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Cinq clarifications

Dans l’ordre:

  1. Sur Corton, réputé vin ‘tannique’
  2. Sur la diversité des Corton
  3. Sur le parfum type des Corton
  4. Sur la position des Corton au sein de l’agencement des GC
  5. Sur la légitimité de certains climats de Corton (rouge) au rang de GC

    • La nébulosité sur le GC Corton (rouge)
    • Regard sur le classement historique de Jules Lavalle
    • État des lieux
    • Lifting d’image / légitimation de climats ‘méjugés’ en vue?!

1.  Sur Corton, vin réputé ‘tannique’

Les experts en vins Jancis Robinson et Hugh Johnson utilisèrent l’épithète d’ « énorme rouge tannique » pour décrire sommairement les Cortons dans l’édition (française) 2001 de leur ‘Atlas du Monde du Vin’. En fait, la réputation de vins fermes, tanniques, attribuée aux Corton est séculaire. Cette réputation origine du 19e siècle.
Selon Vincent Rapet producteur d’un Corton-Pougets et d’un Corton ‘tout-court’ (assemblage de Chaumes, Perrières et Combes), les Cortons ont intrinsèquement beaucoup de matière et leur extraction, aisée, requiert une vigilance pour éviter les surextractions et ainsi assurer leur équilibre.
Le jugement de vins robustes pour les Corton doit néanmoins être dorénavant modulé, sinon révisé. La conjugaison de deux facteurs émanant des dix à quinze dernières années explique l’état nouveau des Corton, davantage souples. D’une part, le réchauffement climatique a favorisé la récolte de raisins ayant des maturités phénoliques plus abouties. Les intrants en cuves peuvent ainsi produire des vins aux tanins plus souples. D’autre part, l’œnologie moderne fait appel à des techniques destinées à générer des vins aux tanins plus enrobés et aux textures davantage lissées, nommément les macérations pré-fermentaires et les extractions plus douces.
Ceci dit, d’entre les Grands Crus, les Corton sont des vins puissants, massifs, surtout ceux des climats de la partie supérieure du versant d’Aloxe, Le Clos du Roi, Les Renardes, Le Corton, …

2. Sur la diversité des Cortons

Sur Aloxe et Ladoix, puisque les Corton rouges sont presque exclusivement situés sur ces deux communes, la circonférence du plan du Grand Cru est de plus de trois kilomètres (distance depuis le bas du coteau). Son dénivelé, le plus fort de tous les GC de la Côte d’Or, est de l’ordre de 100 mètres. Bref, le GC Corton est vaste et sa géo-pédologie est diversifiée. Il s’y trouve ‘des’ expressions de terroirs. La dégustation de vins de climats différents d’un même producteur en fait généralement une démonstration éloquente.

3. Sur le parfum type des Corton

S’il est un trait commun qui puisse rassembler les Corton, c’est la certaine typicité de leur parfum. Les vins qui ‘cortonnent’ ont un fruité noir de baies sauvages. Ils présentent souvent un caractère végétal noble. Ce caractère olfactif plutôt austère n’est pas sans accentuer la perception de fermeté naturelle caractéristique à certains climats, tels Le Clos du Roi et Les Bressandes.

4. Sur les Corton au sein de l’agencement des Grands Crus

Sur l’étendue de la Côte d’Or, seuls quelques Grands Crus satisfont de façon magistrale les attributs suivants: plénitude et densité de corps, noblesse des tanins, subtilité et ravissement des parfums et saveurs, raffinement de texture, persistance, et générateur d’émotion.
À notre avis, considérant respectivement leur degré respectif de satisfaction des critères énoncés, les Grands Crus de la Côte d’Or pourraient, pour ainsi dire, se répartir en quatre ou cinq classes, en y faisant figurer certains des climats de Corton:
Grand Cru Hors Norme: La Romanée-Conti
Grands Crus Classe ‘A’: La Tâche, Le Musigny, …
Grands Crus Classe ‘B’: Clos de Tart, Grand Echézeaux, …
Grands Crus Classe ‘C’: Clos de la Roche, Clos St-Denis, Corton Le Clos du Roi, Corton Les Renardes, Corton Le Rognet,
Grands Crus Classe ‘D’: Charmes-Chambertin, Corton Les Bressandes , Corton Les Perrières, Corton Les Grèves,
Grand Cru ‘à part’: Clos de Vougeot

