Date de publication:

AOC Chablis

Révisé janvier 2026

 

CONTENU:
1 ⇒ Cartographie
2 ⇒ Vignoble devenu mature
3 ⇒ Les secteurs de ‘Chablis’: Sud-Est, Centre et Nord-Ouest
4 ⇒ Bibliographie principale

1 ⇒ Cartographie

chablis larmat imageCarte ‘Larmat’ de 1953 illustrant le vignoble chablisien avant l’homologation de Premiers Crus en 1967 et les extensions/contractions de l’aire communale de Chablis de 1960 (élargissement de 530 hectares) et 1978 (ajout de 12 hectares et reconfiguration importante de l’aire, dont une contraction au  Sud-Est). La carte qui suit montre l’aire actuelle de l’appellation ‘Chablis’.

Chablis-carte-generaleCarte ci-illustrant en violet l’aire actuelle de ‘Chablis’. Cette aire comprend l’extension décrétée en 1960 (530 ha) et l’extension/contraction de 1978 (extension au Nord-Ouest de 860 ha vs une contraction au Sud-Est de 850 ha). Les extensions de 1978 se firent particulièrement sur les communes de Ligny-le-Château, Maligny, Lignorelles et Bennes.
Un tableau des variations, au fil du temps, des superficies des aires de chaque AOC figure en début du segment ‘Mise en situation‘.


2 ⇒ Vignoble devenu mature

Au cours des dernières décennies, l’aire exploitée du Chablisien a progressé substantiellement. L’extension de la surface cultivée en AOC ‘Chablis’ a pris la part du lion de cette progression. En 1970, l’étendue des vignes exploitées de ‘Chablis’ était d’un peu plus de 300 hectares, versus  ±4000 hectares présentement. Une croissance qui aura toutefois un terme puisque l’aire délimitée (périmètre maximal) par le décret de 1978 est de 4400 hectares.
Le vignoble s’est étendu et la qualité des vins a progressé. La forte proportion de ce vignoble est maintenant constituée de vignes assez âgées pour donner des vins consistants qui expriment nettement leur terroir.
Il faut aussi le rappeler, le phénomène de réchauffement planétaire a aussi un impact indubitablement favorable sur Chablis. Le recours à la chaptalisation est devenu négligeable et cela a contribué significativement à produire des vins plus aboutis.
Bref l’intérêt considérable des amateurs pour les vins de Chablis a ses explications: un meilleur niveau général lié à l’âge des vignes, une maturité plus aboutie des raisins vendangés et des pratiques viticoles plus soucieuses de la vitalité des terroirs.

Toujours est-il …
… que le journaliste Jacques Benoit écrivait dans sa chronique sur le vin du 17 août 1985 que « La région de Chablis produit, comme on sait, un des plus extraordinaire vin blanc de France. Un vin peu foncé aux reflets verdâtres, très sec, plutôt léger, avec à l’arrière-plan de discrètes saveurs minérales et salines ». Les chroniques de Jacques Benoit ont été avidement lues les samedis pendant des décennies par les vinophiles de Montréal et du Québec. Toujours est-il que plus de trente/quarante ans plus tard, considérant la formidable progression des Chablis, nuancerait-il que le Chablis est ‘un vin plutôt léger’, que les saveurs minérales sont ‘discrètes’?!
Il n’était pas seul à cette époque à décrire comme tel le ‘Chablis’.

3 ⇒ Les secteurs de ‘Chablis: Sud-Est, Centre et Nord-Ouest

Des vignes de ‘Chablis’ sont plantées sur vingt communes, soit sur un territoire considérable de près de 10 km de diamètre dont Chablis est l’épicentre. La pédo-géologie y a forcément des variations d’un secteur à l’autre et les Chablis ont ainsi des caractéristiques différentes selon les secteurs.

Dans le secteur Sud-Est (Chemilly-sur-Serein, Beru, Viviers, …), en amont du Serein, le substratum des coteaux est formée en bonne partie de Kimmérdigien inférieur (Calcaires à Astartes), tandis que la formation de surface est constituée de colluvions originant surtout de Kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula), soit une formation superficielle. Les Chablis de ce secteur sont relativement structurés, vifs et minéraux, d’un bon niveau. Une large proportion de la production de cette zone serait destinée au négoce.

