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Côte Rôtie: topo

Mis en ligne en mai 2019

La relance du vignoble de Côte Rôtie étant un fait encore récent à l’échelle de l’histoire, tout au plus une quarantaine d’années, il est à la fois logique et étonnant, eut égard à sa cote actuelle, que les topos contemporains sur cette appellation soient encore bien peu nombreux et schématiques. Ce topo est dorénavant le plus étoffé.

1⇒ Géographie/physionomie
1-1 → Géographie
1-2 → Physionomie/physiographie
1-3 → Situation de Mésoclimat
2 ⇒ Une évolution interrompue
2.1 → Léthargie séculaire puis renaissance vers 1970
2-2 → Quelques autres éléments d’histoire
3⇒ Encadrement de l’appellation
3-1 → Création
3-2 → Réglementation
4 ⇒ Géologie
5 ⇒ Introspective
5.1 → Mosaïque des lieux-dits

5-2 → Emploi des lieux-dits dans la dénomination des vins
5-3 → Dissimilitude physiographique des lieux-dits
5-4 → Description des terroirs jusqu’à ce jour: nomenclature
5-5 → Éventuelle (?) meilleure connaissance des terroirs

1⇒ Géographie/physionomie

1-1 → Géographie

Accroché directement sur le rebord du Massif Central, lui-même bordant le Rhône, Côte Rôtie est la plus septentrionale des appellations communales de toute la vallée du Rhône; (‘Seyssuel’ en sera un jour l’appellation la plus septentrionale). Son aire traverse trois communes, du Nord au Sud: Saint-Cyr-sur-Rhône, Ampuis et Tupins-et-Semon, selon une longue bande de ±9 kilomètres et étroite de 200 à 500 mètres, selon les endroits.
Côte Rôtie est immédiatement contiguë, au Nord, à l’aire de Condrieu, le ruisseau Bassenon démarquant les deux aires.
Saint-Cyr-sur-Rhône est face à Vienne, sur l’autre rive du Rhône; et à moins de quarante kilomètres au Sud de Lyon.

Illustration A. Cette carte montre des détails qu’omettent presque toutes les cartes viticoles du Rhône septentrional: celle-ci situe, assez correctement, la minuscule (2,7 hectares) aire de l’AOC ‘Château-Grillet’ (qui y est malencontreusement nommée ‘Château-Juillet’!) qui est enchâssée dans l’aire de Condrieu. Aussi il y est signalé, en couleur orangée, le segment de quatre communes qui est conjoint à Condrieu et Saint-Joseph.

Illustration B. Les trois communes de l’aire de Côte Rôtie.

1-2 → Physionomie/physiographie

Du Beaujolais (particulièrement le secteur des crus du Beaujolois) jusqu’au rebord des Cévennes, en passant par le plateau lyonnais, la bordure orientale du Massif Central longe le cours du Rhône dans la région viticole du Rhône-Nord. Formé de roches cristallines, granite et roches métamorphiques, deux situations géomorphologiques en découlent:
1) D’une part, ces roches étant peu érosives mécaniquement, la bordure du Massif a été peu ‘rabotée’, lissée, et est ainsi demeurée assez abrupte;
2) Cependant sensible à l’érosion par l’humidité, cette lisière a été incisée par les multiples flux d’eau, ruisseaux et rivières, constituant, ou ayant déjà constitué, le réseau hydrique débouchant sur le Rhône. La bordure est donc abondamment échancrée par des ravines, ravins (ou combes) et vallées.

Vu le caractère pentu de maints secteurs, de multiples terrasses y ont été aménagées pour contrer l’érosion et établir des ‘plateformes’ pour l’implantation des vignes. La succession de terrasses forme en quelque sorte un ‘escalier’ qui crée la transition entre la plaine, celle de la vallée du Rhône, à ±150 mètres d’altitude, et le premier plateau de la retombée du Massif Central, soit le plateau Pélussin à l’altitude de ±350 mètres. À Côte Rôtie, ces terrasses sont des ‘chaillées’ et leurs murs des ‘cheys’.

Illustration C-1. À partir des lignes de niveau, cet extrait du Géoportail fournit un aperçu de la physionomie de la partie méridionale de Côte Rôtie, soit de sa limite Sud jusqu’à Ampuis au centre. La limite Sud de l’aire est déterminée par le ruisseau Bassenon (son cours suit le trait pointillé longeant notamment la mention ‘Semons’), lequel ruisseau démarque ainsi les aires de Côte Rôtie et Condrieu.

Illustration C-2. Physionomie de la partie septentrionale de Côte Rôtie, de Ampuis au centre de l’appellation jusqu’à Saint-Cyr-sur-le-Rhône au Nord; le hameau de Verenay, entre Ampuis et Saint-Cyr est rattaché à la commune d’Ampuis.

Illustration D. Une photo en 3D traduisant les deux illustrations précédentes. Les ruisseaux nommés sur les deux illustrations précédentes se conçoivent sur celle-ci: du Nord au Sud, les ruisseaux (fréquemment asséchés pour plusieurs): des Lézardes, du Cognet, Molière, Murinand, Félodière, Fongeant, Reynard, d’Aulin et Bassenon. Les multiples ravines, combes et vallées entaillées au fil des millénaires par ces cours d’eau sont resserrés. Ce paysage en ‘accordéon’ est typique à Côte Rôtie. Ailleurs plus au Sud, sur Condrieu et Saint-Joseph, la bordure du Massif Central est également échancrée, cependant de manière plus distendue.
Le ‘puzzle’ est celui des lieux-dits. Voir le volet 5.1 ‘Mosaïque des lieux-dits’.

Illustration E-1. Le premier de trois zooms: la partie méridionale de l’aire de Côte Rôtie, sur la commune de Semons-et-Tupin. Les noms des lieux-dits figurent au volet 5.1 ‘Mosaïque des lieux-dits’.

Illustration E-2. Deuxième zoom: la partie centrale de l’aire de Côte Rôtie, sur la commune de Ampuis. Encore,  les noms des lieux-dits figurent au volet 5.1 ‘Mosaïque des lieux-dits’.

Illustration E-3. Troisième zoom: la partie septentrionale de l’aire de Côte Rôtie, sur la commune de Saint-Cyr-sur-le-Rhône.

Illustrations F-1 et F-2. Des illustrations intéressantes produites par Mappavini. Celle du haut couvre Tupin-et-Semons et la partie méridionale de Ampuis. Celle du bas, la partie septentrionale de Ampuis et Saint-Cyr-sur-le-Rhône.

