Date de publication:

Corton: physiographie/géologie

Mise en ligne: février 2024

NB: Ce dossier se documente principalement du rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de la montagne de Corton‘ produit à l’échelle 1/ 10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue) et déposé en juillet 2022 auprès des requérants de service, soit les cinq Organismes de Défense et de Gestion (ODG): Grands Crus Corton, Corton Charlemagne et Charlemagne; Aloxe-Corton; Ladoix; Pernand-Vergelesses; et Bourgogne.

CONTENU
1 ⇒ Sur l’intérêt de la géologie
Principales observations
2 ⇒
Géographie
2-1 → Positionnement de la colline de Corton au sein de la Côte d’Or
2-2 → Les trois communes de la colline de Corton: Aloxe-Corton, Pernand-Vergelesses et Ladoix.
3 ⇒ Contexte de ‘colline’: explication
4 ⇒ Physiographie
4.1 → Altitudes
4.2 → Pentes
4.3 → Expositions
5 ⇒ Géologie de La Côte: genèse schématique
5-1 → Premier épisode: ± époque: Jurassique
5-2 → Deuxième épisode: ± époque Oligocène
5-3 → Troisième épisode: ± époques Oligocène jusqu’au Quaternaire
3-4 → Quatrième épisode: époque Quaternaire
6 ⇒ Géologie de la colline de Corton
6-1 → Carte géologique à l’échelle 1/10 0000
6-2 → Quelques observations principales

1 ⇒ SUR L’INTÉRÊT DE LA GÉOLOGIE

« De même que les vins présentent des caractéristiques organoleptiques variables, des différences existent également dans les roches des milieux viticoles. Il n’y a pas un calcaire et une argile, mais bien une large palette de roches sédimentaires argilo-calcaires. Ceci est dû à l’environnement au moment du dépôt des sédiments marins, à leur mode de dépôt, à leur composition chimique. En conséquence, ces roches vont elles-mêmes générer une gamme encore plus variée de sols. Le mode d’altération de la roche sera différent, la nature et l’épaisseur des sols pourront varier, le type d’altération de la roche (blocs, plaquettes, sédiments fins et meubles), donnera une pierrosité propre à chaque roche et un stockage potentiel d’eau spécifique. » Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue, ADAMA.
Toujours est-il …
Ce mot s’adresse aux nuls, aux nuls en géologie s’entend, enfin aux désintéressés du sujet.
Vous concevez une certaine incidence de la géologie dans l’univers du vin, mais le sujet vous rebute. Il est vrai que la science en question est assommante comme une tonne de roche, si bien que le nombre de navigateurs sur ce topo pourrait bien être infime.
La géologie et la pédologie apportent bel et bien des explications capitales au triomphe du concept des climats sur cette ‘terre sainte’.

C’EST QUE SUR ‘LA CÔTE’ LE SOL DANS LEQUEL LES RACINES SE PROVISIONNENT ET SE RAMIFIENT ORIGINE EN GRANDE PARTIE DE L’ALTÉRATION DU CONTEXTE ROCHEUX SOUS-JACENT, DORÉNAVANT DÉSIGNÉ DE ‘MATÉRIAU PARENTAL’ OU ‘CONTEXTE PARENTAL’ . TOUJOURS EST-IL, LE SOUS-SOL DE ‘LA CÔTE’ EST UNE VÉRITABLE MARQUETERIE ARGILO-CALCAIRE (des calcaires, des marnes, et des milieux divers composés d’agglomérats résultant de l’altération de calcaires et/ou marnes).
Mise en garde aux lecteurs: N’allez surtout pas conclure que la géologie fournit à elle seule l’explication théorique de la complexité des vins de Bourgogne. Les terroirs s’expliquent aussi par d’autres facteurs.
Autre mise en garde en cas de crédulité: la mosaïque des climats de La Côte n’est pas la superposition de la marqueterie argilo-calcaire en place! La variabilité géologique s’observe au sein même des climats.


 

PRINCIPALES OBSERVATIONS

Le vignoble de la colline de Corton est le seul de la Côte de Nuits à présenter une ‘physionomie’ de colline. Explication: deux vallées, des combes évasées, transversales à l’axe de La Côte cisaillent le secteur de Corton de part et d’autre. Une troisième combe, celle-là longitudinale à l’axe La Côte,  en retrait d’environ 1,5 kilomètre du pied du versant de la colline de Corton, a pour conséquence de découper un îlot, autrement dit elle détermine le contexte de la colline. Un contexte unique dans le contexte de la Côte d’Or.

