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Le Grand Cru: Zoom

« À la révolution, comme partout en France, les biens ecclésiastiques furent confisqués, divisés et vendus aux enchères. Plus du tiers des vignes dépendait de l’Abbaye (cistercienne) de Pontigny. Le deuxième gros propriétaire était le Chapitre de Chablis, principal exploitant des Clos, suivi par le groupe des chapelles locales qui essaimaient en Grenouilles, Vaudésir, Valmur, etc. L’appropriation des vignes par les communautés religieuses s’était réalisée massivement dans les grands crus, car cette noblesse de robe là, mon bon Monsieur, connaissait fort bien le chemin du bon vin. » Ouvrage ‘Chablis’, Bernard Ginestet, 1986


"</spanCarte extraite de l’ouvrage ‘Les Vins de Bourgogne’ de Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant. Les lignes de niveaux, en rouge, illustrent schématiquement le relief irrégulier du Grand Cru.

Chablis-GC-facechablisCliquez sur l’image pour l’agrandir. Le GC face à Chablis, sur l’autre rive du Serein (trait bleu). Est-ce le fabuleux vignoble qui a suscité l’implantation de la cité? Ou la cité qui a favorisé la mise en valeur du vignoble? C’est le dilemme de la poule ou de l’œuf… Les Premiers Crus Fourchaume et Montée de Tonnerre le bordent.
Quelques commentaires sur le Grand Cru: l’exposition générale est au Sud-Ouest. Son plan n’est pas régulier, pas du tout. À son extrémité Est, Blanchot bascule sur un flanc de la vallée de Bréchain (vallée secondaire à celle du Serein). Les climats Valmur et Vaudésir sont encaissés dans des vallons et ont ainsi des expositions contrastées; les traits rouges illustrent les talwegs de leur vallon respectif. Différemment des autres climats, Les Preuses et Les Bougros s’étendent sur des pentes plutôt douces, sauf dans leur segment inférieur où les pentes s’accentuent fortement.

Grand_Cru_FusionCliquez sur l’image pour la grossir. Ce panorama d’une partie du GC est la juxtaposition de deux photos, prises depuis Les Montmains sur la rive gauche. La partie de droite montre le climat Les Clos, appuyé sur un plan régulier ayant la forme d’un trapèze. Le chemin apparaissant au centre de la photo s’inscrit dans le talweg de la vallée de Valmur; l’adroit (versant le mieux exposé) de Valmur est lumineux, bien visible. Le chemin qui burine le vallon se présentant au tiers gauche de l’illustration parcourt le talweg du climat Vaudésir; la direction de ladite route tourne vers la gauche (Ouest) là où elle disparait de la photo. Un panorama complet intégrerait une autre photo, à gauche, pour montrer Les Preuses et Les Bougros, ainsi qu’une autre, à droite, pour exposer Les Blanchots.

Comparaison avec les GC de la Côte d’Or / hétérogénéité du GC

Contigu à la rivière Le Serein, immédiatement face à Chablis, l’arrangement des sept climats du Grand Cru est resserré entre deux profondes vallées (Bréchain et Fontenay) transversales au Serein. L’aire de 106 ha du GC est entièrement exploitée depuis une trentaine d’années. Le versant du GC s’appuie sur un substrat  Kimméridgien supérieur et moyen qui est surtout marneux, autrement dit de calcaire tendre puisque comportant une proportion élevée d’argile. Des coquillages fossilisés, des Exogyra virgula, y sont mixés dans la matrice argileuse. Son sol est cependant constitué de colluvions originant en bonne partie du Calcaire du Barrois (Portlandien). Ces colluvions, constituées d’éléments issus de l’altération dudit Calcaire du Barrois (Portlandien), étage subjacent au Kimméridgien, se sont répandues par gravité sur le coteau et l’ont nappé. Cette couche de sol est en moyenne de 60 cm. (voir ‘Pédologie-géologie)

Pour mieux comprendre les climats du Grand Cru Chablisien, il est intéressant de le comparer aux Grands Crus de la Côte d’Or. Il y a davantage que la géologie/pédologie qui les différencie. En fait, il n’y a que les superficies des climats des deux endroits qui sont assez similaires. (réponse #8 du quiz)