Illustrations G. Le lieu-dit ‘Côte Blonde’, non pas le secteur ‘Côte Blonde’, qui surplombe immédiatement la commune d’Ampuis. La déclivité atteint 60% par endroit, si bien que de multiples terrasses y ont été aménagées, pour contrer l’érosion et établir des ‘plateformes’ pour la colonisation des vignes. Ce contexte en ‘escalier’ forme la transition entre la plaine, celle de la vallée du Rhône, à ±150 mètres d’altitude, et le premier plateau de la retombée du Massif Central, le plateau Pélussin, à l’altitude de ±350 mètres.
La ‘Côte Blonde’ occupe le versant le mieux exposé, au Sud-Sud-Est, de l’entrée d’un ravin depuis la vallée du Rhône (ou vu inversement, au débouché du ravin sur la vallée du Rhône). Le ravin associé au lieu-dit ‘Côte Blonde’ apparait sur l’illustration C-1, laquelle situe ‘Côte Blonde’.

Photo séculaire de Côte Blonde.

Illustrations H. Le site Mappavini illustre la mosaïque des lieux-dits de l’appellation et leur découpage parcellaire. En voici un extrait.

1-3 → Situation de mésoclimat

Illustrations I. La bille orangée indique Ampuis, au centre de la bande de ±9 kilomètres de Côte Rôtie. Vienne est la ville riveraine du Rhône au haut de l’image, sur la rive gauche du Rhône.

Le cours du Rhône effectue une inflexion importante immédiatement en amont de l’aire de Côte Rôtie. Ce crochet a deux incidences déterminantes: l’insolation de l’aire de Côte Rôtie est du coup infléchie favorablement selon l’axe varisque, du Nord-Est vers le Sud-Ouest; aussi, celui-ci atténue la vélocité du courant d’air frais en provenance du Nord circulant dans le couloir du Rhône.

Le climat du secteur de Côte Rôtie est de type ‘lyonnais’, semi-continental. Chaudes et humides, les dernières influences méditerranéennes remontant par la vallée du Rhône s’y manifestent occasionnellement.

 

2 ⇒ Une évolution interrompue

2-1→ Léthargie séculaire puis renaissance vers 1970

« Les vignobles de Côte Rôtie et de Condrieu sont les héritiers du prestigieux vignoble antique de la région de Vienne. Mais ils sont en régression spatiale, car concurrencés de toute part. La motorisation ne peut guère s’y introduire car les vignes s’accrochent à des coteaux escarpés, taillés en étroites terrasses, qui imposent des prix de revient exorbitants. » Rolande Gadille, ‘L’héritage d’une viticulture antique, vignes et vins de Condrieu et Côte Rôtie’, 1978.

La superficie du vignoble en Rhône septentrional a varié selon les époques de façon très contrastée. Entre autres, très étendu et renommé qu’il était au milieu du 19e siècle, le vignoble s’est subséquemment amenuisé dramatiquement pendant plus d’un siècle.
Au 18e et 19e siècles, le vignoble du Rhône-Nord est réputé et son extension, comme celle du vignoble entier de France, est d’ordre général constante. Porté par un essor économique et des progrès dont l’avènement du train, la superficie en vignes y atteint son apogée historique au milieu du 19e. Cette longue prospérité est cependant suivie par un siècle de délaissement du vignoble, entre ±1870 et ±1970. Tous les vignobles du Rhône Nord, dont Côte Rôtie, subissent alors un processus d’abandon assez systématique, particulièrement des parties en coteaux. D’abord, la crise phylloxérique des dernières décennies du 19e siècle détruit tout le vignoble de France. Puis des avatars engendrés par l’homme se succèdent, voire s’amalgament: 1) La surproduction des années 1900 (la forte prospérité du vignoble languedocien, les importations de vins algériens et la production de vins factices ont entrainé des surproductions un peu partout en France); 2) les marasmes des deux guerres mondiales; et 3) une interminable période de mévente du vin, jusqu’à 1960/1965 (explicable par les révolutions dans les pays de l’Est, la crise économique des années 1930, la prohibition aux États-Unis, la perte de marchés traditionnels par les guerres, etc.).

En concomitance à ces crises et léthargies dans la viticulture rhodanienne, la région septentrionale de la Vallée du Rhône et la vallée du Giers, non loin de Côte Rôtie, connaissent un fort essor industriel; c’est l’époque des Trente Glorieuses. La main d’œuvre viticole se détourne des coteaux pentus aux tâches harassantes, pour intégrer les nouveaux emplois moins exigeants et/ou plus rémunérateurs et réguliers dans les nouvelles usines et ceux en découlant dans la sphère économique des services. Par ailleurs, l’extension des milieux urbains crée une pression spéculative sur leur périphérie viticole respective; c’est le cas à Ampuis et Saint-Cyr, situés à proximité de Vienne. En outre, la production de vins courants et les activités agricoles, maraichères et arboricoles, particulièrement la pêche et l’abricot (la production issue de la plaine alluviale d’Ampuis a alors une grande réputation), y substituent la viticulture qualitative. Qui plus est, les coteaux escarpés en Rhône-Nord restreignent l’introduction, au milieu du 20e, de la mécanisation des travaux viticoles, laquelle s’est généralisée partout ailleurs. La viticulture en Rhône-Nord est ainsi partout en léthargie, jusqu’à vers 1970/1980. Notamment, Côte Rôtie se contracte jusqu’à une surface de près de 60 hectares. Pire, celui de Condrieu s’amenuise à moins de dix hectares!

2-2→ Quelques autres éléments d’histoire

Les Allobroges, peuple celte, auraient implanté la vigne dans les alentours de Vienne, dont plausiblement dans le secteur actuel de Côte Rôtie. Nous ne sommes toutefois pas de ceux qui associent la colonisation des coteaux pentus à cette époque d’il y a deux millénaires. Nous concevons plutôt que les premières vignes ont d’abord été fixées en piémont ou en plaine du Rhône.
Autour du 16e siècle, la dénomination ‘Côte Rôtie’ aurait d’abord porté sur les vins du secteur de la  Côte Brune. Le texte accompagnant le décret d’appellation indique que la plus ancienne trace écrite de l’utilisation du nom de ‘Côte Rôtie’ remonte au moins à 1698. Elle se serait ensuite étendue au secteur de la Côte Blonde. L’encyclopédie Roret (1921) révèle, à propos des vins de l’arrondissement de Lyon que « les vins rouges les plus estimés se récoltent dans la commune d’Ampuis qui se divise en deux parties appelées Côte brune et l’autre Côte Blonde« .
Dans son ouvrage de 1816 ‘Topographie de tous les vignobles connus’, André Jullien, premier classificateur des vins de France, désigne en ‘Première Classe’ les Côtes Brune et Blonde et ne traite aucunement des autres parties de Côte Rôtie. Il en est étonnant puisque Jullien a couvert assez systématiquement tous les vignobles de France du début du 19e siècle, même ceux produisant que des vins ordinaires, abandonnés depuis longtemps.

