engagé dans la création de l’Appellation Hermitage / voir entre autre ‘3-D→ Hermitage: appellation précurseure en Rhône-Nord, − et d’entrepreneuship puisqu’il a fondé la Cave coopérative de Tain l’Hermitage en 1933.

√ Envergure
Comme notamment La Chablisienne dans le Chablisien, la Cave de Tain l’Hermitage s’impose sur l’Hermitage puisque elle en vinifie 29 hectares (5 ha de blancs). M. Chapoutier, Paul Jaboulet et la Cave de Tain exploitent donc ensemble ±60% du vignoble.
La comparaison avec La Chablisienne ne tient cependant qu’à leur omniprésence au sein de leur vignoble respectif. La Cave se distingue autrement de deux façons: la coopérative est elle-même propriétaire de 21 hectares sur Hermitage, les huit autres qu’elle exploite étant détenus par des adhérents; et son nombre de près de 330 ahérents, couvrant mutuellement plus de 1000 hectares engloblant aussi de vignes sur des appellations environnantes, particulièrement Crozes-Hermitage − où la Cave de Tain est le plus grand producteur −, Saint-Joseph, Cornas et Saint-Peray.

√ Cuvées d’Hermitage de la Cave
Producteur de quatre cuvées, cinq en incluant l’occasionnel vin de paille.
• rouge ‘Epsilone’, produit que sur les grands millésimes, issue de sélection sur les quartiers Les Bessards et Le Méal.
• rouge ‘Gambert de Loche’, dit de ‘sélections parcellaires’ par la Cave, soit un hectaire d’Hermite, 1,2 hectare sur le haut du Méal, aussi des Beaumes, Murets et La Croix.
• rouge ‘Nobles Rives’, vin générique.
• blancs ‘Au coeur des siècle’ issue des quartiers La Croix et de très vieilles vignes du Le Méal.
• un ‘vin de paille’ (blanc) réalisé esssentiellement dans les année exceptionnellles.



⇒ Bibliographie

VOIR: ‘Bibliographie: Région Rhône-Nord