  1. D’abord, la lithologie du Chablisien est rattachée à la période géologique du Jurassique Supérieur, nommément aux étages du Kimméridgien et du Portlandien; tandis que ‘quelque peu’ plus ancienne la lithologie de La Côte relève principalement des périodes du Jurassique Moyen et Inférieur.tableaugeochablisvslacote
  2. Différemment des Grands Crus de la Côte d’Or qui sont surtout orientés au soleil levant, plein Est, l’exposition du GC chablisien a une exposition générale Sud-Ouest. En vue simplifiée, le rayonnement du soleil de la première partie de la journée réchauffe directement les GC côte d’orien, tandis qu’au même moment, il ‘rase’ de l’arrière ou de côté, selon l’endroit, le GC chablisien.
  3. Ensuite, les GC de la Côte d’Or ont des topographies assez uniformes, alors que des vallons (Valmur, Vaudésir,…) et certains à-pics (Blanchot, Bougros,…) apportent du relief au GC chablisien. Notamment, les climats Valmur et Vaudésir ont respectivement deux versants opposés, nommés localement ‘adroits’ et ‘envers’. Les vignes situées sur les envers de ces vallées, c’est-à-dire sur les versants les moins bien exposés (réponse #9 du quiz), sont ainsi quelque peu désavantagées, particulièrement lors des années plus froides.
  4. Les sols des deux endroits sont d’origines différentes. Ceux des GC de La Côte sont surtout issus de l’altération du substratum sous-jacent, formé majoritairement de calcaires, de natures différentes d’un GC à l’autre. Ceux du GC chablisien, tel que mentionné ci-haut, sont en bonne partie issus de colluvions émanant du Calcaire du Barrois (Portlandien), lequel surmonte la marne à Exogyra Accuminata (Kimméridgien).
  5. Aussi, les Grands Crus de la Côte d’Or présentent une certaine constance de caractéristiques de sol en raison de leur faible dénivelé, vingt ou trente mètres pour la plupart, et de leur petite superficie. Il en est autrement du grand talus du GC chablisien dont le dénivelé atteint jusqu’à 90 mètres, soit entre 130 et 220 mètres d’altitude au dessus du niveau de la mer. Grosso modo, les parties supérieures du Grand Cru chablisien livrent ainsi des vins qui contrastent avec ceux provenant des parties inférieures. Les sols des parties hautes sont généralement assez peu épais et produisent des vins ciselés et minéraux; tandis que les sols des parties basses, plus profonds et argileux, génèrent des vins plus amples et aux expressions minérales moins affirmées. Considérant les climats Valmur et Vaudésir, ceux-ci disposent donc de conditions variables tant en termes de sols que d’expositions.

Des variations physiographiques et géo-pédologiques rendent difficile la caractérisation des vins des climats du GC chablisien. En d’autres mots, établir leur profil individuel et les comparer entre eux ne peut être qu’un exercice imparfait.

Toujours est-il …
Bien que vous ayez déjà lu certaines choses, éparses, décrivant les vins des climats du Grand Cru chablisien vous n’en avez toujours qu’une vague idée. En fait, vous êtes nombreux à concevoir que Les Clos est le climat-maître et c’est peut-être tout. Si vous anticipiez obtenir de votre lecture de ce topo sur le GC des informations précises et concrètes sur les traits-type des vins associés à chacun de ses sept climats, nous vous signalons que les commentaires produits doivent être considérés tel des généralités.
Toujours est-il que le mandat de produire des signalements de vins de chaque climat du GC n’a pas d’évidence. Parce que chacun des climats comporte ‘des’ parties aux conditions physiographiques et géo-pédologiques distinctes.
Aussi ‘l’échantillonnage’ de chaque climat est plutôt mince; une dizaine ou moins d’exploitants sur cinq des sept climats. Enfin, en plus des contrastes apportés par les variations physiograpiques et géo-pédologiques déjà mentionnées, les styles des vins des exploitants sont variés puisque leurs vignes respectives présentent des conditions diverses (type de matériel végétal, âge des vignes, …) et que leurs pratiques viticoles et vinicoles sont également différentes.