Au plan géologique, Corton est un vignoble ‘de transition’ entre les Côtes de Nuits et de Beaune. De nombreuses couches rocheuses présentes dans le sous-sol de Corton s’observent également sous les vignobles plus au Nord. Quelques lithographies de calcaires et de marnes absentes de la Côte de Nuits s’observent en partie haute du versant de Corton.

Formant un collier en partie supérieure du versant de vignes, une strate importante de Marnes de Pernand a définitivement suscité une plantation en large partie de chardonnay et constitue, grosso modo, le périmètre du Grand Cru Corton Charlemagne.

 

2 ⇒ GÉOGRAPHIE ET PHYSIOGRAPHIE

2-1 → Positionnement de la montagne de Corton au sein de la Côte d’Or

Illustration A: La montagne de Corton si situe littéralement au centre de la Côte d’Or. Carte issue du rapport d’ADAMA sur Corton.

Illustration B: Carte – issue du site du BIVB – illustrant la Côte de Beaune, au sein de laquelle la colline de Corton est située à son extrémité Nord.


2-2 →  Les trois communes de la colline de Corton: Aloxe-Corton, Pernand-Vergelesses et Ladoix

 

Illustration C: Carte des périmètres respectifs des trois communes se partageant l’étendue de la colline de Corton: Aloxe-Corton au Sud-Est; Ladoix-Serigny à l’Est; et Pernand-Vergelesses à l’Ouest.  Carte issue du site Vins-de-Bourgogne.fr.

La territoire de la commune d’Aloxe-Corton est exigu, un minuscule et pittoresque village systématiquement entouré de vignes, dont de nombreux Grands Crus célèbres. Le territoire de Ladoix-Serigny s’étend largement à l’Est de la route D978 (correspondant à l’axe du fin trait gris qui traverse la carte, au milieu, de façon oblique), qui longe le pied du versant de La Côte; son village est ainsi situé dans la plaine de la Saône. Pernand-Vergelesses n’est pas une des multiples communes viticoles de La Côte qui est traversé par la D978. Elle est nettement en retrait à l’Est de celle-ci. Pittoresque, ce village est une ‘destination’ pour le touriste amateur de vin.

Illustration D: Le périmètre des Grands Crus de la colline en rouge. Les périmètres des Premiers Crus en orange. Les périmètres en AOC communales en jaune. Carte issue du site Le Bourgignon.fr.

Illustration E: Partage des niveaux d’appellations sur les trois communes, sachant que les diagrammes afférents aux aires en Premiers crus, en AOC communales et en AOC régionales incluent aussi des secteurs périphériques à la colline; exemple: le Premier Cru Ile de Vergelesses s’inscrit dans le périmètre de la commune de Pernand-Vergelesses mais ne se situe pas sur les pentes de la colline de Corton. Seuls les Grands Crus sont tous directement logés sur les flancs de la colline.

Le territoire de la commune d’Aloxe-Corton s’accapare 75% de la superficie de 160,8 hectares en Grands Crus ‘Corton’ et ‘Corton-Charlemagne’.



 3 ⇒ Contexte de ‘colline’: explication

Illustration F: Cette photo aérienne prise depuis le Sud est tirée du site ‘Paysagedecorton.fr’. À gauche, le village vigneron de Pernand-Vergelesses. À droite, le village de Ladoix-Serigny, à l’Est de la route D974 qui relie Dijon à Beaune. Le village d’Aloxe-Corton n’est pas visible; son périmètre se situe immédiatement au bas, à droite, de l’image.