5. Sur la légitimité de certains climats de Corton (rouge) au rang de GC

LA NÉBULOSITÉ SUR LE GC CORTON  (ROUGE)
Michel Bettane, journaliste renommé, écrivait en 2007 dans le ‘Tast PRO’ no 30 que « Sur les 160 hectares (classés en GC sur la colline de Corton) plus de la moitié ne peuvent, à leur meilleur, que produire un excellent vin … ne possédant ni le raffinement de saveur et de texture ni l’originalité de caractère qui font les vrais Grands Crus. Sur ce point on aurait dû suivre la tradition et se limiter aux vignes classées ‘têtes de cuvée’ au milieu du 19e siècle qui elles ont toutes les qualités requises pour permettre ce supplément qui fait les vrais vins d’élite, avec la réparation de quelques oublis. » Une précision, Michel Bettane couvre alors autant les Corton-Charlemagne que les Cortons.
Le jugement est direct. D’abord, si ‘on avait suivi la tradition pour se limiter aux vignes classées ‘têtes de cuvée’ au milieu du 19e siècle‘, la liste des Grands Crus de La Côte s’établirait comme suit: Clos de la Perrière (Fixin), Chambertin, Clos de Bèze, Clos de Tart, Le Musigny, Les Grands Echézeaux, Richebourg, La Romanée Conti, La Tâche, Champs Pimonts (Beaune), Aux Cras (Beaune), Les Fèves (Beaune), Les Grèves (Beaune), Les Caillerets (Volnay), Les Champans (Volnay), Les Santenots (Volnay), Les Santenots-du-Milieu (Meursault) et Le Montrachet. Ces ‘têtes de cuvée’ furent désignées au sein d’un des deux classements référentiels du 19e siècle, celui de Jules Lavalle dans son ouvrage ‘Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte d’Or’ produit en 1855. L’autre classement majeur de cette époque, celui du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860, n’avait pas établi de ‘têtes de cuvée’  et les ‘premières cuvées’ de ce classement, grosso modo les GC et Premiers Crus actuels, étaient littéralement trop englobantes.
Il n’est pas à débattre que les ‘têtes de cuvée’ de Jules Lavalle du 19e siècle ne constituent pas un barème catégorique de GC. Quoiqu’il en soit, Michel Bettane n’est pas le seul à questionner le bien-fondé du rang de GC à de nombreux climats de Corton. Jasper Morris et Allen Meadows, auteurs de livres récents sur la Bourgogne sont aussi très critiques (voir le segment ‘Classements et énigmes‘). Bref, il y a bel et bien une situation équivoque relativement à la légitimité de plusieurs climats de Corton au rang de Grands Crus. Examinons cette équivoque en jetant d’abord un regard sur les classements de Corton, particulièrement celui de Jules Lavalle.

REGARD SUR LE CLASSEMENT RÉFÉRENTIEL DE JULES LAVALLE (1855)

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Cliquez sur l’illustration pour la grossir. Pages portant sur le finage d’Aloxe-Corton de ‘Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte d’Or’ rédigé en 1855 par Dr Jules Lavalle (JL).

JL: l’ambiguïté sur les climats classés ‘hors ligne’
On aura observé que l’énumération ci-haut des ‘têtes de cuvées‘ de Jules Lavalle ne comprend pas de climats de la colline de Corton. Relativement au finage d’Aloxe-Corton, lequel exerce une forte emprise sur le vignoble de Cortons rouges, il y a désigné au premier rang des climats ‘hors ligne’ et non des ‘tête de cuvée’: le Clos du Roi, Les Renardes, Le Corton (le climat), Les Chaumes et Le Charlemagne. Il indique en page 92 de son ouvrage que les ‘têtes de cuvée‘ et les ‘hors ligne‘ sont dans la même classe, sans mentionner les particularités ou circonstances associées à l’attribution de la cote ‘hors ligne’. Jules Lavalle suscite de l’ambiguïté en adoptant cette cote sur Aloxe, que par ailleurs il attribue aussi au Clos de Vougeot et à la partie du Montrachet située sur le finage de Chassagne-Montrachet. En outre la désignation des Chaumes dans ce gratin de climats est inusitée tant ce nom est peu connu puisque très peu exploité commercialement (la maison Camille Giroud serait-elle la dernière a avoir commercialisé un Corton-Les Chaumes il y a une dizaine d’années?).