L’expérience est organisée par la Revue du Vin de France et rapportée dans sa copie de mai 2010. Cinq réalisateurs de vins du Chablisien, dont Benoit Droin, Didier Séguier (William Fèvre) et Hervé Tucki (La Chablisienne), tentent d’identifier à l’aveugle les sept GC en dégustant les échantillons par cru à tour de rôle. Ils ne connaissent que le millésime témoin, 2002. L’observation maîtresse: « Les résultats déconcertent: le Grand Cru n’est pas toujours lisible quand les étiquettes disparaissent. »

Une proximité intrigante

La ville de Chablis est vraisemblablement née il y a près de deux milles ans d’une villa gallo-romaine, un noyau communautaire comprenant des bâtiments d’exploitation et des habitations. Or, le Grand Cru jouxte immédiatement la ville de Chablis. La proximité est intrigante. Nul ne sait lequel de l’œuf (supposons que ce soit le fameux vignoble) ou de la poule (supposons que ce soit l’implantation de la ville actuelle) a d’abord induit l’essor de l’autre. Si leur proximité devait relever strictement de la providence, alors la ville de Chablis aurait donc remporté une forme de  gros lot!

Quelques détails techniques
  • Le GC est né de la première mouture d’appellations chablisiennes reconnues en janvier 1938.
  • La superficie de 106 ha du GC représente à peine 2% du vignoble chablisien.
  • Le rendement de base autorisé est de 54 hl/ha, auquel est rattaché un rendement butoir de 64 hl/ha.
  • La richesse minimale en sucre des raisins doit se traduire par un taux alcoométrique naturel minimum de 11 degrés.
  • Le Grand Cru est le plus impressionnant coteau du vignoble chablisien avec un dénivelé de 85 mètres, soit de 135 à 210 mètres d’altitude, selon une pente importante, de 20 à 30%.

Note: les superficies désignées ci-après aux climats correspondent à celles figurant sur le site internet du BIVB.

LES CLIMATS DU GC
Climat Superficie Exposition Dénivelé/altitudes et pente
Blanchot 11,9 ha Sud-Est 70 m / entre 150 à 220 m
25 à 30%
Les Clos 24,8 ha Sud-Ouest 85 m / entre 130 à 215 m
15 à 25%
Valmur 12,3 ha partie Sud
partie Ouest
90 m / entre 130 à 220 m
15 à 25%
Grenouilles 9,4 ha Sud-Ouest 40 m / entre 130 à 170 m
20 à 28%
(pente faible au bas)
Vaudésir 16,3 ha partie Sud
partie Nord-Ouest
75 m / entre 135 à 210 m
5 à 35%
(La Moutonne) 2,35 ha Sud-Sud-Est 55 m / entre 150 à 205 m
20 à 35%
Preuses 11,4 ha partie Ouest (grande)
partie Sud (petite)
35 m / entre 165 à 200 m
5 à 12% (grand partie)
30o (petite partie)
Bougros 15,5 ha partie Ouest (grande)
partie Sud (petite)
35 m / entre 130 à 165 m
5% (grande partie)
15 à 35% (petite partie)

Le domaine Long-Depaquit indique ‘Moutonne Chablis Grand Cru’ sur l’étiquette de cette cuvée. Ce n’est cependant pas un climat du GC. Il s’agit d’un cru historique qui s’inscrit pour 95% dans le climat Vaudésir et 5% dans Les Preuses.

Le Grand Cru n’est pas royal que par la quintessence de ses vins, il l’est aussi par sa physionomie. Son coteau est en effet le plus majestueux. Il a le dénivelé le plus fort de tous les coteaux de vignes du chablisien, soit jusqu’à 85 mètres, et ses pentes sont parmi les plus impressionnantes, de 15% à 30% dans la plupart de ses parties.
Quelques Premiers Crus sont logés sur des coteaux certes imposants mais sans avoir le panache du GC. Considérant le profil de son coteau, le Premier Cru Côte de Léchet serait le plus saisissant avec son dénivelé de 60 m et sa déclivité de 15% à 25%. Les pentes les plus rudes, jusqu’à 40% appartiennent cependant à Vau de Vey et Vaulignau. Il n’est ainsi pas étonnant que ceux-ci n’aient pas été cultivés avant l’arrivée de machinerie motorisée dans les vignes.