La relance de l’activité viticole sur Côte Rôtie remonte donc aux années 1970. Les replantations s’effectuent alors surtout sur les terroirs aux pentes modérées, particulièrement aux abords des plateaux, entre autres sur les lieux-dits Les Grandes Places et Rozier, au demeurant des terroirs de bon niveau. Schématiquement, la partie exploitée de l’AOC croit subséquemment comme suit: ± 70 ha au cours des années 1970  ⁄  ±140 hectares vers 1990  ⁄  ±250 ha en 2009  ⁄  ±280 ha en 2019.
Le premier syndicat de vignerons de l’appellation aurait été formé en 1953. La date est tardive comparativement à la mise sur pied de maints syndicats de viticulteurs de partout en France, mais peu étonnante étant donné la léthargie du moment en Rhône septentrional.
Une modification du décret du 21 Décembre 1966 avait étendu l’aire géographique de l’AOC à la commune de Saint-Cyr-sur-le- Rhône.
Les crus La Turque/Côte-Brune (voir la carte Larmat des années 1940 sous 5.1, ‘mosaïque des lieux-dits’) et LaMouline/Côte-Blonde et Landonne créés par la maison Guigal, accroissent la notoriété de Côte Rôti. Quelques autres crus majeurs, tels Grandes Places, Viallières et autres, ne sont véritablement considérés des vinophiles que depuis une quinzaines d’années.
Les prix auraient triplé durant les années 1980, ce qui traduit la montée de l’intérêt envers Côte Rôtie.

Figure emblématique du vignoble nord-rhodanien: Guigal

Le nom Guigal est à Côte Rôtie ce que celui de Chapoutier est à Hermitage, Chave à Saint-Joseph, Vernay à Condrieu et Clape à Cornas; les grandes figures qui ont littéralement élevé la renommée du vignoble nord-rhodanien.
Étienne Guigal (1909-1988) travaille d’abord pour la maison Vidal-Fleury, fondée en 1781, à laquelle il achète de vignes en 1946 pour créer son propre domaine. Il démarre parallèlement une activité de négoce. En France à cette époque, l’activité vinicole est déprimée depuis des décennies, particulièrement en Rhône-Nord où elle dépérit radicalement depuis la fin du 19e siècle; seuls une quarantaine d’hectares de vignes sont alors exploitées sur Côte Rôtie. Étienne montre alors un tempérament semblable aux Rousseau à Gevrey-Chambertin, Dauvissat à Chablis et d’autres curieux ou ardents contemporains qui acquièrent des vignes au détriment d’un marché sans perspectives de relance!
Marcel Guigal (±1943- …), fils d’Étienne, rejoint son père au domaine en 1961. Il entreprend une progression toujours ininterrompue plus de 60 ans plus tard, dont les étapes suivantes au cours de la première trentaine d’années: acquisitions de vignes, développement de marchés de l’exportation et achat au milieu des année 80 de la maison Vidal-Fleurie, laquelle conservera sa propre gestion. Il élève à la fois la notoriété du nom Guigal et de l’appellation en concevant les toujours fameuses cuvées La Mouline, La Turque et La Landonne. Marcel devient un des piliers, voire le pilier principal, de la renaissance de l’appellation Côte Rôtie au cours des années 70 et 80. Entre 2001 et 2006, il mène une autre vague expansionniste en acquérant les domaines Jean-Louis Grippa de Tournon-sur-Mauves dans l’appellation Saint-Joseph, de Vallouit en Côte Rôtie, laquelle détient également des vignes sur Hermitage, Saint-Joseph et Crozes-Hermitage, et de Bonserine, qui, comme Vidal-Fleury, conserve depuis une autonomie entière.
Philippe Guigal, né en 1975, acquiert une formation d’œnologue et rejoint officiellement Marcel en 1997. En période de vendanges, il dirige ‘non stop’ les opérations aux pressoirs et aux cuves de vinification. Hors cette agitation automnale, il co-dirige avec son père Marcel l’entreprise qui continue toujours à grandir; la soixantaine d’hectares du Château de Nalys à Châteauneuf-du-Pape ayant notamment été acquis en 2017. Bref, aujourd’hui (2019), Domaine Guigal et Maison Guigal représentent mutuellement l’organisation de production et de commercialisation de vins possiblement la plus importante en valeur de la grande région du Rhône.
De chaque côté de la RD 386, les deux bâtiments principaux à Ampuis paraissent assez étroits compte tenu de la taille de l’entreprise. L’explication relève d’une activité qui y est largement souterraine: 3,5 hectares de caves, équipements de pointe et entrepôts, où s’activent quotidiennement environ 25 personnes. Il est à souligner que Guigal a sa propre tonnellerie.
La moitié de la production de 8,5 millions de bouteilles est destinée à l’exportation. Guigal est un des très grands noms de l’univers du vin de France. La maison Guigal nous a courtoisement accueilli et accordé une visite complète des installations à Ampuis en avril 2019. Les photos à la suite furent prises lors de ce passage.

Ève Guigal, épouse de Philippe Guigal, Philippe Guigal, Marcel Guigal et son épouse Bernadette Guigal.

3 ⇒ Encadrement de l’appellation

3-1 → Création

L’AOC Côte Rôtie fut homologuée le 18 octobre 1940. Une modification du décret de décembre 1966 annexa le vignoble de Saint-Cyr-sur-le-Rhône à l’aire initiale.
En Rhône-Nord, les AOC Saint-Peray et Château-Grillet furent créées en 1936; Hermitage, Crozes-Hermitage et Cornas en 1938; Condrieu également en 1940; finalement Saint-Joseph en 1956. De celles-ci, seule Saint-Peray avait obtenu une AO (en vertu de la Loi des Appellations d’Origine de 1919; en Rhône-Nord. Seyssuel, vignoble près de Vienne qui est en renaissance depuis une quinzaine d’années, avait également obtenu une AO.)
La superficie délimitée est de 280 hectares et approximativement 260 hectares sont présentement exploités.

Le 12 avril 1964, les vignerons de Chavanay sont réunis et envisagent une fusion de leur finage à celui de Côte Rôtie. Parmi les vignerons présents, on y reconnait des noms de producteurs bien connus: Cuilleron, Montez, Perret, Pichon …
Source: archives de André Perret, producteur sur Condrieu et Saint-Joseph.
Donc Saint-Cyr-sur-le-Rhône fut rattaché à Côte Rôtie en 1966. À cette période, d’autres tractations de communautés vigneronnes des environs ont lieu concernant d’autres annexions. Notamment, la communauté vigneronne de Chavanay, distante d’environ dix kilomètres de Ampuis, considère également une fusion de son vignoble avec celui de Côte Rôtie (voir l’illustration jointe). L’endroit est un vrai bourg et le ‘vin de Chavannay’ y fut une dénomination ancienne et ainsi possiblement apte à l’obtention d’une AOC. Il y est pourtant envisagé une association avec une appellation déjà existante et attrayante. L’annexion se fera plutôt avec Saint-Joseph.

