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Chablis: Géologie

Mis à jour: juin 2020

S’il est un vignoble qui, plus que les autres, a un substratum connu des œnophiles, c’est bien le Chablisien et son fameux Kimméridgien (marnes et calcaires à Exogyra Virgula). Or l’incidence de cette lithologie dans le vin de Chablis n’est pas du tout exclusive.

Successivement sous ce segment:
1 ⇒ Genèse du substratum
1-A → Le Chablisien au sein du ‘Bassin parisien’
1-B → Les lithologies du Chablisien
2 ⇒ Géologie/géomorphologie: schématiquement trois secteurs
3 ⇒ Géologie/géomorphologie: trois grands secteurs / trois types de terroirs
3.1→ Avant-propos
3.2 → Sur l’importance des ‘formations superficielles’
3.3→ Coup d’œil par secteur
3.4→ Autres photos, schémas et vidéo intéressants
4 ⇒ Propos presque concluants
5 ⇒ Bibliographie principale afférente aux onglets portant sur le Chablisien

1 ⇒ Genèse du substratum

Petit lexique pour une lecture efficace:
√ Sol:
horizon de surface meuble.
√ Substratum
: socle rocheux sous-jacent, recouvert parfois d’une ‘formation superficielle’.
Lithologie: nature rocheuse constituant une formation géologique.

Formation superficielle: nappage de matériaux divers (roches, cailloux, sables, limons, etc.) ‘déménagés’ sur un versant depuis l’amont par des phénomènes associés à du colluvionnement ou alluvionnement. Ce nappage constitue une ‘formation superficielle’ si l’épaisseur est significative.
√ Une ‘formation superficielle’ substitue alors le substratum en tant que roche-mère, en occurrence en maints endroits du vignoble de Chablis.

1-A → Le Chablisien au sein du ‘Bassin parisien’

L’Yonne est située dans l’unité géologique nommée ‘Bassin parisien’; Paris en étant relativement le point central. Occupée par une mer pendant plus de 200 millions d’années, cette cuvette au diamètre moyen de 400 km comporte une impressionnante série de couches de sédiments marins transformés en roches argilo-calcaires.
Entre autres, pendant les cinq millions d’années de l’époque ‘kimméridgienne’ du Jurassique, des colonies d’huitres nommées ‘Exogyra virgula‘ furent fossilisées en quelques secteurs du Bassin parisien, particulièrement dans le Chablisien et le Sancerrois (réponse #6 du quiz). Sur le terroir de Chablis, cette lithologie est celle des Marnes et Calcaires du Kimméridgien supérieur et moyen.

Bassin parisien
Tiré du site internet  le bassin de Paris

Figure 1. Le schéma ci-devant est une perspective en coupe de la lithologie du Bassin parisien. Paris y occupe relativement le point central. Sur la carte placée en exergue, le trait rouge indique la trajectoire de la coupe illustrée, laquelle traverse entre autre le Chablisien, au Sud-Est.

bassinparisienvslucieFigure 2. Une autre illustration schématique du Bassin parisien qui met en évidence l’auréole jurassique.
Le plan de surface du substratum jurassique est concave. Il s’agit d’un phénomène de ‘cuesta’ que nous esquivons afin de simplifier autant que possible le schéma géologique du Chablisien. Pour en savoir davantage, consulter ‘Plateaux de Basse Bourgogne’ de Denis Baize

Une des hypothèses avancées pour expliquer la concavité du Bassin parisien réside dans l’effondrement du centre du bassin attribuable au poids excessif du cumul des strates, tel une pile d’assiettes creuses. Lors de cet effondrement, les strates rocheuses enfouies sous le Chablisien s’inclinèrent de deux à trois degrés vers le Nord-Ouest, vers Paris. Inclinées donc, les strates lithologiques ‘émergées’ furent ultérieurement ‘varlopées’ par l’érosion, autrement dit par la dégradation intemporelle du relief du sol. Ainsi, en parcourant l’autoroute A6 depuis Paris, qui est positionnée relativement au centre du Bassin Parisien, vers Lyon au Sud-Est, les formations rocheuses du Bassin sont successivement franchies (des montées et des descentes correspondent à certaines formations), vers les plus anciennes. Dans les environs d’Auxerre, la A6 transite progressivement sur la séquence lithologique propre au Chablisien.