  BLANCHOT

blanchotCliquez sur l’image pour l’agrandir. Cette vue 3D illustre notamment la vallée de Bréchain (vallée secondaire à celle du Serein) qui sépare le GC Blanchot et le Premier Cru Montée de Tonnerre. Le versant du Blanchot est le seul des climats du Grand Cru qui soit exposé au Sud-Est. Vis-à-vis Blanchot sur l’autre versant de la vallée, l’espace compris entre le pied du coteau et le seuil de La Montée de Tonnerre (soit le périmètre teinté sur l’illustration) est homologué en Chablis village.
Le parcellaire découpé sur le climat Les Clos est celui des propriétaires des parcelles. Les noms des propriétaires figurent à la suite.

  • Blanchot (avec ou sans ‘s’): Ce climat, couvre 12,9 hectares. Étant presque totalement tourné au Sud-Est, sa position est unique au sein du GC. Son aire est majoritairement très pentue, la plus raide des sept climats, jusqu’à 30 à 35%. Il est placé au débouché de la vallée de Bréchain (vallée qui s’ouvre sur la vallée principale du Serein) qui est un couloir de vents frais en provenance du Nord-Est. Bénéficiant d’une exposition solaire assez limitée à la première demie de la journée, sa maturité serait ainsi la plus tardive. Il est donc normalement le dernier à être vendangé. Le caractère minéral du Blanchot est affirmé, sa vivacité est parfois mordante et il n’est certes pas le plus puissant. Il lui est accordé l’attribut de pureté. Blanchot acquiert de la complexité lors de millésimes solaires. Moins pentue et exposée différemment, la partie en pointe du climat engendre certainement des vins autres. Le Premier Cru Montée de Tonnerre est son vis-à-vis, sur l’autre versant de la vallée de Bréchain.
    Le Domaine Laroche détient plusieurs parcelles totalisant 4,6 ha sur le Blanchot, soit 40% de la surface du climat, de laquelle est produite une cuvée nommée ‘La Réserve de l’Obédience’. Quatre autres domaines se répartissent un ensemble totalisant 5,3 ha: Vocoret, Long-Depaquit, La Chablisienne et Servin. Une dizaine de propriétaires se partagent le reste de la surface.

essai blanchot 1La photo est prise depuis le pied de la Montée de Tonnerre. Y sont visibles des parties respectives des climats Les Clos et Blanchot. Le route en position transversale sur le coteau, délimitée par une fine haie verte, les sépare.


LES CLOS

Les Clos coupeVue en coupe du climat Les Clos. Le trait rouge sur le paysage indique la trajectoire de la coupe. Le profil de la pente est régulier sur tout son plan de près de 500 mètres, dont le dénivelé est de 80 mètres. La ville de Chablis est immédiatement voisine.

ClosproducteursCliquez sur l’illustration pour agrandir. C’est Jean-Paul Droin qui a piloté la réalisation de ce parcellaire du GC Les Clos. Détenant respectivement au moins quatre parcelles sur ce climat, les domaines Louis Moreau, William Fèvre et Vincent Dauvissat sont bien entendu parmi les propriétaires majeurs. En outre, plusieurs producteurs possèdent deux et trois parcelles.

