Date de publication:

Santenay: physiographie/géologie

Mise en ligne: février 2020

NB: Ce dossier se documente principalement du rapport ‘Caractéristiques physiographiques, géologiques et pédologiques du vignoble de Santenay‘ produit à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue) et déposé auprès du requérant de service, l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) de Santenay, en décembre 2018. Nous remercions l’ODG pour l’autorisation d’utilisation accordée.

CONTENU
1 ⇒ Sur l’intérêt de la géologie et la pédologie
2 ⇒ Géographie et physiographie
2-A → Positionnement vs Côte de Beaune et Côte chalonnaise
2-B → Physiographie
3 ⇒ Géologie de La Côte: genèse schématique
3-A → 1er épisode
3-B → 2ème épisode
3-C → 3ème épisode
3-D → 4ème épisode
4 ⇒ Géologie de Santenay: contexte général
4-A → Observations générales
4-B → Secteur Nord-Est, de la grappe principale des Premiers Crus
4-C → Secteur Sud-Ouest, des Premiers Crus ‘Rousseau’

1 ⇒ Sur l’intérêt de la géologie et la pédologie

« De même que les vins peuvent présenter des caractéristiques organoleptiques variables, des différences existent également dans les roches. Il n’y a pas un calcaire et une argile, mais une très large palette de roches sédimentaires argilo-calcaires. Ceci est dû à l’environnement au moment du dépôt des sédiments marins, à leur mode de dépôt, à leur composition chimique. En conséquence, ces roches vont elles-mêmes générer une gamme encore plus variée de sols. Le mode d’altération de la roche sera différent, la nature et l’épaisseur des sols pourront varier, le type d’altération de la roche (blocs, plaquettes, sédiments fins et meubles), donnera une pierrosité propre à chaque roche et un stockage potentiel d’eau spécifique. « 
Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue, ADAMA.

2 ⇒ Géographie et physiographie

2-A→ Positionnement vs Côte de Beaune et Côte chalonnaise

Illustration A. Nous aimons cette carte (Pinterest) de la Côte de Beaune qui comporte une annotation en anglais que nous trouvons pertinente: « Les vins issus des trois communes portant le nom de ‘Maranges’, Dezize, Cheilly et Sampigny, sont désignés sous l’appellation que communale ‘Maranges’; la plus méridionale de la Côte de Beaune, dans le département de Saône et Loire et non celui de la Côte d’Or.
Selon un axe ‘Nord-Nord-Est / Sud-Sud-Ouest’, la Côte de Beaune est assez linéaire de Ladoix à Chassagne-Montrachet, puis elle oblique vers le Sud, d’une vingtaine de degrés, à Santenay, du coup l’orientation du vignoble en est changée.

Illustration B.
Cliquez sur image en 3D pour l’agrandir et bien la visualiser
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Le trait vert sur la carte délimite les départements de la Côte d’Or et de Saône et Loire.
La Côte de Beaune s’y constate de Meursault à Cheilly-les-Maranges. On peut notamment y remarquer que le vignoble de Saint-Aubin, non loin de Santenay, s’appuie sur le flanc favorablement exposé d’une combe, une vallée. Même contexte pour Saint-Romain.

Illustration C.
Le trait rouge délimite la Côte de Beaune et la Côte Chalonnaise.
Proches et parallèles au niveau de Santenay, le canal du Centre (indiqué à droite de ‘Couchois’) et la rivière La Dheune − celle-ci n’est toutefois pas mentionnée sur la carte, bien que latérale au ‘Canal du Centre’ − s’inscrivent entre la Côte de Beaune et la Côte Chalonnaise. En fait, sur ce segment ces deux cours d’eau s’inscrivent dans une cuvette − nommée bassin houiller et permien de Blanzy et du Creusot, soit un ‘couloir’ érodé en forme de fond de bateau − qui détache la Côte chalonnaise de la Côte de Beaune.
Bouzeron (AOC), quasiment au même niveau latitudinal que Santenay, et Rully, les premiers vignobles septentrionaux de la Côte Chalonnaise, sont ainsi décalés respectivement d’à peine deux et quatre kilomètres à vol d’oiseau de Santenay.

