Date de publication:

Crozes-Hermitage: topo et géologie

Mise en ligne: janvier 2020

Comme pour toutes les autres appellations en vins rouges de la région viticole du Rhône septentrional, la syrah est le cépage unique de l’appellation Crozes-Hermitage. Toutefois, alors que toutes ces mêmes autres appellations comportent des terroirs de roches cristallines sur coteaux pentus − granite et  gneiss de Condrieu, Saint-Joseph, Cornas et Hermitage, de même que schiste de Côte Rôtie − celui de Crozes-Hermitage est très majoritairement délimitée dans une plaine alluviale. Crozes-Hermitage n’en est pas moins estimable. Un grand nombre de producteurs de la rive droite y ont d’ailleurs acquis des parcelles pour ajouter une syrah à prix plus doux à leur gamme. Aussi, les vins sont maintenant nombreux à être étonnants, en mesure de ‘bluffer’. Il faut savoir que le développement du vignoble de Crozes fut soutenu, considérable de ±1980 à ±2000. Les jeunes vignes n’y sont plus en fort surnombre et, du coup, les vins nettement plus aboutis. Bonne lecture.

CONTENU:
1⇒ Géographie/physionomie du vignoble
1-A→ Au sein de la région viticole du Rhône septentrional
1-B→ Aire de l’appellation
1-C→ Crozes-Hermitage et ses milieux environnants
1-D→ Commentaires sur le climat du milieu
2 ⇒ Un peu d’histoire
2-A→ Création discrète / extension considérable
2-B→ Résurgence du vignoble en Rhône-Nord après une longue éclipse
2-C→ Création de l’AOC ‘Crozes-Hermitage’ en 1937: curieux
2-D→ Une aire consécutivement exiguë, considérable, et pondérée
3 ⇒ Encadrement de l’appellation
3-A→ Encépagement
3-B→ Règles en vertu du décret d’appellation
4 ⇒ Les grands secteurs (trois) de l’appellation / géologie
4-A→ Carte géopédologique de l’aire de Crozes-Hermitage
4-B→ Courte intro à la revue des trois secteurs de l’aire
4-C→ Secteur Nord, le berceau de l’appellation sur roches granitiques et gneissiques
4-D→ Secteur, considérable, nommé des ‘Chassis’
4-E→ Secteur au ‘Nord-Est/alentours de Mercurol et Chanos-Curson’
5 ⇒ Les lieux-dits par secteur

NOTICE: Les données afférentes à la géopédologie de Crozes-Hermitage sont tirées de ‘Étude géopédologique de l’aire de Crozes-Hermitage’ complétée en 2011 par la société SiGALES. Quelques illustrations en sont également puisées.

1⇒ Géographie/physionomie du vignoble

1-A→ Au sein de la région viticole du Rhône septentrional

Illustration A. Une carte tirée du site http://www.vin-terre-net.com, que nous apprécions particulièrement pour la délimitation des départements. Les aires d’appellations de Crozes-Hermitage, celles-ci étant détachées en deux morceaux colorés en rouge sur la carte, et Hermitage, coloré en vert, sont les seules de la rive gauche du Rhône, dans le département de la Drôme.

Illustration B. Une autre carte, moins attrayante, qui apporte cependant des détails qu’omettent presque toutes les cartes viticoles du Rhône septentrional (dont la carte précédente) : elle situe, assez correctement, la minuscule (2,7 hectares) aire de l’AOC ‘Château-Grillet’ (qui y est plutôt nommée ‘Château-Juillet’!) qui est enchâssée dans l’aire de Condrieu. Aussi il y est signalé, en couleur orangée, le segment de quatre communes qui est commun à Condrieu et Saint-Joseph.

 Six appellations à l’Ouest du Rhône, sur la rive droite. Du Nord au Sud: Côte Rôtie, Condrieu, Château Grillet, Saint-Joseph, Cornas et Saint-Peray.
Deux à l’Est du Rhône, sur la rive gauche: Crozes-Hermitage et Hermitage.