 

 

3-2 → Réglementation

Encépagement
L’appellation est consacrée essentiellement à la production de vins rouges tranquilles, composés de syrah dans une proportion minimale de 80%. Le viognier, cépage à vin blanc employé de façon exclusive sur l’appellation voisine de Condrieu, est  le cépage optionnel complémentaire. Le décret de l’appellation indique que ‘la conformité de l’encépagement de l’exploitation est appréciée sur la totalité des parcelles de l’exploitation produisant le vin de l’appellation d’origine contrôlée, et en prenant en compte la situation des parcelles complantées en cépage blanc.’ Toujours est-il que les raisins de syrah et de viognier doivent être vinifiés conjointement.

Est-il à dire que les coteaux escarpés et les terrasses parfois étroites rendent les tâches au vignoble nettement plus onéreuses, de même que particulièrement contraignantes pour l’adoption de la culture biologique, laquelle implique notamment le travail des sols à la pioche. Sur toute l’aire de Côte Rôtie, une poignée d’exploitants pratique néanmoins la culture biologique, formellement ou informellement, nommément (et peut-être pas exclusivement) les domaines, Pierre-Jean Villa, Georges Vernay, Clusel-Roch, Jean-Michel Stephan, Chapoutier et le vigneron Stéphane Othéguy.

√ Syrah/serine
En Rhône-Nord, la syrah fut longtemps nommée ‘serine’, ou ‘sérine’, aux alentours de Vienne et ‘syrah d’Hermitage’ autour de cette dernière appellation. En réalité, serine et syrah contemporaine sont quelque peu distincts.
Si la syrah est peu sensible aux maladies cryptogamiques et moins vulnérables aux insectes, elle requiert cependant un climat chaud lors de la floraison en raison de sa vulnérabilité à la coulure.
Ce cépage induit naturellement des forts rendements, si bien que la production de vins racés relèvent davantage de sols pauvres, tel les sols de l’altération de roches cristallines, présentes sur l’appellation, et de rendements maitrisés, voire faibles. Le rendement autorisé sur les aires des appellations Côte Rôtie, aussi bien que Cornas et Saint-Joseph, est de 40 hectolitres par hectare. À titre comparatif, ce même paramètre est un peu plus élevé pour la majorité des appellations en Grands Crus de la Côte d’Or (exemples: 42 hl/ha sur Chambertin et Musigny), et nettement plus élevé quant aux nobles appellations du Bordelais, à titre d’exemples: 55 hl/ha pour Margaux et 49 hl/ha sur Pomerol.
En 1988, la syrah ne comptait en France que pour 2% de l’encépagement en vin rouge (soit l’année d’édition du ‘Livre des cépages’ de Jancis Robinson). Sa grande notoriété actuelle découle indubitablement de son emploi majeur en Rhône septentrional. Le cabernet-sauvignon, le pinot noir et la syrah forment actuellement le grand tiercé des cépages à vins rouges de France.
Des tests d’ADN conduits par l’INRA de Montpellier ont démontré que la syrah relève génétiquement d’un croisement des cépages mondeuse (cépage blanc) et dureza (cépage noir).
Respectivement à Côte Rôtie et Condrieu, Syrah et Viognier seraient implantés en limite septentrionale de leur territoire cultural.

La syrah et le viognier sont des proches. Le viognier est au masculin et la syrah est au féminin. Ils sont inséparables dans les vignobles avoisinants la cité de Vienne: Côte Rôtie et Condrieu. Certes l’un et l’autre s’associent dans le vin de Côte Rôtie, mais c’est davantage à travers la collectivité de vignerons des deux appellations que cette relation se noue: tous les exploitants de l’une de ces appellations le sont également sur l’autre! Si non vérifié chez un ou deux producteurs, il s’agirait d’exception(s) qui confirme(nt) la règle.

√ Viognier
Un volet du texte accompagnant le décret d’appellation mentionne que des vins blancs de Côte Rôtie furent brièvement produits au début du 17e siècle et souligne que la présence actuelle du viognier dans le vignoble « témoigne de cette production ».
Les parcelles complantées, autrement dit en mélange de plants de syrah et de viognier, se vérifieraient plus fréquemment dans le secteur de la Côte Blonde que celui de la Côte Brune.

Le viognier est-il pertinent, oui ou non, dans le vin de Côte Rôtie? 

L’autorisation du viognier dans l’encépagement des vins de Côte Rôtie fut manifestement contextuel; l’adoption en 1944 d’un décret qui eut monopolisé la syrah dans le vin de Côte Rôtie aurait du coup signifié la désertion des vignes de viognier alors bel et bien présentes, sur une base historique, dans le vignoble. Si un temps le viognier a pu apporter une pointe de grâce, il en est présentement moins évident. La syrah vendangée de nos jours sur Côte Rôtie peut définitivement ‘jouer solo’, sa fraîcheur et sa plénitude étant maintenant pleinement avérée: capital de vieilles vignes en place, pleine maturité des vendanges apportée en particulier par la réchauffement climatique et appropriation par le milieu (comme ailleurs) de moyens et de méthodes de vinification/élevage d’optimisation du vin. En fait, aujourd’hui, la replantation de viognier sur l’aire de Côte Rôtie ne se constate surtout qu’en des endroits où celui-ci est tout simplement mieux adapté (particulièrement sur des sols plus riches) que la syrah; bref de manière perspicace. Le viognier devient en réalité de plus en plus anecdotique en Côte Rôtie.

√ Conduite du vignoble
Les vignes sont conduites soit sur échalas, ou en ‘palissage plan relevé’ afin de maximiser la surface foliaire et faciliter les tâches à la vigne, selon les règles suivantes; comparativement un peu plus exigeantes que celles s’appliquant à l’appellation Saint-Joseph.

4 ⇒ Géologie

Une équipe de l’Université de Savoie a réalisé en 2006 une étude géologique de l’aire de Côte Rôtie, à l’échelle 1/20 000. Ce segment s’instruit principalement de cette étude.

Cette carte, disponible ici, peut y être agrandie pour une consultation plus détaillée. Un court texte d’accompagnement est aussi disponible.

Nous avons également utilisé quelques éléments du rapport géologique sur le vignoble de Seyssuel, à une dizaine de kilomètres au Nord-Est Ampuis, sur l’autre rive du Rhône, lequel comporte de grandes similitudes géologiques avec Côte Rôtie.
Animé par une volonté de simplification, nous nous concentrons que sur les trois principales zones géologiques, faisant ainsi abstraction de quelques contextes ponctuels, nommément les îlots restreints où du loess (accumulation de limons résultant de transport éolien) y est une formation superficielle constituant la roche-mère.

