Date de publication:

Géologie/pédologie

S’il est un vignoble qui plus que les autres a un substratum connu des œnophiles, c’est bien le Chablisien et son fameux Kimméridgien (marnes et calcaires à Exogyra Virgula). Or l’incidence de cette lithologie dans le vin de Chablis n’est pas exclusive.


Successivement sous ce segment:

  1. Mise en place du substratum
  2. Sculpture du substratum (creusement des vallons et vallées du Chablisien)
  3. Achèvement du terroir (‘recouvrement’ des coteaux: le sol)

1. Mise en place du substratum

À SAVOIR impérativement pour une lecture efficace:
Substratum
: en géologie, socle rocheux en contact, recouvert généralement d’un sol d’épaisseur variable.
Lithologie: nature des roches constituant une formation géologique.

Sol: formation naturelle de surface, meuble.
Colluvion (colluvionnement): Dépôt meuble sur un versant (coteau), mis en place par gravité, sans intervention d’un cours d’eau (cas échéant: alluvionnement). Les matériaux de colluvions (cailloux, argiles, limons, etc) constituent le ‘sous-sol’  (différent du ‘substratum’) du versant si la couche de colluvions est relativement épaisse (alors une ‘formation superficielle’), comme en maints endroits du vignoble de Chablis.

L’Yonne est située dans l’unité géologique nommée ‘Bassin parisien’; Paris en étant relativement le point central. Occupée par une mer pendant plus de 200 millions d’années, cette cuvette au diamètre moyen de 400 km comporte une impressionnante série de couches de sédiments marins transformés en roches argilo-calcaires.
Entre autres, pendant les cinq millions d’années de l’époque ‘kimméridgienne’ du Jurassique, des colonies d’huitres nommées ‘Exogyra virgula‘ furent fossilisées en quelques secteurs du Bassin parisien, particulièrement dans le Chablisien et le Sancerrois (réponse #6 du quiz). Sur le terroir de Chablis, cette lithologie est celle des Marnes et Calcaires du Kimméridgien supérieur et moyen.

Bassin parisien
Tiré du site internet  le bassin de Paris

Figure 1. Le schéma ci-devant est une perspective en coupe de la lithologie du Bassin parisien. Paris y occupe relativement le point central. Sur la carte placée en exergue, le trait rouge indique la trajectoire de la coupe illustrée, laquelle traverse entre autre le Chablisien, au Sud-Est.

bassinparisienvslucieFigure 2. Une autre illustration schématique du Bassin parisien qui montre plus clairement la position de l’auréole jurassique.
Le plan de surface du substratum jurassique est incurvé, courbé en dedans. Il s’agit d’un phénomène de ‘cuesta’ que nous esquivons afin de simplifier autant que possible le schéma géologique du Chablisien. Pour en savoir davantage, consulter ‘Plateaux de Basse Bourgogne’ de Denis Baize

Une des hypothèses avancées pour expliquer la concavité du Bassin parisien réside dans l’effondrement du centre du bassin attribuable au poids excessif du cumul des strates, tel une pile d’assiettes creuses. Lors de cet effondrement, les strates rocheuses enfouies sous le Chablisien s’inclinèrent de deux à trois degrés vers le Nord-Ouest, vers Paris. Penchées donc, les strates lithologiques ‘émergées’ furent ultérieurement ‘varlopées’ par l’érosion, autrement dit par la dégradation naturelle du relief du sol au fil de millions d’années. Ainsi, en parcourant l’autoroute A6 depuis Paris, qui est positionnée relativement au centre du Bassin Parisien, vers Lyon au Sud-Est, les formations rocheuses du Bassin sont successivement franchies (des montées et des descentes correspondent à certaines formations), vers les plus anciennes qui, rappelons-le, étaient auparavant enfouies. Dans les environs d’Auxerre, la A6 transite progressivement sur la séquence lithologique propre au Chablisien.

carte Yonne finale - copie.aiFigure 3. Carte éloquente quant à notre propos, reliée à une étude visant à témoigner du lien entre ‘les matériaux de construction des églises de l’Yonne’ et les sous-sols environnants; étude réalisée par le géoarchéologie Stéphane Büttner. À consulter ici.
La série lithologique du Bassin parisien propre au département de l’Yonne apparait en bandes obliques sur la carte ci-devant. Celles des différentes formations du sous-sol chablisien sont représentées par les bandes adjacentes associées aux différents tons de bleu.
La localisation de Poilly-sur-Serein, (commune de l’AOC Chablis localisée à la limite Sud de l’aire) nous permet de situer le cours du Serein.