1-B→ Aire de l’appellation

Illustration C et D. Celle de gauche issue d’une superposition de l’aire spécifique − tirée du ‘Grand atlas des vignobles de France’ de Benoit France − sur Google Earth.
Tirée du cahier des charges de l’appellation, l’illustration de droite en est une vue schématique, délimitant les onze communes. L’aire est à la confluence de l’Isère, rivière majeure qui prend sa source dans le massif des Alpes, avec le Rhône. Durant les périodes de glaciation, les alluvions charriées par le cours de l’Isère ont produit la plus grande partie du terroir de Crozes, nommé secteur des Chassis.

Les communes inscrites dans l’aire: Beaumont-Monteux , Chanos-Curson , Crozes-Hermitage , Érôme , Gervans , Larnage , Mercurol-Veaunes , Pont-de-l’Isère , (La) Roche-de-Glun , Serves-sur-Rhône , Tain-l’Hermitage. Respectivement à l’Est et au Sud, les rivières de l’Herbasse et de l’lsère constituent les frontières naturelles.

Alors que les vignobles de la rive droite du Rhône (Côte-Rôtie, Condrieu, Saint-Joseph, …) occupent la bordure du Massif Central, en lisière du Rhône, celui de Crozes-Hermitage couvre en majeure partie − plus de 65% de l’aire − la plaine de Valence (voir l’illustration E à la suite), au Nord-Est de la rencontre de l’Isère avec le Rhône; ce secteur est nommé ‘Les Chassis’. Non propice à l’agriculture alors que propice à la viticulture et l’arboriculture, le paysage de ce secteur est relativement plat, avec quelques ondulations.

1-C → Crozes-Hermitage et ses milieux environnants

⇓⇓⇓ aire de Crozes-Hermiage intégrée à ‘Plaine de Valence’ ⇓⇓⇓

Illustration E. Extraite de ‘Étude géopédologique de l’aire de Crozes-Hermitage’ complétée en 2011 par la société SiGALES. Cette vue en coupe Est-Ouest traverse le principal secteur de l’appellation, celui des Chassis, dans la Plaine de Valence. Le Rhône n’y est pas indiqué, alors qu’il se situe le long du trait gauche, occidental, démarquant la ‘Plaine de Valence’. Cette plaine est encaissée entre deux massifs. Du côté occidental du fleuve, le Massif Central (Mont d’Ardèche) s’impose immédiatement; l’aire de Saint-Joseph occupe d’ailleurs la bordure du Massif Central. À droite de la Plaine de Valence, le massif montagneux du Vercors, dans les pré-Alpes, est l’épaulement oriental de la Plaine de Valence.

La Plaine de Valence est une plaine alluviale. Ce périmètre fut comblé par des galets, sables et autres charriés par les torrents d’eau de fontes de glaciers durant les périodes glaciaires.

Illustration F. Une carrière située en périphérie orientale, dans le secteur des Chassis, de l’aire de Crozes-Hermitage, expose les couches impressionnantes de sédiments fluvio-glaciaires. Plusieurs dizaines de mètres de sable, graviers et galets forment la roche-mère de ce secteur, le plus vaste. L’arrière-scène montre la bordure du Massif Central sur l’autre rive du Rhône; on y aperçoit des vignes de l’aire de Saint-Joseph, à Tournon-sur-Rhône.

1-D→ Commentaires sur le climat du milieu

Ce paragraphe-ci du décret d’appellation est éloquent: « Au sud de la commune de Tain-l’Hermitage, les influences méditerranéennes − La région de Valence est la frontière nord de la zone méditerranéenne stricte sont plus franches, caractérisées par un bon ensoleillement et des températures moyennes élevées. Le régime des précipitations est assez équilibré sur l’ensemble et permet le maintien d’un régime hydrique et d’une ressource en eau particulièrement adaptés à la culture de la vigne, à l’exception du secteur dit des « Chassis », où les galets roulés reposent sur des sols dont la faible réserve utile en eau peut parfois provoquer un stress hydrique de la vigne. Autrefois toute cette région était d’ailleurs vouée à l’arboriculture et abondamment irriguée. »