√ Quelques notions de base
Les roches se classent en trois familles: roches sédimentaires, magmatiques et métamorphiques.
Les roches sédimentaires résultent d’un
processus de sédimentation, par accumulation et/ou précipitation, et de transformation des sédiments en roches, telles les roches calcaires et marneuses, notamment en Bourgogne.
Les roches magmatiques, ou cristallines, résultent de la cristallisation d’un magma, tel le granite, par exemples à Cornas et dans le secteur des crus du Beaujolais.
L
es roches métamorphiques proviennent de la transformation d’une roche sédimentaire ou magmatique (en occurrence sur les aires des appellations occidentales du Rhône-Nord), en une autre roche, sous l’effet d’une élévation de température et/ou de pression. C’est de ce dernier type de roches (gneiss et micaschiste) dont le sous-sol du vignoble de Côte Rôtie est surtout constitué.
La schistosité, soit un débit de la roche en feuillets assez parallèles, est une caractéristique fréquente des roches métamorphiques; la roche qui en résulte est un schiste.
Le micaschiste contient une proportion abondante de mica, blancs (muscovite) et/ou noirs (biotite).
L’augmentation de la température et de la pression peut provoquer une recristallisation des minéraux susceptibles de constituer des lits (la foliation) de nature différente, constitués de micas, de quartz et de feldspaths; on obtient alors des gneiss.

Si vous êtes curieux sur les roches métamorphiques voir ici

Deux morceaux de granite distincts à gauche. Ce type de roche à texture grenue est composé des cristaux formés de trois minéraux: quartz, mica et feldspath. Leur aspect, ou faciès, est considérablement variable, les ‘grains’ étant tantôt évidents, tantôt moins. Le granite est une roche magmatique, issue du refroidissement du magma. Le micaschiste et le gneiss sont des roches métamorphiques, issus du métamorphisme du granite quant aux vignoble en Rhône-Nord.
Les photos au centre montrent le micaschiste du secteur dit ‘Côte Brune’ de Côte Rôtie. La photo du haut a été prise sur le flanc d’une route qui gravit le coteau; la schistosité, le feuilletage, est dans un axe oblique. Au centre-bas, un morceau détaché.
Les photos de droite illustrent du gneiss. La foliation caractérise ce type de roche; la roche est rubanée, se présentant en lits alternant fréquemment des tons clairs et sombres.

√ Similitudes et dissimilitudes de Cornas à Côte Rôtie, sur ±100 kilomètres
De Cornas à Saint-Joseph, à Condrieu, à Côte Rôtie, les aires se succèdent sans interruption (du Sud au Nord) sur près de cent kilomètres en lisière occidentale de Rhône-Nord, soit, à titre de référence, entre Valence (face à Cornas sur l’autre rive du Rhône ) et Vienne (face à Côte Rôtie aussi sur l’autre rive du Rhône). Partout, implacablement, les vignes sont accrochées à la bordure orientale du Massif Central. Tout au long, le substratum, la roche-mère, est formé similairement de roches cristallines, constituées des mêmes minéraux — quartz, feldspath et mica blanc et/ou noir : du granite de Tournon sur Cornas et sur le secteur Mauves/Tournon-sur-Rhône de l’appellation Saint-Joseph; particulièrement du granite de Velay sur la partie centrale de la longue ‘guirlande’ de Saint-Joseph; du granite à muscovite et à biotite sur Condrieu; puis du micaschiste ainsi que, sur un secteur exigu, du gneiss sur Côte Rôtie.
Ces roches comportent des particularités, des dissimilitudes, d’un endroit à l’autre, et du coup leur désagrégation induit des sols distinctifs et, conséquemment, des vins nuancés.

Au sujet du rapport entre la géologie et le terroir:

« Le granite (et les roches métamorphiques associées au granite, comme le micaschiste de Côte Rôtie) est une roche très sensible à l’altération (désagrégation), presque comme les calcaires, car le feldspath et le mica, qui le composent avec le quartz, sont facilement désorganisés. Les radicelles (des racines) extraient des éléments chimiques: le feldspath donne surtout du potassium, du calcium et du sodium; le mica donne du fer, du magnésium et du potassium. Une fois que ce réseau minéral est appauvri (dégradé), l’échafaudage du silicate d’aluminium s’effondre; silice et alumine se recombinent pour donner des argiles. Et là, tout est gagné en matière de terroir. » propos de Georges Truc en 2015  à la revue Le Rouge et le Blanc (no117)

√ Schématiquement, Côte Rôtie comprend trois grandes zones géologiques
Secteur (le plus considérable) sur micaschistes: Ampuis et St-Cyr-sur-le-Rhône à l’exception de quelques lieux-dits de la frange Sud de Ampuis, lesquels sont situés sur la Côte dite Blonde, notamment Taquière, Goulay, Combard et Mollard.
Composition minéralogique : Quartz, paillettes brunes très sombres à noires de biotites (mica de couleur sombre à noire) et muscovite (mica clair à grisâtre).
Sol issus de son altération: composé d’une matrice très fine, argileuse (ce caractère argileux lui est distinctif) et d’éléments pierreux anguleux en plaquettes, dans les proportions allant de 30 % (peu caillouteux), à moyennement caillouteux (50 %), à 80 % (fortement caillouteux). L’épaisseur de ce sol varie selon sa position sur la pente.

Secteur sur leucogneiss (synonyme: leptynites): La grande partie centrale de la commune de Tupin-et-Semons, additionnée de la zone Sud d’Ampuis correspondant au secteur dit Côte Blonde.
Composition minéralogique: alternance de lits de quartz et feldspaths et de lits de mica blanc (muscovite).
Sol issus de son altération: sol comparable à celui de l’altération du granite: sable grossier dénommé ‘arène’, se présentant parfois de façon massive (saprolite).

 Secteur (exigu) sur migmatites sombres (autrement nommé gneiss granitisé): lieux-dits en partie Sud de Tupins-et-Semon correspondant aux lieux-dits suivants: Bassenon, Corps de Loup et partie de Maison Rouge et Semons.
Composition minéralogique: biotite (mica noir), quartz et feldspath.
Sol issus de son altération: sol sableux brun clair avec petits cailloux, d’épaisseur de ±50 cm en général.

 

5 ⇒ Introspective

5-1 → Mosaïque des lieux-dits

√ Commune de Tupin-et-Semons

Au creux de la vallée au centre de l’illustration, coule le ruisseau de Bassenon qui forme la limite entre les aires de Condrieu et Côte Rôtie; la ville de Condrieu apparait en partie inférieur gauche. La grille de lieux-dits est celle de la commune de Semons-et-Tupin, la plus méridionale des trois communes de l’aire de Côte Rôtie.

Le porte-étendard, le cru majeur de la commune, est certainement ‘Maison Rouge’. Ce lieu-dit est pentu; son vignoble est entièrement aménagé en terrasses. Sa partie méridionale s’ouvre sur  un ravin.

