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20e siècle

Première moitié du 20e siècle

CONTEXTE
1902 – La superficie du vignoble a reculé de 12% comparativement à la période précédant la crise phylloxérique. Le recul touche surtout les vignobles les plus médiocres. Le réaménagement des vignobles post crise phylloxérique s’effectue pied par pied (greffage sur souches américaines) et en rangées. Ce réaménagement relègue ainsi au passé le ‘provignage’, ou complantation en foule; mode de plantation qui générait de petits rendements malgré une forte densité de plantation, de l’ordre de 40/50 000 pieds/hectares. La poursuite de la replantation des vignobles s’étendra jusque dans les années ’50/’60.

provignageIllustrations de provignage, la pratique de renouvellement des vignes avant le 20e siècle. (Image extraite du site regardsetviedauvergne.fr)

La replantation du vignoble en ligne, et non plus ‘en foule’ comme avant le phylloxéra, permet l’entrée en scène du cheval dans les vignes, vers 1910. Vers 1939, il y avait la moitié des vigneron avec un cheval à Gevrey-Chambertin.

La maîtrise de toute la filière viti-vinicole par les vignerons débute véritablement par le mouvement coopératif durant la période de l’entre deux guerres. Les équipements des coopératives sont modernes, il s’agit d’une forme de révolution,  et les adhérents vont s’émanciper par ce premier mouvement d’autonomie.

CONTEXTE INSTITUTIONNEL
1900 – Relevant du Ministère de l’Agriculture, création en 1900 de la Station Œnologique de Beaune: laboratoires d’analyses (destinés alors principalement à la répression des fraudes), recherches scientifiques, cours théoriques et pratiques d’œnologie, …

JALON MAJEUR DE CONSTITUTION DES APPELLATIONS
1905-1907 – Promulgation le 1er août 1905 de la Loi sur la répression des fraudes et des falsifications de produits ou de services. Celle-ci prévoit aussi la création de ‘Délimitations Administratives’ (une première tentative d’application, en Champagne, fut très tumultueuse et infructueuse). La Loi entraîne une vague de créations de syndicats de producteurs dans tous les vignobles de France en vue de la lutte judiciaire pour contrer les fraudeurs. En Côte d’Or, une myriade de syndicats se crée à l’échelle locale. Ces syndicats seront autant de vigies face aux fraudeurs.

1919 – Loi du 6 mai 1919 sur la ‘Protection des appellations d’origine‘. Les discussions sur la Loi remontaient au projet de Loi Jules Pams en 1913, donc avant la Première Guerre Mondiale. Cette nouvelle Loi suit l’échec des ‘Délimitations Administratives’ (Loi de 1905 / voir la capsule précédente). Le but de la Loi de 1919 consiste encore à contrer les fraudes. Son objet est la mise en place d’Appellations d’Origine (AO), définies proprement selon le lieu de récolte des intrants, celui des raisins. Les produits factices et d’assemblages sont réprimés, expressément les produits ‘d’équivalence’ ou dit de ‘qualité substantielle’ qui sont produits par les négociants à partir d’intrants variés. La Loi instaure entre autres la tenue de registres d’entrées et sorties, c’est à dire une méthode de traçabilité du vin, de la vendange (déclaration de récolte) à la consommation.
Le commerce est libre et autonome depuis le décret de libre circulation des biens de 1776 (édit de Turgot) et la disparition des officiers communaux de contrôle. Les négociants sont devenus les seuls intervenants du marché du vin. Le commerce du négoce s’appuie alors sur des marques et surtout sur des dénominations référentielles.
Les dénominations utilisées par le négoce s’appuient sur le principe de l’équivalence, ou encore sur la règle de la ‘qualité substantielle’, c’est à dire selon les critères attribués respectivement à des vins-type par les intervenants de la chaîne commerciale en vertu d’usages courants. À titre illustratif, les négociants élaborent et commercialisent des ‘Pommard’, typés, c’est à dire étant associés aux références organoleptiques communément reconnues pour ‘Pommard’. La conception était toutefois entièrement libre: assemblages fréquents de diverses provenances, adjonctions diverses, substituts, etc.  Les noms des principales communes (Gevrey-Chambertin, Corton, Beaune, …) ou des climats réputés sont des dénominations référentielles utilisées par le négoce.