JL: des ‘premières cuvées‘ contestées
Dans la nomenclature de Jules Lavalle, la catégorie ‘première cuvée’ succède à ‘tête de cuvée’ et ‘hors ligne’. Les ‘premières cuvées’ sur Aloxe-Corton regroupent huit climats aloxois du Grand Cru couvrant au total 53 hectares: Les Bressandes (17,4 ha), Les Perrières (9,9 ha), Les Grèves (2,3 ha), Les Languettes (7,2 ha), Les Pougets (9,8 ha), Les Meix (2,7 ha), Les Fiètres (1,1 ha) et La Vigne au Saint (2,5 ha). Cette homologation de ‘premières cuvées’ doit être considérée à travers les trois aspects suivants:
1) Jules Lavalle stipule que sa classification doit être regardée individuellement par finage. À titre illustratif, les ‘premières cuvées’ de Savigny-les-Beaune (La Dominode, Aux Guettes, Les Jarrons, …) ne correspondent effectivement pas au standard des ‘premières cuvées’ de Vosne-Romanée (la plupart des lieux-dits du climat Les Echézeaux, La Romanée, Romanée-St-Vivant, …);
2) Sa hiérarchisation au sein de chaque finage constitue un réel exercice de discrimination des climats, déterminé par l’emploi aussi des cotes ‘deuxième cuvée’, ‘troisième cuvée’ et occasionnellement de ‘quatrième cuvée’;
et 3) Sur tous les finages dotés de Grands Crus, ces derniers sont des mix de ‘têtes de cuvées‘ et de ‘premières cuvées‘ (exemple: sur Chambolle, le Musigny est une ‘tête de cuvée’ et ‘Bonnes Mares’ est une ‘première cuvée’) en rappelant que certains climats magistraux furent désignés par Jules Lavalle en ‘hors ligne‘ et non en ‘têtes de cuvée‘.
Jules Lavalle ayant réalisé un ouvrage de référence majeur, l’homologation en ‘premières cuvées‘ des huit climats nommés devrait ainsi constituer une indication de leur stature élevée et de leur relative homogénéité qualitative. Pourtant, sauf Les Bressandes, les climats en question sont contestés, à des degrés divers, dans leur statut de Grand Cru. Notamment, la catégorisation produite par Jasper Morris dans son ouvrage récent (2010) ‘Inside Burgundy’ exprime l’équivoque ressentie par cet auteur, sérieux, face au rang de GC de la plupart de ces ‘premières cuvées‘. Jasper Moris y endosse le statut de GC du climat Les Bressandes; montre une ambivalence pour les climats Les Languettes, Les Grèves, Les Perrières et Les Pougets, auxquels il confère plutôt la cote mixte de ‘Grand Cru or Premier Cru‘; et montre un dissentiment face au statut actuel des climats Les Fiètres, le Clos des Meix et La Vigne au Saint, qu’il conçoit plutôt être du rang de ‘Premiers Crus‘. Dans son livre ‘The Wines of Burgundy’ (2008) Clive Coates fait un jugement assez semblable.Tandis que Michel Bettane, tel que déjà dit au début de ce texte, affirme que « Sur les 160 hectares (classés en GC sur la colline de Corton) plus de la moitié ne peuvent, à leur meilleur, que produire un excellent vin … ne possédant ni le raffinement de saveur et de texture ni l’originalité de caractère qui font les vrais Grands Crus. » (Voir le segment ‘Classements et énigmes‘).