2-B → Physiographie

Illustration D. Source: rapport ADAMA. La couleur, du vert pâle au marron, s’accroît en intensité selon la valeur d’inclinaison de la pente, de la plus faible à la plus forte. Au pied du coteau, la pente est très faible (0 à 2%) et celle-ci gradue, de l’aval vers l’amont, progressivement de faible (2 à 5%), à modérée (5 à 10%), à forte (10 à 20%, voire à très forte (au dessus de 20%).

Illustration E. Nous aimons cette autre carte tirée de l’intéressant ‘Inside Burgundy’ (2010) de Jasper Morris qui illustre bien les lignes de niveau et fournit ainsi un bon aperçu de la physionomie de Santenay. La combe, ou valllée, Saint-Jean découpe Santanay en deux parties.

Illustration F. Source: rapport ADAMA. Les Premiers Crus sont orientés surtout au Sud-Est. Les climats en appellation communale ont des orientations variables: ceux du bas du coteau sont orientés au Sud-Est; ceux logés sur le flanc septentrional de la combe Saint-Jean ont une orientation au Sud/Sud-Est, versus à l’Est pour ceux du flanc méridional de la combe.

Illustration G. Sur le versant septentrional de Santenay. La vue en coupe au bas de l’illustration traduit le profil selon le trait bleu sur la photo aérienne. Sont traversés successivement de bas en haut: les climats en appellation communale Les Pranons Dessous et La Plice, les Premiers Crus Les Gravières et Beauregard, puis le communal Comme Dessus. La concavité du profil classique de La Côte, tant en Côte de Beaune que de Côte de Nuits, est rompue à cet endroit par un ressaut à mi-coteau.
Explication: Savoir d’abord que la géologie de Santenay est un ‘puzzle’ de plus d’une douzaine de formations de calcaires et de marnes en nombres assez équivalents. Le phénomène d’adoucissement de la pente est certainement attribuable à la transition de roches de dureté différente: roche dure de Calcaire de Nantoux au haut (climat Les Beauregard) et roche tendre, nettement plus érosive, de Marnes de Chagny en dessous (Les Gravières et Clos de Tavannes).
Le dénivelé y est de 150 mètres, entre les altitudes ±215 mètres et ±350 mètres.

L’altitude maximale du vignoble, ±400 mètres, est atteinte tout au haut du flanc septentrional de la combe Saint-Jean.

Illustration H. Sur le versant méridionalLa vue en coupe au bas de l’illustration traduit le profil selon le trait bleu sur la photo aérienne. Les climats traversés de bas en haut: Les Charmes Dessous, Les Charmes Dessus et Les Saunières, le Premier Cru Grand Clos Rousseau, puis les communaux Le Chainey et Les Bras. Finement concave, le profil y est classique de la Côte de Beaune.
Sur cette coupe, le dénivelé est de ±125 mètres, entre les altitudes ±240 mètres et ±365 mètres.

3 ⇒ Géologie de La Côte: genèse schématique

3-A→ 1er épisode:
Bien succinctement, La Côte repose sur un ‘sous-sol’ formé d’une série lithologique – une séquence de strates calcaires et marneuses – qui s’est constituée en milieu marin surtout au Jurassique, il y a entre ±150 millions et ±200 millions d’années. En fait, une mer recouvrait à cette époque la presque totalité de la France, dont le relief était bien peu marquée. Certains endroits, dont la Bourgogne, se trouvaient en eau peu profonde, en milieu tropical, ainsi propices à l’accumulation de dépôts marins. Des dépôts de différentes natures – débris de coraux et animaliers, micro-organismes, algues calcaires, etc. – s’y sont superposés et générés autant de couches rocheuses au fil des millions d’années, tel un mille-feuille. L’illustration I à la suite montre la série lithologique sous le vignoble de Santenay.

Illustration I. Source: rapport 2018 ‘Caractéristiques physiographiques, géologiques et pédologiques du vignoble de Santenay‘ produit à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA.

