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Moulin-à-Vent: focus vignerons

Thibault Liger-Bélair (juin 2017)
Cuvées commercialisées: La Roche, Les Pérelles, Les Rouchaux, Vieilles Vignes, Les Vignes Centenaires

Thibault Liger-Bélair dans les vignes du lieu-dit La Roche.

Un mot d’abord sur le nom Liger-Belair, important aujourd’hui dans la galaxie viticole de la Côte bourguignonne: Thibault Liger-Belair (TLB) a réalisé ses premiers vins en 2002 et quinze ans plus tard les vins de son domaine sont parmi les plus recherchés par les vinophiles polarisés sur la Bourgogne. L’autre domaine Liger-Belair, celui du Comte Liger-Belair (CLB), est devenu tout aussi notoire alors qu’il était également inconnu il y a quinze ans. D’ailleurs dans l’ouvrage rédigé en 1996 par Remington Norman, The Great Domaines of Burgundy, le nom Liger-Belair ne figure nullement parmi la quinzaine domaines commentés sur les finages de Nuits-St-Georges, lieu d’établissement du Domaine TLB, et Vosne-Romanée, celui du Domaine CLB. En fait, le nom Liger-Belair connait une résurgence après une éclipse de plusieurs décennies: Le nom Liger-Belair établit ses marques sur La Côte au 19e siècle. Le Comte Louis Liger-Belair, qui fut général napoléonien, achète le Château de Vosne-Romanée en 1815. Celui-ci et son fils adoptif Louis-Charles, fils de sa sœur, rassemble graduellement un vignoble qui totalise au fil des acquisitions une superficie d’une soixantaine d’hectares, comprenant pendant une période, en monopole, les crus La Romanée, La Grande Rue et La Tâche! Louis et sa lignée de successeurs conduisent également une activité, importante, de négoce à Nuits-St-George dont les activités cessent dans l’entre-deux-guerres.
Thibault et son cousin Louis-Michel (CLB) ont donc repris respectivement des vignes d’héritiers Liger-Belair qui avaient été confiées à des métayers pendant les décennies qui ont suivie la deuxième guerre mondiale.
Dans sa vingtaine, Thibault a œuvré à Paris au sein de la société FICOFI et il a collaboré à la mise sur pied de la société de vente de vins par internet Wineandco, appartenant maintenant au groupe LVMH. Ces étapes ont été suivies par la reprise en mains des vignes héritées par son père, Vincent. Ceci dit, qu’est ce qui a pu amener TLB dans le Beaujolais? Certainement la conjugaison des trois éléments suivants: D’abord, TLB savait que le patrimoine d’antan de vignes de Liger-Bélair incluait une quinzaine d’hectares dans le Beaujolais, à Fleurie (des descendants Liger-Belair y ont pris racine); aussi, il a fait une partie de ses études à Belleville, ville d’entrée au Sud des crus du Beaujolais; puis TLB apparait avoir un tempérament d’entrepreneur.
La première acquisition sur Moulin-à-Vent fut celle du Domaine des Pierres Roses en 2008. D’autres achats de vignes ont suivi et son vignoble a aujourd’hui une superficie de 14 hectares sur 34 parcelles dispersées essentiellement sur l’aire du cru Moulin-à-Vent.
De bien des façons, TLB est novateur dans le Beaujolais. Entre autres: il est un des rares à y pratiquer la biodynamie, une discipline qui implique le travail des sols, auquel les vignerons locaux sont assez rétifs en raison de l’abrasivité du gore (sol sablonneux) sur le matériel et des contraintes de travail des sols car le passage de tracteurs dans les rangs y est rendu difficile par la combinaison de l’étalement de la vigne en gobelet et de la forte densité de plantations du vignoble. Aussi, à l’encontre de la pratique répandue de rognage court des vignes, TLB laisse plutôt le feuillage s’élever (voir la photo); il conçoit notamment que l’étalement du feuillage entraine du coup un meilleur déploiement racinaire. En outre, ses vinifications sont réalisées selon le modèle bourguignon, ainsi autrement qu’en semi-carbonique, la vinification usuelle du Beaujolais.
Malgré qu’elles soient assez peu productives, les vieilles vignes sont estimées par TLB car, à son avis, elles jouent, par voie racinaire, un rôle de transmission de connaissance du terroir aux vignes adjacentes.
À partir de raisins généralement égrappés mais non foulés, la vinification est opérée dans un ‘cuvage’ (nom du chai dans le Beaujolais) acquis en 2014, équipé de cuves en béton. TLB réalise des ‘infusions’, des cuvaisons qui induisent peu de pigeages et de remontages. Les élevages en fûts, majoritairement des fûts de plusieurs vins, sont assez longs; les élevages des 2015 n’étaient pour la plupart toujours pas complétés en juin 2017.
Quatre cuvées des cinq ‘actuellement’ produites ont été dégustées sur le millésime 2014:
Il s’agit du premier millésime de Les Pérelles, une cuvée parcellaire provenant d’un lieu-dit adjacent à la commune même de Romanèche-Thorins qui est rarement individualisé. Sur une faible pente, le sol, d’épaisseurs variables selon les endroits, est argileux et limoneux. La vigne y avait été plantée en très haute densité, 14 000 pieds/hectare. Aromatique, avec de la vivacité, le vin a beaucoup de matière, une carrure étonnante. Les tanins n’ont cependant pas la finesse des vins issus des lieux-dits du coteau. — La cuvées Les Rochaux est le premier vin du domaine, en 2009. Le nez, intense, mêle des notes de ronce et de fruits rouges et noirs. Un vin au grand corps qui requiert de la garde pour délier sa fine tanicité et digérer son élevage comportant 10% de bois neufs; les élevages des M.-à-Vent de TLB sont élégants. — La Roche est un des lieux-dits réputés du cru, situé à proximité de l’emblématique moulin-à-vent. Au cœur de l’aire, sur une échine granitique au relief dominant, le sol de sable rose y est mince et drainant. Le corps du vin n’est pas plus ample, les tanins sont cependant plus fins, le vin est élégant. Conçu avec 30/35% de vendanges entières. L’élevage est marqué et l’attente est impérative. — La cuvée ‘Vieilles Vignes‘ est composée de raisins issus de neuf parcelles formant près de la moitié de la superficie du domaine; le lieu-dit Les Brusselions, sur sol de colluvions et d’alluvions typiques du piémont, est le plus représenté, suivi du lieu-dit Vierre Manin. La réduction du vin goûté gênait à ce stade la lecture de la cuvée. — Un mot sur la cuvée ‘Vignes Centenaires’ du domaine, mise seulement en magnum. Sur trois parcelles, les vignes auraient été plantées entre 1875 et 1882. Thibault aime citer le vieux vigneron qui les lui a vendu: « Elles (les vignes) étaient déjà âgées lorsque que j’étais jeune. » La vigne y est éparse, beaucoup de pieds sont manquants. Quelques essais de marcottage y sont informellement réalisés; c’est à dire selon la méthode de reproduction de plants d’avant la crise du phylloxéra de la fin du 19e siècle. TLB est curieux.
Nous aimons: que plusieurs cuvées soient individualisées et identifiées sous les noms des lieux-dits respectifs. Que les vins soient conçus avec exigences et démontrent le fort potentiel du cru.