2 ⇒ Un peu d’histoire

2-A→ Création discrète / extension considérable

« L’appellation Crozes-Hermitage, a été créée en 1937. Elle était alors limitée à la seule commune dont elle porte le nom en raison de la notoriété acquise grâce à quelques parcelles retenues en AOC Hermitage. Il faut attendre 1952 pour que le décret englobe les dix autres communes environnantes. Ce n’est qu’après l’extension de l’appellation que le vignoble se développa. (Ceci est un préambule au volet 2-D, ‘une aire consécutivement exiguë, considérable, et pondérée‘). » (vins-rhone.com)
L’appellation Saint-Joseph, en face sur l’autre rive du Rhône a eu une évolution un peu similaire. Elle fut créée en 1956 selon une délimitation restreinte, 80 hectares, sur et autour de la commune de Tournon-sur-Rhône, puis élargie pour une première fois en 1971.

Toujours est-il …
En 1952, l’aire s’agrandit de dix autres communes. Le site vins-rhone.com écrit ‘extension de l’appellation’. ‘Extension’ est en fait un euphémisme. Il eut été exact d’écrire ‘déploiement’ puisque l’aire évolua alors de ‘une’ commune, celle de Crozes-Hermitage, à onze communes.
Le ‘déploiement’ fut manifestement une opération judicieuse: Celle-ci fut d’abord habile puisque le nom, notoire, de Hermitage était alors associé à la nouvelle appellation. Elle fut également, et surtout, opportuniste puisque la géopédologie de la zone d’extension était, et est toujours, totalement différente de celle de l’aire initiale, sur la seule commune de Crozes-Hermitage.
Nous écrivons à la suite que la situation de la viticulture nord-rhodanienne en 1950 était presque ‘comateuse’. Notamment, la situation de Crozes-Hermitage est en effet passée, en soixante-dix ans, de latente à favorablement évoluée, qu’elle est aujourd’hui. Bel et bien approprié fut le ‘déploiement’.

2-B→ Résurgence du vignoble en Rhône-Nord après une longue éclipse

La superficie du vignoble en Rhône septentrional a varié selon les époques de façon très contrastée. Entre autres, très étendu et renommé qu’il était au milieu du 19e siècle, le vignoble s’est amenuisé dramatiquement par la suite pendant plus d’un siècle.
Au 18e et 19e siècles, l’extension du vignoble de France est d’ordre général constante. Portée par un essor économique et des progrès dont l’avènement du train, la superficie en vignes atteint son apogée historique en Rhône-Nord au milieu du 19e. Cette longue prospérité est cependant suivie de près d’un siècle de repli dramatique, entre ±1870 et ±1970. Les vignobles du Rhône Nord subissent alors tous un processus de contraction, d’abandon assez systématique, particulièrement des parties en coteaux.
D’abord, la crise phylloxérique des dernières décennies du 19e siècle détruit tout le vignoble de France. Puis une suite d’avatars engendrés par l’homme se succèdent, voire s’amalgament: 1) La surproduction des années 1900 (la forte prospérité du vignoble languedocien, les importations de vins algériens et la production de vins factices ont entrainé des surproductions un peu partout en France); 2) les marasmes des deux guerres mondiales; et 3) une interminable période de mévente du vin, jusqu’à ±1960, explicable par les révolutions dans les pays de l’Est, la crise économique des années 1930, la prohibition aux États-Unis, la perte de marchés traditionnels par les guerres, etc…
En concomitance à ces crises et léthargies dans la viticulture rhodanienne, la région septentrionale de la Vallée du Rhône et la vallée voisine du Giers, connaissent un fort essor économique; c’est l’époque des Trente Glorieuses. Une partie de la main d’œuvre viticole se détourne des coteaux pentus, impliquant des tâches harassantes, pour intégrer les nouveaux emplois moins exigeants et/ou plus rémunérateurs et réguliers dans les nouvelles usines et ceux en découlant dans la sphère économique des services. Par ailleurs, l’extension des milieux urbains crée une pression spéculative sur leur périphérie viticole respective. En outre, la production de vins courants et les activités agricoles, maraichères et d’arboricultures (desserte du marché parisien par le train) − le grand secteur des ‘Chassis’ de Crozes-Hermitage était alors largement planté d’arbres fruitiers et il l’est encore en partie aujourd’hui − substituent la vigne sur les plateaux et dans les parties basses des vignobles. Qui plus est, les coteaux escarpés en Rhône-Nord restreignent l’introduction, au milieu du 20e, de la mécanisation des travaux viticoles, laquelle s’est généralisée partout ailleurs. La viticulture en Rhône-Nord est ainsi partout en léthargie, jusqu’à vers 1970/1980. Notamment, le vignoble de Cornas se contracte jusqu’à une surface de 50/60 hectares. Pire, celui de Condrieu s’amenuise à moins de dix hectares!