Corton-LavalleCliquez sur l’illustration pour la grossir. Les Renardes, Le Clos du Roi, Le Corton, Le Charlemagne et Les Chaumes, en couleur rouille, sont les climats ‘hors ligne’ du finage d’Aloxe-Corton selon le classement majeur de Jules Lavalle (1855) et les climats mis en évidence par la coloration verte en sont les ‘premières cuvées’.
Une observation: si le périmètre d’Aloxe couvrant les climats ‘hors ligne‘ et les ‘premières cuvées‘ d’Aloxe-Corton du classement de Jules Lavalle apparait considérable, il n’est pas banal de souligner qu’une forte proportion cette surface satisfait aux six aspects communs de la plupart des GC. Nous développons ce sujet à la suite, sous ‘sur la validation théorique des Cortons rouges‘.

JL: l’absence de classement sur les autres climats du GC Corton
Sur Aloxe-Corton, Jules Lavalle attribue le mérite de ‘deuxième cuvée‘ au climat Les Paulands, avec justesse car ce n’est qu’un seul hectare, d’une superficie totale de 5 ha(1), qui est classé en GC.
Aussi sur Aloxe, l’absence de classement  par Jules Lavalle pour le climat Les Maréchaudes(2) est étonnante car sa superficie est assez considérable et à plus forte raison que ce climat apparait sur la planche cartographique attachée à son ouvrage! Il ne peut être écarté que l’omission soit intentionnelle. Les Maréchaudes compte actuellement une partie de 4,5 ha en GC et une autre de 3,7 ha en Premier Cru. La fixation d’une seule classe pour l’ensemble du climat a pu paraître indécidable pour Jules Lavalle. D’ailleurs, en 1860 le Comité d’Agriculture et de Viticulture de Beaune n’intégrera en Première Classe qu’environ 30% du climat, sa partie supérieure attenante au climat Les Bressandes.

Jules Lavalle ne produit pas de classement sur le finage de Ladoix-Serigny(3). Outre les renommés climats, à juste titre, Le Rognet et Clos des Corton Faiveley(4), le finage de Ladoix compte quelques climats en GC de petite superficie et de réputation discrète, soit Les Vergennes (discret quant aux Cortons rouges), Les Carrières, Les Grandes Lolières, Basses Mourottes, Hautes Mourottes, Les Moutottes et La Toppe au Vert. Déjà peu considérable (superficie totale de 11 ha pour ces sept climats), la production de certains de ces ‘climats de petite taille et de réputation discrète’ est partagée entre Corton rouge, Corton blanc (Les Vergennes) et Corton-Charlemagne (Hautes et Basses Mourottes). Rappelons que ces climats ne furent gradués en GC qu’en 1978.
Quantà Pernand-Vergelesse, troisième finage de Corton, son seul climat sur le GC, En Charlemagne, ne génère en pratique que des Corton-Charlemagne.
Bref, Les Paulands, Les Maréchaudes et les climats du GC sur Ladoix, sauf Le Rognet et Clos des Corton Faiveley, forment une partie de la ‘nébulosité’.

(1) Les Paulands comprend 1 ha en GC, 1,6 ha en Premier Cru et 2,5 ha en ‘village’. La partie en GC jouxte Les Bressandes.
(2) Les Maréchaudes compte 4,5 ha en GC et 3,7 ha en Premier Cru. Le bas blesse avec Les Maréchaudes au regard de l’autre classement de référence du milieu du 19e siècle, celui du Comité d’Agriculture et de Viticulture de Beaune de 1860, qui n’intègre en Première Classe qu’environ 30% du climat, sa partie supérieure attenante au climat Les Bressandes.
(3) Extrait du propos de Jules Lavalle sur Ladoix: « … pourtant dans les portions qui avoisinent le territoire d’Aloxe et qui terminent au Nord le magnifique climat de Corton, on trouve quelques vignes plantées en pinot donnant des vins qui ne sont pas sans valeur »
(
4) Sur Ladoix, seuls les climats Le Rognet, Clos des Corton Faiveley et Les Vergennes figurent en ‘première classe’ du classement du Comité d’Agriculture et de Viticulture de Beaune de 1860.