En granite rose typique de Moulin-à-Vent, mur de la maison au lieu-dit ‘Maisons Neuves’, auparavant abandonnée, achetée en 2011 par Thibault Liger-Bélair. La demeure serait plus que centenaire puisque elle est illustrée dans l’ouvrage ‘Les vins du Beaujolais, Maconnais et Chalonnais …’ produit par Vermorel et Danguy en 1893.


Château du Moulin-à-Vent (rencontre avec Brice Laffond, directeur technique) juin 2017
Cuvées commercialisées: Le Clos de Londres, Couvent des Thorins, La Rochelle, Croix des Vérillats, Champs de Cour, ‘Les Terrasses du Château’.

Nommé historiquement Château de Thorins, nom du hameau où il est situé, le château du Moulin-à-Vent est une belle demeure bourgeoise du 18e siècle. Le hameau de Thorins est situé sur la commune Romanèche-Thorins, à la limite avec la commune de Chenas. Thorins est au centre de l’aire de Moulin-à-Vent, les lieux-dits les plus réputés l’entourant et le célèbre Moulin-à-Vent y étant édifié. Le bâtiment, les dépendances et le vignoble d’une trentaine d’hectares ont été acquis en 2009 par Jean-Jacques Parinet, homme d’affaires parisien. Des travaux de restauration des lieux et du vignoble ont été entrepris à la suite du rachat. Aussi une approche de haute qualité pour la production de vins a été immédiatement instaurée. En 2012, l’achat du Domaine de la Tour de Bief, celui-ci situé sur la commune de Chenas, à moins d’un kilomètre du Château de Moulin-à-Vent, ajouta une gérance de 17 hectares, dont cinq hectares sur le fameux lieu-dit La Rochelle. Ce texte se concentre principalement sur la propriété du Château de Moulin-à-Vent.