2-C→ Création de l’AOC ‘Crozes-Hermitage’ en 1937: curieux

Lors de la mise en place des AOC au milieu des années 1930, le vignoble en Rhône-Nord est donc en léthargie. Les AOC de Côte rôtie et Saint-Péray sont néanmoins créées en 1936, et celles de Hermitage et Crozes-Hermitage en 1937. En fait, il n’est pas étonnant que Saint-Peray et Hermitage aient obtenu rapidement leur AOC puisqu’elles étaient déjà respectivement détentrices d’une AO (et non pas AOC); voir impérativement l’illustration à la suite et le texte afférent. Il peut toutefois paraitre curieux, étonnant, que Crozes-Hermitage ait obtenu une AOC alors que ce vignoble était lilliputien, un vignoble ‘auxiliaire’ jouxtant un cru renommé. − « Une nomenclature des quartiers permet de tracer précisément les limites de la zone géographique originelle : Bourret, Les Habrards, Martinet, Les Méjeans. » source: cahier de charges de l’appellation −. Nous faisons l’hypothèse que jouxtant Hermitage, Crozes a bénéficié de l’expérience de ce milieu.
La clé, ou le pré-requis, incontournable, à la naissance d’une Appellations Contrôlée (AO selon la Loi afférente durant la période 1919-1935), et subséquemment d’une AOC, consistait en la formation d’un syndicat de représentation de producteurs du territoire viticole visé. Le cahier des charges de Crozes-Hermitage nous apprend que « les principales structures de production ou représentatives des producteurs, locomotives de la viticulture sur Tain-l’Hermitage datent de cette période difficile :Syndicat des viticulteurs du canton de Tain-l’Hermitage, producteurs de grands vins’ (1927), cave coopérative de vins fins de Tain-l’Hermitage (1933)… » Ainsi, ce ne serait donc pas deux syndicats de producteurs, un pour Hermitage et l’autre pour Crozes-Hermitage, à l’exemple du contexte bourguignon − exemples: ‘syndicat (communal) des producteurs de Gevrey-Chambertin’ et ‘syndicat (aire de cru spécifique) des producteurs de vins fins de Chambertin’ −, mais bien un seul syndicat, à l’échelle cantonal, qui aurait animé la création des deux appellations.

Illustration G. La Loi sur les Appellations d’Origine (AO et non pas AOC) de 1919 (1919-1935) a été, pratiquement, ignorée en Rhône-Nord. Cette Loi, majeure, étonnamment peu signalée dans la littérature sur le vin de France, fut précurseure de celle des AOC de 1935. Le cadre de cette Loi permettait aux milieux viticoles de revendiquer des Appellations par voie judiciaire. La viticulture étant inanimée en Rhône-Nord durant cette période, on ne s’en soucia certainement pas, ou peu; il est d’ailleurs étonnant que Hermitage et Saint-Peray aient acquis leur appellation dans ce contexte précurseur.