  • Les Clos: Sa superficie de 28,4 ha est la plus grande des sept climats. Il couvre le quart de la superficie du GC. C’est aussi le plus réputé en vertu de la stature de ses vins et certes aussi parce qu’il compte le plus grand nombre d’ambassadeurs, soit au delà de vingt producteurs possédant individuellement plus de 0,20 hectare, les producteurs les plus réputés étant de ce nombre.
    Tandis que tous les autres climats ont des formes dissymétriques, Les Clos a une forme de trapèze et une topographie singulièrement régulière. Sur une longue pente dont l’inclinaison diminue régulièrement de 25 à 15% du haut au bas, son coteau a un dénivelé considérable de 80 mètres.
    Outre sa lisière attenante au Blanchot qui tourne vers le Sud, il est orienté uniformément au Sud-Ouest. La partie supérieure est assez pierreuse, caillouteuse, tandis qu’au bas, le sol est plus profond. Tel que déjà soulevé, en généralité, les vins issus du haut du versant sont plus fermes, plus minéraux; tandis que ceux provenant de la partie basse sont plus opulents.
    C’est l’archétype du GC dont les traits généraux sont sa puissance, son fruité subtil, sa texture opulente et sa minéralité affirmée.
    La coupe de niveau placée plus haut ne le montre pas mais le coteau comprend deux faux plats qui correspondraient à la présence à ces niveaux de lamelles typiquement calcaires (le calcaire est moins érosif que la marne, d’où ces replats).
    Les cinq premiers étant les principaux, les producteurs possédant une parcelle de Clos de plus de 0,50 hectare sont: William Fèvre, Louis Moreau, Christian Moreau, Vincent Dauvissat, Vocoret, Pinson, Long-Depaquit, Laroche, Drouhin-Vaudon, Droin, Pascal Bouchard, Servin, Raveneau, des Malandes, La Chablisienne et Louis Michel.
Toujours est-il …
… qu’une balade dans les vignes du GC étonne par un aspect: les cailloux présents au sol sont presque essentiellement des fragments de Portlandien (Calcaire du Barrois); les marques de Kimméridgien (huîtres fossilisées, les Exogyra virgula), tant évoquées, sont inusitées (les probabilités d’en apercevoir sont meilleures dans le Blanchot). En réalité, les coteaux du Grand Cru sont bel et bien appuyés sur un substratum de Kimméridgien Supérieur et moyen, cependant le sol qui le nappe est constitué d’un colluvionnement qui est issu en large partie de Portlandien, c’est-à-dire de matériaux (cailloux, limons, argiles, …) de la désagrégation de la formation calcaire qui est logée au dessus de celle du Kimméridgien!
Il est faux de croire que la vigne plonge ses racines profondément, particulièrement dans un contexte argilo-calcaire. Or le colluvionnement de Portlandien est abondant, de 60 à 100 cm, voire plus profonds en certains endroits. Il est ainsi intriguant que les vins du GC portent nettement l’emprunte du Kimméridgien. Puisque la géologie-pédologie du GC est peu documentée, voici deux plausibilités pour dénouer l’énigme: 1) le colluvionnement comporte également des matériaux de Kimméridgien et/ou 2) les racines atteignent le seuil altéré du substratum kimméridgien puisque ce sol de colluvions est drainant et favoriserait un enracinement davantage en profondeur.
Et si les matériaux de Portlandien, concrètement présents dans le sol meuble du GC, jouaient un rôle dans la stature des vins du GC? C’est concevable. Nous nous sommes échinés à développer un onglet étoffé sur la géologie-pédologie. Allez le parcourir, vous en serez un vinophile plus érudit.

 VALMUR

 Valmur coupeLa vue en coupe est associée au trait rouge sur l’illustration, obtenue de Google Earth. La coupe indique que le GC Valmur est calé dans un vallon comportant un ‘envers’ (flanc moins bien exposé car regardant au Nord-Ouest). Une position en ‘envers’ est-elle un handicap? Un Valmur issu de vieilles vignes, selon un petit rendement (souvent une réalité avec de vielles vignes) et vinifié/élevé soigneusement a indubitablement l’étoffe d’un GC. Le Valmur est placé dans un solarium. Entrer dans ce climat par journée chaude est saisissant, tout comme dans le Vaudésir.

ValmurLe vallon du cru Valmur.