Corton est le seul contexte de la Côte d’Or qui est désigné de ‘colline’ (colline de Corton), parfois nommée ‘montagne’ de Corton. Pour bien comprendre cette désignation, il importe de bien saisir:
√ que le vignoble de la Côte d’Or occupe systématiquement le versant terminal, oriental, d’un massif montagneux − selon schématiquement un axe Nord-Sud −, en partie inférieure de ce versant, entre les altitudes de ±140 mètres et ± 375 mètres.  La plaine de la Saône débute immédiatement à l’Est du versant de vignes de La Côte. Voir l’illustration G à la suite.
√ En Côte de Nuits, partie septentrionale de la Côte d’Or, les roches calcaires sont prédominantes. En Côte de Beaune, partie méridionale de la Côte de Nuits, ce sont les marnes qui sont prépondérantes, lesquelles sont riches en argiles et davantage érosives.
√ Les vallées nommées usuellement combes en Bourgogne de la Côte de Nuits sont surtout perpendiculaires à l’axe de La Côte et plutôt encaissées étant donné la faible érosivité du calcaire. En Côte de Beaune, les combes sont tantôt perpendiculaires, tantôt obliques à l’axe de La Côte; et assez évasées.
√ Quant à la colline de Corton, trois combes ont respectivement un parcours qui longe un axe du pourtour de la colline. La considérable combe Échevronnes (village des Hautes Côtes à quatre kilomètres de Pernand-Vergelesses) configure le Sud de la colline; la combe Jeanin en produit le pourtour Nord; et la combe de Pernand-Vergelesses en détermine le pourtour Ouest. Au Sud, se trouve tout simplement la plaine de la Saône.

Bref, ce sont ces trois combes qui créent le contexte de colline. Voir l’illustration H à la suite.

Bordure Cotedor Plateaux

Cliquez sur les illustrations pour les agrandir
Illustration G-1,
carte de gauche ci-haut, est extraite du
geoportail. Le point orange positionne la colline de Corton. La commune de Beaune se constate sous la colline de Corton. La Côte d’Or occupe systématiquement la partie inférieure du versant terminal, oriental− schématiquement selon un axe Nord-Sud − du massif montagneux (nommé ‘Plateaux’ sur l’illustration G2), lequel couvre la demie gauche de l’illustration. Ce versant est entrecoupé de maintes vallées, désignées usuellement de combes; celles situées au Nord de la colline de Corton sont perceptibles sur l’illustration du haut. Ce sont les combes qui environnent, circonscrivent en fait, la colline de Corton qui configurent mutuellement le contexte de ‘colline’. La plaine de la Saône (‘Vallée de la Saône’ sur l’illustration G2) occupe la partie droite. Celle-ci débute immédiatement à l’Est du versant de vignes de la Côte d’Or.
Illustration  G-2, carte de droite ci-haut: Carte extraite du rapport de la société ADAMA sur la géologie du Clos de Vougeot.

Illustration H-1: Les lignes de niveaux permettent d’appréhender les vallées, les combes, qui circonscrivent la colline de Corton. L’importante combe d’Échevronne (position du village portant ce nom au haut de l’illustration) longe le village de Pernand-Vergelesses et s’ouvre en ‘delta’ aux abords de la colline de Corton; en fait, elle découpe la colline de Corton à l’Ouest de celle-ci. Les combes de Jeanin et de Vry se fusionnent sous le village de Magny-les-Villers et découpent le flanc Est de la colline de Corton. À l’endroit où est indiqué ‘Pernand-Vergelesses’, une troisième combe, resserrée celle-ci (et débouchant sur la considérable combe d’Échevonnes), découpe la colline sur son flanc Ouest. Ces trois combes configurent la ‘colline’ de Corton. Autre carte tirée du Geoportail.

combedepernandIllustration H-2: Les traits illustrent les axes des trois combes, trois vallées sèches, qui configurent la ‘colline’ de Corton. Les axes des deux combes définies par des traits noirs sont transversales à La Côte. L’évasement de ces deux combes transversales à La Côte et la combe oblique, illustrée par un trait rouge, déterminent le contexte de ‘colline’.

combedepernandprisedeuxIllustration H-3: Une autre perspective de la combe oblique à l’axe de La Côte, à proximité du village de Pernand-Vergelesses, qui configure décisivement la colline.



4 ⇒ Physiographie

4.1 → Altitudes

Illustration I: Carte des altitudes du vignoble de la colline de Corton. Carte issue du dossier d’ADAMA sur Corton. À l’Est, les plus faibles valeurs, de 215 à 240 mètres environ, correspondent à la bordure de la plaine de la Saône. Au Nord et à l’Ouest, les valeurs les plus élevées (plus de 360 mètres) sont situées sur les hauts de versants et sur les plateaux des Hautes-Côtes qui dominent la Côte.

Les grands crus s’étagent entre 229 et 362 mètres. Ce seuil de 362 mètres correspond à celui des Grands Crus, particulièrement celui de Corton-Charlemagne, le plus élevé de tous les GC de La Côte.