2-D→ Une aire consécutivement exiguë, considérable, et pondérée

Il a été dit qu’à la création de l’appellation en 1937, l’aire était réduite à seulement une partie de la commune de Crozes-Hermitage, soit « à l’exception des terrains d’alluvions modernes et de ceux non destinés à la culture de la vigne, en raison des usages locaux » (décret d’appellation sous ‘description des facteurs humains’); et qu’une extension sur onze communes avait été obtenue en 1952. Ce ‘déploiement’ comportait un potentiel de production de 4800 hectares. Les acteurs du milieu prirent cependant conscience que cette ‘boulimie’ comportait des zones peu propices à une viticulture qualitative. Durant les années 1980, une importante contraction de l’aire fut convenue de concert avec l’INAO. L’aire couvre donc actuellement une surface potentielle de 1650 hectares depuis juin 1989. Sur l’autre rive du Rhône, l’appellation Saint-Joseph avait été successivement accrue et comprimée de la même façon, sensiblement aux mêmes périodes.

3 ⇒ Encadrement de l’appellation

3-A→ Encépagement

L’appellation produit des vins tranquilles rouges et blancs. En vin rouge, la syrah est le cépage majeur, minimum de 85%, quoique en pratique généralement exclusif; les cépages d’appoints étant la marsanne et/ou la roussanne. Les Crozes-Hermitage blancs, représentant une peu moins de 10% de la production totale de l’appellation, sont issus des deux derniers cépages nommés, en proportion libre.
En 1988, la syrah ne comptait en France que pour 2% de l’encépagement en vin rouge (soit l’année d’édition du ‘Livre des cépages’ de Jancis Robinson). Sa grande notoriété actuelle découle primordialement de son emploi ‘impérial’ en Rhône septentrional.

3-B → Règles en vertu du décret d’appellation
√ Superficie homologuée: 3500 hectares
√ Superficie présentement exploitée: ±1 650 hectares.
Altitude maximale de plantation fixée à 350 mètres.
√ Densité minimum de plantation: 4 000 pieds/ha; chaque pied dispose d’une superficie maximale de 2,50 mètres carrés.
√ Rendement de base: 45 hl/ha.
Rendement butoir: 50 hl/ha.
√ Titre alcoométrique: Les vins doivent présenter un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 10,5 %.

Illustration H. De 4 000 pieds/ha, la densité minimum de plantation avantage la conduite motorisée du vignoble. Le sol du grand secteur des Chassis étant très drainant, voire probématique en circonstance de sécheresse, une densité minimiale plus élevée pourrait être inopportune (voir le volet suivant).

4 ⇒ Les grands secteurs (trois) de l’appellation / géologie

Bien que la carte illustrée à la suite soit du type ‘géo-pédologique’, nous nous limitons à décrire les trois grands secteurs de l’appellation selon leur physiographie et leur géologie.

4-A→ Carte géopédologique de l’aire de Crozes-Hermitage

Illustration i. Carte de l’aire de Crozes-Hermitage afférente à ‘Étude géopédologique de l’aire d’appellation Crozes-Hermitage: rapport général’ produite par la société Sigales.

4-B→ Courte intro à la revue des trois grands secteurs de l’aire

L’aire de l’appellation est très contrastée, tant au regard de sa topographie que de sa géologie. Le secteur en ‘appendice Nord-Ouest’ de l’appellation s’étire de la commune de Crozes-Hermitage à Serves-sur-Rhône tout au Nord, comprend des coteaux granitiques passablement pentus.
Le considérable secteur au ‘Sud, nommé des Chassis’, est constitué de terrasses alluvionnaires. Très spécifique, ce deuxième secteur a une morphologie de plaine, faiblement ondulée.
Le troisième secteur au Nord-Est/alentours de Mercurol et Chanos-Curson comporte un ‘panachage’ de situations physiographiques, zones en pentes et sur plateaux, et géologiques.

4-C→ Secteur en ‘appendice Nord-Ouest’, le berceau de l’appellation, sur roches granitiques et gneissiques

De superficie plutôt réduite, représentant approximativement 5% de l’aire de Crozes-Hermiage, ce secteur revêt de l’importance puisqu’il forme le berceau de l’appellation.

Illustration J et K. Ce secteur qui s’étire, tel un appendice, de Crozes-Hermitage à Serves-sur-Rhône à l’extrémité Nord, ne représente que ±5% de l’aire de l’appellation.