Dans maintes communes, des syndicats avaient été créés à partir de 1905 pour exercer des vigies face aux fraudeurs. La Loi du 6 mai 1919 sur la ‘Protection des Appellations d’Origine‘ modifie la donne. Ce sont partout en Côte d’Or des ‘syndicats de défense’ qui se constituent cette fois en fonction des territoires, communes ou crus, susceptibles d’acquérir une Appellation d’Origine en vertu des ‘usages locaux, loyaux et constants’. Entre autres, à Gevrey-Chambertin, à côté du syndicat de défense voué à l’obtention d’une AO ‘Gevrey-Chambertin’, se crée aussi un syndicat spécifiquement consacré au projet d’une AO ‘Chambertin’. Les producteurs d’Aloxe-Corton se forment un syndicat de défense pour revendiquer une AO d’origine ‘Corton’ qui soit strictement réservée aux climats nobles de leur seule commune. Ainsi de suite…

La Loi fit intervenir les tribunaux civils locaux (tribunal civil du lieu d’origine du produit dont l’appellation est en cause) en tant qu’instances décisionnelles pour fixer les ‘appellations d’origine’. Les syndicats de défenses constituèrent des intervenants proactifs essentielsdans le contexte engendré. Jusqu’en 1935, le tribunal détermina judiciairement une à une les AO en se référant aux ‘usages locaux, loyaux et constants’. C’est une configuration d’appellations très morcelée du vignoble qui s’institutionnalisa.
1920 – Loi du 12 mars 1920 sur l’extension de la capacité civile de syndicats professionnels: les syndicats obtiennent la capacité d’ester en justice (voir la capsule ‘1905 à 1907’). En regard de la Loi sur la Protection des appellations d’origine (voir capsule précédente), maints syndicats modifient leur statut et dénomination pour y intégrer l’aspect de défense de leur intérêt (exemple: syndicat de défense des intérêts viticoles de Gevrey-Chambertin); ou encore des syndicats parallèles ‘de défense d’intérêt’ prennent naissance. La nouvelle mosaïque des syndicats reflète systématiquement les enjeux d’appropriations d’appellations. Bref, pour chaque producteur, le choix d’adhésion syndicale est déterminant.

SyndicataloxeLe syndicat (de défense) des viticulteurs d’Aloxe-Corton se sont opposés en justice à l’inclusion de climats de la commune de Ladoix dans l’AO ‘Corton’.

CONTEXTE ET JALONS DE CONSTRUCTION / CÔTE D’OR
1920 – Quinze hectares (sur 50 ha) du Clos de Vougeot, avec bâtiments dans l’enceinte, sont vendus à 22 vignerons par Léonce Boquet.

Années 1920 – Durant les années 1920, après la Grande Guerre, le vignoble bourguignon est dans le marasme. Plusieurs vignobles changent de mains. De nombreux bourgeois vendent aux vignerons et aux domaines établis. Cette mutation de la propriété foncière fait apparaître et/ou agrandir les propriétés vigneronnes.

JALONS DE CONSTITUTION DES APPELLATIONS
1927 – La Loi ‘Capus’ du 22 juillet 1927 vient compléter explicitement celle du 6 mai 1919 en introduisant la notion d’encépagement dans la délimitation des appellations. En effet, l’article 3 stipule qu’indépendamment des prescriptions relatives à l’origine, aucun vin n’a le droit à une appellation d’origine s’il ne provient pas de cépages et d’une aire de production consacrés par ‘les usages locaux, loyaux et constants’. En Bourgogne, deux écoles de pensée s’affrontent: les défenseurs de l’emploi exclusif du cépage Pinot noir pour l’appellation ‘Bourgogne’, logés en Côte d’Or ; et les tenants de l’emploi également du Gamay, particulièrement les producteurs du département de la Saône et aussi des Hautes-Côtes.