4.2 → Pentes

Illustration J: Carte des pentes du vignoble de la colline de Corton. Carte issue du dossier d’ADAMA sur Corton.
Correspondances: Une pente de 2% correspond à équivaut à 1,15ο;  5% vs 5,86ο;  10% vs 5,71ο;  20% vs 11,31ο;  30% vs 16,70ο;  40% vs 21,80ο. Sachant qu’une pente de 45ο correspond à une pente de 100%, l’élévation en altitude corresepond alors de 100 m pour 100 m à l’horizontale.


4.3 → Expositions

Illustration K: Carte des expositions du vignoble de la colline de Corton. Couvrant le pourtour médian et supérieur de la colline, les Grands Crus ont des expositions comme suit: 51,7% sont au exposés au Sud-Est; 15,2% au Sud; 14,8% au Sud-Ouest; et 9,2% à l’Ouest. La partie du Grand Cru qui est sur la commune de Pernand-Vergeleses est le seul plan exposé à l’Ouest de tout les Grands Crus de La Côte. Carte issue du dossier d’ADAMA sur Corton.



5 ⇒ Géologie de La Côte: genèse schématique

5-1 → Premier épisode: ± époque Jurassique

Bien succinctement, le vignoble de la Côte d’Or, La Côte, repose sur un ‘sous-sol’ formé d’une série lithologique, des calcaires et des marnes divers, qui s’est constituée en milieu marin surtout au Jurassique, il y a entre ±135 millions et ±200 millions d’années. Une mer épicontinentale (l’étendue d’eau recouvre le plateau continental) recouvrait alors la presque totalité de la France, dont le relief était alors bien peu marqué (illustration ‘K’ à la suite). La Bourgogne se trouvait ainsi en eau peu profonde dans des environnements ayant variés, des contextes particulièrement propices à l’accumulation de dépôts marins de différentes natures – débris de coraux et animaliers, micro-organismes, algues calcaires, etc. – qui se sont superposés, et transformés au fil de millions d’années en autant de couches rocheuses, tel un mille-feuille (voir la deuxième illustration à la suite).
À la fin du Crétacé (-145 à -65 Ma), l’émersion du territoire se produisit, en concomitance avec l’orogenèse alpine. Le futur site du Clos de Vougeot se situait dès lors en domaine continental.

 

L’illustration ‘L’ ci-devant montre la série lithologique sous le vignoble de Corton. Illustration tirée du dossier d’ADAMA sur Corton. La séquence montrée correspond à un segment du forage  qui a été réalisé à Argilly, à une quinzaine de kilomètres au Sud-Est de Nuits-Saint-Georges, lequel est une référence de la série de strates rocheuses accumulées dans le substratum de la Côte de Nuits.


5-2 → Deuxième épisode: ± époque Oligocène

‘Il y a entre ±34 et ±23 millions d’années, à l’Oligocène, bien après que la mer tropicale se fut retirée (à la fin du Crétacé), un étirement majeur de la croûte terrestre à travers toute l’Europe provoqua une série d’effondrements gigantesques. Des rifts, d’orientation Nord-Sud, se créèrent ainsi à travers la France. Dans l’actuel département de la Côte d’Or, la bordure occidental du rift qui en fut engendré est située au pied même de La Côte. Il n’y a pas une seule grande faille (rift), mais toute une série de compartiments qui s’affaissent progressivement vers le centre du Fossé Bressan.

Au cours des millions d’années subséquentes à l’avènement du rift bourgignon, de multiples failles générées par des séismes, de directions diverses, fragmentèrent notamment la longue ‘bande’ étroite d’une cinquantaine de kilomètres qui est devenu depuis La Côte, la Côte d’Or, et les plateaux montagneux la prolongeant à l’Ouest. Les blocs (ou compartiments) rocheux découpés par le réseau de failles se décalèrent − des rejets jusqu’à plusieurs dizaines de mètres − les unes des autres le long des clivages en vertu des forces tectoniques. Un ‘marqueterie’ argilo-calcaire en découlera au troisième épisode. Il est à signaler que les combes qui découpent La Côte en maints endroits résultent des échancrures, des failles.