Brice Laffond est directeur-technique du domaine viticole depuis 2003. Mi-trentenaire, son parcours, surtout académique, jusqu’à son arrivée au château en fut un de ‘nomade’. Il a grandit en régions de bulles, Champagne et Limoux, selon les occupations de régisseur de son père. Ses études ont été menées consécutivement à Toulouse (BTS), Dijon (Science de la Vigne et Vin), Montpellier (œnologie) et Bordeaux (licence); et ses stages furent effectués dans le Bordelais, en Bourgogne et, hors de France, dans la vallée de Napa en Californie et en Nouvelle-Zélande.
Les 2014 du domaine nous ont enthousiasmés. Les vins étaient particulièrement charmeurs, assez denses et rendus charnus par des textures lissées; des beaujolais gourmands qui ne manquent pas de finesse. Sept cuvées sont actuellement produites: Une cuvée sans nom issue en bonne partie du lieu-dit au nom bien peu commercial de ‘Aux Caves’, adjacent du lieu-dit réputé La Rochelle. — Le ‘Clos de Londres’ dénommé ainsi pour commémorer une médaille d’or obtenue lors de l’exposition universelle de … et provenant de vignes chouchoutées attenantes au château. — ‘Couvent des Thorins‘ livrant des vins tendres, assez immédiats. — ‘La Rochelle’ (non dégusté) qui est le meilleur terroir selon Brice Laffond. — ‘Les Vérillats‘ sur un sol maigre silicieux et livrant un vin structuré avec de la vivacité. — ‘Champs de Cours’ au sol profond et dont le vin est assez massif. — ‘Les Terrasses du Château’ (non dégusté) destinée au marché des grandes surfaces.
La réhabilitation du vignoble se poursuit en vue d’en obtenir à terme un rendement de ±25 hl/ha en année normale. Entre autres, la taille des vignes en gobelets est adaptée pour permettre le travail des sols, soit une taille en forme d’éventail sur un même plan, les cinq cordes du plant étant agencées en forme de main aux doigts ouverts. Incluant le vignoble de la Tour de Bief, un programme d’arrachage annuel de 1,5 hectare de vignes est mené annuellement et les replantations, après une jachère de l’ordre de quatre ans, sont effectuées selon une densité de 9800 pieds par hectare, encore pour faciliter le travail mécanique des sols. Il est à souligner que le domaine gère une parcelle expérimentale de près d’un hectare afin d’observer la croissance de différents porte-greffes et clones, et celle de sélections massales. Enfin, une approche d’agriculture biologique est mise en place progressivement.
Au chai, les pré-fermentaires ont été à toute fin utile abandonnées. Les vinifications sont réalisées en cuves inox à trois niveaux (gain en rondeur des vins selon Brice Laffond), sachant que des cuves en bois seront prochainement intégrées au chai. Celles-ci sont réalisées à la bourguignonne, donc autrement que la vinification typiquement beaujolaise en semi-carbonique. La durée de ‘l’infusion’ (peu d’opérations de pigeages, remontages et délestages) est de l’ordre de 25 jours et les températures n’excèdent pas 28o; l’extraction n’est clairement pas recherchée. L’élevage est maintenant réalisé pour un tiers dans des fûts récents.
Nous aimons particulièrement: ce grand domaine phare qui agit maintenant de locomotive pour l’appellation. Brice Laffond, un jeune concepteur de vins sapides et complets. Nous le soulignons, sur le terrain, dans le vignoble et au chai, les ‘éclectiques’ du vin comme lui contribuent à faire progresser l’état des vins de France.

Le hameau de Thorins depuis le lieu-dit Champ de Cour. À gauche, le site du Château de Moulin-à-Vent. Placé sur la crête de la principale dorsale du cru, le hameau loge aussi le fameux moulin-à-vent.