L’étage du Kimméridgien supérieur et moyen, (Marnes et Calcaires à  Exogyra virgula) tant identifié au terroir de Chablis, a une épaisseur de l’ordre de 80 mètres. Étant donné son inclinaison (2o à 3o) et son érosion, son affleurement en surface couvre un couloir d’une largeur de ±10 km suivant l’axe du Serein. Dans l’axe du Serein, le Kimméridgien supérieur et moyen se constate depuis Poilly-sur-Serein jusqu’à Maligny, au Nord-Ouest.

2. Sculpture du substratum (creusement des vallons et vallées du Chablisien)

Situons la lithologie renfermant de minuscules huitres fossilisées ‘Exogyra virgula’, tant associées au substratum chablisien, à travers les époques et les étages géologiques:
La formation rocheuse marno-calcaire à Exogyra virgula appartient à l’étage stratigraphique du Kimméridgien.
Plus précisément, les sédiments marins en question se sont formés à l’époque géologique du Jurassique supérieur il y en ±155 millions d’années.

D’une épaisseur de ±80 mètres, la lithologie du Kimméridgien supérieur et  moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula) alterne des couches de calcaire marneux (proportions assez équivalentes d’argile et de calcaire), des marnes argileuses (dominante d’argile) et aussi, localement, des minces bancs de calcaire pur et dur. Bref son faciès n’est pas homogène.

Nous évoquons aussi dans ce volet la présence du Portlandien (Calcaire du Barrois) dans le contexte géologique du Chablisien. Cette formation rocheuse est  placée au dessus du Kimméridgien supérieur et  moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula); le Portlandien relève également de l’époque géologique du Jurassique supérieur. Assez homogène, le Portlandien (Calcaire du Barrois) est constitué de calcaire dur et compact, dont l’épaisseur, dans la vallée du Serein, est de ±50 mètres.

 

chablis-tableau-jurassique


Le contexte géologique décrit schématiquement ci-devant serait toutefois sans intérêt ‘viticole’ si ce n’était du creusement, du profilage, des vallées chablisiennes survenu au cours de l’époque périglaciaire;
creusement qui a été particulièrement avéré dans le secteur kimméridgien en raison du caractère tendre de cette lithologie. Ce réseau de vallées conflue vers la vallée principale du Serein qui captait à l’époque périglaciaire les torrents des fontes printanières et estivales et qui canalise encore aujourd’hui les eaux du bassin.

CARTE GÉOLOGIQUE DU CHABLISIEN À L’ÉCHELLE 1/50 000

chablis_terroirFigure 4. Cliquez sur la carte pour la grossir. Cette carte géologique est extraite du site vin-terre-net.com (un topo sur Chablis y est aussi présenté), lequel site indique sa source:  http://infoterre.brgm.fr/
Il vous faut repérer d’abord le cours du Serein. Celui-ci traverse  Chemilly-sur-Serein et Chablis qui sont tachetés en jaune. La bande de couleur blanche associée au Serein représente certainement l’alluvionnement laissé par le lit de l’époque périglaciaire de cette rivière. Les vallées s’observent par des sillons transversaux au Serein.
Les substratums présents sur la zone cartographiée sont les suivants:
J9:   Portlandien (Calcaire du Barrois)
J8:   Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula)
J7b: Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes)
J7a: Calcaire de Tonnerre

Quelques observations et commentaires dégagés de la carte géologique:

1) La carte géologique du BRGM laisse entrevoir la séquence de bandes de substratums du Chablisien. Les substratums dominants sont consécutivement du Sud-Est au Nord-Ouest (suivant le cours du Serein): l’Oxfordien (Calcaire de Tonnerre J7a), le Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes J7b), le Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula J8) et le Portlandien (Calcaire du Barrois J9).

2) En bref, l’épaisseur respective des formations et en particulier leur inclinaison mutuelle de 2o à 3o, évoquée dans le premier volet (‘mise en place du substratum’) constitue l’explication de la séquence de bandes de substratums.