  • Valmur: D’une surface de 11,0 ha, ce climat s’inscrit intégralement dans une vallée, d’où ‘val’mur. Ce climat a ainsi deux expositions. L’adroit est plombé par une exposition pratiquement plein Sud, tandis que l’envers dispose d’un ensoleillement essentiellement ‘rasant’ de l’Ouest-Nord-Ouest. Il est en contact avec les deux extrémités, haute et basse, du GC, alors que sa forme se resserre vers le bas, vers Le Serein. Entre autres, le domaine Christian Moreau possède une parcelle sur chaque versant et peut ainsi proposer un Valmur ‘représentatif’, pour ainsi dire.
    D’expression aromatique en principe plus effacée, il est massif parmi les GC.
    Le Domaine Robin possède 2,6 ha, tandis qu’une dizaine d’autres producteurs se divisent les autres surfaces: Bessin, Collet, Droin, Christian Moreau, Louis Moreau, William Fèvre, Raveneau, Moreau-Naudet, Vocoret et Robin.

 VAUDÉSIR

Vaudesir-coupeLa vue en coupe se rattache au trait rouge sur la photo du climat Vaudésir. L’inclinaison de la partie gauche du graphique, de la coupe, correspond à l’adroit de Vaudésir, exposé au Sud. Le faible talus de droite, l’envers, reçoit donc un ensoleillement plutôt ‘rasant’. Il ‘n’y a pas photo’, les parcelles situées sur l’adroit bénéficient d’un ensoleillement plus intense. Encore, un vin issu de vieilles vignes placées sur un ‘envers’ et conduites avec soins par un vigneron ambitieux constitue à coup sûr un vrai GC.

IMG_0382Le climat Vaudésir. La partie de gauche, l’adroit, est exposé plein Sud. Le talus de droite, l’envers, reçoit ainsi un ensoleillement essentiellement ‘rasant’. Encore, un vin issu de vieilles vignes placées sur un ‘envers’ conduites avec soins par un vigneron avisé constitue un réel GC.

  • Vaudésir: Son aire de 14,5 hectares est aussi placée dans un amphithéâtre, comme Valmur. Le chemin des Vaudésir qui s’inscrit entre les deux versants en suit le talweg. L’adroit, nettement plus étendu que l’envers, est plein Sud et est ainsi la zone la plus solaire de tout le Grand Cru, si bien que Vaudésir est une fosse solaire tant la chaleur s’y concentre. Comme Blanchot, Les Clos et Valmur, il est en contact avec les extrémités inférieures et supérieures du grand talus.
    Nombreux sont ceux qui attribuent le deuxième rang de noblesse à Vaudésir, après Les Clos. Est-ce bien le cas? Tout comme Le Clos, Vaudésir compte un grand nombre de producteurs et ainsi beaucoup d’ambassadeurs pour le mettre en valeur. Pierre Brejoux a écrit en 1967 dans son ‘Vin de Bourgogne’ que « l’envers des Vaudésir, peu planté (vrai en 1967), donne des vins très inférieurs à ceux de l’autre versant. » En fait, Vaudésir serait peut-être le plus accessible des GC, le climat qui rallie l’intérêt de la plus large gamme d’amateurs. Les nombreux derniers millésimes mûrs renchérissant sur son caractère solaire, il est ainsi plus riche que jamais, gras, consensuel, bref sa minéralité se fait plus discrète étant donné sa maturité phénolique plus grande. Avançons que d’entre tous, par son élégance il est le plus ‘Côte de Beaune’.
    Une quinzaine de producteurs y possèdent plus d’un demi hectare. Long-Depaquit (2,35 ha / voir ‘La Moutonne’ ci-après), Bessin, Drouhin-Vaudon, William Fèvre, Louis Michel et Droin détiennent des parcelles de plus d’un hectare.

Illustré ci-après, le cru ‘La Moutonne’ (2,35 ha) est situé pour 95% sur Vaudésir. La Moutonne appartient aujourd’hui en Monopole au Domaine Long-Depaquit (groupe Albert Bichot). Sa situation plein Sud en coteau est remarquable.