Domaine Labruyère (rencontre avec Nicolas Mielly) juin 2017
Cuvées produites: Le Clos du Moulin-à-Vent, Carquelin, Champs de Cour, Grande Cuvée, Cœur de Terroir.

Labruyère est un des trois nouveaux joueurs importants sur Moulin-à-Vent, avec Thibault Liger-Belair et le Château de Moulin-à-Vent. Malgré leur antériorité, Labruyère et le Château du Moulin-à-Vent sont néanmoins désignés de ‘nouveaux’ joueurs puisqu’ils ‘renaissent’ après des décennies dans l’anonymat, relativement. Ces propriétés sont dorénavant en position de proue dans la montée actuelle du cru Moulin-à-Vent.
Alors ouvrier-vigneron, Jean-Marie Labruyère crée au milieu du 19e siècle le domaine Labruyère en acquérant dix hectares de vignes autour du hameau Thorins, au cœur de ce qui deviendra en 1928 l’AO (Appellation d’Origine) ‘Moulin-à-Vent’ et l’AOC (Appellation d’Origine) Contôlée du même nom en 1936. Ses descendants accroissent la surface de vignes de la propriété. Puis pendant des décennies, jusqu’à 2008, les raisins du domaine sont livrés au négoce beaujolais. Edouard Labruyère et ses successeurs accumuleront plutôt une fortune en étant pionniers dans la sphère des chaînes à grandes surfaces.
Les opérations du domaine sont confiées aujourd’hui à trois personnes: Michel Rovere, chef de culture, Nicolas Mielly, responsable commercial et homme-à-tout-faire, et Nadine Gublin, l’œnologue qui dirige les vinifications du domaine, comme celles du domaine Jacques Prieur de Meursault qui fut acquis par les La Bruyère en 1988 et  de maison champenoise JM Labruyère.
La culture du vignoble est dite raisonnée, une certification ‘Terra Vitis’ étant en cours. La récolte, entièrement égrappée pour la plupart des vins, est d’abord soumise à une macération pré-fermentaire à froid de trois à quatre jours, employant la technique de la carboglace. D’une durée d’environ 21 jours à une température n’excédant pas 28o, la vinification est menée à la bourguignonne, en cuves de ciment, avec des pigeages et remontages adaptés aux conditions du millésime. L’élevage est de l’ordre de 15 mois, combinant l’usage de cuves et de fûts.
Tous bien mûrs, les vins du millésime 2014 sont très bons. Certes encore (juin 2017) marqués par leur élevage, ils sont à la fois denses, aptes à une garde, et généreux, déjà sapides, l’élevage n’en gênant pas le plaisir.
Le domaine possède certainement la parcelle (0,92 ha) la plus symbolique de l’aire de Moulin-à-Vent, située immédiatement au pied du Moulin et qui engendre une cuvée phare, Le Clos du Moulin-à-Vent. Sur la crête de l’échine qui domine l’aire de Moulin-à-Vent, le sol y est mince, le granite presque en contact. Égrappé de 80 à 100% selon les millésimes, élevé en fûts dont 10% neufs, le Clos du Moulin-à-Vent 2014 est dense, complet, un grand Moulin-à-Vent. — Mis en valeur de longue date par la maison Jadot (Château des Jacques), le lieu-dit Carquelin, voisin du lieu-dit Moulin-à-Vent, deviendra définitivement un lieu-dit mieux connu puisque maintenant La Bruyère en individualise également une cuvée. Le vin a de la structure, une grande dimension, son trait floral et son fruité avenant, associé à sa finesse lui confèrent déjà de la sapidité. — Issu d’un sol plus profond, le vin issu du lieu-dit Champ de Cour, vinifié en vendanges entières depuis le millésime 2014, est charnu, doté d’une grande matière, cependant moins complexe, tout aussi avenant. — La cuvée Cœur de Terroir est un assemble de vins issus des lieux-dits, entre autres, Les Greneriers, Le Mont (Rochegrès) et Plantier Favre.
Nous aimons: Sous la rubrique ‘Les terroirs’ du site internet du Domaine, les localisations des parcelles des trois crus individualisés sont positionnées. Nous apprécions connaître les localisations de vignes. — Issue de vignes à l’épicentre, dans son sens propre, de l’aire de Moulin-à-Vent, la cuvée Le Clos du Moulin-à-Vent est un cru-phare tant pour le domaine que l’appellation.

