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Condrieu: topo

Mis en ligne en mai 2019.

« Le vin de Condrieu était célèbre au 17e siècle, plus célèbre même qu’aujourd’hui. » (M. Cochard, ‘Statistique d’Ampuis’, 1812) Le Condrieu était alors un vin doux, un demi-sec. Le vignoble fut ensuite quasiment abandonné pendant plusieurs décennies du 20e siècle. Sa ‘renaissance’, alors en vins secs, est à toute fin utile terminée. Reste la remontée de sa notoriété. Celle-ci a la ‘voile en poupe’ sur plusieurs marchés, en déficience d’intérêt sur d’autres. Toujours est-il que la révélation du Condrieu a un passe-partout: l’appréciation, et du coup la mesure, de vins des grands terroirs, comme Vernon, Chéry, Chanson, Clos Bouché, …

 

CONTENU

1⇒ Géographie/physionomie
1-A → Géographie
1-B → Physionomie
2 ⇒
Encadrement de l’appellation
2-A → Fondation de l’AOC et révisions subséquentes
2-B → Réglementation
3 ⇒ Singulier Viognier
4 ⇒ Les deux renouveaux de Condrieu
4
-A → La renaissance de Condrieu relatée par Georges Vernay en 133 secondes
4
-B → Le vignoble: successivement prospérité, léthargie prolongée et renaissance
4-C → La relance du vignoble à partir de 1965/1970
4-D → Renouveau du type de vin
5
⇒ Quelques crus remarquables: Château-Grillet (AOC individuelle), Vernon, Cherry
5-A → Préambule
5-B → Château-Grillet (AOC individuelle)
5
-C → Crus Vernon et Cherry
5-D → L’aspect déterminant de la physiographie des grand terroirs du Rhône-Nord occidental
6 ⇒ Condrieu, vin de garde?
7 ⇒  Lieux-dits et vins de crus
8 ⇒ Géologie

 

1⇒ Géographie/physionomie

1-A → Géographie

En rive droite du Rhône, l’aire étirée de Condrieu est accrochée à la bordure orientale du Massif Central. La commune de Condrieu, la plus septentrionale des sept communes de l’aire, est située à ±15 kilomètres au Sud-Ouest de Vienne, ou encore à  ±40 kilomètres au Sud de Lyon.

Illustration A. Cette carte de idealwine apporte des détails qu’omettent presque toutes les cartes viticoles du Rhône septentrional: celle-ci situe, assez correctement, la minuscule (2,7 hectares) aire de l’AOC ‘Château-Grillet’ (qui y est plutôt nommée ‘Château-Juillet’!) qui est enchâssée dans l’aire de Condrieu. Aussi il y est signalé, en couleur orangée, le segment de quatre communes qui est commun à Condrieu et Saint-Joseph.

Sur la rive droite du Rhône, l’aire de Condrieu succède immédiatement, au Sud, à l’aire de Côte rôtie. Comportant des zones détachées,  éparses même dans la partie méridionale de l’appellation, son aire s’apparente à un ‘archipel’, allongé sur un axe d’une quinzaine de kilomètres couvrant sept communes riveraines du Rhône: la plus septentrionale, Condrieu, dans le département du Rhône; cinq communes dans le segment médian au sein du département de la Loire, soit Vérin, Saint-Michel-sur-Rhône, Chavanay, Saint-Pierre-de-Boeuf et Malleval; et la plus méridionale, Limony, dans le département de l’Ardèche.
Les parties des aires de Condrieu et de Saint-Joseph inscrites dans les quatre communes de Chavanay, Saint-Pierre-de-Boeuf, Malleval et Limony sont conjointes en bonne partie; c’est à dire rattachées à l’AOC Condrieu pour les vignes plantées en viognier et à celle de Saint-Joseph quant à celles colonisées en syrah pour les vins rouges ou roussane/marsanne pour les vins blancs. La délimitation de Condrieu est cependant plus restrictive: l’altitude maximale de plantation est fixée à 300 mètres, comparativement à 350 mètres pour Saint-Joseph; aussi le spectre d’exposition pour Condrieu est du Sud au Sud-Sud-Est, tandis que celui de Saint-Joseph se déploie un tantinet davantage, soit du Sud au Sud-Est.

Illustration B. Les sept communes inscrites dans l’aire de Condrieu. Les communes de Condrieu, Vérin et Saint-Michel-sur-Rhône furent seules inscrites dans l’aire initiale de Condrieu décrétée en 1944. Les quatre autres communes, méridionales, y furent adjointes lors de la révision de 1967.

1-B → Physionomie

Comme ceux de Côte rôtie et de Saint-Joseph qui les prolongent respectivement au Nord et au Sud, le vignoble de Condrieu est accroché à la bordure du Massif Central. Celle-ci est très échancrée, par de multiples ravines, ravins et vallées. Le vignoble comporte grosso modo deux contextes physiographiques:
1) Les vignes accrochées sur le flanc favorablement exposé de ravines (amorce de ravinement) ou ravins. Celles bien visibles depuis la route départementale qui longe le Rhône sont désignées de ‘vignobles-vitrines’;
et 2) Les vignobles logés à l’intérieur de vallées, jamais bien loin de leur confluence avec la grande vallée du Rhône, bien entendu sur le versant favorablement exposé (‘les vignes doivent voir le Rhône’ selon le dicton local).

Plusieurs cours d’eau parcourent les talwegs de ces nombreuses échancrures, nommément dans les vallées de la Valensize (embouchure sur le Rhône à Chavanay), du Batalon (embouchure à Malleval); les ruisseaux d’Arbuel et Vernon (Condrieu), Vérin (Vérin), le Morguenat ou Morquenat (Verlieux), Chanson (Chavanay), le Mornieux (Chavanay), des Côtes, de la Patouse et de l’Épervier (Malleval), de Merlan (Limony) …

Selon le décret d’appellation, l’altitude maximale de plantation est de 300 mètres. Les vignes logées au dessus de ce niveau sont généralement classées en Vin De Pays des Collines Rhodaniennes; ‘généralement’ car il se trouve quelques situations où des vignes en appellation Saint-Joseph prolongent, au dessus de niveau de 300 mètres, des vignes de Condrieu (l’aire de Saint-Joseph gravit jusqu’à 350 mètres).