 

Chablis Bichot La parcelle circonscrite dans le pointillé est celle du cru ‘La Moutonne‘ dont 95% est placé dans le climat Vaudésir. L’illustration est tirée de Burgmap.com

 VaudesirCliquez sur l’illustration pour agrandir. Comme pour Les Clos, c’est Jean-Paul Droin qui a piloté la réalisation de ce parcellaire du  climat Vaudésir.

1 Long-Depaquit (4,85 ha)
2 Besson (1,42 ha)
3 Drouhin-Vaudon (1,4 ha)
4 William Fèvre (1,2 ha)
5 Louis Michel (1,17 ha)
6 J.P. et B. Droin (1,03 ha)
7 Alain Gautheron (0,82 ha)
8 Gérard Tremblay (0,62 ha)
9 Dom. de l’Enclos (0,57 ha)
10 Billaud-Simon (0,49 ha)
11 Christian Moreau (0,45 ha)
12 Louis Moreau (0,45 ha)
13 Dom. des Malandes (0,31 ha)
14 Guy Robin (0,27 ha)
15 Ginette Robin (0,27 ha)
16 Thierry Laffay (0,24 ha)
17 Samuel Billaud (0,21 ha)
18 Dom. de Bréchain (0,16 ha)
19 Vocoret (0,11 ha)

GRENOUILLES

Chablis GrenouillesLes propriétaires sur le climat Grenouilles: A) Domaine Testut / B) Domaine Daniel-Étienne Defaix / C) Domaine Louis Michel / D) Domaine Regnard / E) Domaine Jean-Paul et Benoit Droin / F) Domaine Raoul Gautherin et Fils. Le reste, 7,2 ha (77%) est entre les mains de la coopérative La Chablisienne. Les vignes du groupe de producteurs autres que La Chablisienne sont situées au cœur du Grand Cru.

  • Grenouilles: Placé au centre inférieur du Grand Cru, le climat Grenouilles est le plus petit avec une aire de 9,4 ha. Le climat se situe en grande partie dans le prolongement de l’adroit du climat Valmur, logé au dessus.
    La coopérative La Chablisienne en est l’exploitant majeur avec une surface de 7,2 ha dont l’âge moyen des vignes de ±50 ans. Les douze parcelles du bloc foncier de la coopérative occupent une portion de la partie haute du climat et presque tout l’ensemble des parties médiane et inférieure. Sous ‘Château Grenouilles’, cette coopérative produit une seule cuvée depuis 2008. L’approche du groupe est exemplaire tant aux vignes qu’au chai: travail des sols, pratiques viticoles s’apparentant à la culture biologique, rendements contenus à ±40 hl/ha, récolte manuelle, élevage de près de 18 mois en pièces bourguignonnes, … Six autres propriétaires détiennent des parcelles: Testut, Defaix, Droin, Regnard, Gautherin et Louis Michel. Le plan ci-contre illustre la division du foncier des Grenouilles. Ce bien petit nombre d’exploitants explique sans nul doute qu’il soit le moins connu et commenté des climats. André Julien, auteur éclectique du début du 19e siècle écrivit « plus de douceur et de délicatesse que Le Clos ». Nous voici situés!

  PREUSES ET BOUGROS

Chablis-preuses-bougrosRappel: le trait bleu représente le Serein. À l’Ouest du Grand Cru, les climats Bougros, en partie inférieure, et Preuses au dessus. Leur pente est douce en grande partie. Chacun de ces deux climats a toutefois une section mineure en pente très marquée; celles-ci sont illustrées par une trame orangée. Cette distinction explique les deux cuvées du Domaine William Fèvre issues des Bougros: la cuvée générique provenant des vignes de la pente douce et la cuvée ‘Côte Bouguerots’ issue de vignes placées sur le fort talus plus près du Serein (trait bleu).

BougrosLa photo montre la partie du bas, très  inclinée, du cru Bougros. Les vignes de la cuvée ‘Côte Bouguerots’ du Domaine William Fèvre sont sur ce plan. L’arrière-scène montre une partie du coteau envers du cru Valmur, surmonté de sa calotte boisée.