3) La carte géologique permet aussi de constater que le creusement survenu à l’époque périglaciaire a singulièrement exposé l’étagement de substratums en les faisant apparaitre successivement, sur un même périmètre restreint, selon les positions du paysage (tel le périmètre de la figure 5, placée immédiatement à la suite), à savoir: plateau, coteau et fond de vallée. Bien entendu la formation la plus récente étant en position de plateau et celle la plus âgé en fond de vallée.

chablis-etagesFigure 5. Cette image est une partie de la carte géologique précédente (figure 4). La calotte des coteaux, le plateau, est formée de Portlandien (Calcaire de Barrois / J9). Les coteaux le sont sur du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula / J8); dont des coteaux en Premiers Crus: Côte de Léchet, Vaillons et Montmains. Les fonds de vallée s’appuient sur du Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes / J7b). Rappelons que les trois formations en question sont successives dans l’étagement lithologique du Chablisien. Le creusage réalisé à l’époque périglaciaire a exposé dans les vallées la succession des substratums.

4) La présence du Kimméridgien supérieur et moyen est assez dominante dans le secteur central du Chablisien, la bande oblique dans laquelle sont notamment situés les Premiers Crus. Grosso modo, dans ce secteur, la calotte des coteaux, le plateau, est déposée sur un substratum de Portlandien (Calcaire de Barrois / J9); les coteaux le sont sur du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula / J8); et les fonds de vallée s’appuient sur du Kimméridgien inférieur (Calcaire à Astartes / J7b)

5) Dans le secteur Sud-Est du Chablisien (Chemilly-sur-Serein, qui est tachetée en jaune, est au cœur de celui-ci), la formation dominante est le Kimméridigien inférieur. Celle-ci s’observe surtout sur les coteaux, tandis que le Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes à Exogyra virgula) constitue surtout le substratum des plateaux.

6) Le Portlandien (Calcaire du Barrois) est, à toute fin utile, le seul substratum du secteur Nord-Ouest, soit à partir de La Chapelle Vaupelteigne, dont la discrète désignation apparait à gauche de celle de Fourchaume. Le Portlandien s’y retrouve tant sur les plateaux que sur les coteaux, qu’en fonds de vallée. Les vallées y sont moins entaillées étant donné la dureté de cette roche, autrement dit, parce que le Portlandien (Calcaire de Barrois) est moins érosif que le Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).

IMG_0028Marne à Exogyra virgula au haut de l’illustration. Calcaire de Barrois (Portlandien) au bas.

Exogyra virgula (mollusques fossiles) observables en retrait du chemin séparant les climats Les Bougros et Les Preuses.

OCCURRENCE DES SOUS-SOLS (SUBSTRATUMS)
SELON LES SECTEURS DU CHABLISIEN ET LES POSITIONS DANS LE PAYSAGE

Sud-Est
Chichée, Béru,
Poilly-sur-Serein, …
Centre
Chablis, Beine,
Fleys, …
Nord-Ouest
Maligny, Lignorelles,
Ligny-le-Chatel…
 Substratums Positions dans le paysage
Portlandien
(Calcaire du Barrois)
J9
plateaux plateaux, coteaux
et fonds de vallées
Kimméridgien sup. et moyen
(Marnes et Calcaires à Exogyra virgula )
J8
plateaux coteaux
Kimméridgien inférieur
(Calcaire à Astartes)
J7b
plateaux et
coteaux
fonds de vallées
Calcaire de Tonnerre
J7a
coteaux

Le tableau indique les sous-sols (substratums) en place selon les secteurs du Chablisien et les positions dans le paysage.

Chablis_inclinaison_1Figure 6. Adaptation d’une illustration tirée de ‘Plateaux de Basse Bourgogne’ du pédologue Denis Baize.
La vue en coupe s’étend, de gauche à droite, de Maligny jusqu’au Grand Cru. Le coteau terminant le GC complètement à droite est celui du climat Blanchot qui s’inscrit dans la vallée de Bréchain (non identifiée). Les positions de la vallée de Fontenay et de la commune de Maligny constituent des repères pour cadrer le Premier Cru Fourchaume. En fait, le climat Vaulorent (non identifié) est immédiatement à droite de la vallée de Fontenay, tandis que le Vaupulent (non identifié) est immédiatement à gauche; se suivent après Vaupulent vers Maligny: les climats La Fourchaume et L’Homme Mort (la limite au Nord de ce climat serait en quelque part au dessus du mot ‘inclinaison’).
Ceci dit, l’objectif de cette image consiste à démontrer qu’en vertu de l’inclinaison de 2o à 3o des formations rocheuses du Chablisien, le Kimméridgien supérieur et moyen (J8) s’enfonce graduellement à partir de Maligny. Au delà de ce point vers le Nord, cette formation ne figure donc plus en tant que substratum, s’enfonçant irrémédiablement. Cette inclinaison des formations rocheuses du Chablisien et leur épaisseur respective expliquent que sur une même position dans le paysage chablisien, à titre d’exemple les coteaux, il y a alternance des formations rocheuses du Sud-Est vers le Nord-Est.