1921, 1924, 1928 – ‘Montrachet’ est la première ‘appellation d’origineAO (non pas ‘AOC’) à être fixée le 17 février 1921 par le Tribunal de Beaune; puis ‘Bourgogne’ le 10 décembre 1924; Gevrey-Chambertin en 1928, etc.

1930 – Révision le 29 avril du jugement de délimitation de la Bourgogne, qui intègre officiellement le Beaujolais.

CONTEXTE
1905-1931 – Les rivalités régionales sont exacerbées par le problème de la surproduction nationale. Dans ce contexte, la chaptalisation est une préoccupation d’ordre national. Épisodiquement, à partir de 1905, lors de tractations nationales en préparation de Lois, des représentations sont menées par les producteurs du Sud de la France visant la subrogation du droit de chaptaliser, pour contrer la surproduction. Notamment, en 1925, via La Ligue des Viticulteurs de la Gironde, la viticulture bordelaise intervient en faveur de la suppression du sucrage en première cuvée. Les vignobles septentrionaux sont directement concernés, dont évidemment la Bourgogne. / La Loi du 4 août 1929 abaisse, entre autres, la limite d’usage du sucre par hectolitre.

Vers 1935 – En période de crise de mévente, début progressif de la commercialisation de vins mis en bouteilles et identifiés aux noms de leurs producteurs.

1910-1950- Si au 19e siècle, les propriétaires sont en bonne partie des bourgeois qui confient le travail des vignes à des vignerons autonomes, au 20e siècle les grandes propriétés appartiennent de plus en plus à des individus, issus du milieu vigneron, qui exploitent eux-mêmes leurs propriétés. Le grand-père qui achète des vignes délaissées ou abandonnées après la Grande Guerre; le père qui acquière à bon prix durant la crise des années 1930; et le fils qui maintient les activités à partir des années 1950.

JALON DÉCISIF DE CONSTITUTION DES APPELLATIONS
1935 – Promulgation le 30 juillet 1935 de la Loi des Appellations d’Origine Contrôlée, les AOC. Le Comité National des Appellations d’Origine (CNAO) est créé. Organisme décideur doté de la personnalité civile, il est mandaté pour fixer les AOC. Le CNAO consulte entre autres des experts et arbitre après avoir entendu les représentations des syndicats respectivement concernés.

QUELQUES ÉTAPES DE FIXATIONS D’APPELLATIONS
1936 – 8 décembre: désignation formelle de la première ‘AOC’ bourguignonne, l’appellation Morey-Saint-Denis.
1937 – 31 juillet: désignation de l’AOC ‘Bourgogne’.
1943 – 14 octobre 1943, un décret instaure la nouvelle catégorie des Premiers Crus, strictement pour le millésime 1943! Ce niveau est néanmoins maintenu par la suite.

Deuxième moitié du 20e siècle

CONTEXTE
Après 1950: évolution graduelle de la mécanisation, dont le travail des sols avec tracteur.
Période 1950 -1980: La vente directe par les propriétés viticoles s’accroit progressivement; elle se développe résolument à compter des années 1970.

JALON DE CONSTITUTION DES APPELLATIONS
1986 – S’officialise la dernière opération de délimitation de l’aire de l’appellation ‘Chablis’ et la fixation des Premiers Crus de Chablis: 79 lieux-dits soudés en 40 climats, lesquels sont regroupés en 17 Premiers Crus ‘principaux’. Voir dans ‘topos de vignoble/Chablis’ l’onglet Histoire / le théâtre de de la mise en place des appellations’

Aujourd’hui

CONTEXTE
Les négociants détenaient encore une position prédominante sur le marché du vin bourguignon au début des années 1970, soit 95% de la commercialisation de la production totale. Actuellement, la commercialisation directe par les producteurs (mise en bouteilles aux domaines) représente 25% de la valeur totale des ventes de vins de Bourgogne.

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