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Mise en situation

Vins sous-estimés?

Dans son édition d’avril 2006 (no 69) la revue ‘Bourgogne Aujourd’hui’ sous-titrait ainsi une couverture sur Beaune: « Appellation sous cotée … jamais Beaune n’a été aussi attractive. » Depuis, quelques années ont passé et le prix des Beaune Premiers Crus rouges demeurent toujours plus bas que ceux des vins communaux de la Côte de Nuits. Les Beaune Premiers Crus sont-ils véritablement moins bons? Ou constituent-ils de façon générale des vins sous-évalués?
Michel Bettane et Thierry Dessauve semblent estimer que nombre de Premiers Crus de Beaune sont de bonnes affaires. Dans l’édition 2014 de leur guide, ils font l’observation suivante en marge des commentaires portant sur un Premier Cru Les Bressandes 2010: « … La preuve que Beaune regorge de trésors abordables ».

Déclin, puis embellie

Gloire: Au milieu du 19e siècle, Beaune s’enorgueillissait d’être le vignoble de la Côte d’Or ayant la plus forte renommée de la Bourgogne. Dans son ouvrage-maître de 1855, ‘Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte d’Or’, l’initiateur des classifications des climats bourguignons, Jules Lavalle, écrivait: « Depuis longtemps Beaune a t-il occupé sans contestation la première place parmi les territoires où se récoltent nos vin fins ». Il soulignait que « près de 500 ha au moins sont consacrés à la culture du pinot », alors que la même statistique pour Gevrey et Meursault, les autres grands vignobles en taille, couvrait respectivement 187 ha et 320 ha. Cela dit l’intérêt, l’envergure, de Beaune autrefois.

Déclin: Environ 130 ans plus tard, la réputation des vins de Beaune s’était inversée. Remington Norman écrit dans sa première édition (1986) de ‘The great domaines of Burgundy’: « Sadly, although long known and appreciated, Beaune’s are Burgundy’s Cinderellas, with seemingly unshakeable collective reputation for dull neutrality ». Il attribue alors le déclin à diverses carences et il souligne que « the wines of a number of prestigious houses continue to keep the old criticisms alive. » La moitié du vignoble de premiers crus appartenant directement au groupe des négociants-éleveurs, il est indéniable que le niveau général de leurs productions avait et a toujours un impact sur l’image de l’appellation.

Embellie: Depuis ce passage à vide des années 1980, la production des Premiers Crus Beaunois par les négociants-éleveurs s’est graduellement améliorée. Notamment, la maison Chanson réalise depuis quelques millésimes une large gamme de Premiers Crus qui élève la barre de performance pour tous. Aussi, les maisons Bouchard Père et Fils, Joseph Drouhin, Camille Giroud et quelques autres vinifient maintenant des Beaune d’un très bon niveau.
La promotion des vins de Beaune est plutôt discrète. Pour les grands propriétaires négociants, la promotion de leur production de vins de Beaune est généralement amalgamée à leur promotion générale. Il y a toutefois d’autres facteurs ne concernant pas les négociants-éleveurs qui atténuent la visibilité des Beaune. Particulièrement, la majorité des propriétés vigneronnes actives sur le vignoble de Beaune sont établies à l’extérieur du finage. Une sobriété de ceux-ci à l’égard de la promotion des crus de Beaune est normale.
Le nombre de vignerons installés à Beaune est donc proportionnellement plus faible qu’ailleurs. Qui plus est, pour l’instant, aucun d’entre eux n’est porteur d’un nom emblématique, apte à faire rejaillir son prestige sur l’appellation. Moins nombreux, il leur faut produire des efforts considérables pour générer un impact collectif. En revanche, la montée en notoriété de vignerons locaux ne peut que contribuer à hausser la cote des Premiers Crus de Beaune; nommément David Croix du Domaine des Croix, Geoffroy Choppin de Chanvry du Domaine Albert Morot et Nicolas Potel du Domaine de Bellene.
Bref, une embellie s’observe présentement pour les premiers crus de Beaune.