  • Les Bougros: Localisé à l’extrémité Ouest du GC, le climat est exposé au Sud-Sud-Ouest. Particulièrement gélive, une large partie des Bourgros est restée en friche jusqu’au milieu du siècle dernier. Son aire de 15,8 ha se divise en deux parties aux profils bien distincts. La section en forte déclivité en bordure de la route ‘Auxerre-Tonnerre’,(tramée en orange sur l’illustration ci-devant / pente de ±25%), contraste avec la grande section du dessus ayant la plus faible pente (±5%) du GC.
    De sa grande surface de 6,2 ha détenue sur ce climat, le domaine William Fèvre isole 2,2 ha de la partie en forte pente pour produire sa cuvée ‘Côte Bouguerots’. Les deux cuvées obtenues des Bougros par le Domaine William Fèvre font la démonstration des distinctions franches des vins issus des deux parties du climat, voire de la variabilité des vins de tout le GC.
    Sept autres producteurs y détiennent des vignes: Colombier, Long-Depaquit, Robin, Servin, Drouhin-Vaudon, Laroche et La Chablisienne. Voilà bien peu de promoteurs pour le faire connaître et apprécier. Puis la grande partie en faible pente des Bougros livre naturellement des forts rendements et il est fort possible que tous ne limitent pas sévèrement leurs rendements afin d’en tirer du caractère. Deux traits communs: richesse alcoolique et texture dense. Albert Pic qui fit un classement des crus chablisiens en 1935, donc trois ans avant le classement initial de l’INAO, plaça Les Bougros et Les Preuses en ‘Premiers Crus’, ainsi hiérarchiquement après les ‘Têtes Premiers Crus’.
  • Les Preuses: Cru de 11,4 ha, Les Preuses est le prolongement des Bougros vers le haut du coteau du GC. Sa pente est majoritairement faible. Les Preuses démontre toutefois « qu’il existe un mystère du coupage des climats » comme le mentionne Henri Cannard (‘Les Vignobles de Chablis et de l’Yonne’ 1998) puisqu’une portion représentant approximativement le cinquième du climat possède une morphologie radicalement différente de la grande partie. Il s’agit d’un appendice à pente raide bien orienté au Sud-Sud-Est qui, grosso modo, s’inscrit dans le prolongement de versant ‘adroit’ de Vaudésir. Les parcelles notamment des domaines Vincent Dauvissant et Drouhin-Vaudon sont situées sur cet appendice.
    Il n’y a pas d’opinion figée sur les vins des Preuses, bien qu’il leur soit parfois attribué une discrétion aromatique en jeunesse, du gras et de la volupté. La Chablisienne (4 ha) et le domaine William Fèvre (2,55 ha) sont les deux principaux détenteurs de vignes des Preuses. Billaud-Simon, Simonnet-Fèvre et Long-Depaquit sont aussi présents.
    Albert Pic qui fit un classement des crus chablisiens en 1935, donc trois ans avant le classement initial de l’INAO, classa Les Bougros et Les Preuses en ‘Premiers Crus’, après les ‘Têtes Premiers Crus’.

 

WilliamfevrevignobleLa carte ci-devant illustre la localisation des vignes du propriétaire majeur sur le GC qu’est le Domaine William Fèvre. Les vignes du climat Les Clos se situent sur la partie supérieure livrant des vins particulièrement minéraux. Sur Valmur, le domaine possède des parcelles tant sur l’adroit que l’envers, si bien qu’il est en mesure de produire un vin-syntèse du climat. Sur Vaudésir, le domaine est placé que sur l’adroit. Le domaine produit deux cuvées de Bougros: les vignes placées en pente forte près du cours de l’Yonne sont destinées à la cuvée ‘Côte Bouguerots’ tandis que les vignes, en pente douce, adjacentes aux Preuses sont destinées à la production de la cuvée classique de Bougros.

Les domaines qui illustrent la localisation de leurs parcelles sur leur site internet: Christian Moreau, Louis Michel, Domaine d’Henri, Laroche … Figurant ci-devant, la carte des parcelles du Domaine William Fèvre ne figure toutefois pas sur leur site internet, la carte étant cependant disponible au point de vente du domaine au cœur de la ville de Chablis.

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