Dans le secteur centre, celui intégrant la commune de Chablis (voir la carte ci-après) et ces villages périphériques (Fleys, Fontenay, Milly, Poinchy, Préhy, …), les coteaux s’appuient sur un substratum de kimméridgien supérieur et moyen (Marnes et Calcaires à Exogyra virgula), tandis que le sol y est composé en bonne partie de colluvions issues du Portlandien (Calcaire du Barrois), une formation superficielle; (voir impérativement la troisième partie (‘achèvement du terroir’ du segmentgéologie-pédologie‘). Ce contexte géo-pédologique est celui du GC et des Premiers Crus et les Chablis village y sont définitivement les plus structurés et complexes de l’appellation.

Chablis-carte-ChablisProduite par Sylvain Pitiot et Jean-Charles Servant, la carte ci-contre isole le vignoble de la commune de Chablis et ses environs, autrement dit le cœur du Chablisien. Les ‘Chablis’ provenant de ce périmètre sont structurés et minéraux. Entre autres, les ‘adroits’ de la vallée de Valvan sont classés en Premiers Crus, tandis que les ‘envers’ sont plutôt homologués en ‘Chablis’ village. En fait, les sols y sont assez identiques mais l’exposition moins favorable sur les coteaux ‘envers’ explique leur rang commun de ‘Chablis’.

Certains des meilleurs terroirs de ce secteur au cœur du Chablisien voisinent les Premiers Crus, tantôt sur les versants opposés de ceux-ci (exemple: envers des Vaillons), tantôt au dessus (exemples: dessus de Côte de Léchet et de L’Homme Mort), aussi bien qu’en dessous (exemple: dessous de Montée de Tonnerre).
Sur des sols assez identiques aux Premiers Crus, les vignes sur les ‘envers’ des Premiers Crus bénéficient d’expositions moins avantageuses, soit surtout dans un arc de l’Ouest au Nord, et produisent de ce fait des vins moins consistants et moins complexes que les Premiers Crus, néanmoins d’un excellent niveau. En empruntant, depuis Chablis, la rue de la Vallée de Valvan dont le prolongement s’inscrit dans le talweg de la dite vallée, l’observation des deux flancs révèle la discrimination entre les deux AOC, soit ‘Chablis Premier Cru Vaillons’ sur l’adroit et ‘Chablis’ sur l’envers. L’amateur de Chablis en séjour dans le Chablisien peut faire ce parcours au cœur des vignes qui ne figure pas dans les circuits touristiques proposés.
Les ‘Chablis’ de ce secteur ont du fond et du caractère. Leurs prix sont généralement plus élevés.
Les noms réputés, comme Billaud-Simon (notamment la cuvée ‘Tête d’Or’ issue des parcelles ‘Araignée’ et ‘Bas de Chapelot’ situées sous La Montée de Tonnerre), Droin, William Fèvre et Drouhin-Vaudon (cuvée ‘Réserve de Vaudon’ provenant de la vallée de Vauvilien entre les crus Montée de Tonnerre et Mont de Milieu) et autres, produisent ces Chablis du cœur chablisien. Prudence toutefois, il y a lieu de s’assurer que la mention essentielle ‘domaine’ figure sur l’étiquette (exemple: Domaine William Fèvre), car les vins issus d’achats de raisins, donc des vins de négoce de provenances non divulguées, n’incluent pas ladite mention. À toute fin utile, toutes les propriétés vigneronnes localisées sur la commune même de Chablis et de ses environs immédiats détiennent des vignes sur ce secteur.
Certains terroirs ont des caractéristiques propres. Entres autres, les Chablis de Chichée sont solides et crayeux et ceux de Courgis sont plus détendus et ont un trait citronné.