Fosse Bressan’illustration ‘M’, par ADAMA, montrant une coupe partielle (section occidentale) du rift bourguignon, nommé Fossé Bressan (fossé d’effondrement occupant la vallée de la Saône), selon le troisième épisode (à la suite) achevé. Accumulée dans la cavité du rift au cours des millions d’années subséquentes à sa formation, l’impressionnante couche de dépôts apparait sous la couleur brunâtre, ou ocre. Sur cette coupe, il importe de noter que l’endroit de la route D974, qui longe le pied de La Côte, se situe directement sur le rebord du rift, et que le versant actuel de La Côte correspond à l’indication ‘Marsannay-la-Côte’.

 


5-3 → Troisième épisode: ± Oligocène jusqu’au Quaternaire

Le phénomène de l’érosion agit incommensurablement en tout temps et en tout endroit. L’érosion a ainsi opéré avant et pendant l’Oligocène et sur les millions d’années suivantes jusqu’au Quaternaire (épisode suivant). Cette érosion a systématiquement ‘varlopé’ le talus de La Côte et généré une ‘marqueterie’, en quelque sorte une mosaïque, formée d’éléments de calcaires et de marnes variés. C’est cette marqueterie qui caractérise la géologie des climats de La Côte, entre eux et au sein d’eux.

Lillustration N ci-contreextraite du rapport d’ADAMA sur Cortonmontre l’impressionnante ‘marqueterie’ de formations lithographiques du climat Clos du Roi de Corton et son pourtour immédiat. Le volet 6.2 en décrit les formations. Le Clos du Roi est circonscrit par un trait noir.


5-4 → Quatrième épisode: époque Quaternaire

La Côte subit un dernier remodelage au cours des périodes de glaciation du Quaternaire. Notamment, il y a environ une vingtaine de milliers années, lors de la dernière période glaciaire (climat actuel en Alaska), le sous-sol était gelé pendant une majeure partie de l’année sur une épaisseur de vingt à trente mètres. Durant les périodes estivales, une mince couche de surface était alors soumise à une alternance quotidienne de gels-dégels. Par phénomène de cryoclastie, des matériaux rocheux de tout format ‘s’effritèrent’ et se détachèrent du socle rocheux. Depuis les plateaux surmontant La Côte à l’Ouest, des torrents d’eau de fonte dévalèrent alors le versant terminal du plateau montagneux en charriant ces matériaux jusque, entre autres, sur l’emplacement actuel du vignoble de La Côte. Empruntant les fractures alors existantes, ces puissants flots échancrèrent celles-ci; lesquelles sont devenues les combes qui entaillent de La Côte. Aux débouchés des combes, s’apaisant, les torrents générèrent par épandage, par ‘délestage’, année après année, du − colluvionnement et alluvionnement . Ce phénomène d’épandage explique la présence de ‘cônes de déjection, ou ‘cônes alluviaux’ (voir à la section 5.2), de bons terroirs viticoles, aux débouchés des combes.



6 ⇒ Géologie de la colline de Corton

6.1 → Carte géologique à l’échelle 1/10 000

Illustration O (cliquez sur celle-ci pour l’agrandir) : Carte géologique de la colline de Corton, à l’échelle 1/10 000, issue du rapport sur la physiographie-géologie-pédologie de la colline de Corton produit en 2022 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue, Emmanuel Chevigny, géo-pédologue) en vertu d’un mandat obtenu en juillet 2022 des cinq Organismes de Défense et de Gestion (ODG) suivants: Grands Crus Corton, Corton Charlemagne et Charlemagne; Aloxe-Corton; Ladoix; Pernand-Vergelesses; et Bourgogne.


6.2 → Les roches constitutives de la colline

Calcaire de Comblanchien
Age: Période du Jurassique moyen (Dogger), étage stratigraphique du Bathonien-Callovien: -168 Ma à -161 Ma
Épaisseur de 60 à 70 mètres

Formation constituée de calcaires compacts, très durs, agencée en bancs métriques très massifs, qui affleure largement dans le secteur étudié. La roche est de couleur claire, beige à crème, et se caractérise souvent par une pâte très fine, d’aspect homogène, et une cassure avec un aspect porcelané (voir photo ci-bas).
Produite en milieu marin peu profond, calme, dans un lagon très étendu. Une boue qui devient une roche sous des sédiments qui s’accumulent au dessus.
Le calcaire de Comblanchien est largement exploité dans des carrières à proximité de la colline de Corton, particulièrement sur la commune de Comblanchien.

