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Mise au point

 Indulgence sur l’étendue de l’aire en Premier Cru?

La proportion de Premiers Crus du finage de Beaune, plus de 70% du vignoble, est la plus élevée de tous les finages de La Côte. À ce sujet, le périodique ‘Bourgogne Aujourd’hui’ écrivait entre autres dans son numéro de septembre 1998 « qu’une réglementation très, trop généreuse classe 320 hectares en premiers crus... » Jasper Morris fait aussi un commentaire en ce sens dans son ouvrage ‘Inside Burgundy’: « south toward the border with Pommard much of the land is a little too flat really to merit premier cru status ».

Beaune et ses deux vignobles voisins au Sud, Pommard et Volnay, sont schématiquement dans un même axe, assez rectiligne, et les positions des aires en Premiers Crus des trois finages forment relativement une même bande continue. Le coteau de Beaune s’allonge sur près de 4 kilomètres et comprend 337 ha en Premiers Crus, soit un ratio de ±84 ha de Premiers Crus/km. Le versant de Pommard a une longueur de près 2,2 kilomètres, avec une aire en Premiers Crus de 125 ha, pour un ratio de ±57 ha de Premiers Crus/km. Volnay s’étend sur approximativement 1,6 km et comporte 115 ha en Premiers Crus, donc un ratio ±72 ha de Premiers Crus/km. Le ratio de Premiers Crus de Beaune est le plus élevé. Cette comparaison est toutefois sans valeur formelle, si bien que nous tentons une mise au point:

Connaître impérativement le Classement de 1860

Beaune 1860Une section, celle du finage de Beaune, de la planche cartographique illustrant la magistrale classification en trois catégories, du vignoble de La Côte d’Or réalisée en 1860 par le Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune. Ce classement a notamment servi en 1943 à fixer les Premiers Crus.

  • Le Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune a servi de principale référence à la désignation des Premiers Crus par l’INAO durant les années 1940.
  • Le classement a couvert tous les vignobles de La Côte, bien que les finages de l’arrondissement même de Beaune1 furent traités de façon nettement plus exhaustive que ceux de la Côte de Nuits. « L’enquête, méticuleuse et désintéressée, dressa un plan par commune. Le comité constata la valeur de crus reconnus par l’usage sans vouloir chercher aucune innovation. Il désigne sous le nom de premières cuvées celles qui donnent de choix sous le triple rapport du bouquet, de la finesse et de la conservation. Les deuxièmes cuvées comprennent les vignes moins favorisées par le sol, l’exposition, la pente, l’altitude et qui, dans les bonnes années, peuvent donner des vins approchant des meilleurs. Les troisièmes cuvées comprennent les vignes qui se trouvent à l’extrême limite des bons climats et laissent à désirer, soit pour la finesse, soit pour la conservation. Le plan se refuse à établir une hiérarchie par commune et se borne à constater la gamme des valeurs dans chaque commune. » (M. Peyre, ‘Le Vignoble de Bourgogne, la Question des Appellations’,1935 Extrait de la page 92)
  • L’enquête du Comité de 1860 a ainsi donné lieu à un découpage du vignoble occupé en plants fins (Pinot et Chardonnay) en trois classes de mérite: rose pour la Première classe, jaune pour la Seconde classe et vert pour la Troisième classe (la cartographie de ce classement figure ci-devant.)
  • L’élaboration de ce classement fut notamment motivée par la réalisation en 1855 du classement des vins de Bordeaux et par le souci de promotion des vins de Bourgogne à l’exposition universelle de Londres de 1862.

1 L’arrondissement de Beaune est un des cinq arrondissements de la Côte d’Or. Il couvre les communes de La Côte entre Santenay et Vougeot inclusivement. Les communes situées entre Chambolle-Musigny et la limite nord de La Côte sont inscrites dans l’arrondissement de Dijon.

 La mise au point

C’est avant tout l’examen de l’inédit Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune qui fournit un éclairage essentiel au questionnement sur l’éventuel excès de Premiers Crus sur Beaune. Tel que déjà mentionné, ce classement en question a servi de pilier à la désignation des Premiers Crus par l’INAO durant les années 1940.