Explicite est la mention ‘domaine’ dans l’identité du producteur sur l’étiquette
Les vins issus d’achats de raisins, donc les vins de négoce, ne peuvent pas comprendre la mention ‘domaine’ dans l’identité du producteur figurant sur l’étiquette. Prenons deux exemples pour illustrer cette nuance significative: Le Domaine William Fèvre produit deux cuvées de Chablis ‘village’: celle issue de vignes sous la propriété intégrale du domaine précise ‘Domaine William Fèvre’, tandis que la cuvée de négoce (cuvée ‘Champs Royaux’)  indique simplement ‘William Fèvre’ en tant que producteur. Aussi, l’étiquette de la cuvée ‘Tête d’Or’ de ‘Chablis’ du Domaine Billaud-Simon indique ‘Domaine Billaud-Simon’ car les vignes engendrant cette cuvée sont sous la propriété du domaine, tandis que l’étiquette de ‘Chablis’ du même domaine est identifiée sous ‘Billaud-Simon’, signifiant en occurrence, ou potentiellement, l’achat de raisin (négoce).
En fait, la mention ‘domaine’ dans l’identité du producteur est explicite sous deux aspects:
1) pleine propriété des vignes;
et 2) indirectement et plausiblement la ‘zone’ des vignes dont est issu le vin puisque les vignes d’un domaine sont généralement en périphérie de lieu, de l’adresse, de celui-ci. Exemples dont les étiquettes du producteur indiquent ‘domaine’ sur leur Chablis: le Domaine Duplessis ne détient des vignes que du coeur de Chablis, alors que le Domaine Oudin possèdent plutôt des vignes que du secteur de Chiché au Sud de l’appellation.
Ceci dit, un nombre de producteurs de vins de ‘domaine’ choisissent une identité autre sur leur étiquette.

Dans le secteur au Nord-Ouest de l’appellation, en aval du Serein (Maligny, Villy, Lignorelles, …), le sous-sol n’est pas kimméridgien. Le substratum est Portlandien (Calcaire du Barrois) et le colluvionnement sur les coteau est issu de cette même lithologie. Les dernières extensions de l’aire ‘Chablis’ (années 1980) ont été réalisées particulièrement dans ce secteur. Les Chablis y sont dépourvus des caractères iodés et crayeux propre à ceux du cœur de l’appellation. Le négoce s’approvisionne largement dans ce secteur Nord-Ouest.
Les vins du secteur de Maligny sont assez structurés, de belle densité, et leur expression minérale est plutôt vive.
Albert Pic écrivait en 1932 que « Lignorelles et ses environs immédiats, dont les vins de pinot (chardonnay) sont plantés en terrain argileux assez humide, donne un vin assez spécial: moelleux, et agréable en nouveauté, c’est un vin de primeur. » Dans une étude produite en 1904, ‘Étude sur le vignoble de Chablis’, les auteurs Rousseau et Chapaz écrivaient sur les vins de Chardonnay produits à Lignorelles « possèdent les caractères des précédents (vins du cœur de Chablis) mais avec des qualités plus ou moins atténuées. »


4 ⇒ Bibliographie principale afférente aux onglets portant sur le Chablisien

• Baize Denis, ‘Typologie des sols de l’Yonne’, 1989
• Baize Denis, ‘Plateaux de Basse Bourgogne’, 1989
• Bazin Jean-François, ‘Le vin de Bourgogne’, 1996 et 2020
• Beaudoin Raymond, ‘Le vignoble de Chablis/ Revue du vin de France’, no 153/juillet 1952
• Bréjoux Pierre, ‘Les vins de Bourgogne’, 1967
• Cannard Henri, Les vignobles de Chablis et de l’Yonne’, 1999
• Coates Clive, ‘The wines of Burgundy’, 2008
• Depuydt Lucie,  ‘Réalisation d’une typologie des sols du Chablisien et recommandations culturales associées’, 2006
• Droin Jean-Paul, ‘Un siècle de lois, arrêts, décrets et jugements concernant les AOC chabisiennes de 1905-2007’, 2007
• Droin Jean-Paul, ‘Le partage du vignoble’
• Droin Jean-Paul, ‘Par mots et par vaux’, 2014
• Fanet Jacques, ‘Les terroirs du vin’, 2001
• Fevre William, ‘Les vrais Chablis et les autres’, 1978
• George Rosemary, ‘The wines of Chablis’, 1984
• France Benoit, ‘Le grand atlas des vignobles de Frances’, 2002
• Legrand Jacques, ‘Chablis’, 1986
• Morris Jasper, ‘Inside Burgundy’, 2010
• Pic Albert, ‘Le vignoble de Chablis’, 1934
• Pitiot Sylvain et Servant Jean-Charles, ‘Les vins de Bourgogne’, 2010

Premiers Crus: rive gauche ← Onglet précédent     Onglet suivant → Focus Vignerons