Quelques commentaires sur le classement de JL
Les auteurs Michel Bettane, Jasper Morris et Clive Coates jugent donc qu’un nombre de climats de Corton ne méritent pas le rang de GC. Clives Coates n’apporte pas de justifications. Pas davantage Michel Bettane, bien qu’il soit concevable que son affirmation « sur les 160 hectares (classés en GC sur la colline de Corton) plus de la moitié ne peuvent, à leur meilleur, que produire un excellent vin …  » découle de son exhaustive dégustation de Cortons réalisée pour la production de son topo édité dans le ‘Tast PRO’ de 2007. Jasper Morris apporte des justifications, que nous regardons plus loin sous le volet nommé ‘sur la validation théorique du GC Corton rouge’. Ces auteurs indiquent en quelque sorte que la désignation des GC sur Corton par l’INAO est en partie inadéquate et, par inférence en quelque sorte, que le classement de Jules Lavalle sur Aloxe-Corton est discutable. Rappel: le classement de Jules Lavalle a servi de référence, de pilier, à la construction des AOC durant la première partie du 20e siècle.
Le classement de Jules Lavalle n’est manifestement pas irréprochable. Les climats ‘hors ligne‘ Clos du Roi et Le Charlemagne (Corton-Charlemagne) sont des climats maestros indiscutables. Cette même cote pour les Chaumes serait une méprise. Quant aux Renardes, nos dégustations attestent incontestablement de son grand mérite, toutefois ce climat apparaît énigmatique tant son prestige est presque inversement proportionnel à sa valeur, en un mot ce climat est mal connu. Il faut le souligner, vu sa taille importante (14,4 ha) et sa position centrale sur la colline, la ‘discrétion’ des Renardes vient inopportunément atténuer la notoriété entière de Corton.
Sa classification sur Aloxe ne comprenant trois classes, Jules Lavalle eut-il été avisé d’y utiliser une quatrième classe pour mieux discriminer, comme ailleurs sur quelques autres finages, ou encore de faire appel à la mention ‘extra’, à l’instar de la désignation ‘première cuvée extra‘ attribuée au climat Bataillère de Savigny-les-Beaune? Nous croyons que tout au moins il eut été pertinent qu’il désigne Les Bressandes en ‘première cuvée extra‘. Quoi qu’il en soit, le réel mérite des ‘premières cuvées’ d’Aloxe-Corton apparait être plus ou moins bien connu. Diverses circonstances l’expliquent. Entre autres, la maison Latour, propriétaire majeure sur Corton et détentrice de plusieurs parcelles en ‘premières cuvées‘, diminue la considération de celles-ci en les réunissant dans sa cuvée ronde ‘Grancey’(5); idem pour les Hospices de Beaune; de plus certaines ‘premières cuvées‘ de petites superficies (Clos des Meix, Les Grèves, Les Fiètres) ont été longtemps entre les mains de producteurs qui ne les ont pas toujours mises pleinement en valeur. Nous tentons d’apporter davantage de lumière sur les ‘premières cuvées‘ dans le volet ‘sur la validation théorique du GC Corton rouge’ placé un peu plus loin.

(5) Corton-Grancey de la maison Louis Latour constitue une cuvée d’assemblage de plusieurs climats en ‘premières cuvées’. Notre commentaire portant sur cette cuvée ne constitue pas un jugement de valeur sur celle-ci. Cette marque importante a été créée dans un autre contexte il y a des décennies, bien avant l’engouement pour les ‘climats de Bourgogne’.