3. Achèvement du terroir (le ‘recouvrement’ des coteaux: le sol)

Nous tenons à le souligner: l’exposé de ce troisième volet, ‘achèvement du terroir’, résulte de la consultation des études citées à la suite et de nos rencontres avec leur auteur respectif. Les contenus de ces études indiquent clairement que les sols des coteaux chablisiens, nommément et particulièrement ceux des coteaux du Grand Cru et des Premiers Crus, comportent une empreinte significative de Portlandien (Calcaire du Barrois), qui est la formation lithologique surmontant celle du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).
Études consultées:
‘Typologie des sols de l’Yonne – Plateaux de Bourgogne’, 1989, Denis Baize, pédologue, membre de la commission de l’INAO de révision des aires des AOC chablisiennes (±1976/78);
 ‘Réalisation d’une typologie des sols du Chablisien et recommandations culturales associées’, 2006, Lucie Depuydt, œnologue (dossier de fin d’étude du Master Vigne et Terroir)).

Pour bien saisir la suite, il importe de savoir que les sols viticoles en général ont une des trois origines suivantes:

  • altération (désagrégation) de la strate rocheuse sous-jacente, du substratum;
  • colluvionnement, soit un cumul de matériaux d’éboulis, provenant de paliers supérieurs des coteaux;
  • alluvionnement laissé, généralement dans les parties basses des coteaux, par d’anciens lits de cours d’eau.

En Côte d’Or, l’origine prédominante des sols est la première nommée, l’altération du substratum. Pour le Chablisien, le contexte d’origine des sols des coteaux de vignes correspond en large partie au ‘cumul de matériaux d’éboulis, des colluvions provenant de paliers supérieurs des coteaux’. Le caractère pentu des coteaux de vignes est un pré-requis au colluvionnement. Or dans le Chablisien, les pentes sont souvent supérieures à 15%, particulièrement dans le secteur des Premiers et Grands Crus.

Le colluvionnement est issu du déplacement, via solifluxion (écoulement de boues, etc.), et du malaxage sur les coteaux de matériaux divers, fragment de roches, argiles, limons, ..,) provenant inéluctablement de l’amont sur les coteaux, du haut des coteaux. Ce phénomène a été induit durant les périodes de glaciation du Quaternaire par le phénomène de gélifraction. Aussi, il importe de souligner que le colluvionnement sur les coteaux est assez profond, plus d’un mètre en maints endroits. L’idée que les racines s’enfoncent irrémédiablement en profondeur étant plutôt fausse, celles-ci se ramifient donc surtout dans ce sol de colluvions. (Ne pas manquer de lire ‘Toujous est-il; partie 1, placé plus bas.)

Dans la partie Sud-Est du Chablisien (Chichée, Béru,Poilly-sur-Serein, …), le substratum des plateaux est constitué de Kimméridgien supérieur et moyen. Le colluvionnement sur les coteaux est du coup issu de matériaux de cette formation, lequel colluvionnement nappe un substratum de coteau aussi formé de Kimméridgien supérieur et moyen (illustration ci-après, figure 7).

sol_kimmeridgien_CPartie Sud-Est du Chablisien
Fleys, Béru, Courgis, Préhy, Chichée, Chemilly s/Serein, Poilly s/Serein, Viviers

Figure 7. La coupe montre schématiquement la lithologie des coteaux de la partie Sud-Est du Chablisien. Le Kimméridgien supérieur et moyen (J8) est le substratum de la calotte, des plateaux, et également celui des coteaux. (La trame carrelée illustre les strates calcaires de J8 intercalées dans la marne kimméridgienne.) La partie inférieure du coteau repose sur du Kimméridgien inférieur (J7b). Le colluvionnement important qui nappe tout le coteau, est issu irrémédiablement de la désagrégation de J8. Les figures 7 et 8 sont des adaptations d’illustrations de l’étude de Lucie Depuydt, ‘Réalisation d’une typologie des sols du Chablisien et recommandations culturales associées’, 2006.