Le substrat est formé de granite de Tournon et de gneiss et le vignoble est aménagé en terrasses en raison de son caractère assez pentu et du peu de stabilité du sol ‘d’arène’, de sable et graviers. Ce secteur est aussi le seul de l’appellation qui soit typique à la physiographie et la géologie des appellations de la rive droite de la région du Rhône septentrional (Côte Rôtie, Saint-Joseph, …) et d’une partie de Hermitage, qu’il jouxte d’ailleurs.

Granite de Tournon: granite clair à gros cristaux qui se constate dans la partie méridionale de l’aire de Saint-Joseph, entre Tournon et Cornas. Sa composition minéralogique: ± un tiers de quartz, ± un tiers d’orthose (un des principaux types de feldspath), et ± un tiers d’oligoclase (autre type de feldspath, dit plagioclase) et biotite (mica noir).

Gneiss (illustration à la suite): issu de la transformation par des facteurs physico-chimiques d’une roche en une autre nature de roche, alors du type métamorphique. La minéralogie du gneiss est assez identique à celle du granite: quartz, feldspath et  micas. Les minéraux sont cependant organisés en litages (débit de la roche en couches successives; synonymes: foliation ou schistosité).

Saprolite (illustration à la suite): Le saprolite représente le premier stade d’altération du granite. Il forme un horizon logé entre l’horizon de sol meuble en surface (arène granitique) et le substrat rocheux. Le granite s’est alors désolidarisé, transformé (de l’argile s’est notamment formé), mais conservant une cohésion interne (les grains conservent leur arrangement primitif). La couleur devient rouille.

Arène granitique: état du granite entièrement altéré, désagrégé. À ne pas confondre avec ‘saprolite’ qui est le premier stade d’altération du granite (voir saprolite ou gore).

Illustration L
À gauche, des morceaux de granite.
Si dur soit le granite, il est composé de minéraux qui sont altérables; les quartz, feldspath et mica étant des gros cristaux fragilisés par les variations de température et d’humidité, particulièrement feldspath et mica. Au haut à droite, une masse de saprolite tranchée en deux, a la couleur plus rouille.
L’altération, la transformation des minéraux en d’autres minéraux, du granite dur en saprolite est un phénomène considérablement lent: l’altération de 1 à 10 cm requiert ±10 000 ans.
Le saprolite emmagasine l’eau tout en évacuant l’excès. Au bas à droite, une poignée d’arène granitique, le stade de désagrégation final du granite, résultant en surface.

4-D → Secteur, considérable, au ‘Sud, nommé des ‘Châssis’

Dans le Sud de la France, comme en maints autres endroits, de nombreux épisodes de glaciation (voir le tableau joint ci-bas), ont donné lieu à des phénomènes d’alluvionnement remarquables. Au cours des phases de dégel, l’Isère, affluent important du Rhône qui prend sa source dans les Alpes et traverse entre autres le Massif du Vercors, a charrié dans ses torrents d’eau de fonte, sur 100 à 400 kilomètre, des masses de matériaux rocheux arrachés du socle par les glaciers alpins. Gigantesques, les quantités transportées furent étalées, tel un delta, à la confluence du Rhône. Le ‘délestage’ produit durant les dégels de la période de Würn − il y a environ 120 000 ans à 10 000 ans − a notamment produit un agencement de terrasses et de chenaux couvrant le secteur viticole actuel nommé ‘Les Chassis’ (voir l’illustration ‘Q’ plus bas). S’inscrivant dans la ‘Plaine de Valence’, ce vaste secteur alluvionnaire couvre les deux tiers de l’aire de Crozes-Hermitage. Le secteur est faiblement ondulé, entre les altitudes varient globalement de 120 mètres à 145 mètres. La capacité de réserve en eau du secteur étant faible, des périodes de plus de 15/20 jours sans pluie sont susceptibles de créer des stess hydriques.
Une forte majorité des producteurs y détiennent des parcelles.

Illustrations M et N. À droite, les avancées hypothétique des glaciers des périodes Riss (——) et Würm (…….). Les langues glacières ayant pénétré le Bas Dauphiné se sont arrêtées avant Romans-sur-Isère.