EXAMEN DES LIEUX (diagnostic)
À la suite, trois facettes des Cortons rouges sont examinées afin d’expliquer la faible cote de certains climats du GC:

Facette I: Un certain casse-tête pour les amateurs
Corton est vu différemment des autres GC. Le vignoble apparait détaché de La Côte et, qui plus est, il en est le seul vignoble dont la physionomie est associée à une ‘colline’, souvent même à une ‘montagne’. Il a la singularité de constituer une fédération de nombreux climats et d’impliquer trois communes. Cette singularité devient un genre unique sur La Côte en considérant son concept associatif de deux Grands Crus, Corton et Corton-Charlemagne, aux couleurs de vins différentes. Cette superposition de deux GC comporte par ailleurs une intrication de spécificités. Aussi, nous pourrions ajouter que quelques producteurs bien implantés sur Corton exploitent des marques ou des dénominations qui suscitent une certaine confusion pour les non initiés, entre autres la cuvée Corton-Grancey de la maison Latour (Grancey qui rappelons-le n’est pas un climat mais une marque) et la désignation ‘LE CORTON’(6) adoptée par certains exploitants dont la maison Bouchard Père et Fils qui crée l’impression qu’il existe un Corton suprême (‘ZE’ Corton!). Bref, une bonne maîtrise du concept de Corton requiert de la part de l’amateur une certaine sagacité. Sans doute qu’un nombre d’amateurs font un certain lien entre le caractère bien singulier de Corton et le désaccord sur le rang de GC de plusieurs climats.

(6) La dénomination ‘LE CORTON’ en question concerne les Cortons rouges issus du climat ‘Le Corton’. Nous revenons sur l’emploi ‘solennel’ de cette désignation sous la rubrique ‘Comprendre les deux GC et super tableau’.

Facette 2:  Un milieu sans producteur en ‘figure de proue’
Préambule: Considérant le seul critère de la qualité, et en schématisant, il y a quatre catégories de producteurs de vins, en Bourgogne et ailleurs:
Les producteurs focalisés sur l’optimalisation des prix de revient de leurs vins, entre autres par l’obtention de rendements correspondant aux maximums autorisés; ils sont aptes à fixer les prix les plus bas pour leurs vins et disposent d’une large clientèle de consommateurs peu exigeants;
Les producteurs réalisant des vins satisfaisants à prix attrayants, couvrant les besoins des amateurs moyennement exigeants et particulièrement attentifs à leur budget;
Les producteurs de vins supérieurs, soucieux de bien gérer tous les aspects de la chaîne viticole-vinicole susceptibles d’élever la qualité de leurs vins en faisant notamment des concessions sur les rendements autorisés et en pratiquant corollairement des prix plus élevés; ils forment une large partie de l’élite reconnue par les prescripteurs de vins;
Finalement les producteurs légendaires, ceux dont les vins captent l’imaginaire des amateurs, qui forment le podium de l’élite reconnue.

Un secteur viticole de haute notoriété implique que quelques ‘producteurs légendaires’ ou ‘producteurs de vins supérieurs’ soient établis en son pôle même; pour notre propos ce pôle est Aloxe et ses finages voisins immédiats. Ces producteurs élites locaux interviennent considérablement sur la réputation de leur finage par le rayonnement de leurs vins et l’imaginaire entourant leurs pratiques viti-vinicoles. Or Corton, Corton rouge, n’a pas sur place, dans son pôle même, de Rousseau, Ponsot, Mugnier, Roumier, DRC (producteur forain sur Corton) qui puissent élever et soutenir sa notoriété et favoriser une émulation(7).
Pour les crus nobles, à fortiori les GC, le facteur de la notoriété agit directement sur la demande. La notoriété de Corton et de ses vins étant globalement mitigée, le marché en ajuste la valeur et, selon le principe du cercle vicieux, les producteurs sont du coup enclins à ajuster leur prix de revient en faisant des compromis sur la viticulture et en adoptant des pratiques au chai qui sont des concessions sur les pré-requis à l’élaboration des grands vins.

(7) Dans sa copie de décembre 2012, la Revue du Vin de France désigne ‘En 50 domaines, le génie de la Bourgogne’. Trente domaines obtiennent des notes de 18/20 ou plus, onze obtiennent 17,5/20 et neuf autres ont 17/20 (7) ou 16,5/20 (2). Annoté 17,5/20, le domaine Bonneau de Martray de Pernand-Vergelesses est le seul domaine de ce palmarès fixé dans le pôle de Corton. Presque ironiquement, ce domaine est surtout un producteur de Corton-Charlemagne; qui plus est, son Corton rouge ne peut pas être désigné sous le nom de son climat d’origine, En Charlemagne (voir ‘Comprendres les deux GC’). La maison Bouchard Père et Fils de Beaune qui est passablement associée à la montagne obtient le pointage de 16,5/20.