carte Yonne finale - copie.aiFigure 3. Carte éloquente quant à notre propos, reliée à une étude visant à témoigner du lien entre ‘les matériaux de construction des églises de l’Yonne’ et les sous-sols environnants; étude réalisée par le géo-archéologue Stéphane Büttner. À consulter ici.
La série lithologique du Bassin parisien propre au département de l’Yonne apparait en bandes obliques sur la carte ci-devant. La sous-série de formations du Chablisien est représentée par les bandes adjacentes aux tons de bleu.
La localisation de Poilly-sur-Serein, (commune de l’AOC Chablis localisée à la limite Sud de l’aire) nous permet de situer le cours du Serein.

L’étage du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à  Exogyra virgula) tant identifié au terroir de Chablis, a une épaisseur de l’ordre de 80 mètres. Étant donné son inclinaison (2o à 3o) et son érosion, son affleurement en surface couvre une bande d’une largeur de ±10 km transversale au Serein; depuis Poilly-sur-Serein, au Sud-Est, jusqu’à Maligny (non signalé sur la carte), au Nord-Ouest, dans l’axe de ce cours d’eau.

1-B → Les lithologies du Chablisien

Situons, à travers les époques et les étages géologiques, la lithologie renfermant de minuscules huitres fossilisées ‘Exogyra virgula’, tant associée au terroir chablisien:
La formation rocheuse marno-calcaire à Exogyra virgula appartient à l’étage stratigraphique du Kimméridgien.
Plus précisément, les sédiments marins en question se sont formés à l’époque géologique du Jurassique supérieur il y en ±155 millions d’années.

D’une épaisseur de ±80 mètres, la lithologie du Kimméridgien supérieur et  moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula) alterne des couches de calcaire marneux − proportions assez équivalentes d’argile et de calcaire − , des marnes argileuses − dominante d’argile −  et aussi, localement, des minces bancs de calcaire pur et dur. Bref son faciès n’est pas homogène.

Nous évoquons aussi dans ce volet la présence du Calcaire du Barrois − aussi nommé Portlandien − dans le contexte géologique du Chablisien. Cette formation rocheuse de ±50 mètres d’épaisseur est  placée au dessus du Kimméridgien supérieur et  moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula); le Calcaire du Barrois relève également de l’époque géologique du Jurassique supérieur. Assez homogène, le Calcaire du Barrois est constitué essentiellement de calcaire dur et compact.

 

chablis-tableau-jurassique
Le contexte géologique décrit schématiquement ci-devant serait toutefois sans intérêt ‘viticole’ si ce n’était du creusement, du profilage, des vallées chablisiennes survenu au cours de l’époque périglaciaire;
creusement qui a été particulièrement avéré dans le secteur kimméridgien en raison du caractère tendre de cette lithologie. Ce réseau de vallées conflue vers la vallée principale du Serein qui captait à l’époque périglaciaire les torrents des fontes printanières et estivales et qui canalise encore aujourd’hui les eaux du bassin.


2 ⇒ Géologie/géomorphologie: schématiquement trois secteurs

CARTE GÉOLOGIQUE DU CHABLISIEN À L’ÉCHELLE 1/50 000

chablis_terroirFigure 4. Cliquez sur la carte pour la grossir. Cette carte géologique est extraite du site vin-terre-net.com (un topo sur Chablis y est aussi présenté), lequel site indique sa source:  http://infoterre.brgm.fr/
Il vous faut repérer d’abord le cours du Serein. Celui-ci traverse Chemilly-sur-Serein et Chablis qui sont tachetés en jaune. La bande de couleur blanche associée au Serein représente certainement l’alluvionnement laissé par le lit de l’époque périglaciaire de cette rivière. Les vallées s’observent par des sillons transversaux au Serein.
Les substratums présents sur la zone cartographiée sont les suivants:
J9:   Portlandien (Calcaire du Barrois)
J8:   Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula)
J7b: Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes)
J7a: Calcaire de Tonnerre