Illustration C. Le vignoble de Condrieu s’allonge, tel un archipel, sur le rebord du Massif Central, sur la rive droite du Rhône. La géologie de l’appellation est couverte à la section 8.

Illustration D. Cet extrait du Géoportail de France montre que le rebord du Massif Central est entaillé de multiple ravines, ravins et vallées. Explication de cette succession ininterrompue d’échancrures: Étant sensibles à l’érosion par l’humidité, les roches cristallines du Massif ont été incisées par les multiples flux d’eau, ruisseaux et rivières, constituant, ou ayant constitué, le réseau hydrique débouchant sur le Rhône.

Illustration E. Parce que accroché sur des versants pentus, le vignoble de Condrieu est organisé en terrasses, ou ‘chaillées’, formant un ‘escalier’. Celui-ci marque la transition entre la plaine du Rhône, à une altitude de ±140 mètres, et le ‘plateau de Pélussin’, à une altitude de ±300 à ±350 mètres.

Illustration F. Un des deux contextes du vignoble de Condrieu: Vignes accrochées sur le flanc favorablement exposé de ravines (amorce de ravinement) ou ravins. Souvent bien visibles depuis la route départementale qui longe le Rhône, ceux-ci sont désignés de ‘vignobles-vitrines’.

Illustration G produite à partir de Google Earth. Le Nord est à ‘trois heures’ sur l’illustration. Ce segment couvre le Sud de la commune de Condrieu (boule orangée sur l’illustration) et la petite commune adjacente de Vérin. Le Rhône y effectue un méandre (la partie haute de l’illustration C montre le méandre en totalité). Sur une portion de ce méandre, le rebord du Massif bascule provisoirement selon une exposition au Sud-Est, y déterminant du coup un mésoclimat: exposition ainsi plus australe et également barrage des vents en provenance du Nord (nommé ‘bise’) circulant dans la vallée du Rhône. Les réputés crus ‘Vernon’ et ‘Chéry’ sont situés sur ce segment particulièrement avantagé. Ces deux crus se situent entre les mentions ‘La Maladière’ et ‘Sainte-Agathe’.
La mention ‘Champagnole’ sur la rive gauche du Rhône, est le nom d’un quartier de la commune de Les Roches de Condrieu.

Le cru Vernon est accroché à un coteau abrupt, surplombant immédiatement la commune de Condrieu. Impressionnant.
La population de la commune de Condrieu est de ±4000 habitants.
Photo de gauche: rue des Côtes du Rhône.
Photo de droite: vue de Vernon entre deux résidences de la rue Maurice Dubost.

Illustration H: Sous la rubrique ‘vins’ de son site internet, la maison Guigal illustre au moyen de remarquables scénographies, la géographie en 3D des terroirs correspondant aux cuvées prestigieuses. Entre autres, une scénographie des terroirs de la cuvée de Condrieu ‘La Doriane’ est montrée (après l’ouverture de la page web, cliquez sur ‘Localiser la parcelle‘): https://www.guigal.com/fr/vins.php?id_produit=5.

2 ⇒ Encadrement de l’appellation

2-A → Fondation de l’AOC et révisions subséquentes

L’AOC fut homologuée en 1940. En Rhône-Nord, Côte rôtie et Saint-Peray avaient obtenu leur homologation en 1936; Hermitage, Cornas et Crozes-Hermitage en 1938; et Saint-Joseph 1956.
Couvrant 170 hectares, la première aire de l’appellation fut établie sur trois communes successives et riveraines du Rhône: Condrieu du département du Rhône, Vérin et Saint-Michel-sur-Rhône du département de la Loire.
Le décret d’appellation fut modifié une première fois en 1967 pour intégrer quatre autres communes voisines au Sud, aussi successives et riveraines du Rhône: Chavanay, Saint-Pierre-de-Boeuf, Malleval du département de la Loire, ainsi que Limony du département de l’Ardèche. La superficie de l’aire couvrait alors 387 hectares. Les quatre communes adjointes à Condrieu furent également inscrites dans l’élargissement de l’aire de Saint-Joseph en 1969, mais pas les trois communes septentrionales formant le berceau de l’appellation.
Une dernière révision effectuée en 1986 a replié l’aire à 260 hectares, en retranchant particulièrement les surfaces au dessus de l’altitude de 300 mètres et les coteaux les moins bien exposés.
Une superficie d’environ 125 hectares est actuellement exploitée. L’appellation poursuit son expansion selon des autorisations de plantations de ±trois hectares/année.

Montrée en 2019 lors d’un colloque à l’Université de Bourgogne à Dijon, cette illustration affiche les deux seules appellations qui, en Rhône-Nord, auraient été fondées juridiquement, sous la Loi des Appellation d’Origine (AO et non pas AOC) de 1919, c’est à dire sous le régime précurseur de celui des AOC: Hermitage et Saint-Peray. Alors en atrophie, les milieux vitivinicoles de Condrieu, Côte Rôtie et autres se sont désintéressés de cette première génération d’Appellations.

 

 

(Au sujet des Appellations d’Origine (AO) de la Loi de 1919, voir sur Monocépage l’onglet Histoire du vin de bourgogne 20ème siècle
Produite par Olivier Jacquet, auteur entre autres de ‘Un siècle de construction du vignoble bourguignon; les organisations vitivinicoles de 1884 aux AOC.

2-B → Réglementation

Le viognier est, et a toujours été, le cépage exclusif à l’appellation Condrieu, pour la production de vins essentiellement tranquilles. Condrieu et Château-Grillet, l’aire de cette dernière appellation étant enchâssée dans celle de Condrieu, sont les seules appellations de France à l’utiliser en monocepage. Le viognier est utilisé, optionnellement, jusqu’à concurrence de 20%, dans l’AOC Côte rôtie, voisine de Condrieu.