À l’autre extrémité du Chablisien, dans la partie Nord-Ouest (Maligny, Lignorelles, Ligny-le-Chatel…), à toute fin utile de Maligny jusqu’à la limite septentrionale de l’aire ‘Chablis’, tant les plateaux que les coteaux sont déposés sur du Portlandien (Calcaire du Barrois), si bien que les sols sont irrémédiablement issus de ce calcaire.

Le contexte est cependant différent dans la partie médiane, dans le cœur du Chablisien qui englobe le GC et les Premiers Crus: les plateaux supérieurs reposant sur un substratum de Portlandien (Calcaire du Barrois), le colluvionnement sur les coteaux est conséquemment composé en large partie de matériaux issus de la dégradation de cette roche. Ce colluvionnement nappe le substratum de Kimméridgien supérieur et moyen des coteaux. Par ailleurs, les matériaux constituant le colluvionnement nappant les coteaux proviennent certainement aussi de matériaux détachés du seuil supérieur du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula), lequel est en contact avec le Portlandien. Par voie de conséquence, ce colluvionnement est désigné de ‘sol issu de colluvions du Portlandien et du Kimméridgien supérieur et moyen‘ (voir l’illustration ci-après. Figure 8).

sol_portlandien_couleurCoteaux du cœur du Chablisien
Beine, Chablis, Poinchy, Milly, Fleys, Béru, Courgis, Rameau

Figure 8. Cette autre coupe est typique du contexte géo-pédologique du cœur du Chablisien qui englobe le Grand Cru et les Premiers Crus. Le plateau supérieur repose sur du Portlandien (Calcaire du Barrois) (J9). Le substratum des coteaux est formé de Kimméridgien moyen et supérieur (J8). L’importante matrice qui recouvre le coteau est constituée en forte partie de colluvions issues du Portlandien (Calcaire du Barrois) et certainement aussi de colluvions issues du seuil supérieur du Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).

IMG_0610 IMG_0611_2-683x1024

Baize_pavesLes photos montrent la limite supérieure d’un coteau dans le cœur chablisien, attenant au Bois de Vau-Mâcon à Fleys, en AOC Chablis. La paroi, le substratum, est formée de Portlandien (Calcaire du Barrois).
La photo de droite montre le coteau de vignes à son pied. Le sol y est formé de colluvions issues très largement de la désagrégation du calcaire du Barrois.
Ce calcaire se présente initialement en pavés comme le montre l’illustration placée sous les photos.

IMG_0377

trois_etats_roches

Les croquis ci-contre schématisent les étapes d’altération, de désagrégation (ou encore dislocation) du Portlandien (Calcaire du Barrois). L’illustration est tirée de ‘Typologie des sols de l’Yonne’, du pédologue Denis Baize.
La photo qui précède ces croquis traduit en quelque sorte le schéma. Elle a été prise tout juste au dessus du Grand Cru Les Clos.

 

Baize_substrat_marneuxIl s’agit de la coupe d’une fosse-type des coteaux du cœur chablisien. L’horizon supérieur représente le sol travaillé, labouré. Celui du milieu qui atteint jusqu’à un mètre sur ce schéma (au delà d’un mètre en maints endroits) est celui du colluvionnement de matériaux issus en forte proportion du Portlandien (Calcaire du Barrrois) et plausiblement aussi du seuil supérieur de la formation de Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula). Ce deuxième horizon est celui dans lequel se développe principalement le réseau racinaire des vignes. Le troisième horizon est celui du substratum, du sous-sol kimméridgien. Il est plausible que le réseau racinaire atteigne ce niveau, le seuil altéré du Kimméridgien.

Le site du Domaine Laroche contient une vidéo remarquable montrant une fosse d’environ un mètre creusée dans le climat Les Roncières du regroupement Les Vaillons. Ce clip est nommé ‘vivez l’expérience, épisode 01: Laroche, artisan vigneron: le respect des terroirs et de la vigne’. Nous attirons particulièrement votre attention sur le segment entre ±1 min. 30 sec. et 2 min. 30 sec., montrant les horizons associés au colluvionnement.

