Date de publication:

Version Gevrey des ‘3 M’ de Bordeaux

Tant les amateurs de vins en général que les admirateurs de vins de Bourgogne s’accorderaient sans doute pour désigner le vignoble de Gevrey-Chambertin comme étant le plus connu de La Côte. Entre autres, son vignoble est le plus étendu en Côte de Nuits, la superficie de ses huit Grands Crus est la plus importante après celle des Grands Crus de Corton et ses vins sont considérés les plus solides. Aussi cette notoriété se transpose sur les vignerons de Gevrey. D’entre eux, des noms sont admirés, idéalisés: Rousseau, Dugat, Dugat-Py, Trapet, Mortet, …
Gevrey ne s’enorgueillit cependant pas que de son héritage associé à la viticulture. C’est également sur La Côte le lieu de naissance de plusieurs hommes de l’écriture. Ceux-ci sont estimés et participent à la réputation de Gevrey. D’entre eux, légende au sein de son milieu, Gaston Roupnel est le personnage  le plus célèbre. Un deuxième nom s’impose, celui de Bazin; l’auteur réputé Jean-François Bazin est un enfant du pays; celui de son père Jacques Bazin est surtout connu et estimé localement. Jacky Rigaux est un troisième nom incontournable. Aussi, le nom Magnien, celui là plus discret, serait certainement signalé par les gens du milieu; Magnien père et fils, Charles et Henri.
Ensemble ces noms ne se comparent évidemment pas aux fameux ‘trois M de Bordeaux’ (Montesquieu, Mauriac et Montaigne). Toutefois ils n’en font pas moins de Gevrey un lieu qui se détache également sur La Côte par la fertilité littéraire.
Il nous faut vous avouer que le titre de ce segment est un artifice pour vous y emmener. Il eut fallu peut-être mieux le nommer les ‘trois  mousquetaires de Gevrey’, les mousquetaires de la plume et non de l’épée; sachant que les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas était bien quatre!

Chacun d’eux est associé au milieu du vin d’une façon ou d’une autre. Comment pourrait-il en être autrement à Gevrey-Chambertin.

Gaston Roupnel (1871-1946 )
Écrivain, historien, philosophe, anthropologue, professeur, journaliste, acteur du vignoble.

Sa notoriété, considérable, déborde son ouvrage ‘Nono’, un roman à grand succès qui eut valu à Gaston Roupnel le prix Goncourt en 1910 avec une seule voix additionnelle. Sa mère est bourguignonne et à partir de l’âge de six ans sa vie se partage entre Gevrey et Dijon. Son ouvrage de thèse de doctorat d’État à la Sorbonne, ‘Les populations de la ville et la campagne dijonnaise au XVIIe siècle’, indique déjà le créneau principal de son parcours, prolifique, d’écritures: ouvrages d’histoire et d’anthropologie, essais régionalistes, nouvelles, …; ‘Nono’ est de cette thématique. Aussi philosophe, il était lié d’amitié avec Gaston Bachelard.
Il possède des vignes et en confie l’exploitation à des vignerons. Ce qui ne l’empêche pas de s’y intéresser et de s’impliquer dans la sphère viticole puisqu’il fut président du Syndicat de Défense des Intérêts viticoles de Gevrey-Chambertin de 1935 à 1938.

À la suite, des extraits du texte d’Henri Magnien titré ‘Gaston Roupnel dans son village‘, (document obtenu de Henri Magnien lors d’une rencontre avec celui-ci en novembre 2014):

« Dans la période précédant la guerre 39-45, il se situe dans le monde des grands intellectuels chercheurs, philosophes, penseurs, écrivains, artistes. En témoignent de nombreuses lettres et manuscrits découverts fortuitement dans son grenier en 1999 et 2000. On y rencontre les noms de Teilhard de Chardin, Jérôme Carcopino, Romain Rolland, Edouard Herriot, Colette, pour quelques uns des plus connus du grand public. Et de ses amis dijonnais … Gaston Bachelard … »
« Gaston Roupnel ne cesse de parler et d’écrire. Pour le grand public, c’est son aspect extérieur. La face intérieure, c’est l’enseignement à l’amphithéâtre, la pensée, la recherche. Et par dessus ce débordement intellectuel, sa pensée, de tout son cœur se porte vers son cher Gevrey où il ne manque pas de se rendre chaque fois que possible. »
« Vêtu d’un complet veston sombre, chemise blanche cravate et chapeau mou, on aurait pu le prendre pour un bourgeois. Les gens simples, piocheurs de la rude terre des vignes n’ont même pas effleuré cette pensée. Gaston Roupnel se mêlait à eux en de pittoresques conversations. Ce n’était donc pas un bourgeois. Les négociants, les personnes cultivées des professions libérales voyaient en lui un bon professeur fameusement intellectuel, et qui honorait leur petit bourg en écrivant des livres. C’était donc un savant, comme on disait alors des universitaires. »