Les principales règles de conduite du vignoble de Condrieu, de même que celles, plus strictes, de l’AOC Château-Grillet.

Sans indiquer l’année de recensement, le site de l’ODG (Organisme de Gestion) de l’AOC de Condrieu nomme 64 exploitants sur l’aire de Condrieu. Trois caves coopératives et une dizaine de négociants produisent également du Condrieu.

3 ⇒ Singulier Viognier

Cépage à vin blanc, le viognier est le seul autorisé sur l’appellation Condrieu, comme pour Château-Grillet dont l’aire est enchâssée dans la première; aussi jusqu’à concurrence de 20% sur Côte rôtie, appellation immédiatement voisine de Condrieu. Il a longtemps été exclusif à ce milieu.
Ailleurs en France, il est utilisé depuis les années 1990 dans le Midi. Il a été adopté au cours des récentes décennies aux États-Unis, en Australie, en Afrique du Sud, dans certaines régions viticoles portugaises et autres.
Le décret indique: « Celui-ci est mentionné, dès 1781, dans l’histoire naturelle de la province du Dauphiné qui précise au sujet des vins de Vienne (dont le secteur de Condrieu) ‘deux seules espèce de raisins composent ces excellents vins, la Serine (Serine et Syrah sont quelque peu différents) et le Vionnier. »
La documentation sur ce cépage est assez mince. ‘Le livre des cépages’ de Jancis Robinson (1986) le décrit de façon bien générale, en indiquant notamment que son origine est inconnue. Une analyse de son ADN, réalisée en 2004 par des chercheurs de l’Université de Californie à Davis et de l’INRA de Monpellier, a toutefois montré son cousinage avec le ‘freisa’ et le ‘nebbiolo’, cépages piémontais.
Précoce, son époque de débourrement est semblable au chasselas, cépage de référence universel; tandis qu’il est de deuxième époque de maturité, soit deux semaines et demie après le Chasselas. À Condrieu, le viognier est sensible au ‘filage’, une dégradation au stade de la fleur.
Il est généralement palissé, conduit en taille plutôt longue, selon une densité de plantation assez élevée. Les sols acides lui conviennent bien, tel les sols issus de l’altération du granite, à l’instar de Condrieu.
« (Dans les années 1970), l’essentiel a été replanté à partir de sélections massales sur les vignes rescapées… Avec le soutien de l’ENTAV et des Chambres d’Agriculture, le Syndicat de l’Appellation de Condrieu a donc décidé de réagir et de créer un conservatoire pour isoler les souches anciennes les plus intéressantes. Ce conservatoire, mis en place en 2001, ne comprend que des souches indemnes de virose. Il permettra soit de nouvelles sélections clonales, soit des sélections massales saines. » Wikipedia indique que ses grappes sont petites à moyennes, tronconiques, compactes et parfois ailées. Ses baies sont petites, sphériques ou faiblement ovoïdes, d’un blanc ambré.
Générant des vins bien parfumés, le viognier comporte un large éventail aromatique mixant des traits floraux (violette, iris, chèvrefeuille, fleur d’amandier, …) et fruités (jaunes et secs, voire exotiques en surmaturité). Par leur fragrance, le gewurtztraminer est le seul autre cépage de France qui lui est comparable.À Condrieu, la ‘minéralité’ conférée au vin par le terroir, particulièrement aux vins issus de vignes ayant atteint le stade de maturité de plus ±vingt ans, est certainement son premier attribut organoleptique. Cette minéralité apporte du corps, de la structure, au vin et mute en finesse le caractère intrinsèquement fruité du viognier (selon monocepage.com).
Le site belge suivant fournit une information intéressante sur le cépage viognier.

4 ⇒ Les deux renouveaux de Condrieu

4-A → La renaissance de Condrieu relatée par Georges Vernay, en 133 secondes

Ne manquez pas cette capsule de 133 secondes:
Certainement le principal rédempteur de Condrieu au cours des années 1970, Georges Vernay est décédé à plus de 90 ans, à peine quelques mois après nous avoir livré un témoignage en octobre 2016. Avec éloquence, il relate le renouveau de Condrieu.

Georges Vernay nov. 2016

Georges Vernay (1925-2017) est parti. Acteur principal de la renaissance de Condrieu. Un témoignage récent.

Posted by Monocépage on Saturday, May 20, 2017

 

4-B → Le vignoble: successivement prospérité, léthargie prolongée et renaissance

La superficie du vignoble en Rhône septentrional a varié selon les époques de façon très contrastée. Entre autres, très étendu et renommé qu’il était au milieu du 19e siècle, il s’est amenuisé dramatiquement par la suite pendant plus d’un siècle.
Aux 18e et 19e siècles, le Condrieu est réputé et son extension, comme celle du vignoble entier de France, est, d’ordre général, constante. Porté par un essor économique et des progrès dont l’avènement du train, sa superficie en vignes atteint son apogée historique au milieu du 19e. Cette longue prospérité est cependant suivie par un siècle de délaissement du vignoble, entre ±1870 et ±1970. Les vignobles du Rhône-Nord, Condrieu compris, subissent alors un processus d’abandon assez systématique, particulièrement des parties en coteaux. D’abord, la crise phylloxérique des dernières décennies du 19e détruit tout le vignoble de France. Puis une suite d’avatars engendrés par l’homme se succèdent, voire s’amalgament: 1) La surproduction des années 1900 (la forte prospérité du vignoble languedocien, les importations de vins algériens et la production de vins factices ont entrainé des surproductions un peu partout en France); 2) les marasmes des deux guerres mondiales; et 3) une interminable période de mévente du vin, jusqu’à 1960/1965 (explicable par les révolutions dans les pays de l’Est, la crise économique des années 1930, la prohibition aux États-Unis, la perte de marchés traditionnels par les guerres, etc.). En concomitante à ces crises et léthargies dans la viticulture rhodanienne, la région septentrionale de la Vallée du Rhône et la vallée voisine du Giers, non loin, connaissent un fort essor industriel; c’est l’époque des Trente Glorieuses. Une partie de la main d’œuvre viticole se détourne des coteaux pentus, impliquant des tâches harassantes, pour intégrer les nouveaux emplois moins exigeants et/ou plus rémunérateurs et réguliers dans les nouvelles usines et ceux en découlant dans la sphère économique des services. Par ailleurs, l’extension des milieux urbains crée une pression spéculative sur leur périphérie viticole respective. En outre, la production de vins courants et les activités agricoles, maraichères et arboricoles (desserte du marché parisien par le train), substituent la vigne sur les plateaux et dans les parties basses des vignobles, et même sur les coteaux. Qui plus est, les coteaux escarpés en Rhône-Nord restreignent l’introduction, au milieu du 20e, de la mécanisation des travaux viticoles, laquelle s’est généralisée partout ailleurs. La viticulture en Rhône-Nord est ainsi partout en léthargie, jusqu’à vers 1970/1980. Notamment, le vignoble de Cornas se contracte jusqu’à une surface de 50/60 hectares. Pire, celui de Condrieu s’amenuise à moins de dix hectares!