3-B→ 2ème épisode:

Il y a entre ±33 et ±23 millions d’années, à l’Oligocène, bien après que la mer tropicale se fut retirée (à la fin du Crétacé), un étirement majeur de la croûte terrestre à travers la France causa un effondrement, un fossé gigantesque du Nord au Sud, et un enchaînement de failles latérales inhérentes. Dans le département de la Côte d’Or, le clivage occidental de ce fossé(1) se situe au pied de La Côtesur l‘illustration J ci-contre, la route D974 correspond en quelque sorte à l’axe de ce gigantesque effondrement et La Côte y apparait selon 4ème épisode achevé − Un réseau de failles fragmenta la longue ‘bande’ étroite d’une cinquantaine de kilomètres qu’est le versant viticole de la Côte d’Or. Les blocs rocheux découpés par le réseau de failles se décalèrent les unes des autres le long des fissures en vertu des forces tectoniques. Un ‘marqueterie’ argilo-calcaire en découlera au 3ème épisode.
(1) Le fossé gigantesque, nommé ‘fossé bressan’, dans la plaine de la Saône (la voie ferrée du SNCF est nettement dans la plaine en question) au niveau de la Bourgogne, a été comblé depuis par des millions d’années d’alluvionnement et de colluvionnement.

3-C→ 3ème épisode:
Le phénomène de l’érosion agit incommensurablement en tout temps et en tout endroit. L’érosion a ainsi opéré avant et pendant l’Oligocène et sur les millions d’années suivantes jusqu’à une époque ‘récente’, le Quaternaire (capsule suivante). Cette érosion a ‘varlopé ‘le talus de La Côte et lissé une ‘marqueterie’, un puzzle de blocs de calcaires divers et de marnes diverses. C’est cette ‘marqueterie’ qui caractérise la géologie des climats de La Côte, entre eux et au sein d’eux. Lillustration K ci-contre − extraite de la carte géologique de Santenay − montre la ‘marqueterie’ d’une partie du vignoble.

3-D→ 4ème épisode:
À l’époque quaternaire, le paysage de La Côte subit un dernier remodelage: Il y a un peu plus d’une vingtaine de milliers années, au cours d’une période périglaciaire (climat actuel en Alaska), le sous-sol était gelé presque en permanence sur une épaisseur de vingt à trente mètres. Durant les périodes printanières et estivales une mince couche de surface était alors soumise à une alternance quotidienne de gels-dégels. Par phénomène de cryoclastie, des matériaux rocheux de tout format s’effritèrent ou se détachèrent du socle. Depuis les plateaux surmontant La Côte à l’Ouest, des torrents d’eau de fonte dévalèrent les pentes en charriant ces matériaux jusqu’au coteau si estimé. En plusieurs axes, ces puissants flots échancrèrent des vallées, maintenant asséchées et devenues les combes de La Côte. Aux débouchés des combes, les torrents s’apaisèrent et créèrent par délestage, ou encore par épandage, année après année, des deltas de ‘matériaux’, nommés ‘cônes de déjection’; ceux-ci sont de bons terroirs viticoles destinés surtout aux vins d’appellations régionales et communales.

4 ⇒ Géologie de Santenay: contexte général

Illustration L. Source: rapport ADAMA.

4-A → Observations générales

• D’abord, une dizaine de formations rocheuses couvrant des périodes du Lias (-195 à -171 Ma), Jurassique moyen (-175 à -155 Ma) et Jurassique supérieur (-155 à -145 Ma) − assez également des calcaires et marnes − sont observées sur le périmètre de Santenay. L’Illustration I (i) placée plus haut montre la séquence et l’épaisseur respective des formations.

• Les formations de calcaires et de marnes sont en nombre assez équivalents. Sur l’illustration M les formations de calcaire sont en jaune et brun; les formations de marnes en rose; et les formations colluviales (éboulis) sont en vert. La légende complète figure à la toute fin de ce topo géopédologique.

• Santenay et Maranges sont les vignobles de La Côte qui comportent sans doute la plus grande variété de formations rocheuses, tant en âge qu’en faciès, lesquelles se relaient sur de courtes distances, avec de multiples variations morphologiques.