 

Jean-François Bazin (né en 1942 à Dijon),
Écrivain (plusieurs ouvrages sur le vin et romans), journaliste, homme politique.

Photo extraite de Wikipedia.org

 

Il a été journaliste, aussi homme politique, nommément premier adjoint au maire de Dijon de 1995 à 2001 et président du Conseil régional de Bourgogne de 1993 à 1998. Son nom est particulièrement ici salué pour sa production littéraire lumineuse et considérable.
Son ‘Vin de Bourgogne’, édité en 1986 et mis à jour depuis, est à nos yeux la première véritable monographie ‘moderne’ sur ce thème. Ce livre n’est qu’un des titres d’une production abondante sur le vin, dont l’ouvrage d’érudition ‘Le Dictionnaire universel du Vin de Bourgogne’ et plusieurs monographies de la collection (malheureusement périmée) ‘Grand Bernard des Vins de France’: ‘Le Clos de Vougeot’, ‘Montrachet’, ‘Chambertin’ et ‘La Romanée-Conti’. L’écriture de plusieurs romans témoigne également de sa fertilité littéraire. (Voir une liste de ses publications sur: Wikipedia et Babelio)
À nos yeux, Roger Dion (nommément ‘Histoire de la Vigne et du Vin en France’ 1959), Rolande Gadille (‘Le vignoble de la Côte bourguignonne’, 1967) et Jean-François Bazin sont les plus doués, littérairement, des auteurs de langue française ayant jamais écrit sur le vin de France.

Jacky Rigaux (né en 1948 à Dijon),
Professeur et auteur d’ouvrages sur le thème du vin.

Photo extraite du journal Le Bien Public

 

Magnien Père et Fils:
Henri Magnien
(1924-2016),Vigneron et essayiste.
Charles Magnien (1889-1982 ), Vigneron et essayiste.

Henri Magnien, photo extraite du journal Bien Public. À la fin de notre rencontre en novembre 2014, il tint à ouvrir une bouteille de Les Cazetiers (il disait ‘Castiers’, selon l’orthographe ancien), cru affectionné qui jouxte immédiatement sa résidence dans le quartier nommé ‘Rue Haute’ de Gevrey-Chambertin. Son père, Charles Magnien a écrit un essai admirable, ‘Gevrey 1900’.

Le nom Magnien est attachant. Extrait du quotidien Le Bien Public:

« Il (Henri) était une figure incontestable de Gevrey-Chambertin, où il était connu pour sa droiture et son calme, son sens du travail, et surtout pour sa générosité et son savoir dans tous les domaines… Passionné d’histoire et de généalogie, il est un des piliers de l’association ‘Sur les traces du passé’. En 1977, après le décès de son père, Henri reprend à son compte le domaine familial. » Il a écrit différents essais, brefs, d’histoire et d’anthropologie qui pourraient bien ne jamais être diffusés: ‘Gaston Roupnel dans son village’, ‘Saint-Aignan de Gevrey-Chambertin-Paroisse fille de Langres’, ‘Gevrey-Chambertin, Une journée de travail dans les vignes en 1950’, ‘Les vins de la Côte dijonnaise’, La Côte dijonnaise et son tramway’, …

Son père, Charles Magnien a rédigé, soigneusement à la main, un essai sincère et captivant que nous reproduisons à la suite (ouvrage qui nous fut prêté par Jean-François Bazin). L’essai a été produit après l’avènement des AOC, certainement vers 1940.

Gevrey 1900, Charles Magnin

Gevrey-Chambertin: construit/déconstruit(!) d’une réputation ← Onglet précédent    Onglet suivant→ Gevrey-Chambertin: Physiographie/géologie