« Le vignoble est renaissant et très en vogue actuellement. » M. Bettane et T. Desseauve, Vins et domaines: le classement de 1996.

4-C → La relance du vignoble à partir de 1965/1970

C’est Georges Vernay qui est le principal instigateur de la reprise du vignoble de Condrieu vers 1970. Par l’entremise de la SAFER, il achète des morceaux de vignes en coteaux. Sa stature de colosse lui facilite la tâche de réfection des murets en pierres des terrasses; il est habile producteur de vin; il est persévérant et visionnaire; qui plus est, il a le bagou du bon vendeur.
Au moment où Georges Vernay entreprend son plan, Rolande Gadille(1), auteure crédible, écrit  : »(sur Côte rôtie et Condrieu) on se trouve donc confronté à un impitoyable reflux de cette viticulture de qualité (celle du 19e siècle et d’avant), et cette régression quantitative se double d’une régression dans l’organisation de l’espace viticole: peu de choses subsistent des hiérarchies qualitatives antérieures... »

1 Première femme recteur d’université en France, Rolande Gadille a écrit un essai, L’héritage d’une viticulture antique, vignes et vins de Côte Rôtie et Condrieu en 1978. Elle avait rédigé en 1976 l’ouvrage majeur  ‘Le vignoble de la Côte bourguignonne’.

Photo des années 1970. Georges Vernay avec la pioche au bas de le photo.
Remise en état des murets de terrasses, des ‘chaillées’.

Moins de 10 hectares de vignes étaient exploitée sur Condrieu autour de 1965/1970. La surface exploitée sur Condrieu a graduellement augmenté par la suite: Édité en 1992, l’Atlas des vins de France de Jean-Pierre de Monza, indique une superficie de 40 hectares pour 1990. Dans le Grand atlas des vins de France de Benoit France édité de 2002, la superficie précisée est de 102 hectares; un grand coup de plantations a ainsi été effectué au cours des années 1990. Le présent décret d’appellation précise 124 hectares pour 2019.

Chacune de ces bouteilles est témoin de son temps.
Celle de gauche, certainement des années 1940 ou 1950 ne porte pas encore la mention Condrieu, laquelle n’avait alors aucune notoriété, aucune reconnaissance, malgré l’homologation de l’AOC en 1940; ‘Vin des Côtes du Rhône’ set l’appellation désignée sur l’étiquette.
Celle du centre, des années 1970 est ‘mi-figue, mi-raisin’. ‘Appellation Condrieu Contrôlée’ n’y figure qu’en petits caractères, certainement que pour la forme légale. La mention ‘VIOGNIER’ est toujours explicite, la référence, pour la clientèle.
En 1982, l’AOC Condrieu a bel et bien entrepris sa renaissance. La mention ‘viognier’ y est réduite mais toujours indispensable, alors que ‘Condrieu’ prend l’ascendant.

4-D → Renouveau du type de vin

Au 19e siècle et avant, le vin de Condrieu était un vin doux, produit à partir de vendanges tardives. Le décret d’appellation autorise toujours l’élaboration de vins doux, ‘demi-secs’.

M. Cochard, ‘Statistique d’Ampuis’, 1812:
« Le vignoble qui occupe tout le coteau, depuis le ruisseau de Bassenon jusqu’à la Maladière, fournit, savoir, la partie qui est au dessus de la ville un vin rouge d’assez bonne qualité, mais qui est inférieur aux secondes classes d’Ampuis; la partie au-dessous (?!) de la ville donne au contraire un vin blanc précieux, dont la réputation soutient avec avantage depuis plusieurs siècles. Il est doux, pétillant,  d’une liqueur agréable… Le raisin qui le produit est connu sous le nom de ‘Vionnier’; les grains sont petits, serrés et deviennent d’un beau roux aux approches de la maturité... Le raisin n’est recueilli qu’au moment où il a atteint une parfaite maturité, et qu’il commence à pourrir; aussi ne vendange t-on à Condrieu que 15 jours environ après  les communes voisines. »

Entre 1993 et 2011, le syndicat des vignerons de Condrieu a mené une représentation auprès de l’INAO en vue d’obtenir une désignation complémentaire particulière pour les vins doux de l’appellation. La mention ‘vendanges tardives’ qui fut prescrite par l’INAO, en vertu des normes européennes, n’accommoda pas le milieu. L’objectif s’estompa au fil d’une production de plus en plus réduite de ce type de vin. Les vins doux de Condrieu (toujours sans mention à cet effet sur l’étiquette) correspondent actuellement à ±3% à la production actuelle de Condrieu.

 

Les vignerons de Condrieu utilisent deux profils de bouteilles, sans que l’une d’elles ne soit associée directement aux vins doux. Tantôt la bouteille bourguignonne, tantôt la ‘flute’. La première apparait présentement ‘majoritaire’.
Comme quelques autres, le domaine Georges Vernay emploie les deux formes, quoiqu’une en surnombre: des trois cuvées de Condrieu, deux sont en bouteilles classiques contre une en ‘flute’.
La forme de la flute des vins d’Alsace étant protégée, celle employée à Condrieu est un tantinet distincte.