Quelques lieux-dits donnent lieu à des cuvées de crus: Bons Arrêts, But de Mont, Collet, Corps du Loup, Bassenon, Coteaux de Tupin, et bien entendu Maison Rouge. Voir 5-B (‘Usage des lieux-dits dans la dénomination des vins’) pour les noms des producteurs réalisant ces cuvées.

La grande échancrure à droite de l’illustration, où coule le ruisseau d’Aulin, démarque la commune de Semons-et-Tupin de celle de Ampuis.

√ Commune de Ampuis

Ampuis est la principale commune de Côte Rôtie, tant par l’histoire du cru, la proportion importante de l’aire qu’elle occupe, que les lieux-dits prestigieux qu’elle regroupe: Côte Blonde, Côte Brune, La Landonne, Grandes Places (sur le hameau de Verenay attaché à Ampuis), …

Plusieurs lieux-dits sont sujets à des cuvées de crus et désignées comme tel: Bertholon, Besset, Bonnivières, Champin, Champon, Côte Blonde, Côte Bodin, Côte Brune, Côte Rozier, Fongean, Gerine, Grandes Places, Lancement, Landonne, Moutonnes, Rochins, Rozier, Triote et Viallière. Voir 5-B (‘Usage des lieux-dits dans la dénomination des vins’) pour les noms des producteurs réalisant ces cuvées.

Carte ‘Larmat’, produite dans les années 1940. Les originaux de ces cartes sont devenus des pièces de collection.
À l’époque de la réalisation de cette carte, Côte Rôtie traversait une certaine dormance. L’aire exploitée se refermait en grande partie sur la seule commune d’Ampuis, voire que sur les crus majeurs. Les mentions ‘CÔTE BLONDE’ et ‘CÔTE BRUNE’ y figurent tel des secteurs, les lieux-dits portant ces noms en étant respectivement les porte-drapeaux. Selon l’Atlas de Benoit France de 2002, les lieux-dits rattachés à CÔTE-BLONDE sont entre autres: Lancement, Triotte, Mollard, Taquière, Goutey, …; parmi ceux associés à CÔTE-BRUNE: Fongeant, Landonne, Rozier, Côte Baudin, Moutonnes, et autres.
Le zoom de droite désigne, sans les différencier, des lieux-dits et des crus. Près de CÔTE-BLONDE, Les Triottes et Lancement sont des lieux-dits cadastrés en vertu de la révision des années 1960, tandis que La Chatillonne serait une ancienne désignation. La Turque, associé au secteur de CÔTE-BRUNE serait également une ancienne désignation.

√ Saint-Cyr-sur-le-Rhône

Au Nord, Saint-Cyr-sur-le-Rhône occupe la plus petite portion de l’aire de Côte Rôtie. La bordure du Massif Central s’abaisse graduellement vers le Nord-Est sur son territoire.

La vigne et l’habitation, Saint-Cyr étant une banlieue de Vienne, en face sur l’autre rive du Rhône, s’y partagent l’occupation.

Le lieu-dit ‘Montlis’ est le lieu d’établissement du Château de Montlys et le seul de Saint-Cyr attaché au nom d’une cuvée.

5-2 → Emploi des lieux-dits dans la dénomination des vins

Si les cuvées de crus, portant l’indication d’un lieu-dit d’origine unique, sont de plus en plus nombreuses, celles résultant d’assemblages sont néanmoins encore majoritaires. Il est concevable que les récoltes issues des lieux-dits présentant des caractéristiques physiographiques comparatives moins favorables sont destinées à des vins d’assemblage. Par ailleurs, les producteurs qui détiennent des vignes sur plusieurs lieux-dits continueront sans doute à produire des cuvées rondes (d’assemblages) en prédominance (exemple: le réputé domaine Jamet qui est propriétaire sur plus de vingt lieux-dits).

À la suite, une liste non exhaustive de cuvées désignées au nom du lieu-dit d’origine par leurs producteurs La liste porte sur une trentaine de lieux-dits, dont sept se rattachent à la commune de Tupin-et-Semons, un seul à celle de Saint-Cyr-sur-le-Rhône, et cinq au hameau de Verenay qui est attaché à Ampuis. La production de cuvées de crus, d’un seul lieu-dit, est croissante et vraisemblablement une tendance.

Bassenon (Tupin-et-Semons): Guy Bernard, Yves Cuilleron, Jean-Baptiste Souillard, Jean-Michel Stephan
Bertholon (Verenay/Ampuy)
: Ogier
Besset
(Verenay/Ampuy): de Rosiers
Bonnivières (Ampuis)
: Yves Cuilleron
Bons Arrêts (Tupin-et-Semons)
: Monteillet
But de Mont (Tupin-et-Semons)
: Ogier
Champin (Ampuis)
: J.M. Gerin (‘Champin le Seigneur’)
Champon (Verenay/Ampuy)
: Ogier, Pichat
Collet (Tupin-et-Semons)
: Martin Clerc
Combard: Barge
Corps du Loup (Tupin-et-Semons)
: Dom. du Corps du Loup
Côte Blonde (Ampuis)
: De Boisseyt, Guigal (‘La Mouline’ Côte Blonde), Pichon (‘La Comtesse de Côte Blonde’), Rostaing, Vidal-Fleury
Côte Bodin (Ampuis)
: Ogier
Côte Brune (Ampuis)
: Barge, Guigal (‘La Turque’ Côte Brune), Jamet
Côte Rozier (Ampuis): Billon, Lafoy
Côteaux de Tupin (Tupin-et-Semons): Mathieu Barret (du Coulet), Martin Clerc, Jean-Michel Stephan
Fongean (Ampuis): Ogier, Pierre-Jean Villa
Gerine (Verenay/Ampuis): André François
Grandes Places (Verenay/Ampuis): Clusel-Roch, J.M. Gerin, Montez/Stéphane du Monteillet, Pichat
Lancement (Ampuis): Chambeyron, Ogier, Garon, Christophe Semaska
Landonne (Ampuis): Delas, J,-M. Gerin, Guigual, Rostaing
Maison Rouge (Tupin-et-Semons): Duclaux, Mouton, Georges Vernay
Montlis: Semaska (Château de Montlys)
Moutonne (Saint-Cyr-sur-le-Rhône): Bonnefond
Rochins (Ampuis): Garon
Rozier (Ampuis): François et Fils, Pichon
Triotes (Ampuis): Garon
Viallière (Verenay/Ampuy): de Bonserine, Clusel-Roch, J.M. Gerin, Ogier

5-3 → Dissimilitude physiographique des lieux-dits

Une partie de l’aire de Côte Rôtie, sur Ampuis. Nous y avons mis en évidence quatre lieux-dits afin de montrer (texte à la suite) la diversité physiographique des lieux-dits de l’appellation.
9: La Brocarde − 22: Fongeant – 28: Janet.

