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Cornas: géologie

Mise à jour: juin 2019

Ceci est un abrégé (réalisé par monocepage.com) du
‘Rapport général – Étude géopédologique de l’aire d’appellation Cornas, ‘(échelle 1/10 000)’ réalisé en 2014 par ‘Sigales‘, société d’études de sols et de terroir.


1 ⇒ Donne géomorphologique

En Rhône-Nord, la bordure orientale du Massif Central longe la rive droite du fleuve. Le Massif y est formé de roches cristallines — granite et roches résultant du métamorphisme du granite, entre autres gneiss et micaschiste (Côte Rôtie) — qui déterminent à sa bordure deux caractéristiques géomorphologiques:
1) D’une part, ces roches étant peu érosives mécaniquement, la bordure du Massif a été peu ‘rabotée’, peu lissée au fil du temps, et est ainsi demeurée assez abrupte;
2) D’autre part, cependant sensible à l’érosion par l’humidité, cette bordure a été abondamment incisée par les multiples flux d’eau, ruisseaux et rivières, constituant, ou ayant déjà constitué, le réseau hydrique débouchant sur le Rhône. La bordure est donc échancrée par des ravines, ravins (ou combes) et vallées.


2 ⇒ Substratum

L’aire de Cornas s’appuie presque essentiellement (±90%) sur une roche-mère de granite, le ‘granite de Tournon’, dont la composition minérale comprend: ± un tiers de quartz; ± un tiers d’orthose (famille des feldspath potassiques) et oligoclase (famille des feldspath plagioclase); et ± un tiers de biotite (mica noir) − ; quartz, feldspath et mica étant les trois minéraux associés au granite −. Le granite de Tournon se constate également sur le remarquable segment de Saint-Joseph s’étendant sur Mauves et Tournon-sur-Rhône, à une dizaine de kilomètres au Nord de Cornas; de même que sur la partie Ouest de l’Hermitage.


3 ⇒ Pédologie: sol de surface (‘arène’) et horizon intermédiaire (‘saprolite’)

En surface, le sol, nommé ‘arène’, est sableux-graveleux, bien que surtout sableux; l‘arène étant le stade définitif de l’altération, la désagrégation, du granite. Le sol de Cornas est surtout neutre ou peu acide (pH moyen de 6,4) et comporte un bon niveau de matière organique.
Entre le substratum rocheux et le sol meuble de surface, ‘d’arène’, s’insère un horizon intermédiaire, de transition, où le granite devient poreux et friable, tout en conservant sa cohésion, et acquiert une teinte plus foncée; ce n’est alors plus de la roche et pas encore du sol. Cet état désigné de ‘saprolite’, ou de ‘gore’ — en fait le ‘gore’ est du saprolite désengrené — est un horizon d’épaisseur variable, en moyenne de 70 cm. Le saprolite accumule l’eau et en restitue graduellement l’excès. La ‘physiologie’ du saprolite explique que les milieux granitiques sont de bons terroirs; notamment parce que deux des trois minéraux composant le granite, le feldspath et le mica (rappel: le quartz étant le troisième minéral du granite), produisent de l’argile en s’hydrolysant (modification par l’eau).
Il faut savoir que les racines des vignes se ramifient jusqu’à ±1,5 mètre en profondeur en traversant l’horizon ‘d’arène’ et se ramifiant dans celui du ‘saprolite’.

Une ouverture sur un muret de terrasse laisse entrevoir une coupe. Le sol sableux s’est répandu au bas de la coupe. Sur le premier mètre dégagé, apparait l’horizon de ‘saprolite’, qui est un état intermédiaire d’altération du granite. Le saprolite n’est alors plus de la roche et non plus du sable/gravier (‘arène’) qui compose le sol, le stade final d’altération du granite. Le saprolite est poreux et friable sans que la masse ait perdu sa cohésion. Les racines s’y développent.

→ Au sujet du rapport entre la géologie et le terroir, le granite et ‘l’arène’

« Le granite (et les roches métamorphiques associées au granite, comme le micaschiste de Côte Rôtie) est une roche très sensible à l’altération (désagrégation), presque comme les calcaires, car le feldspath et le mica, qui le composent avec le quartz, sont facilement désorganisés. Les radicelles (des racines) extraient des éléments chimiques: le feldspath donne surtout du potassium, du calcium et du sodium; le mica donne du fer, du magnésium et du potassium. Une fois que ce réseau minéral est appauvri (dégradé), l’échafaudage du silicate d’aluminium s’effondre; silice et alumine se recombinent pour donner des argiles. Et là, tout est gagné en matière de terroir. » propos de Georges Truc en 2015  à la revue Le Rouge et le Blanc (no117)

Représentation du granite, ‘saprolite’ et ‘arène’ par François Michel, géologue.

Photo extraite du Rapport géopédologique de l’aire d’appellation Moulin-à-Vent (substratum de granite) de la société ‘Sigales.
À gauche, des morceaux de granite, granite rose celui là. Au haut à droite, le ‘saprolite’ est de couleur plus sombre que le granite sain; l’oxydation du fer expulsé du mica crée cette teinte plus sombre. Au bas à droite, de l’arène, soit du saprolite désengrené.


4 ⇒ Le pied de versant (piémont)

Le vignoble de Cornas comprend une bande étroite, d’une centaine de mètres, en faible déclivité au pied du versant, soit à l’altitude de ±140 mètres. Le substratum, le ‘soubassement’, de ce piémont est également formé de granite. Cependant une couche de quelques mètres de colluvions et d’alluvions le recouvre et y constitue une ‘formation superficielle’. Les dépôts de pente en question sont des produits du granite qui furent ‘déménagés’ et remaniés, au fil des millénaires, depuis le versant vers le pied de celui-ci par gravité (colluvionnement ou encore érosion gravitaire) ou via des flux (alluvions ou encore érosion hydrique). Pour les pédologues et géologues, cette ‘formation superficielle’ représente alors la ‘roche-mère’, le ‘matériel parental’. Ensemble, les horizons d’arène et de de cette formation superficielle sont nettement plus profonds que ceux des coteaux. L’hydromorphie (aptitude à l’engorgement hydrique) est une particularité contraignante de ce type de contexte. Les vins du piémont sont moins structurés et nuancés que ceux du versant.


5 ⇒ Les formations géologique sporadiques de Cornas

Le substratum de petites parties de l’aire, au total ±10% de celle-ci, est non granitique: une bande de calcaire et d’éboulis calcaires sur le flanc exposé au Sud d’une combe à l’extrémité Nord de l’aire; un minuscule affleurement de grès dans la partie centrale du piémont; et des ‘spots’ de loess, des limons d’origine éolienne.


6 ⇒ Carte géologique de Cornas