 

4-E → Poursuite du développement de l’aire

Seulement la moitié de l’aire potentielle de 260 hectares est présentement en exploitation. Le développement de l’aire se poursuivra selon des autorisations de ±3 hectares par année.

Le texte associé à l’illustration F (plus haut dans ce topo) montre un ‘vignoble-vitrine’, bien visible depuis la route D-386. En 2004, il n’y a donc pas si longtemps, la SAFER s’affairait à remembrer des parcelles vierges sujettes à la la replantation de vierges. Celles-ci étaient disséminées entre les mains de plusieurs propriétaires. Le rapport ‘Étude faisabilité foncière-Conditions et moyens de création d’ilots vitrines’ témoigne de cette démarche.

Photo de gauche: Une partie du cru ‘Côte Bonnette’, situé tout au Nord de l’appellation sur la commune de Condrieu, a fait l’objet d’une replantation au cours des deux dernières décennies, notamment par le Domaine du Clos de la Bonnette. La partie avant de la photo montre une partie du vignoble du domaine qui fut réaménagée (pour une culture biologique via des travaux du sol par une chenillette) et replantée par le domaine, tandis que l’arrière-plan est une section de Côte Bonnette qui demeure en friche, toujours abandonnée. Le Pilat rhodanien en fond d’image.
Photo de droite: Le cru ‘Côte Bonnette’ couvre tout le versant exposé au Sud-Est d’un ravin aux pentes très vives qui a été cisaillé intemporellement par le flux du ruisseau de l’Ariel, un petit affluent du Rhône. En visite à Condrieu, en autant que vous soyez disposé à gravir un sentier pentu, vous verriez d’anciennes terrasses de vignes du cru Côte Bonnette ‘recolonisées’ par une végétation sauvage au cours des nombreuses dernières décennies. Ce sentier (de Corbéry?) est accessible depuis le coeur de Condrieu; accès à l’extrémité de la rue de l’Arbuel qui prolonge la rue Maurice Dubost.

5 ⇒ Quelques crus remarquables: Château-Grillet (AOC individuelle), Vernon, Cherry

5-A → Préambule

L’aire de Condrieu comprend des sites remarquables aptes à produire des vins remarquables. Ces crus sont distinctifs en raison primordialement de situations physiographiques et climatiques (mésoclimat) privilégiées. Situés sur la commune de Condrieu même, les réputés crus Vernon et Chéry figurent au premier chef dans cet essaim de crus, lequel comprend aussi les noms Côte Chatillon, Clos Chanson, Clos Bouché et d’autres.
Le cru Château-Grillet étant systématiquement enchâssé dans l’aire de l’appellation Condrieu et parce qu’il ne comporte aucune séparation ou différenciation significative qui le distingue du contexte de cette appellation, nous avons jugé bon de l’intégrer à ce volet. En fait, ce sont clairement des circonstances historiques particulières qui expliquent que Château-Grillet soit détenteur de sa propre appellation.

En Bourgogne, un cru exceptionnel logé au sein d’une aire d’appellation communale bénéficie du rang de Grand Cru et il détient sa propre AOC. Château-Grillet correspond à cette description, sans toutefois détenir le rang de GC; rang hiérarchique formel observé qu’en Bourgogne et en Alsace. Vernon, Cherry et peut-être quelques autres crus sont, par analogie, des Grands Crus.

5-B → Château-Grillet (AOC individuelle)

Légende et histoire

Sous la rubrique ‘histoire’ afférente au Château-Grillet, le site officiel des vins rhodaniens indique d’entrée de jeu que « ce vignoble existe depuis l’occupation romaine« ; le site internet de Château-Grillet introduit la chronologie du domaine un peu de la même façon: « Les vignobles de Condrieu et Château-Grillet auraient été plantés par l’empereur Probus à partir de plants ramenés de Dalmatie au IIIème siècle après Jésus-Christ. » À notre avis, cette affirmation n’est qu’une supposition, même une légende.
Si le vignoble environnant la cité romaine de Vienne en Isère (à une quinzaine de kilomètres au Nord de Château-Grillet) fut exploité à l’époque romaine, ce qui est probable, il n’y a pas lieu pour autant d’affirmer que les coteaux porteurs des vin réputés (Condrieu, Côte rôtie, …) furent colonisés à ce moment. Il est maintenant documenté que, en Côte d’Or, les premières vignes furent plantées en plaine à l’époque romaine; que la colonisation des coteaux y aurait été entreprises concrètement qu’à la fin du premier millénaire(1); et que la notion de cru ne s’y est développée qu’à partir du 16e siècle. Bref, la Bourgogne et le Rhône Nord étant rapprochés et alors subordonnés à la même civilisation romaine, il est peu plausible que l’évolution du vignoble en Rhône-Nord ait progressé en coteaux bien plus précocement qu’en Bourgogne, d’autant que la colonisation des pentes rhodaniennes, abruptes, dont celles du Château-Grillet, y furent nettement plus contraignantes qu’en Bourgogne. En fait, plausiblement, les Allobroges(2) durent d’abord coloniser la plaine et les pieds de coteaux, c’est notre avis. (Le lecteur aura compris que nous déplorons l’usage occasionnel de clichés folkloriques pour agrémenter l’histoire du vin. Nous préférons ainsi la formulation du site internet du domaine André Perret: « La légende du coteau de Chéry trouva naissance sous l’Empire Romain. »)
Sautons une douzaine de siècles après les Romains et soulignons que Thomas Jefferson se rendit à Château-Grillet en 1787 lors de son séjour dans la vallée du Rhône et en écrivit que « the best of the white are at Château Grillet (Grilé) by Madame la veuve Peyrouse. » Nous n’avons rien trouvé portant concrètement sur la reconnaissance de la notoriété de Château Grillet qui soit antérieur à la visite de Jefferson.
Célèbre géomètre et architecte lyonnais du 17e, Girard Desargues en fut le propriétaire jusqu’à son décès, en 1662. Légué à Humbert Uffray-Desargues, celui-ci le vendit en 1683. Une siècle et demi plus tard, en 1828, Louis Chasseigneux en pris le contrôle entier, vignes et bâtiments, et ses descendants le possédèrent jusqu’à sa vente en 2011. Isabelle Baratin-Canet, le vendit alors au groupe Artémis, présidé par François-Henri Pinault, déjà propriétaire de vignobles prestigieux en France, nommément le Château Latour à Pauillac et le domaine d’Eugénie à Vosne-Romanée (et le Clos de Tart à Morey-Saint-Denis en 2017).
L’AOC Château-Grillet fut homologuée en 1936, ainsi bien peu de temps après le décret-Loi des AOC en juillet 1935; l’AOC Condrieu fut créée en 1940. La précocité de l’homologation de Château-Grillet est un sujet intéressant. La demande d’homologation fut manifestement acheminée promptement après juillet 1935. Château-Grillet étant un monopole, la demande n’eut pas à traverser les périodes d’organisation et d’établissement de consensus propres aux milieux impliquant plusieurs propriétaires de vignes; d’autant plus que le vignoble de Condrieu était alors en désertion. Aussi, la demande fut certainement favorisée par des usages bien établis —’usages locaux, constants et loyaux’,  un pré-requis à la création d’Appellations — qui détachaient bien la marque ‘Château-Grillet’(3) de celle de Condrieu. Par ailleurs, il est concevable que le propriétaire d’alors, de rang bourgeois, ait tiré avantage de contacts politiques et/ou administratifs pour obtenir promptement l’agrément de l’AOC.
La demeure et le vignoble figurent depuis 1967 au Patrimoine national français.