Quelques observations et commentaires dégagés de la carte géologique:

√ La carte géologique du BRGM laisse entrevoir la séquence de bandes de substratums du Chablisien. suivant le cours du Serein, les lithologies dominantes sont consécutivement du Sud-Est au Nord-Ouest: l’Oxfordien (Calcaire de Tonnerre J7a), le Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes J7b), le Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula J8) et le Portlandien (Calcaire du Barrois J9).

√ En bref, l’épaisseur respective des formations, leur inclinaison mutuelle de 2o à 3o et leur érosion sur des millions d’années − genèse évoquée dans le premier volet (‘genèse du substratum’) − constitue l’explication de la séquence de bandes de substratums.

√ La carte géologique permet aussi de constater que le creusement survenu à l’époque périglaciaire a singulièrement exposé l’étagement de lithologies en les faisant apparaitre successivement sur un même périmètre restreint, selon les positions du paysage, à l’exemple du périmètre de la figure 5, à savoir: plateau, versant et fond de vallée. Bien entendu la formation la plus récente étant en position de plateau et celle la plus âgé en fond de vallée.

chablis-etagesFigure 5. Cette image est une partie de la carte géologique précédente (figure 4). Le plateau, est formé de Portlandien (Calcaire de Barrois / J9). Les coteaux le sont de Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula / J8); dont des coteaux en Premiers Crus: Côte de Léchet, Vaillons et Montmains. Les fonds de vallée s’appuient sur du Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes / J7b). Rappelons que les trois formations en question sont successives dans l’étagement lithologique du Chablisien.

√ Dans le secteur Sud-Est du Chablisien − Chemilly-sur-Serein (tachetée en jaune) est ±au centre de celui-ci / aucun Premier ou Grand Cru dans ce secteur −, la formation dominante sur les versants est le Kimméridigien inférieur (Calcaire à Astartes) /J7b), tandis que le Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes à Exogyra virgula /J8) ) est le substratum des plateaux.

Dans le secteur central du Chablisien − tous les Premiers Crus et Grands Crus −, la séquence suivante est observée: Portlandien (ou Calcaire de Barrois/J9) en plateau; Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula) /J8) sur les versants; et Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes) /J7b) en fonds de vallée.

√ Dans le secteur Nord-Ouest − aucun Premier ou Grand Cru −, le Portlandien (ou Calcaire du Barroi/J9) est, à toute fin utile, le substratum observé, soit à partir de La Chapelle Vaupelteigne (dont la discrète désignation apparait à gauche de celle de Fourchaume). En un mot, le Portlandien − épaisseur de ±50 mètres − s’y retrouve tant sur les plateaux, que sur les versants, qu’en fonds de vallée. Les vallées y sont moins entaillées étant donné la dureté de cette roche, autrement dit, parce que le Portlandien (Calcaire de Barrois) est moins érosif que le Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).

IMG_0028Marne à Exogyra virgula au haut de l’illustration. Calcaire de Barrois (Portlandien) au bas.

Exogyra virgula (mollusques fossiles) observables en retrait du chemin séparant les climats Les Bougros et Les Preuses.

OCCURRENCE DES SUBSTRATUMS
SELON LES SECTEURS DU CHABLISIEN ET LES POSITIONS DANS LE PAYSAGE

Sud-Est
Chichée, Béru,
Poilly-sur-Serein, …
Centre
Chablis, Beine,
Fleys, …
Nord-Ouest
Maligny, Lignorelles,
Ligny-le-Chatel…
 Substratums Positions dans le paysage
Portlandien
(Calcaire du Barrois)
J9
plateaux plateaux, coteaux
et pieds de coteau/fonds de vallée
Kimméridgien sup. et moyen
(Marnes et Calcaires à Exogyra virgula )
J8
plateaux coteaux
Kimméridgien inférieur
(Calcaire à Astartes)
J7b
plateaux et
coteaux
pieds de coteau/fonds de vallée
Calcaire de Tonnerre
J7a
coteaux

Le tableau indique les sous-sols (substratums) en place selon les secteurs du Chablisien et les positions dans le paysage.