Le calcaire de Comblanchien s’observe sur une large bande à mi-coteau sur les vignobles d’Aloxe-Corton et Ladoix, particulièrement sur quelques Grands Crus, dont Les Bressandes et Les Maréchaudes d’Aloxe-Corton; et Les Vergennes, Le Rognet et Corton et Les Grandes Lolières de Ladoix.

C0mblanchien Porcelaine

 

Calcaire de Dijon-Corton et marnes à Digonella divionensis
Age: Période du Jurassique moyen (Dogger), étage stratigraphique du Bathonien terminal-Callovien: -166 Ma à -161 Ma
Épaisseur de 10 à 20 mètres

Ensemble comprenant trois niveaux: une partie inférieure de 5 à 8 mètres de calcaires oolitiques (riches en oolithes)  et bioclastiques. (riches en bioclastes). Fut largement utilisé en tant que matériau de construction à Dijon et Beaune.
Une partie intermédiaire de 3,5 mètres formée de marnes claires dont la couleur comporte des nuances variantes (gris, blanc, jaune, …) et de calcaires argileux riches en fossiles brachiopodes.
Et une partie supérieure de 4 à 6 mètres de calcaires riches en débris coquillers en bancs horizontaux.

Le calcaire de Dijon-Corton est bien présent en tant que roche-mère, ou matériau parental, sur la colline, notamment sur les Grands Crus Bressandes d’Aloxe-Corton et Le Rognet et Corton de Ladoix.

Corton Dijon Cortonmarnes à Digonella divionensis surmontées de calcaire de Dijon-Corton.

 

Calcaire de Ladoix
Age: Période du Jurassique moyen (Dogger), étage stratigraphique du Bathonien terminal-Callovien: -165 Ma à -161 Ma
Épaisseur de 10 à 15 mètres

Aussi connue en tant que Dalle Nacrée. La base forme de petits bancs de calcaire à stratifications obliques séparés par des joints argileux ou marneux. Au dessus, un ensemble de bancs riches en bioclastes, avec des oolithes.
Le calcaire de Ladoix fut utilisé pour les couvertures bourguignonnes en pierres plates, en ‘laves’.

Une formation déterminante autour de la colline de Corton. Se constate sur les flancs de la combe dite d’Échevronne qui échancre le vignoble de Pernand-Vergelesse; notamment sur les climats Ile de Vergelesses et Les Vergelesses. Aussi, très concrètement, sur une bande au pourtour de la colline, notamment sur les GC Le Charlemagne, Les Chaumes, Les Fiètres, Les Perrières, Les Grèves, le haut des Bressandes, le bas des Renardes et se prolonge sur les GC de la commune de Ladoix, nommément le Clos des Corton Faiveley, le Corton et Rognet, et Hautes et Basses Mourottes.

Corton Calcaire Ladoix

 

Oolithe ferrugineuse
Age: Période du Jurassique moyen (Malm), étage stratigraphique du Oxfordien moyen: -161 Ma à -156 Ma
Épaisseur de 1 à 3 mètres

Formation comportant des niveaux peu épais, aux lithologies bien distinctes. Notamment, à la base, sur 0,1 à 2 mètres, des calcaires argileux et des marnes jaunes ou rougeâtres, notamment riches en petites oolithes ferrugineuses. Surmontés par des calcaires à Balonocrinus, de 0,1 à 2,5 mètres, de couleurs variables, riches en fossiles, durs, compacts, hétérogènes, massifs, noduleux avec de gros entroques étant des débris de crinoïdes, Balanocrinus subteres (illustration ci-bas).

 

BalanocrinusDébris de crinoïdes (couleur rouge).

Corton Oolithe Ferrugineuse

 

Marnes de Pernand
Age: Période du Jurassique moyen (Malm), Oxfordien moyen (et supérieur?0: -161 Ma à -156 Ma
Épaisseur de 40 à 60 mètres

Formation épaisse de marnes de teintes claire, crème, jaunâtre. Sauf des contours devenus apparents à la suite d’excavations (exemple sur l’illustration ci-bas), celles-ci affleurent peu en raison de leur sensibilité à l’érosion et de colluvionnements de calcaires qui les recouvrent. Des sols de couleurs claires sont en indice de leur occurrence dans le sous-sol.

