Date de publication:

Clos des Mouches

Mise à jour: mai 2020

CONTENU:
1 ⇒ Présentation du Clos des Mouches
2 ⇒ Physionomie du Clos
3 ⇒ Morphologie/physiographie
4 Géologie

5 ⇒ Un climat hétérogène, des vins distincts?!
6 ⇒ Situation du Clos au sein des classements historiques

1 ⇒ Présentation du Clos des Mouches

Beaune-sudCliquez sur l’illustration pour l’agrandir. La position du Clos des Mouches dans la mosaïque des climats du versant Sud du finage de Beaune. Le Clos des Mouches jouxte le finage de Pommard, dont on aperçoit le village à gauche sur l’image.

Après Les Grèves (31,3 ha), le Clos des Mouches possède la deuxième superficie en importance des Premiers Crus beaunois, soit 25,2 hectares.

Marie-Hélène Landrieu-Lussigny écrit sur le Clos des Mouches de Beaune − il y a aussi des clos des Mouches à Meursault et Santenay − dans ‘Climats et Lieux-dits des Grands Vignobles de Bourgogne’ (2012) que « cette grande parcelle est dédiée à la vigne et au verger depuis des siècles! Les abeilles venaient y butiner et elle y ont laissé leur nom. En patois bourguignon, elles s’appelaient des mouches.« 

Le Clos des Mouches est surtout associé au Domaine Joseph Drouhin qui y détient 14 hectares, dont 6,5 ha en Chardonnay. Le site du domaine nous informe que c’est le fils du fondateur, Maurice, qui y a remembré 41 parcelles auprès de huit propriétaires durant la années 1920. Cette présence dominante de la maison Drouhin sur ce climat atténue partiellement celle pourtant significative de la Maison Chanson, propriétaire d’une surface de 4,5 hectares. Les autres exploitants du climat sont entre autres: Domaine Berthelemot de Meursault (Brigitte Berthelemot / rouge et blanc / 0,85 ha), Domaine François Gaunoux aussi de Meursault, Domaine Violot-Guillemard de Pommard (rouge et blanc), Domaine Aleth Girardin aussi de Pommard.
(Réponse #10 du quiz: Domaine Joseph Drouhin et Maison Chanson)

Clos-mouches-parcellaireLes positions des parcelles des domaines Joseph Drouhin (14 ha, dont 7,5 exploités en Pinot noir), Chanson (4,5 ha), Berthelemot (0,85 ha) et François Gaunoux.

IMG_0258Le portail au bas du considérable morceau de 14 ha de Joseph Drouhin dans le climat Clos des Mouches. De cette position, on ne peut apercevoir que partiellement la partie supérieure du coteau. L’explication suit.


2 ⇒ Physionomie du Clos

S’étirant sur une distance de 500 mètres tant dans le sens de la pente que transversalement à celle-ci, le dénivelé du Clos des Mouches est ±60 m, entre les altitudes ±245 et ±305 m.

Si le climat Les Grèves, lui aussi considérable en taille et en notoriété, a une morphologie et une géologie assez uniformes1, le Clos des Mouches est cependant hétérogène. Sa morphologie est celle d’un monticule. Aussi, par sa géologie il se divise en trois sections. La topographie, l’altitude, la pente, l’exposition, la géologie ayant respectivement des impacts sur le terroir, le Clos des Mouches a donc des parties.
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Le climat Les Grèves qui occupe tout un pan du coteau de vignes de la partie Nord du finage beaunois, de bas en haut sur 31,3 ha, a un plan uniforme et une géologie/pédologie homogène.

 


3 Morphologie/physiographie

Alors que le versant viticole a presque partout sur La Côte une forme concave, le Clos des Mouches a plutôt une forme convexe, celle d’un monticule. Cette morphologie détermine des inflexions d’expositions à ses parties.
Sa portion méridionale est le prolongement d’un devers (flanc) de débouché de combe sur La Côte, le devers Sud du vallon nommé Lulunne, (voir les illustrations à la suite), ce qui explique l’inflexion vers le Sud de cette portion. À l’opposé, sa portion septentrionale incline légèrement vers le Nord-Est.

closdesmouchesvssudenreliefCliquez sur l’illustration pour la grossir. Une mise en relief de l’image ouvrant ce topo. De façon étonnante, le Clos des Mouches est placé sur un monticule. Les illustrations ci-dessous montrent plus clairement cette position, très singulière sur La Côte.
La partie méridionale (une boussole est au haut à droite) du Clos des Mouches est placée dans le prolongement d’un devers (flanc) du débouché d’une combe. Placé au dessus du Clos des Mouches, le Premier Cru Montrevenots est également logé sur le même devers. Ainsi, la partie méridionale du Clos des Mouches (Domaine Joseph Drouhin) a une inflexion vers le Sud-Ouest, tandis que la partie septentrionale (Maison Chanson) en a une vers le Nord-Est.