Chablis_inclinaison_1Figure 6. Adaptation d’une illustration tirée de ‘Plateaux de Basse Bourgogne’ du pédologue Denis Baize.
La vue en coupe s’étend le long du Serein de Chablis, hôtesse du Grand Cru, à Maligny, sur environ quatre kilomètres. Le versant terminant le GC complètement à droite est celui du climat Blanchot qui s’inscrit dans la vallée de Bréchain (non identifiée). Les positions de la vallée de Fontenay et de la commune de Maligny constituent des repères pour délimiter le Premier Cru Fourchaume.
L‘objectif de cette image consiste à démontrer qu’en vertu de l’inclinaison de 2o à 3o des formations rocheuses du Chablisien, le Kimméridgien supérieur et moyen (J8) s’enfonce graduellement à partir de Maligny. Au delà de ce point vers le Nord, cette formation ne figure donc plus en tant que substratum de contact, s’enfonçant irrémédiablement. Cette inclinaison des formations rocheuses du Chablisien et leur épaisseur respective expliquent que sur une même position dans le paysage chablisien, à titre d’exemple sur les versants, il y a alternance des formations rocheuses du Sud-Est vers le Nord-Est.


3 ⇒ : Géologie/géomorphologie: trois grands secteurs /trois types de terroirs

3.1→ Avant-propos

Nous tenons à le souligner: l’exposé de ce troisième volet résulte de la consultation des études citées à la suite et de nos rencontres avec leur auteur respectif. Les contenus de ces études indiquent clairement que les sols des coteaux chablisiens, nommément et particulièrement ceux du Grand Cru et des Premiers Crus, comportent une empreinte significative de Portlandien (Calcaire du Barrois), qui est la formation lithologique surmontant celle du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).
Principales études consultées:
√ ‘Typologie des sols de l’Yonne – Plateaux de Bourgogne’, 1989, Denis Baize, pédologue, membre de la commission de l’INAO de révision des aires des AOC chablisiennes (±1976/78);
√  ‘Réalisation d’une typologie des sols du Chablisien et recommandations culturales associées’, 2006, Lucie Depuydt, œnologue (dossier de fin d’étude du Master Vigne et Terroir).

3.2 → Sur l’importance des ‘formations superficielles’

Pour bien saisir la suite, il importe de savoir qu’en général, les sols viticoles sont issus de l’altération, la désagrégation, de l’une des deux types de roches-mères suivants:
• le substratum (soubassement rocheux sous-jacent);
• ou une ‘formation supercielle’, soit une matrice, ou encore un nappage, de matériaux − cailloux, pierres, sables, limons, etc. − provenant de paliers en amont et transportés sur les coteaux par colluvionnement(♦) et/ou par alluvionnement (par des flux d’eau); colluvions et alluvions remaniées constituant alors une matrice recouvrant le substratum et se substituant à celui-ci en tant que roche-mère.

(♦) Le colluvionnement est issu du déplacement, via solifluxion (écoulement de boues, etc.), et du malaxage sur les coteaux de matériaux divers, fragments de roches, argiles, limons, ..,) provenant inéluctablement de l’amont, du haut des coteaux. Ce phénomène a été particulièrement induit durant les périodes de glaciation du Quaternaire par le phénomène de gélifraction. Aussi, il importe de souligner que le colluvionnement sur les coteaux est assez profond, plus d’un mètre en maints endroits. L’idée que les racines s’enfoncent irrémédiablement en profondeur étant plutôt fausse, celles-ci se ramifient donc en bonne partie dans ce sol de l’altération de colluvions/alluvions, une ‘formation superficielle’.