Formation majeure dans le contexte de la colline de Corton, puisque occupant une large bande dans le pourtour supérieur de celle-ci.

Marnes Pernand Affleurement

Corton Marnes Pernand AAffleurement de Marnes de Pernand surmontés de colluvions.

 

Calcaires à chailles
Age: Période du Jurassique supérieur (Malm), Oxfordien moyen (et supérieur?): -161 Ma à -156 Ma
Épaisseur de 10 à 15 mètres

Formation s’intercalant dans la Marne de Pernand. Constituée de calcaires fins, silteux, en bancs décimétriques, très riches en chailles. Celle-ci sont des concrétions siliceuses qui se forment après le dépôt du sédiment, avec les circulations d’eau.
Le calcaire à chailles s’observe notamment sur quelques Grands Crus du territoire d’Alox-Corton, assez haut sur le versant.  Des bandes de cette formation se constatent notamment, significativement sur Les Perrières, deux bandes discontinues sur Le Clos du Roi, aussi sur le climat Le Corton.

Corton Calcaire Chailles

 

◊ Dépôt de conglomérats et marneux de couleur rose saumon à rouge
Age: Oligocène supérieur: -28 Ma à -23 Ma
Épaisseur très variable de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètre

Dépôts constitués de tous les matériaux érodés aux reliefs qui se forment avec la formation du Fossé Bressan. Ce sont des conglomérats très hétérométriques constitués d’éléments très variés, soit des marnes de couleur ocre, rose ou rougeâtre. Les marnes se mettent en place dans des domaines protégés, que ce soit au pied du versant entre deux axes de transport ou dans des secteurs plus distaux des vallées.

Se constatent au pied du versant, sur la bordure du Fossé Bressan.

Corton Conglomerat Saumon

 

Marnes de Bresse
Age: Plio-Pléistocène: -5,3 Ma à -1,4 Ma
Épaisseur mal connue, de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètre

Des sédiments très différents ont été regroupés sous cette dénomination. Composés majoritairement de marnes silteuses et argiles gris-bleu, jaunâtres, carbonatés qui reposent en discordance sur les dépôts précédents. En surface, cette formation est perturbée par des phénomènes de gels-dégels durant la période du Quaternaire et entaillée par des dépôts fluviaux variés.

Les marnes de Bresse occupent un large secteur au pied du versant, principalement à l’Est de la route D974. Elles sont localement recouvertes de dépôts quaternaires.

Corton Marne BresseAffleurement de marne de Bresse mis en évidence par une excavation au sien du climat Les Valozières.

 

Alluvions proximales anciennes ou cônes alluviaux
Age mal connu, Plio-Quaternaire (-5,4 Ma à ±15 000 ans) / A
gglomérations lors des périodes de glaciation
Épaisseur mal connue, de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètres.

Les cône alluviaux, ou cône de déjection, sont positionnés aux débouchés des combes, des vallées sèches. Leur envergure est tributaire des volumes de matériaux charriés par les torrents d’eau de fonte et leur positionnement au pied des versants, et dans certains cas dans leur prolongement, dépend et de la puissance des torrents. Notamment, le cône alluvial associé à la considérable combe d’Échevronne, qui entaille le versant latéralement au village de Pernand-Vergelesses, se projette jusque dans la plaine, sur le territoire Chorey-les-Beaune; la carte géologique ne montre qu’une partie de ce cône alluvial. Le cône alluvial associé à la conjonction de vallées sèches au Nord de la colline de Corton s’étale aussi jusque dans la plaine et n’apparait également que partiellement sur la carte géologique.

 

Colluvions cryoclastiques ou Grèzes Litées
Age mal connu, Plio-Quaternaire (-5,4 Ma à ±15 000 ans) / Agglomérations lors des périodes de glaciation

Épaisseur jusque-là dix mètres

Voir Grèzes litées

Observé sur un mini secteur à l’extrémité Nord du vignoble de Ladoix-Serigny

 

Argiles et limons à chailles
Age Plio-Quaternaire

Zéro à quelques mètres.

Mis en place au pied du relief, dans la zone d’accumulation des matériaux colluvionnés, ces placages sont constitués de matériaux résiduels de l’érosion le long du versant: les calcaires ont été dissous et seules subsistent les particules de nature non carbonatée, les argiles et les chailles silicieuses. Corton Argiles Limons Chailles