Laroche, artisan vigneron: le respect des terroirs et de la vigne

Toujours est-il … (partie 1)
… Que les spécimens de roches renfermant les fameuses Exogyra virgula du Kimméridgien supérieur et moyen sont bien peu fréquents sur les sols du cœur du Chablisien. Vos balades dans le vignoble pour en trouver seront plutôt désespérantes. Vos chances seront meilleures sur les coteaux bien pentus, comme le Blanchot. Les cailloux affleurants sont presque essentiellement issus du Portlandien (Calcaire du Barrois). En fait, le Kimméridgien supérieur et moyen étant enfoui sous la matrice de colluvions, vous le constaterez en quelques endroits où des sections, des tranchées, ont été réalisées. Le jeu de photos placé à la suite en est un exemple. Une énigme: une épaisse couche de colluvions issues en bonne partie du Portlandien (Calcaire du Barrois) constituant bel et bien la matrice nourricière de la vigne, pourquoi donc les vins du cœur de Chablis renferment-ils des notes iodées et crayeuses bien propres à la marne kimméridgienne? La question a été posée à Denis Baize, pédologue, directeur de recherche à l’INRA, spécialiste de l’Yonne et expert consulté par l’INAO lors de la révision des AOC chablisiennes durant les années 1970. Sa réponse se lit dans la partie en gras de son propos: « L’AOC Chablis (dans son ensemble) a été définie sur des critères beaucoup plus larges que la seule présence du Kimméridgien. Très souvent, le sous-sol intervient peu sur la composition du sol qui est alors développé dans une ‘formation de pente’ (colluvionnement) très largement alimentée par des matériaux (cailloux, argiles) en provenance des plateaux portlandiens (Calcaire du Barrois). Mais quand le sous-sol est marneux (surtout quand il est proche de la surface, situé à moins de 50 cm, par exemple), il a certainement une grande influence sur le goût du vin, via les racines profondes. » Or, la profondeur du colluvionnement de Calcaire du Barrois est généralement supérieure à ce seuil de 50 cm! L’explication intrigue aussi d’autres géologues et pédologues que nous avons interpellés. Ils conçoivent que, étant drainant, le sol de colluvions issues surtout du Portlandien (Calcaire du Barrois) suscite un enracinement plus profond, plausiblement jusqu’au contact avec le seuil altéré du substratum kimméridgien; et nous rappelons que les racines de vignes ne se développent guère au delà d’un mètre dans des sols argilo-calcaires. Un autre scénario est avancé par Denis Baize: « le colluvionnement est probablement également issu des produits de l’altération des marnes du Kimméridgien« . Ce que nous avons mentionné plus haut de notre texte.

 

IMG_0374 IMG_0630

La construction  du chemin pentu mitoyen aux climats Bougros et Vaudésir, a requis un sectionnement du sous-sol des Bougros qui expose alors une section latérale de celui-ci. La dite section laisse apparaître le substratum de Kimmédigien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula).

Toujours est-il … (partie 2)
que par son omniprésence à travers la couverture des coteaux du cœur Chablisen, le colluvionnement issu en bonne partie du Portlandien (Calcaire du Barrois) a dû indubitablement laissé son ’empreinte’ dans les vins. Il n’y a qu’un petit pas à faire pour formuler l’hypothèse que la structure des vins des Premiers Crus et du Grand Cru résulte en partie, peut-être même en bonne partie, de ce contact avec des matériaux d’origine Portlandienne (Calcaire du Barrois).
Faisons un pas additionnel. Il est reconnu de tous que les vins du Grand Cru sont plus substantiels que ceux des Premiers Crus. Or, le plateau du Portlandien (Calcaire du Barrois) qui surmonte le GC et qui lui a transmis son ‘ADN’ via le colluvionnement, constitue un terroir qui livre les Petit Chablis les plus aboutis (à notre avis) de tout le Chablisien; d’ailleurs plusieurs producteurs renommés sont propriétaires de parcelles Petit Chablis de ce secteur et ils en sont fiers (Raveneau, Dauvissat, Billaud-Simon, Droin, etc.). En un mot, la race des vins du Grand Cru pourrait aussi s’expliquer par le faciès certainement spécifique du Portlandien (Calcaire du Barrois) qui coiffe celui-ci?!

 

Histoire ← Onglet précédent   Onglet suivant Concept des Chablis