En Côte d’Or, l’origine prédominante des sols résulte de l’altération du substratum. Dans le Chablisien, l’origine des sols de coteaux provient en bonne partie de l’altération de ‘formations superficielles’, résultant de colluvionnement. Le caractère pentu des coteaux de vignes est un pré-requis au colluvionnement. Or dans le Chablisien, les pentes sont souvent supérieures à 15%, particulièrement dans le secteur des Premiers et Grands Crus.

3.3→ Coup d’œil par secteur

Dans la partie Sud-Est du Chablisien (Béru,Poilly-sur-Serein, Viviers, …), le substratum des plateaux et des coteaux est constitué de Kimméridgien supérieur et moyen. Le colluvionnement sur les coteaux est du coup issu de matériaux de cette formation. (illustration ci-après, figure 7).

sol_kimmeridgien_CPartie Sud-Est du Chablisien
Fleys, Béru, Courgis, Préhy, Chichée, Chemilly sur-Serein, Poilly-sur-Serein, Viviers

Figure 7. La coupe montre schématiquement les lithologies du substratum et de la ‘formation superficielle’ présente sur les versants de la partie Sud-Est du Chablisien: Le Kimméridgien supérieur et moyen (J8) est le substratum des plateaux et des parties supérieures et médianes du versant − la trame carrelée illustre les strates calcaires de J8 intercalées dans la marne kimméridgienne −; et les matériaux constituant la ‘formation superficielle’ qui nappe les coteaux est du même type de roche (J8).
La partie inférieure du coteau repose sur du Kimméridgien inférieur (J7b).
Les figures 7 et 8 sont des adaptations d’illustrations de l’étude de Lucie Depuydt, ‘Réalisation d’une typologie des sols du Chablisien et recommandations culturales associées’, 2006.

√ À l’autre extrémité du Chablisien, dans la partie Nord-Ouest (Maligny, Lignorelles, Ligny-le-Chatel…), à toute fin utile de Maligny jusqu’à la limite septentrionale de l’aire ‘Chablis’, tant les plateaux que les versants reposent sur du Portlandien (Calcaire du Barrois/J9), si bien que les sols sont irrémédiablement issus de ce calcaire, que ce soit par altération du substratum ou par colluvionnement sur les versants de matériaux provenant des plateaux.

Le contexte est cependant singulier dans la partie médiane, dans le cœur du Chablisien, englobant les Grands Crus et les Premiers Crus: Les plateaux surmontant les versants reposent sur un substratum de Portlandien (Calcaire du Barrois/J9). Le substratum des versants est principalement formé de la formation du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula/J8). C’est cependant la ‘formation superficielle’ − désignée sous ‘colluvions du Portlandien et du Kimméridgien supérieur et moyen’ dans la figure 8 − qui y représente la roche-mère. Conséquemment, le sol des versants du secteur central est  issu en bonne partie de l’altération de cette ‘formation superficielle’.

sol_portlandien_couleurCoteaux du cœur du Chablisien
Beine, Chablis, Poinchy, Milly, Fleys, Béru, Courgis, Rameau

Figure 8. Cette autre coupe est typique du contexte géomorphologique du cœur du Chablisien qui englobe les Grands Crus et les Premiers Crus. Le plateau supérieur repose sur du Portlandien (Calcaire du Barrois/J9). Le substratum des coteaux est surtout formé de Kimméridgien moyen et supérieur/J8. L’importante matrice qui recouvre le coteau est constituée de colluvions issues du Portlandien (Calcaire du Barrois) et certainement aussi de colluvions provenant du niveau supérieur du versant, lequel est constitué de Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula/J8). La matrice qui recouvre le versant est une ‘formation superficielle’. C’est cette formation qui représente alors la roche-mère, et le sol en place résulte de l’altération de celle-ci.