La photo de gauche, le mur du Clos du Moulin-à-Vent depuis les abords de la route reliant Thorins à Romanèche-Thorins. La carte de droite (site internet du domaine) positionne les meilleures parcelles du Domaine La Bruyère, au cœur de Moulin-à-Vent.


Domaine Janin (rencontre avec Éric Janin) juin 2017
Cuvées produites: ‘Les Vignes du Tremblay’, ‘Héritage’ et ‘Greneriers’

Éric Janin dans les vignes attenantes à la propriété dans Romanèche-Thorins

À un sondage hypothétique qui consisterait à identifier les domaines vignerons du Beaujolais bénéficiant de la meilleure estime de leurs paires et des vinophiles, le nom de Janin serait sans doute du groupe. Éric Janin, aujourd’hui quarantenaire, dirige le domaine dont la réputation remonte aux marques établies par son père. Soignés et méticuleusement entretenus, tant l’aire d’accueil du domaine que le chai annoncent l’esprit discipliné des Janin. Les premiers mots échangés indiquent que Éric Janin a suivi avec intérêt les travaux d’investigation des sols menés par la société Sigales, qui y a complété un mandat d’étude géopédologique du Beaujolais.
Le domaine possède sept hectares de vignes, exclusivement sur Moulin-à-Vent, aux lieux-dits Burdulines, Champs de Cour, Les Greneliers, Les Pérelles, Les Brussellions et Aux Caves. Dans les millésimes majeurs, comme 2009 et 2015, une cuvée issue du lieu-dit ‘Greneriers’, une parcelle plus que centenaire, est isolée. Les jus de ce cru sont autrement associés aux deux cuvées régulières, ‘Les Vignes du Tremblay’ et ‘Héritage’. L’âge des vignes est définitivement un attribut majeur du vignoble. Les cinq hectares générant Les Vignes du Tremblay ont une moyenne d’âge de ±50 ans. Sur les Burdulines et Les Greneriers, les vignes produisant Héritage ont de 80 à 100 ans.
Éric Janin a entrepris il y a trois ans de remplacer les ceps manquants. Il attache une grande importance à la replantation. Il a opté pour des sélection massales qui sont reproduites au conservatoire de Liseux dans le Vaucluse, où une attention particulière est placée à la production de plants moins vulnérables aux maladies cryptogamiques.
Peu productives, les vieilles vignes régulent naturellement le rendement selon une moyenne de ±35 hl/ha. Bien que la densité du vignoble soit élevée, de 10 000 à 11 000 pieds/ha, la taille des vignes est dirigée pour permettre le travail des sols, environ trois ou quatre griffages, ou décavaillonnages, annuellement.
Les vendanges sont manuelles et les raisins sont triés à l’arrivée au chai, puis partiellement égrappés afin de générer du jus en fond de cuves, des cuves de béton pour la phase de vinification, lequel jus produit en fermentant du gaz carbonique qui induit un milieu anaérobique, connexe à la vinification semi-carbonique conventionnelle dans le Beaujolais. Éric Janin emploie un grillage pour maintenir le chapeau immergé et apporter plus de structure au vin. Des remontages sont effectués quotidiennement et des pigeages sont éventuellement réalisés en phase finale pour prolonger la fermentation, d’une durée d’une quinzaine de jours.
Depuis 2014, les élevages, de dix mois, sont effectués en cuves inox. Un soutirage est réalisé après la fermentation malolactique. Des lies fines sont conservées et une micro oxygénation est induite pour éviter la réduction.
Déjà profonds sur 2014, les Moulin-à-Vent 2015 sont concentrés.
Nous aimons: Des essais d’agriculture biodynanique déjà réalisés par le passé démontrent un idéalisme chez les Janin, des vignerons humbles et sincères.