Tous les climats placés dans leur intégrité dans la ‘première classe’ furent désignés systématiquement en Premiers Crus par l’INAO; à plus forte raison pour les Grands Crus qui figuraient également tous en ‘première classe’. Le traitement par l’INAO des nombreux climats à cheval sur les zones de ‘première classe’ et de ‘deuxième classes’, que nous désignons de climats ‘mixtes’, a dû certainement occasionner de vives délibérations. Sur tous les finages examinés par le Comité de 1860, les climats ‘mixtes’ situés dans la partie supérieure des coteaux (exemples: Les Aigrots et Les Montrevenots) furent classés intégralement en Premiers Crus par l’INAO. Le traitement fut identique pour les climats ‘mixtes’ placés dans les parties inférieures des coteaux, sauf à Volnay. Sur ce finage, huit climats ‘mixtes’ de bas de coteau furent tronqués pour respecter rigoureusement le classement de 1860; c’est à dire que seules leurs portions inscrites dans la ‘première classe’ de 1860 furent désignées en Premiers Crus(2). Sur le finage de Beaune, ce sont approximativement douze climats (voir le tableau ci-bas) qui, étant ‘mixtes’ dans le Classement de 1860, furent ainsi désignés dans leur totalité en Premiers Crus par l’INAO. Si ces climats beaunois de bas de coteau avaient reçu le traitement strict qui fut appliqué à Volnay, près de cinquante hectares auraient ainsi été exclus de l’aire des Premiers Crus. La superficie de Premiers Crus eut été conséquemment d’environ 285 hectares et le ratio de Premiers Crus serait alors de 71,25 ha/km, soit l’équivalent de celui de Volnay (voir le texte d’intro de ce segment).
2) Nous formulons l’hypothèse que le Marquis d’Angerville, grand metteur en scène de la mise en place des AO et des AOC en Côte d’Or, a lui-même requis une approche rigoriste sur le finage de Volnay.

Tableau des classements selon les auteurs historiques

Beaunetableaudesclimats
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Le tableau comprend 36 climats, soit six de moins que le nombre déterminé par le décret d’appellation et l’atlas ‘Climats et lieux-dits des grand vignobles de Bourgogne’ (2012) de Sylvain Pitiot
. Ne figurent pas dans le tableau: les petits climats Blanches Fleurs (3,3 ha), En l’Orme (2,0 ha), La Mignotte (2,4 ha), Les Serey (1,2 ha) et Les Sceaux (3,4 ha), dont les vins qui en sont issus ne sont pas commercialisés sous leur climat d’origine. Aussi, le climat ‘Sur les Grèves Clos Ste-Anne’ (0,35 ha) a été annexé au climat Sur les Grèves.

Les pourcentages attribués par climat relativement au classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune sont des estimations de notre part. À titre d’exemple, il a été attribué visuellement des proportions respectives de 50% en Première et Deuxième classe au climat des Cents Vignes.

Les mérites des climats selon le Classement de 1860:

  • Plus de vingt climats, constituant une superficie de près de 150 hectares sont systématiquement situés en première classe du Classement du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860. Par ailleurs, quatre climats renommés totalisant environ 65 hectares ont respectivement au moins 70% de leur aire en Première classe. Ainsi, environ 25 climats couvrant près de 70% de la superficie du finage classée en Premiers Crus sont en quelque sorte confortés dans leur statut par le classement rigoureux de 1860.
  • Homologués strictement en Deuxième classe, les climats En Bellisand et Les Tuvilains, ne seraient manifestement pas du niveau de Premier Cru.
  • Les climats ‘mixtes’ (à cheval sur les deux premières classes) dont plus de 30% de leur surface se positionne en Deuxième classe, au nombre de sept, suscitent une certaine équivoque: Les Aigrots, Les Cents Vignes, Les Chouacheux, Le Clos du Roi, Les Épinottes, Les Montrevenots et Les Reversés. Une telle situation n’est toutefois pas particulière à Beaune puisque des climats ayant une semblable dichotomie se retrouvent aussi sur d’autres finages couverts par le Classement de 1860.
  • En guise de conclusion: les nivellements s’effectuant généralement vers le bas, une dizaine de climats créent donc une perplexité sur le standing général des Premiers Crus de Beaune.
Toujours est-il …
…Que pour les climats ‘mixtes’ du classement de 1860, soit ceux ayant une partie en Première classe et une autre en Seconde classe,  l’INAO aurait-elle été mieux avisée de les fragmenter systématiquement sous deux rangs d’appellations, communale et Premier Cru, tel qu’on a procédé pour la partie inférieure du coteau de Volnay?
Soulignons alors que les tenants de l’approche qui a prévalu partout, sauf à Volnay, disposaient d’un puissant argument, assimilable en quelque sorte à une ‘jurisprudence’: Jules Lavalle, l’auteur du premier classement Côte d’Orien en 1855, classement ‘biblique’, avait attribué pour sa part la cote de leur meilleure partie aux climats « ayant des qualités différentes dans leurs différentes parties », c’est à dire aux climats ‘mixtes’ discutés ci-haut!

 

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