(1) La conception antique des terroirs viticoles diffère des considérations médiévales et, à plus forte raison, actuelles qui situent les meilleurs crus sur les coteaux.
(2) Au sujet du peuple des Allobroges, occupants de ce territoire à l’Antiquité, le maître historien Roger Dion, évoque « la vogue du ‘vin poissé’ produit par les Allobroges de la région. » Le vin ‘poissé’, nommé picatum, avait un goût conféré par la poix dont était enduit l’intérieur des tonneaux ou des jarres pour éviter l’oxydation. – Roger Dion, ‘Histoire de la vigne et du vin en France’ (1959).
(3) L’édition de 1781 de l’histoire naturelle de la province du Dauphiné indique que la marque Château-Grillet se détachait de celle de Condrieu: « on donne encore la préférence au vin blanc de Condrieu et à celui de Château-Grillet. » — Une autre preuve de l’existence historique de la ‘marque’: « un inventaire dressé en 1814 après le décès de l’Impératrice Joséphine de BEAUHARNAIS (Catalogue de l’exposition : Le vin sous l’Empire à Malmaison – novembre 2009 – mars 2010), et dans lequel est détaillé le contenu de la cave de Malmaison, révèle la présence de … bouteilles de vin de Château-Grillé » (source: décret d’appellation).

Données sur l’appellation et la propriété Château-Grillet

Le site du Château-Grillet est situé sur la commune de Vérin, immédiate voisine au Sud de la commune de Condrieu. À peine détaché de la route départementale D386/D1086, ce magnifique lieu est solitaire et maintenu discret, n’étant pas identifié et encore moins fléché. De la départementale, il est repérable par les deux tourelles du bâtiment principal.

Château-Grillet est situé sur la commune de Vérin, voisine immédiate, au Sud, de celle de Condrieu. Est-il à dire que sa superficie de 3,69 hectares est l’une des plus petites surfaces d’AOC en France; l’AOC Grand Cru ‘La Romanée’ étant la plus minuscule, 0,85 hectare.
L’appellation a été reconnue en 1936, soit quatre ans avant celle de Condrieu.
Le vignoble s’inscrit dans le créneau altitudinal de 150 à 250 mètres, optimal à la culture qualitative quant au vignoble rhodanien de la rive droite.
Le site du Château-Grillet indique un âge moyen des vignes de 45 ans. Ce site précise aussi que le vignoble se répartit sur 87 terrasses (‘chaillées’) soutenues par des murets en pierres sèches (‘cheys’).
Le substratum du lieu est formé de granite à biotite, le même type de substratum que le périmètre du berceau de Condrieu: Condrieu, Vérin et Saint-Michel-sur-Rhône.
Le tableau du volet 2.B (‘Réglementation) énumère les principales règles du décret qui régit la conduite du vignoble de Château-Grillet, lesquelles sont quelque peu plus strictes que celles de Condrieu.

 

Contexte géographique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enchâssé dans l’aire de Condrieu, sur la commune de Vérin qui est immédiatement au Sud de la commune de Condrieu, le site du Château-Grillet occupe littéralement le rebord du Massif Central, comme plusieurs autres vignobles de l’aire de Condrieu.

Le vignoble de Château-Grillet est établi sur le dévers septentrional d’une ravine (petit ravin), selon une exposition Sud-Sud-Est. Ce flanc s’avance quelque peu, en promontoire, vers le Rhône et forme un abri face aux vents du Nord circulant dans la vallée du Rhône. Ce flanc, présente par ailleurs la forme d’un hémisphère qui emmagasine la chaleur. Ce jeu de conditions physiographiques confèrent au vignoble un micro-climat (mésoclimat) remarquable.
Château-Grillet est à courte distance de crus célèbres de la commune de Condrieu; à un peu plus d’un kilomètre, au Sud, du fameux cru Chéry et 1,5 kilmomètre du cru Vernon.