Beaune-closdesmouchesCette première coupe montre que, dans l’axe du Clos des Mouches, la pente du versant a une forme convexe. La forme usuelle du talus de La Côte est plutôt concave.

ClosdesmouchescoupetransversaleCette autre coupe, aussi de forme convexe, traverse cette fois le Clos des Mouches dans un axe transversal à la pente du versant. La physionomie du Clos des Mouches est vraiment une curiosité. La situation suscite un questionnement entre le rapport de ce monticule, la géologie sous-jacente et la qualité, élevée, des vins du Clos.

 


4 ⇒ Géologie

Des informations à l’échelle 1/10 000 sur la géologie du Clos des Mouches sont disponibles. Le GEST (Groupe d’Étude et de Suivi des Terroirs) et l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) de Pommard ont commandité en 2012 une étude géologique du finage de Pommard et ses périphéries sur Beaune et Volnay. La carte géologique résultante est disponible sur le site internet du GEST.

closdesmouchesgeolALa carte géologique de Pommard et ses périphéries à l’échelle 1/10 000 produite par la géologue Françoise Vannier, spécialiste de La Côte. Cette carte couvre le climat Le Clos des Mouches qui est adjacent au finage de Pommard. Un zoom sur le Clos des Mouches figure à la suite.

closdesmouchesgeol2

moucheslegendeUn zoom sur la géologie du Clos des Mouches. Ci-après pour les commentaires.

Deux failles importantes (tiretés violet) traversent le Clos dans le sens contraire à la pente. Une des deux a engendré un décrochage des compartiments qui lui sont latéraux. La majeure partie du Clos des Mouches s’appuie sur les Calcaire oobioclastique et graveleux (étage inférieur du Jurassique Supérieur), tandis que la partie inférieure du Clos a pour substratum du Calcaire de Ladoix (étage supérieur du Jurassique Moyen). Un phénomène inusité sur La Côte s’observe toutefois sur la moitié inférieure du Clos des Mouches: la dolomitisation des Calcaires oobioclastique et graveleux (aussi en certains endroits du finage de Pommard), c’est à dire la transformation du calcaire en dolomie par la circulation de fluides riches en magnésium ayant dissout la calcite et précipité de la dolomite.

Le lecteur intéressé par la géologie remarquera que le sous-sol des deux climats majeurs Clos des Mouches et Les Grèves sont très différents, ce dernier étant constitué d’une épaisse couche de ‘grèzes litées’.


5 ⇒ Un climat hétérogène, des vins distincts?!

La géographie disparate du Clos des Mouches suggère que des vins nuancés en sont issus, selon ses parties. Vu sa propriété considérable sur ce climat, les vins du Domaine Drouhin amalgament en bonne partie les disparités du terroir et celles-ci seraient sans importance si ce domaine en détenait le monopole. Toutes choses étant égales par ailleurs, les vins des autres exploitants traduiraient ces nuances. Une dégustation comparative serait très intéressante. Le Clos des Mouche démontre que les climats bourguignons présentent parfois, sinon souvent, des caractères distincts.


6 ⇒ Situation du Clos au sein des classements historiques

‘Première Cuvée’ selon Jules Lavalle. ‘Première Classe’ dans le Classement de 1860 du Comité d’Agriculture de l’arrondissement de Beaune. ‘Tête de cuvée’ pour Camille Rodier en 1920. Seul Jules Lavalle désigne quelques autres climats à un rang supérieur, celui de ‘Tête de Cuvée’: Les Bressandes, Les Grèves, Les Fèves, Les Marconnets et le Clos de Mousse. Globalement Le Clos des Mouches obtient un classement supérieur, sans être majeur.