L’aire de Côte Rôtie est cisaillée par une succession nombreuse de ravins et petites vallées très encaissées, débouchant tous sur la vallée du Rhône. L’axe général de ces dépressions est Nord-Nord-Ouest/ Sud-Sud-Est. En empruntant un vocabulaire chablisien, ces vallées présentent respectivement un flanc en ‘adroit’, bien exposé, et un en ‘envers’, dont l’exposition est surtout indirecte, rasante. Aussi, à leur débouché sur la vallée du Rhône, chacun de ces couloirs est chargé de vignes sur le versant le mieux exposé; nettement moins sur le versant opposé.
Le plan cadastral de l’aire est un puzzle de plus de 70 lieux-dits. La conjonction de cette mosaïque et du caractère tourmenté de l’aire crée un canevas contrasté. Or les moindres variations physiographiques conditionnent et différencient les terroirs et leurs vins.

Quelques paramètres déterminant le profil physiographique des lieux-dits:
• L’exposition;
• Le degré de la pente (intervient notamment sur le ‘ressuyage’ du lieu et sur l’épaisseur et le typologie du sol);
• Le mésoclimat du lieu (la géographie tourmentée de Côte Rôtie induit une variété de mésoclimats);
• Le positionnement altitudinal (entre autres, la température diminue théoriquement de 0,6 degré par cent mètres d’élévation);
• Les caractéristiques du sol;

L’éventail de profils physiographiques observables sur l’aire de Côte Rôtie est large. En voici quatre pour illustrer les forts contrastes:
√ Les lieux-dits situés immédiatement à l’entrée des ravins et vallées (sur les dévers), depuis la vallée principale du Rhône, sur les versants favorablement exposés. Ceux-ci se déploient selon une exposition dominante au Sud-Sud-Ouest. Pour certains, le dénivelé est de plus de cent mètres, débutant à l’altitude ±160 mètres. Sur l’illustration, Côte Brune est le lieu-dit correspondant à ce schéma. Les lieux-dits correspondant à ce pattern physiographique sont historiquement les plus connus, nommément Côte Blonde, Côte Brune et Landonne.

√ Les lieux-dits ‘opposés’ aux précédents, c’est à dire situés immédiatement à l’entrée des ravins et vallées (sur les dévers), depuis la vallée principale du Rhône, cependant sur les versants les moins bien exposés, tel La Brocarde (9) sur l’illustration.

√ Les lieux-dits, comme Fongeant (22), logés davantage à l’intérieur des couloirs (vallons et vallées), plutôt en partie haute des versants, notamment dans le créneau altitudinal entre ±285 à ±320 mètres pour Fongeant. Leur exposition est Sud-Ouest, sinon à l’Ouest-Sud-Ouest, soit ‘théoriquement’ (voir ‘toujours est-il’ à la suite) de manière moins avantageuse. Aussi leur déclivité diminue progressivement vers le haut et s’achève sur le tertre.

√ Les lieux-dits situés en quelque sorte sur les tertres, tel Janet (28), inclinent vers le Rhône, au Sud-Sud-Est, selon une pente modérée, entre 5% et 10%, et ils sont davantage exposés à la fraîcheur et aux vents inhérents à leur position sur les crêtes, au dessus de l’altitude de 300 mètres.

Toujours est-il …

(cuvées de crus partie 1)

… Que seuls quelques crus ont longtemps incarné la renommée de Côte Rôtie, nommément La Landonne, La Turque/Côte Brune et La Mouline/Côte Blonde. Ces crus étaient, et sont toujours, particulièrement privilégiés par leur physiographie, leur notoriété ancienne et la réputation de la maison Guigal qui les a initialement promus. La donne évolue constamment depuis quinze à vingt ans, d’autres crus de Côte Rôtie s’ajoutent aux crus estimés et leur nombre grandira encore. Quelques facteurs se conjuguent: D’abord, la poursuite du développement du vignoble et le capital croissant de vieilles vignes ont amené une meilleure connaissance des terroirs et de leur potentiel. Aussi l’intérêt général, partout, pour le phénomène ‘terroir’ s’accroit et du coup des noms de lieux-dits apparaissent aussi sur les étiquettes de Côte Rôtie (l’heureux ‘concept’ des climats bourguignons n’y est certes pas étranger puisque les deux lieux, Côte Rôtie/Rhône-Nord et Côte d’Or/Bourgogne, sont davantage rapprochés que l’écart de 200 kilomètres qui les séparent); et, plus que tout, le réchauffement climatique a considérablement réduit le handicap des lieux-dits qui, en principe, sont moins bien dotés physiographiquement, voire leur a conféré de l’attrait.  Bref, on assiste à une forme de ‘démocratisation’ des crus de Côte Rôtie.

5-4→ Description des terroirs jusqu’à ce jour: nomenclature

La relance du vignoble de Côte Rôtie étant un fait encore récent à l’échelle de l’histoire, tout au plus une quarantaine d’années, il est à la fois logique et étonnant, eut égard à sa cote actuelle, que les topos contemporains sur cette appellation soient encore bien peu nombreux et schématiques, particulièrement sur la description des terroirs. Voici, en résumé, ce que nous avons colligé, en langue française:
– Une édition de 1921 de l’encyclopédie Roret indiquait sur les vins de l’arrondissement de Lyon que « les vins rouges les plus estimés se récoltent dans la commune d’Ampuis qui se divise en deux parties appelées Côte brune et l’autre Côte Blonde. »

– Éditée en 1992, la couverture sur Côte Rôtie dans l’Atlas des vins de France de Jean-Pierre de Monza, indique qu’ « on y distingue deux crus, la Côte Brune aux vins corsés et la Côte blonde aux vins plus souples . »

– Publié en 2002, l’Atlas mondial du vin’ de Jancis Robinson est lapidaire sur Côte Rôtie, n’y formulant qu’un mot, guère édifiant, sur les grandes cuvées de la maison Guigal.

– Oz Clarke ne décrit dans son atlas, produit en 2003, que la géographie conjointe de Côte Rôtie et Condrieu.