Le vin de Château-Grillet

L’édition 2015 du Guide des meilleurs vins de France (produit par la Revue du Vin de France) fournit une brève description du vin de Château-Grillet: « En comparaison avec les autres Condrieu, Grillet offre plus de tension, de minéral, de salin, moins dans l’opulence que le commun des viogniers. » Dans l’édition 2017, au sujet du vin du millésime 2012, le même guide apporte des commentaires qui se rattachent généralement aux vins issus de crus supérieurs: ‘pureté et tension, bouche grasse et subtile, bouche longue et persistante’. L’ensemble de ces commentaires se referment sur un grand vin; la note de 19/20 (‘grand vin’ selon le lexique du guide) attribuée au millésime 2014 (édition 2018) renforce cette conclusion.
Comme indiqué ci-haut à ‘données sur l’appellation’, les exigences formelles de production de Château-Grillet sont quelque peu plus resserrées que celles afférentes à Condrieu. Du coup, le vin est conforté dans sa prédominance.

Certains affirment que la distinction entre Château-Grillet et les meilleurs crus de Condrieu est avant-tout sa grande aptitude au vieillissement.

5-C → Crus Vernon et Chéry

Mise ‘en exergue’ de deux autres remarquable crus

Si l’homologation de l’appellation remonte à 1940, l’état actuel du vignoble de Condrieu n’est cependant pas encore à pleine maturité. Sa remise en exploitation ne s’y effectue de façon soutenue que depuis 15 à 20 ans. Avec l’âge moyen des vignes qui augmentera et le milieu vigneron qui acquerrera à son égard une meilleure maîtrise (pratiques plus pointues et autres), il est ainsi prévisible que les terroirs seront mieux révélés, que les vins seront globalement plus profonds, d’expressions minérales plus affirmées, …

Nous avons jugé bon de bien faire valoir le grand potentiel de l’appellation à travers deux crus, remarquables, mis en valeur de manière avantageuse depuis plusieurs décennies (notamment certaines vignes sur Vernon du Domaine Vernay ont plus de 60 ans). Vernon et Chéry ne sont pas les deux seuls crus, lieux-dits, de l’aire de Condrieu engendrant des vins supérieurs, cependant leur potentiel est pleinement révélé et notoire. Nous concevons que Vernon et Chéry s’approchent de près de la stature de Château-Grillet.
Quiconque a notamment dégusté le Vernon du domaine Georges Vernay ou le Chéry du domaine André Perret peut témoigner de leur grand raffinement. Les notes attribuées à ces deux vins dans, notamment, les éditions 2017 à 2019 du crédible Guide des meilleurs vins de France (produit par la Revue du Vin de France) suggèrent des ‘grands vins’ (note de 18 à 19/20 selon le lexique du guide): Coteau de Vernon de Vernay 2014: 19/20; 2015: 18/20 et 2016: 18,5 (‘envergure et richesse’)— Coteau de Chéry de Perret: 2015: 17/20 et 2016: 18/20 (‘puissance en délicatesse, long, très subtil’). Dans l’édition 1994 du ‘GaultMillau Le Vin’,  le ‘prescripteur’ Jacques Dupont écrivait au sujet du Coteau de Chéry du domaine André Perret: « Le meilleur en 89, 19/20, pas moins. »

Contexte géographique de Vernon et Chéry

Le parcours du Rhône effectue un méandre le long de la commune de  Condrieu, Sur une portion de ce méandre, le rebord du Massif bascule provisoirement selon une exposition au Sud-Est, y déterminant du coup un mésoclimat: exposition ainsi plus australe et également barrage des vents en provenance du Nord (nommé ‘bise’) circulant dans la vallée du Rhône. Les réputés crus ‘Vernon’ et ‘Chéry’ sont situés sur ce segment particulièrement avantagé.
Ainsi, selon une exposition Sud-Sud-Est, idéale au viognier, abrité des vins du Nord, établis dans le créneau altitudinal optimal entre 150 et 250 mètres, appuyés un substratum de granite à biotite, ces deux crus présentent des profils assez similaires à Château-Grillet.

La commune de Condrieu est la première commune au Nord de l’aire de l’AOC. Elle borde littéralement le rebord du Massif Central. Parmi les plus beaux terroirs de l’appellation se logent sur ses coteaux attenants, nommément les crus Vernon et Chéry (lettrage orange).

 

Le ruisseau Vernon divise le lieu-dit Vernon en deux parties. Chéry prolonge une de ces deux parties.

Lieu-dit ‘Vernon’

Lieu-dit au profil pentu surplombant la commune de Condrieu. C’est sur Vernon que la famille Vernay a replanté ses premières vignes à partir des années 1950 (Francis Vernay), au crépuscule de la renaissance de l’appellation. Aujourd’hui, quelques exploitants en réalisent des cuvées identifiées à Vernon, entre autres les domaines Chambeyron, Yves Cuilleron, Julien Pilon et, bien entendu, Georges Vernay.

Le profil figurant au bas de l’illustration correspond à la pente du cru Vernon, selon l’axe du trait rouge qui découpe le lieu-dit dans la partie supérieure de l’illustration. La pente, constante, oscille entre 50% et 60%. Sa colonisation en vignes a nécessité l’aménagement de nombreuses terrasses. L’exposition du lieu au Sud-Sud-Est est très favorable au viognier.

Lieu-dit ‘Chéry’

Voisins, Chéry et Vernon sont des ‘jumeaux’ tant leur conditions physiographiques et leur mésoclimat sont semblables. Quelques exploitants sur le lieu-dit en réalisent respectivement une cuvée au nom du cru, entre autres, les domaines André Perret, Rémi Niéro, Ogier, Clusel-Roch et Chapoutier. 

Tiré du site internet du Domaine André Perret.

5-D → L’aspect déterminant de la physiographie des grand terroirs du Rhône-Nord occidental

Dans les propos qui suivent, ‘physiographie’ incorpore les aspects climatiques du lieu (mésoclimat).

En Rhône-Nord occidental, les crus réputés, les grands terroirs, dont Château-Grillet, présentent presque tous un profil physiographique similaire.

Les influences de la physiographie sur la ‘génétique’ d’un terroir viticole sont étonnantes. Cornas, Saint-Joseph et Condrieu ont des profils géologiques assez identiques et leur physiographie comporte aussi des similitudes.