• Le territoire est intensément fracturé. Après une longue érosion, un ‘varlopage’ de La Côte − voir plus haut dans ce texte: ‘Genèse géologique de La Côte / 2ème épisode’ − et des décalages tectoniques des ‘blocs’ le long des failles, une ‘marqueterie’ de formations forment le sous-sol de Santenay.

• La complexité géologique de Santenay résulte en large partie de sa position à la jonction de deux événements géologiques distincts: 1) la tectonique de la Côte découlant de l’effondrement du ‘fossé bressan’ selon un axe général Nord-Sud (voir ‘Genèse géologique de La Côte / 2ème épisode’ ci-haut); et 2) de la formation de l’important ‘bassin houiller et permien de Blanzy et du Creusot’ selon un axe général Nord-Est/Sud-Ouest (voir le texte associé à l’illustration C).

Le cône alluvial associé à la combe de Saint-Jean n’occupe qu’une petite portion du vignoble en appellations communales et premiers crus, alors que sur maints autres vignobles les cônes alluviaux sont de tailles importantes. La formation de cônes alluviaux est illustrée sous ‘cône alluvial‘ dans le glossaire.

• Des ‘formations superficielles‘ sont bien présentes en plusieurs endroits. Celles-ci représentent alors le ‘matériau parental’.
Matériau parental: Lorsque un dépôt (colluvions (éboulis), alluvions, …) important, nommé ‘formation superficielle’, recouvre le substrat, c’est à dire le ‘sous-sol’ de calcaire ou granite ou autre, et que c’est l’altération de ce dépôt qui crée le sol de surface, celui-ci représente alors la la ‘roche-mère’, ou ‘matériau parental’ en guise de synonyme.

• Santenay correspond au pattern géopédologique de la Côte de Beaune.

4-B → Secteur Nord-Est, de la grappe principale des Premiers Crus

Illustration N. Zoom ci-bas sur la géologie de la partie septentrionale de Santenay.

• Par regroupement de deux ou trois climats, les Premiers Crus de la partie Nord-Est, septentrionale, montrent respectivement des singularités géologiques:

•  À mi-coteau, où une forte convexité est observée, le Calcaire de Nantoux est le substrat des climats La Comme, Beauregard et Clos des Mouches; l’illustration G montre nettement ce ressaut.

• Vers l’aval, sous la convexité signalée au point précédent, s’observe un périmètre de Marnes de Chagny recouvert de colluvions, surtout des graviers. Étant plus érosive que le calcaire, la marne présente sur le climat Les Gravières et Clos de Tavannes explique sans doute l’adoucissement de la pente sur ce dernier climat, comparativement à la résistance à l’érosion du Calcaire de Nantoux qui occupe l’amont des Gravières (point précédent). Le phénomène est certainement attribuable à la transition de roches de dureté différente, roche dure de calcaire au haut et roche tendre de marne en dessous.

• Les Premiers Crus Beaurepaire et Maldière, en partie, repose sur du Calcaire de Chassagne.
• Sous les Premier Cru Les Gravières et Clos de Tavannes, une série de climats en appellation communale au niveau altitudinal ±220 mètres montre une uniformité géologique étonnante de Calcaires de Dijon-Corton et de Ladoix (ci-contre).

4-C→ Secteur Sud-Ouest, des Premiers CruS ‘Rousseau’

Illustration O. Zoom ci-bas sur la géologie de la partie méridionale de Santenay.

 

• Donnant lieu à un véritable puzzle, dont les failles sont surtout perpendiculaires au versant − différemment d’ailleurs sur La Côte où les failles principales sont assez parallèles à l’axe de La Côte − ce secteur comporte manifestement le jeu de failles le plus complexe de toutes les études géologiques produites jusqu’en 2020 par ADAMA (Marsannay,  Fixin, Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny, Pommard, Santenay et Maranges).

• Reposant sur un puzzle comportant de multiples formations rocheuses, calcaires et marnes, le Premier Grand Clos Rousseau, défait nettement l’idée ‘un climat-une unité géo-morphologique’ entretenue par certains auteurs suscitant du fantastique autour du vin de Bourgogne.

Légende associée à l’illustration M.