IMG_0337  Geoffroy Choppin de Chanvry

À gauche, David Croix à l’entrée du Domaine des Croix qui est situé aux abords de la voie périphérique à Beaune. À droite, Geoffroy Choppin de Chanvry à l’extérieur de son chai du Domaine Albert Morot aussi à Beaune, sur la route menant à Bouze.

Singularité de la propriété: prépondérance des négociants-éleveurs

La présence foncière des négociants-éleveurs est prépondérante dans le vignoble de Beaune. Cinq négociants-éleveurs détiennent un total de 110 hectares de vignes en Premiers Crus : 48 ha par Bouchard Père et Fils, 26 ha par Chanson, 15,5 ha par Joseph Drouhin, 12 ha par Patriache, 9 ha par Louis Jadot. (réponse #7 du quiz) Par ailleurs, les Hospices de Beaune est également un propriétaire important de la commune avec un patrimoine de 19 ha de vignes en Premiers Crus. Bref, les gros joueurs sont détenteurs de plus de la moitié du vignoble de Premiers Crus de Beaune.

Il a été mentionné que la proportion de propriétés vigneronnes établies à l’extérieur de Beaune est élevée. Leur commune d’établissement respective est étonnamment dispersée sur toute La Côte. D’entre elles, les propriétés détenant des superficies appréciables en premiers crus beaunois sont: Domaine Jacques Prieur de Meursault, Domaine Brigitte Berthelemot aussi établie près de Meursault, Domaine de Montille désigné de Volnay mais dont les activités se déroulent actuellement à Meursault, Domaine Rapet de Pernand-Vergelesses, Domaine Rossignol-Trapet de Gevrey-Chambertin, ….

Les propriétés vigneronnes installées sur la commune de Beaune sont entre autres les domaines: Bernard Besancenot, Michel Rageot Bardon, Cauvard, de Bellene, Albert Morot, Jean-Claude Rateau, Loïs Dufouleur et des Croix.

Les cuvées rondes (génériques) des négociants-éleveurs.
Si ce n’est pas que de l’appellation Beaune Premiers Crus qu’émanent des cuvées rondes (cuvées d’assemblages de vins ou raisins de plusieurs climats), celles-ci sont toutefois particulièrement bien implantées sur le marché. Ce sont les négociants-éleveurs qui produisent ces cuvées, entre autres les cuvées ‘Beaune du Château’ de Bouchard Père et Fils et ‘Bastion’ de la maison Chanson. Ces cuvées présentent certes un intérêt logistique et commercial pour leur producteur et une opportunité (certes de bons rapports qualité-prix) pour les consommateurs. Toutefois, au sens de la notoriété, l’anonymat de ces Premiers Crus créent de l’équivoque sur la valeur des crus dont ils sont issus et aussi sur l’ensemble du finage.

La maison Bouchard Père et Fis est détentrice de parcelles sur près de quinze climats en Premiers Crus, totalisant une superficie de 48 ha. Celle-ci ne produit pourtant que cinq cuvées individualisées de Beaune Premiers Crus, quatre en rouge (Grèves Vigne de l’Enfant Jésus, Teurons, Marconnets et Le Clos de la Mousse) et une en blanc (Clos Landry). C’est dire la très importante superficie de vignes qui est consacrée à la production des deux cuvées ‘Beaune du Château’ (rouge et blanc), soit plus de 15 parcelles totalisant un peu plus de 20 ha, dont près de six ha sur le prestigieux climat Les Grèves hors du périmètre des vignes de l’Enfant Jésus.
Pour le négociant-éleveur Chanson, les deux cuvées rondes ‘Bastion’ (rouge et blanc) semblent toutefois des cuvées d’appoint puisqu’il met en bouteille neuf Premiers Crus, dont un blanc, depuis son vignoble de 26 ha sur Beaune.

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