Facette 3: sur la validation ‘théorique’ du GC Corton rouge
Même si ce ne fut que sommairement, il eut été intéressant que Michel Bettane explique son affirmation ‘sur les 160 hectares (classés en GC sur la colline de Corton), plus de la moitié ne peuvent, à leur meilleur, que produire un excellent vin’.
Jasper Morris, pour qui ‘if one would start again’ (selon une opération de reclassement) recommanderait manifestement un repli de plusieurs climats du Grand Cru, aborde cependant les critères de ‘validation’ de Grands Crus, sans les définir catégoriquement. Il écrit que Les Chaumes, Vigne au Saint et Le Clos des Fiètres ‘lies relatively low on the slope‘; Les Combes ‘is too low on the slope to merit GC‘; les Grandes Lolières ‘has a mid-slope location with due-east exposure providind some justification‘ au rang de GC;

À titre d’essai, nous avons produit une grille de six pré-requis, de nature physiographique, climatique et géo-pédologique, satisfaits par les Grands Crus de vins rouges. Il est à noter que les Grands Crus de la Côte de Nuits ne les satisfont pas tous, les Grands Echézeaux et le Clos de Vougeot comportant des ‘dérogations’, tout comme des secteurs de Premiers Crus, entre autres le secteur des Boudots-Malconsorts, répondent entièrement aux critères de la grille:
1) une exposition indéfectiblement dans un spectre de l’Est au Sud;
2) une situation en pente soutenue, variant entre ±5% et ±15%;
3) une situation sur le versant qui est ni trop haute (au plus haut ±310 m), ni trop basse (au plus bas ±250 m);
4) sur les versants comportant des GC, le point de rupture de pente (point où la pente du versant chute assez nettement sous ±3%) est situé à l’extérieur des GC, en aval sur le coteau;
5) leur localisation sur La Côte est en retrait ou passablement en retrait des combes importantes, autrement dit hors des influences physiographiques et climatiques rattachées à l’environnement des combes;
6) une typologie de sol … (à compléter).
À la lueur des constats effectués sur les autres GC de La Côte, l’aspect éventuellement disqualifiant ‘too low on the slope’ évoqué par Jasper Morris est insuffisant tel qu’énoncé; les GC Charmes-Chambertin, La Romanée-St-Vivant et bien entendu le Clos de Vougeot seraient disqualifiés sous ce principe. En fait, à partir des six caractéristiques que nous avons établies, les climats de la commune d’Aloxe-Corton dont le statut de GC serait contestable sont Les Combes et Les Meix pour leur pente en partie effectivement trop faible; et éventuellement les climats Vigne au Saint et Les Chaumes parce qu’il sont légèrement en contact avec la rupture de pente et qu’une de leur section a une exposition qui incline un tantinet vers l’Ouest. C’est donc dire que les climats suivants d’Aloxe-Corton obéissent totalement à ces pré-requis: Les Perrières, Les Languettes, Les Fiètres, Les Pougets, Les Paulands, Les Maréchaudes et bien entendu Les Bressandes. (voir la rubrique ‘Physionomie / géologie‘).