Illustration 0. Le considérable secteur en plaine compris entre le Rhône (à gauche) et l’Isère (à droite) représente le secteur nommé ‘Les Chassis’.

L‘illustration P, au haut à gauche est la section de la carte géopédologique correspondant au secteur ‘Les Chassis’ précisément les zones en bruns, pâle et foncé, et rosâtre.
Lillustration Q au haut à droite: La photo n’est pas propre au secteur des Chassis. Elle vise à illustrer que le secteur fut sillonné par des chenaux lors de la formation la plaine alluviale. Les sillons ont induit un type spécifique de sol alluvionnaire que la carte géopédologique, qui lui est adjacente, détaille. Le paysage des Chassis comporte des ondulations et dépressions allongées correspondant aux reliquats des chenaux du temps périglaciaire.

L‘illustration R, semblable à l’illustration F, au bas à gauche est le flanc d’une carrière située sur dans le secteur des Châssis. Épaisse de vingt à trente mètres, l’impressionnante sédimentation alluvionnaire, fluvio-glaciaire, comprend des couches de compositions variables d’argile, de sable, de galets et cailloux cristallins (déplacés depuis les Alpes) et calcaires (depuis les pré-Alpes). Cette sédimentation représente la roche-mère, le ‘matériau parental’ (matériau dont l’altération produit le sol meuble) de ce secteur.
L’illustration S au bas à droite montre de plus près les éléments du sol, notamment les galets, des pierres très émoussées lors de leur roulement/frottement dans les flots de fonte des neiges, typiques des vignes du Chassis.

4-E → Secteur au ‘Nord-Est/alentours de Mercurol et Chanos-Curson’

Ce secteur d’environ 600 hectares en exploitation, soit approximativement 30% de l’aire de Crozes-Hermitage. Ce secteur surmonte celui des Châssis, entre les altitudes de ±260 mètres et ±360 mètres. Un talus de 10/15 mètres détache ce secteur à celui des Châssis.

Illustrations T et U. Ce secteur se situe très majoritairement au Nord de la route D532 qui sépare grosso modo ce secteur de celui des Châssis au Sud. Il comprend ainsi les pourtours, sauf méridionaux, des communes de Mercurol et Chanos-Curson, ainsi que la zone à l’Est de Crozes-Hermitage et Larnage. La géologie y est variée, ‘panachée’. Voici, à la suite, certaines unités géologiques constatées.

La géopédologie du vignoble y est panachée: des fractions éparses de, entre autres, ‘hautes terrasses alluviales à galets’, ‘loess’ ‘et marnes pliocènes’.

‘Hautes terrasses alluviales à galets’: Les phases de glaciation, gels-dégels, sur plusieurs centaines d’années ont déterminé un jeu de terrasses emboutées, dont les plus hautes correspondent aux alluvionnements les plus anciens. L’illustration V adossée montre ce jeu de terrasses. Celles-ci comporte chacune une ‘personnalité’ de sol.

√  ‘Loess‘: D’origine éolienne, il s’agit de dépôts limoneux sableux, de texture douce et de couleur brun-jaune. Ils ont été soufflés sur de longues distances et se sont déposés en pourtour des calottes glaciaires.

√ ‘Marnes du Pliocène‘: Entre deux terrasses sédimentaires (voir l’illustration V ci-devant), s’observe parfois des dégagements de Marnes du Pliocène (une époque). Cette formation constitue en fait le substrat rocheux, qui ne représente plus la roche-mère puisque substituée sous ce titre par la formation de sédiments.

‘Formations superficielles caillouteuses des pentes’: Description à venir.

 

 

 


5 ⇒ Les lieux-dits par secteur

→ Secteur de roches cristallines en ‘appendice au Nord-Ouest’: de Crozes-Hermitage à Sevres-sur-Rhône à l’extrémité Nord

→ Secteur au ‘Nord-Est/alentours de Mercurol et Chanos-Curson’

→ Secteur ‘Sud nommé des Chassis’