Domaine Anita (rencontre avec Anita Kuhnel) octobre 2017

Anita Kuhenel (photo captée sur YouTube)

Un temps cycliste de haut niveau, Anita Kuhnel a été de l’équipe de France ayant participé aux Jeux Olympiques de 1996. Elle a rencontré son ex-mari André Kuhnel sur le circuit, lui aussi ayant été du cyclisme élite. Celui-ci était vigneron et détenait des vignes sur Morgon. Anita l’a rejoint dans les vignes. En 2002, ils ont créé une société en partenariat, elle et lui, afin d’acquérir une propriété située sur sur la commune de Chénas, placée dans l’aire de Moulin-à-Vent, plus précisément au lieu-dit Les Caves, adjacent au lieu-dit Rochegrès. Les vins de Morgon, Chénas et de Moulin-à-Vent étaient produits selon les standards du négoce, auquel les vins étaient destinés.
Plus âgé qu’Anita, André Kuhnel est maintenant à la retraite. En 2011, elle lui achète ses parts dans l’activité conjointe et elle lui loue les vignes qu’il détient sur Morgon. À cet aplomb d’entrepreneur s’est couplé une disposition au changement puisque elle a entrepris de développer la mise en bouteille à la propriété et la commercialisation directe, de même qu’elle a introduit de façon graduelle un changement important d’approche de vinification et d’élevage.
Depuis le millésime 2014, sur une partie de sa production, elle assemble des cuves issues de la vinification classique bourguignonne à la vinification semi-carbonique typiquement beaujolaise. Aussi, une partie de la production dédiée à la vente directe est dorénavant élevée en pièces. Anita Kuhnel affirme que ce nouvel intérêt envers l’esprit bourguignon s’est développé entre 2012 et 2015 tandis qu’elle suivait, à distance, d’abord une formation en viti-œno pour professionnels de la vigne du Lycée viticole de Beaune et ensuite un DTO, un diplôme de techniques œnologique, de l’Université de Dijon. Aux prédispositions à l’entrepreneuriat et au changement, il y a donc lieu d’ajouter la persévérance. Le Domaine Anita, nom de ‘son’ projet, rejoint ainsi peu à peu le noyau important de producteurs de Moulin-à-Vent qui vinifie à la bourguignonne.
Trois cuvées sont produites de 3,5 hectares vignes sur le climat Les Caves de l’aire de Moulin-à-Vent: ‘Reine de Nuit’, ‘Cœur de Vigneronne’, et ‘Vieilles Vignes’: ‘Reine de Nuit‘ tire son nom ‘de la récolte (manuelle sur toutes les trois cuvées) ‘à la fraîcheur de la nuit’, ‘entre 3 heures et 9 heures du matin.’; vignes de 40 ans exposées Sud-Est; macération pré-fermentaire précédant la fermentation semi-carbonique; élevage de six mois en cuves. — ‘Coeur de Vigneronne‘: vignes de 45 ans exposées Est-Sud-Est; vinification bourguignonne à partir de vendanges égrappées pour 80%; macération de 14 jours avec pigeage quotidien; pressurage lent utilisant un pressoir horizontal; élevage de 11 mois en fûts de quatre vins (utilisation sur quatre années). — ‘Vieilles Vignes’, sinon très vieilles vignes car 79 ans d’âge exposées Sud-Est; macération semi-carbonique de 11 jours; élevage de 6 mois en cuves.
À compter du millésime 2017, le Domaine Anita proposera une nouvelle cuvée issue du célèbre climat La Rochelle.
Nous aimons: la volonté et la détermination, dans le sens le plus noble des deux mots, d’Anita Khunel. Puis les vins sont bons et nous pensons qu’ils seront de meilleur en meilleur.

 La cuvée ‘Reine de Nuit’ évoque les vendanges entreprises à la première lueur du jour.

Château des Jacques (rencontre avec Cyril Chirouze, directeur) octobre 2017
Cuvées de Moulin-à-Vent produites: Moulin-à-Vent, Champ de Cour, Clos de Rochegrès, Clos des Thorins, La Roche, Clos du Grand Carquelin et La Rochelle.