3.4→ Autres photos, schémas et vidéo intéressants

IMG_0610 IMG_0611_2-683x1024

Baize_pavesLes photos montrent la limite supérieure d’un versant dans le cœur chablisien, attenant au Bois de Vau-Mâcon à Fleys, en AOC Chablis. La paroi est formée de Portlandien (Calcaire du Barrois).
La photo de droite montre la partie supérieure du versant de vignes, terminant au pied de cette paroi rocheuse. Le sol y est formé de colluvions, une ‘formation superficielle, issues en bonne partie de la désagrégation du calcaire du Barrois en amont.
Ce calcaire se présente initialement en pavés comme le montre l’illustration placée sous les photos.

IMG_0377

trois_etats_roches

Les croquis ci-contre schématisent les étapes d’altération, de désagrégation du Portlandien (Calcaire du Barrois). L’illustration est tirée de ‘Typologie des sols de l’Yonne’, du pédologue Denis Baize.
La photo qui précède ces croquis traduit en quelque sorte le schéma. Elle a été prise tout juste au dessus du Grand Cru Les Clos.

 

Baize_substrat_marneuxIl s’agit de la coupe d’une fosse-type des versants du cœur chablisien. L’horizon supérieur représente le sol travaillé, labouré. Celui du milieu qui atteint jusqu’à un mètre sur ce schéma (au delà d’un mètre en maints endroits) est celui du colluvionnement de matériaux du Portlandien (Calcaire du Barrrois) et certainement aussi du seuil supérieur de la formation de Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula), voir ou revoir l’illustration 8. Ce deuxième horizon est celui dans lequel se développe principalement le réseau racinaire des vignes. La partie inférieure est le substratum de marnes Kimméridgiennes. Il est plausible que le réseau racinaire atteigne le seuil altéré de marnes Kimméridgiennes.

La construction  du chemin pentu mitoyen aux climats Bougros et Vaudésir, a requis un sectionnement du sous-sol des Bougros qui expose  une section latérale de celui-ci. La dite section laisse apparaître le substratum de Kimmédigien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).

Le site du Domaine Laroche contient une vidéo remarquable montrant une fosse d’environ un mètre creusée dans le climat Les Roncières du regroupement Les Vaillons. Ce clip est nommé ‘vivez l’expérience, épisode 01: Laroche, artisan vigneron: le respect des terroirs et de la vigne’. Nous attirons particulièrement votre attention sur le segment entre ±1 min. 30 sec. et 2 min. 30 sec., montrant les horizons associés au colluvionnement.

Laroche, artisan vigneron: le respect des terroirs et de la vigne


4 ⇒ Propos presque concluants

Toujours est-il … (partie 1)
… Que les spécimens de roches renfermant les fameuses Exogyra virgula du Kimméridgien supérieur et moyen sont bien peu fréquents sur les sols du cœur du Chablisien. Vos balades sur les Premiers et Grands Crus pour en trouver seront plutôt décevantes. En fait, les cailloux affleurants sont presque essentiellement du Calcaire du Barrois (Portlandien) résultant de colluvionnement. Le Kimméridgien supérieur et moyen étant enfoui sous la matrice de colluvions, vous le constaterez en quelques endroits où des sections, des tranchées, ont été réalisées; ou encore sur des coteaux abrupts, comme en certains endroits du Blanchot.
Une énigme: le sol nourricier de la vigne des grands terroirs chablisiens résultant largement de l’altération de la matrice rocheuse portlandienne, pourquoi donc leurs vins renferment-ils des notes iodées et crayeuses bien propres à un sol associé à de la marne kimméridgienne? La question a été posée à Denis Baize, pédologue, directeur de recherche à l’INRA, spécialiste de l’Yonne et expert consulté par l’INAO lors de la révision des AOC chablisiennes durant les années 1970. Sa réponse se lit dans la partie en gras de son propos: « L’AOC Chablis (dans son ensemble) a été définie sur des critères beaucoup plus larges que la seule présence du Kimméridgien. Très souvent, le sous-sol intervient peu sur la composition du sol qui est alors développé dans une ‘formation de pente’ que nous avons nommée ‘formation superficielle’ partout de ce texte − très largement alimentée par des matériaux (cailloux, argiles) en provenance des plateaux portlandiens. Mais quand le sous-sol est marneux, surtout quand il est proche de la surface, situé à moins de 50 cm, par exemple, il a certainement une grande influence sur le goût du vin, via les racines profondes. » Le phénomène intrigue aussi d’autres professionnels des sciences de la terre que nous avons interpellés. Certains conçoivent que, étant drainant, le sol de colluvions issues surtout du Portlandien suscite un enracinement plus profond, plausiblement jusqu’au contact avec le seuil altéré du substratum kimméridgien. Une autre hypothèse est avancée par Denis Baize: « le colluvionnement est probablement également issu des produits de l’altération des marnes du Kimméridgien du haut du versant« . Ce que nous avons mentionné plus haut de notre texte.