– Le Grand Atlas des vins de France de Benoit France, paru en 2002, fait quelque peu progresser la description des terroirs, bien que ce ne soit encore que la partie centrale d’Ampuis qui y soit particulièrement décrite. En voici un compte rendu:
« Les  viticulteurs … regroupent les quartiers (lieux-dits) en deux sous-unités, la Côte-Blonde et la Côte-Brune; deux coteaux séparés par un petit ruisseau, le Reynard, la Côte-Brune sur son versant droit et la Côte-Blonde sur le gauche. — La Côte Blonde, qui porte les lieux-dits Lancement, Triotte, Le Mollard, Taquière, Le Goutay, etc. est majoritairement constituée de gneiss. L’altération de cette roche contient beaucoup de silice, produit des sols de sable argileux, de couleur clair et très friables, localement appelés arzels … La finesse différencie les vins de la Côte-Blonde de ceux de la Côte-Brune (complexité aromatique … tannins fins associés à beaucoup de gras). Au sein de cette côte, le lieu-dit La Mouline, en forme d’amphithéâtre, jouit d’un micro climat exceptionnel. — Les terroirs apparentés à la Côte-Brune sur les lieux-dits Fongeant, Landonne, Rozier, Côte-Bodin, Moutonnes, etc. sont principalement constitués de micaschistes… des sols plus argileux et de couleur sombre (qui) expliquent le caractère plus masculin des vins de la Côte-Brune: vins aux arômes de fruits mûrs, voire de fruits cuits. de pruneaux; plus structurés, plus et riches que la Côte-Blonde; les lieux-dits les plus réputés de cette côte sont La Turque et la Landonne. — Le Coteau de Verenay, lieu-dit La Vallière, produit en amont de la Côte-Brune des vins colorés, tanniques, nerveux; celui de Tupin-et-Semons en aval de la Côte-Blonde donne des vins au caractère proche de ces derniers en plus souples. »

– Daté de décembre 2006, le topo ‘La Côte Rôtie, vignoble de vertige’ réalisé par Alain Chameyrat et Guillaume Puzo, et paru dans la série ‘Tast Pro’ dirigée alors par Michel Bettane et Thierry Desseauve, est le topo le plus récent sur l’appellation. Plusieurs aspects y sont développés, cependant aucun qui circonscrive et décrive des secteurs, des unités ou des crus, sauf un résumé sur les trois zones géologiques de l’appellation.

Nous tentons donc à la suite de faire évoluer la délimitation et la description des terroirs de Côte Rôtie:

5-5→ Éventuelle(?) meilleure connaissance des terroirs

Pérennité de la vision s’appuyant sur les deux secteurs Côte-Brune et Côte-Blonde.

Le Grand Atlas des vins de France de Benoit France publié en 2002 (mentionné sous 5.4 ci-devant) est manifestement le seul ouvrage ayant ébauché une description des vins de Côte Rôtie. Rappel: « Les  viticulteurs … regroupent les quartiers (lieux-dits) en deux sous-unités, la Côte-Blonde et la Côte-Brune; deux coteaux séparés par un petit ruisseau, le Reynard, la Côte-Brune sur son versant droit et la Côte-Blonde sur le gauche. — La Côte Blonde, qui porte les lieux-dits Lancement, Triotte, Le Mollard, Taquière, Le Goutay, etc. est majoritairement constituée de gneiss. L’altération de cette roche contient beaucoup de silice, produit des sols de sable argileux, de couleur clair et très friables, localement appelés arzels (aussi nommé ‘arène’ ailleurs en Rhône-Nord) … La finesse différencie les vins de la Côte-Blonde de ceux de la Côte-Brune (complexité aromatique … tannins fins associés à beaucoup de gras). Au sein de cette côte, le lieu-dit La Mouline, en forme d’amphithéâtre, jouit d’un micro climat exceptionnel. — Les terroirs apparentés à la Côte-Brune sur les lieux-dits Fongeant, Landonne, Rozier, Côte-Bodin, Moutonnes, etc. sont principalement constitués de micaschistes… des sols plus argileux et de couleur sombre (qui) expliquent le caractère plus masculin des vins de la Côte-Brune: vins aux arômes de fruits mûrs, voire de fruits cuits. de pruneaux; plus structurés, plus et riches que la Côte-Blonde; les lieux-dits les plus réputés de cette côte sont La Turque et la Landonne. — Le Coteau de Verenay, lieu-dit La Vallière, produit en amont de la Côte-Brune des vins colorés, tanniques, nerveux; celui de Tupin-et-Semons en aval de la Côte-Blonde donne des vins au caractère proche de ces derniers en plus souples. »

Encore en 2019, maints acteurs présents sur Côte Rôtie fournissent cette interprétation globale, générique. Il est vrai que l’étude géologique produite en 2007 (date indiquée sur la carte figurant sur le site du syndicat des vignerons de Côte Rôtie) conforte la description classique puisque, à toute fin utile, seuls ces deux secteurs géologiques y sont distingués.

Il est concevable qu’une étude géo-pédologique de l’aire de Côte Rôtie qui serait réalisée à une petite échelle, disons au 1/10 000 ((l’étude produite en 2007 est à l’échelle 1/20 000), révélerait des nuances significatives sur cette aire qui s’étire sur ±neuf kilomètres.

Toujours est-il …

(cuvées de crus partie 2)

Que longtemps, jusqu’au tournant du siècle, les vins de Côte Rôtie furent très majoritairement des cuvées rondes (assemblages de crus), à l’exception de quelques unes qui furent judicieusement individualisées, respectivement à trois crus (voir l’illustration à la suite), par un petit nombre de producteurs: Landonne, Côte Brune (le lieu-dit et non pas le secteur, dont la cuvée ‘La Turque/Côte Brune’ de Guigal) et Côte Blonde (aussi le lieu-dit et non pas le secteur, dont la cuvée ‘La Mouline’ de Guigal). Puis quelques autres crus supérieurs furent révélés aux vinophiles via quelques autres cuvées individualisées, pour exemples: Grandes Places, Lancement et Maison Rouge. Enfin, au cours des ± dix dernières années, le nombre des cuvées de crus s’est nettement accru; notre recensement indique que plus de 30 lieux-dits font présentement l’objet de cuvées de crus (voir 5-2 ‘Emploi des lieux-dits dans la dénomination des vins’). Dans la foulée, d’autres crus émérites seront fort certainement révélés; nous pensons à Fongeant, Montlis, Les Moutonnes et d’autres, lesquels paraissent particulièrement avantagés par leur physiographie. Terminons en soulignant que le syndicat des vignerons de Côte Rôtie supporte présentement (2019) la réalisation d’une application (produite par alphavini.com) qui permettra aux vinophiles d’obtenir des informations par lieu-dit, entre autres sur les producteurs réalisant des cuvées de crus. Un classement sera t-il produit un jour?!

 

Les trois crus phares de Côte Rôtie, Côte Blonde (lieu-dit), Côte Brune (lieu-dit) et Landonne comportent mutuellement les avantages physiographiques et climatiques (mésoclimat) que combinent la plupart des terroirs majeurs de la rive droite en Rhône-Nord: respectivement, position à l’entrée de ravins ou vallées, sur le versant favorablement exposé; morphologie enclavée les abritant davantage du courant d’air frais circulant depuis le Nord dans la grande vallée; et versant pentu captant l’insolation maximale et apte à ressuyer les sols rapidement.