Le Château des Jacques a été bâti au 19e siècle, quand des fortunés, surtout de la région de Lyon, achetèrent ou construisirent de belles résidences d’été beaujolaises adjointes à un vignoble. Cette propriété, à Romanèche-Thorins, de la famille Thorins depuis les années 1930, a été acquise en 1996 par la maison beaunoise Jadot, premier négociant-éleveur de La Côte à prendre pied dans le Beaujolais. Le Château, vignes et installations, y est mené de façon assez indépendante tel un établissement vigneron. Des rénovations importantes au cuvage (nom du chai dans le Beaujolais), attenant au château, sont actuellement réalisées, dont l’installation de cuves béton et inox thermo-régulées. Bien peu de propriétés beaujolaises seront dotées d’un outil aussi moderne; la qualité des vins ne peut que progresser encore.
Le Château des Jacques a acheté en 2001 une partie importante des vignes du beau Château de Bellevue de Villié-Morgon; les vins de cette source sont vendus sous l’étiquette du Château des Jacques depuis 2008. Le capital de vignes compte ainsi 88 hectares: 38 en Moulin-à-Vent, 28 en Morgon, 4 de Fleurie, 3 de Chiroubles, 3 de Régié, un de Chénas, 9 de Chardonnay et quelques hectares en métayage. Le nombre de cuvées parcellaires sur Moulin-à-Vent, six, est étonnant (Rochegrès, Carquelin, Thorins, La Roche, Champ de Cour et La Rochelle). Eu égard à la superficie et à l’approche parcellaire, le Château des Jacques est certainement la plus importante et étonnante propriété ‘vigneronne’ de la région des crus du Beaujolais.

Cyril Chirouze, régisseur du Château des Jacques depuis 2015

Guillaume de Castelnau (2000-2014) et Cyril Chirouze, depuis 2015, ont successivement dirigé le domaine au cours des 17 dernières années. Guillaume de Castelnau y a fixé des normes de culture et de vinification exigeantes et Cyril Chirouze, ingénieur agronome et œnologue, fin trentaine, présent au château depuis 2007, manifestement méticuleux, les optimise.

Les vignes arrachées sont remplacées par des pieds issus de sélections massales. Les vignes sont taillées  de plus en plus  en cordons royat, plutôt que l’usuel gobelet beaujolais, et leur conduite exclue les désherbants chimiques, minimise les produits de synthèse et fait intervenir des pratiques bio sur le tiers du vignoble. Les récoltes sont manuelles. Déjà établies au château avant son achat par Jadot, les vinifications sont d’approche classique: raisins égrappés, démarrage de la fermentation en levures indigènes et macération longues avec interventions, variables, de pigeages et remontages, suivies généralement d’élevages en parties en cuves béton et en fûts français neufs et de plusieurs vins pour les cuvées d’assemblages de Moulin-à-Vent, Morgon, Fleurie, Chénas et Beaujolais; et généralement qu’en fûts pour les cuvées parcellaires.
Deux cuvées de 2015 (La Roche et Clos Rochegrès) dégustées avant notre visite avaient montrées des matières nobles, des corps imposants (grand millésime), marquées par leur élevage aux notes épicées.
La gamme de 2014 dégustée au château fut davantage révélatrice. Sur ce millésime intéressant par son équilibre (vins d’immédiateté) et pour lequel l’apport de l’élevage en pièces apparait atténué comparativement aux 2015, les vins se sont bien montrés:
Moulin-à-Vent (cuvée classique): cuvée emblématique du Château issue de replis partiels des récoltes parcellaires et des climats Les Vérillats et Les Caves: vin étonnamment rond, certes consensuel. — Si lieux-dits voisins soit-ils, La Roche et (Clos du Grand) Carquelin sont différents: sur un sol très maigre, de sable avec très peu d’argile, ‘désertique’ (C. Chirouze), situé sur la crête de la dorsale, la croupe, principale qui constitue le cœur du vignoble de Moulin-à-Vent, le vin de la cuvée La Roche exprime vivacité, tension, droiture, finesse; superbe. — Clos du Grand Carquelin: du flanc Sud-Est de la dorsale ci-devant mentionnée et au sol plus profond, le vin est plus massif, avec de la mâche, moins de tension et de vivacité. — La Rochelle, plus haut sur la même dorsale, exposé au Sud, au sol plus profond de granite délité, plus argileux: vin au grand corps, texture veloutée, élégant. — Clos de Rochegrès (10 hectares en propriété), de plus en plus en altitude, en fait à l’amorce de la dorsale au haut du coteau, sur une veine de quartz: grande fraîcheur, vin étiré et énergique, onctuosité, vin complet. Des vins ‘de garde, de table’ (Cyril Chirouze).
Nous aimons: l’accueil hautement professionnel, courtois, et l’acuité du propos de Cyril Chirouze. Le renouveau apporté au cuvage, au chai, qui laisse entrevoir des vins encore meilleurs.

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