 

Toujours est-il … (partie 2)
que par son omniprésence à travers la couverture des versants du cœur du Chablisen, le colluvionnement portlandien doit indubitablement laissé son ’empreinte’ dans les vins. Il n’y a qu’un petit pas à faire pour formuler l’hypothèse que la structure des vins des Premiers Crus et surtout des Grands Crus résulte en partie, peut-être même en bonne partie, de ‘ce contact’ avec ce sol résultant en bonne partie, voire en large partie, de l’altération de la matière rocheuse portlandienne.
Faisons un pas additionnel. Il est reconnu de tous que les vins des Grands Crus sont plus substantiels que ceux des Premiers Crus. Or, le plateau du Portlandien (rappel: Calcaire du Barrois) qui surmonte le GC − lequel plateau a un sol renfermant essentiellement l’ ‘ADN’ du Portlandien − constitue un terroir qui livre les Petit Chablis les plus consistants de tout le Chablisien; d’ailleurs plusieurs producteurs renommés sont propriétaires de parcelles de Petit Chablis de ce secteur et ils en sont fiers (Raveneau, Dauvissat, Billaud-Simon, Droin, etc.). En un mot, la race des vins du Grand Cru pourrait aussi s’expliquer par le faciès certainement spécifique du Portlandien qui coiffe celui-ci!

5 ⇒ Bibliographie principale afférente aux onglets portant sur le Chablisien

• Baize Denis, ‘Typologie des sols de l’Yonne’, 1989
• Baize Denis, ‘Plateaux de Basse Bourgogne’, 1989
• Bazin Jean-François, ‘Le vin de Bourgogne’, 1996 et 2020
• Beaudoin Raymond, ‘Le vignoble de Chablis/ Revue du vin de France’, no 153/juillet 1952
• Bréjoux Pierre, ‘Les vins de Bourgogne’, 1967
• Cannard Henri, Les vignobles de Chablis et de l’Yonne’, 1999
• Coates Clive, ‘The wines of Burgundy’, 2008
• Depuydt Lucie,  ‘Réalisation d’une typologie des sols du Chablisien et recommandations culturales associées’, 2006
• Droin Jean-Paul, ‘Un siècle de lois, arrêts, décrets et jugements concernant les AOC chabisiennes de 1905-2007’, 2007
• Droin Jean-Paul, ‘Le partage du vignoble’
• Droin Jean-Paul, ‘Par mots et par vaux’, 2014
• Fanet Jacques, ‘Les terroirs du vin’, 2001
• Fevre William, ‘Les vrais Chablis et les autres’, 1978
• George Rosemary, ‘The wines of Chablis’, 1984
• France Benoit, ‘Le grand atlas des vignobles de Frances’, 2002
• Legrand Jacques, ‘Chablis’, 1986
• Morris Jasper, ‘Inside Burgundy’, 2010
• Pic Albert, ‘Le vignoble de Chablis’, 1934
• Pitiot Sylvain et Servant Jean-Charles, ‘Les vins de Bourgogne’, 2010

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