LIFTING D’IMAGE / LÉGITIMATION DE CLIMATS ‘MÉJUGÉS’ EN VUE?!
Lalou Bize-Leroy affirme que ‘les rendements exigés pour atteindre le meilleur niveau des grands bourgognes se situent entre 20 et 25 hectolitres par hectares’(9). Si le standard de Mme Bize-Leroy apparait extrême eu égard aux rendements autorisés pour les GC qui est de 42 hl/ha (rendement butoir de 49 hl/ha), il faut néanmoins faire ressortir qu’en année normale le rendement autorisé, à fortiori le rendement butoir, n’est pas réglé pour la production de ‘vins supérieurs’ selon la définition qui est attribuée ci-haut. Les vins ayant la concentration et l’étoffe de grands vins exigent des concessions sur les rendements autorisés. Dit autrement, un Corton n’a pas l’étoffe d’un GC que par la grâce de son terroir. Les ‘producteurs de vins supérieurs’ visent des rendements tout au plus de 30-35 hl/ha pour leurs grands crus et sont soucieux de tous les aspects de la chaîne vini-viticole.
Si trop peu de grands Corton ont été produits au cours des dernières décennies, la donne semble toutefois en voie de changer, pianissimo. Les producteurs sur Corton qui exercent une discipline de qualité y sont de plus en plus nombreux. Le destin des climats méjugés pourrait éventuellement dupliquer la péripétie des dernières décennies du GC Clos des Lambray, dont le vin et le statut furent un temps dépréciés, puis redressés selon une approche qualitative rigoureuse menée au cours des quinze à vingt dernières années. Il n’y a pas de doute que la notoriété de tout le GC doit être rehaussée selon une conjugaison d’efforts produits tant sur les climats maîtres, les ‘hors ligne‘, que les ‘premières cuvées‘.

Voyons les plus-values, concrètes et potentielles, apportées aux Cortons rouges au cours des dernières années. Tout d’abord, la présence du Domaine de la Romanée Conti sur Corton depuis 2009 confère au GC une forme de confirmation de sa valeur intrinsèque, cela, même si les climats exploités par la DRC sont parmi les plus réputés. Cela n’est pas banal.
Bien que le Clos du Roi soit hors de la controverse sur la légitimité de quelques climats, l’aptitude remarquable de ce climat maestro de la colline est clairement mieux démontrée depuis plusieurs millésimes par quelques uns de ses nouveaux exploitants (présents que depuis environ une décennie ou moins). D’ailleurs, le niveau élevé de ce climat serait-il un des secrets les mieux gardés de La Côte? Les vins remarquables des derniers millésimes des domaines entre autres de La Vougeraie, La Pousse d’Or et de Montille sur ce climat contribuent à tirer la notoriété de tout Corton vers le haut.
Des vins éventuellement révélateurs du niveau de leur terroir ont été produits sur des climats ‘méjugés’ et il est prévisible que d’autres le seront au cours des prochaines années: Les climats Les Grèves et La Vigne au Saint sont exploités l’un et l’autre depuis 2009 par les exigeants Jean-Nicolas Méo du domaine Méo-Camuzet et David Croix du Domaine des Croix (voir Principaux exploitants et focus vignerons‘). Il appert que le domaine Picard, propriétaire sur Les Fiètres, relève présentement de façon importante le niveau qualitatif de ses vins. De plus, nouvellement (2014) sur Corton, via l’acquisition du Château Pierre André (rebaptisé Château Corton C.), la famille Frey (aussi propriétaire du Château La Lagune et du Domaine Jaboulet) devrait par leurs normes qualitatives élevées nous fournir un autre repère sur le vrai niveau du climat Les Perrières, puisque les vignes du Corton ‘Château Corton André’ sont inscrites dans le climat Les Perrières; nous disons ‘un autre repère’ car le domaine Méo-Camuzet est aussi présent sur ce climat depuis 2009.
De façon importante puisqu’il s’agit d’une propriété majeure du finage, le domaine du Comte Senard, exploitant sur six climats en GC, dont le Clos des Meix et Les Paulands, a entrepris d’élever le niveau de ses vins depuis quelques millésimes. Présents sur des climats principaux de Corton, nous pourrions aussi ajouter les noms de certains producteurs du milieu qui ont affermit au cours des dernières années leur statut de ‘producteurs de vins supérieurs’, entre autres les domaines Follin-Arbelet d’Aloxe-Corton (Les Bressandes et Corton ‘tout-court’), Chevalier de Ladoix (Le Rognet), Capitain-Gagnerot aussi de Ladoix (Les Renardes, Les Maréchaudes et Grandes Lolières), Rapet de Pernand (Le Rognet et Corton ‘tout-court’) …

(9) Propos d’une entrevue accordée par Lalou Bize-Leroy à Olivier Poels de la Revue du Vin de France (février 2003 / no 468).

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