→ Classement de Jules Lavalle (1855)

Le Dr Jules Lavalle a rédigé ‘Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte d’Or’ en 1855. L’ouvrage est une référence majeure puisqu’il contient le premier essai de classement, complet et consciencieux, des climats de la Côte d’Or. Ce classement est réalisé par commune, par finage. La catégorisation comprend cinq niveaux: ‘Tête de Cuvée’, ‘Première Cuvée’, ‘Seconde Cuvée’, ‘Troisième Cuvée’ et ‘Quatrième Cuvée’. Jules Lavalle utilise aussi la mention ‘Hors Ligne’ en certains endroits, entre autres pour classer le Clos de Vougeot et quelques climats d’Aloxe-Corton, Prémeaux-Prissey et Maranges. Il indique en page 92 de son ouvrage que les ‘têtes de cuvée‘ et les ‘hors ligne‘ sont dans la même classe, sans toutefois mentionner les particularités ou circonstances associées aux attributions des cotes ‘hors ligne’. Au sujet de l’éventuelle comparaison de classes identiques d’un finage à l’autre (exemple: les climats en ‘Première Cuvée’ sur Gevrey par rapport aux climats en ‘Première Cuvée’ sur Beaune), Jules Lavalle a écrit « Je n’ai étudié les vins de chacune des communes de la Côte comme si les autres communes n’eussent pas existé et la classification que j’ai donnée n’est vraie que pour chacune d’elles prises isolément. » Le monumental travail de Jules Lavalle contient aussi le premier exercice, rigoureux, de cartographie de La Côte.

→ Le Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune

Ce classement fut produit pour la promotion des vins de Bourgogne lors de l’exposition universelle de Londres de 1862. L’arrondissement de Beaune est un des cinq arrondissements du département de la Côte d’Or. Voici quelques extraits des notices liées audit classement: « Non seulement chaque commune, mais encore chaque climat, et souvent chaque parcelle a été l’objet d’un examen consciencieux de la part de cette Commission qui a puisé ses renseignements aux meilleures sources. De plus, avant d’être définitivement arrêté, le classement de chaque commune a été soumis à une enquête publique par M. le Préfet de la Côte-d’Or. / Les observations recueillies dans les diverses localités ont été l’objet d’un nouvel examen très approfondi et le classement a été modifié en vertu des observations qui ont été reconnues fondées. Nous osons donc le dire, le plan que nous publions présente toutes les garanties désirables de sincérité et d’exactitude. / La première classe comprend les vignes qui ont paru réunir à un haut degré toutes les conditions voulues pour produire un vin de choix; ce qu’on appelle ordinairement les têtes de cuvées et premières cuvées. La seconde classe (vulgairement nommée secondes cuvées) comprend les vignes placées dans des conditions un peu moins favorables, par rapport à la nature du sol, à son exposition, à son inclinaison. La troisième classe (troisièmes cuvées) les vignes qui, tout en produisant des vins dignes d’être classés parmi les vins fins, se trouvent placées sur l’extrême limite des bons climats. »
L’arrondissement de Beaune regroupe les finages de Santenay à Vougeot; l’arrondissement de Dijon comprend les finages de La Côte situés au Nord de Vougeot, soit de Chambolle-Musigny jusqu’à Marsannay-la-Côte.

→ Classement de Camille Rodier (1920)

Dans son ouvrage important ‘Le Vin de Bourgogne’, Camille Rodier, co-fondateur, avec Georges Faiveley, de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, écrit « Nous tenons à ce qu’il soit établi que nous n’avons pas cherché à faire un classement nouveau, mais que le travail que nous présentons aux lecteurs résultent de deux classements faisant autorité à des titres différents, savoir … » et il nomme les classements de Jules Lavalle (1855) et du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860. Il n’en adapte pas moins de temps à autre ces deux classements, d’autant que les valeurs des climats étaient certainement mieux connues quelques décennies après ceux nommés.
Après les classements historiques de Jules Lavalle et du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 18650, le classement de Camille Rodier doit également être considéré tel une référence majeure.
Au sein des Premières Cuvées de son classement, Camille Rodier utilise des majuscules pour faire valoir, sobrement, les climats qu’il considère exceptionnels, ses ‘Têtes de Cuvées’ en quelque sorte; entre autres sur Beaune, les climats Les Bressandes, le Clos de la Mousse, Au Cras, Les Fèves, Les Grèves et Les Marconnets.

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