En y regardant toutefois de près, ‘le’ secteur de Cornas qui a bâti sa réputation est toutefois particulier. Il s’agit d’une bande pentue en partie inférieure et médiane du coteau, entre ±130 m et ±280 mètres d’altitude, qui, (1) parce que abrupte, a été aménagée en terrasses pour accueillir la vigne; (2) qui bénéficie d’une exposition tournée en bonne partie au Sud, ainsi davantage favorable à la culture, exigeante, de la Syrah; (3) qui est inscrite dans une forme d’amphithéâtre qui emmagasine la chaleur; et, (4) au surplus, qui est protégé des vents du Nord circulant dans le couloir du Rhône par un promontoire au Nord de l’aire qui s’avance vers l’Est. Si petite soit-elle, l’aire de Château-Grillet, enchâssée dans celle de Condrieu, présente une physiographie en large partie analogue à celle du coeur de Cornas. Bref, il est assez évident que ces deux terroirs blottis, presque enclavés, à deux endroits opposés du long ‘cortège de vignes’ ‘Cornas/Saint-Joseph/Condrieu/Côte Rôtie’ sont ennoblis par leurs attributs physiographiques spécifiques; des attributs qui leur confèrent à un et l’autre une prééminence au sein de leur milieu, soit au sein de ‘l’archipel’ de Saint-Joseph quant à Cornas — rappel: Cornas s’insère bel et bien dans l’aire longiligne de Saint-Joseph — et ‘l’archipel’ de Condrieu quant à Château-Grillet.
Toujours est-il que les avantages physiographiques communs aux nobles vignobles de Cornas et Château-Grillet, également  de Vernon, Chéry et quelques autres sur l’aire de Condrieu, se constatent également sur les crus exceptionnels de Côte Rôtie, ceux qui ont bâti sa réputation, nommément Côte Brune (lieu-dit et non pas secteur), Côte Blonde (lieu-dit et non pas secteur) et Landonne: En raison d’une déflexion, un crochet, effectué par le cours du Rhône le long de l’aire Côte Rôtie, le front du Massif Central sur cette aire est du coup ‘obliqué’ selon un axe varisque, du Nord-Est au Sud-Ouest. Ce changement provisoire de direction du Rhône détermine alors une exposition plus avantageuse pour le vignoble de Côte Rôtie puisque davantage tournée au Sud. Cette déflexion atténue de plus la vélocité du courant d’air frais en provenance du Nord, la ‘bise’, qui circule dans le couloir du Rhône. Qui plus est, ces célèbres crus de Côte Rôtie ont également une géographie en hémicycles déterminant autant de fours solaires.
Bref, en Rhône-Nord occidental, ces crus éminents présentent mutuellement un même profil physiographique.

6 ⇒ Condrieu, vin de garde?

 Le Viognier est un cépage doté d’une acidité modérée. Aussi, il est souvent dit, faussement,  qu’il est sensible à l’oxydation. Le Figaro Vin a déjà écrit: « Ce grand vin présente l’avantage d’être consommé jeune : dans ses 5 premières années. » Voilà qui n’encourage certes pas la garde. S’il est vrai qu’il est délicieux en vin jeune, a t-il néanmoins un potentiel de garde et, si oui, y a t-il un intérêt à le laisser vieillir?

Le site internet du Domaine Georges Vernay offre un cas d’école au regard du sujet. Il y est mentionné des fenêtres de dégustation différentes pour chacune des trois cuvées de Condrieu: « À déguster entre 2 et 15 ans » pour le ‘Coteau de Vernon’; « entre 2 et 10 ans » pour ‘Les Chaillées de l’Enfer’; « à boire entre 5 et 7 ans » pour ‘Les Terrasses de l’Empire’; et il est de plus ajouter « à déguster sur sa jeunesse » pour le ‘Pied de Samson’ qui est un ‘Vin de Pays des Collines Rhodaniennes’ issu du plateau surmontant le cru Vernon, lequel terroir a été soustrait de l’aire de Condrieu en 1986. À nos vues, les fenêtres de dégustation indiquées par le Domaine sont des suggestions s’appuyant sur un schéma intéressant qui allie les principes suivants:
√ D’une part, comme pour la majorité des vins blancs issus de grands vignobles de France, l’aptitude au vieillissement/bonification est associée surtout à des crus spécifiques, reconnus supérieurs. Quant à l’appellation Condrieu, ces crus majeurs sont logés sur des ‘coteaux-vitrines’ les ‘coteaux-vitrines’ sont ceux bien visibles de la route départementale qui longe le Rhône — exposés largement au Sud, abrités des vents du Nord circulant dans la vallée du Rhône par une physiographie particulière et appuyé sur un substratum de granite à biotite ou à muscovite. Le cru Château-Grillet —rappel: ce cru est un Condrieu, certes exceptionnel, bénéficiant du privilège d’une AOC  — auquel il notamment accordé une aptitude remarquable au vieillissement est de cet essaim de crus, qui comprend également Vernon, Chéry, Côte Chatillon, Chanson, Bouché, …
√ D’autre part, ces vins de terroirs nobles sont d’autant aptes à vieillir, voire à se bonifier, qu’ils sont issus de vignes ayant minimalement franchi le stade de maturité, de ±vingt ans, au delà duquel le terroir incruste au vin, de façon franche, son empreinte minérale.
La cuvée ‘Coteau de Vernon’ du Domaine Georges Vernay est issue de très vieilles vignes enracinées dans un des très grands terroirs de Condrieu et il lui est attribuée la plus grande longévité, jusqu’à ’15 ans’. À l’opposé, les parcelles livrant la cuvée ‘Pied de Sanson’, d’un terroir retiré en 1986 de l’aire de l’appellation, génèrent des vins ‘à déguster sur leur jeunesse’. Entre ces deux contextes opposés, les cuvées Les Chaillées de l’Enfer et Les Terrasses de l’Empire, proviennent de crus de haut niveau (notamment de Les Cailles de la commune de Condrieu), cependant inférieurs à Vernon, et sont à boire ‘entre 5 et 7 ans’ pour les vin des Terrasses de l’Empire et ‘entre 2 et 10 ans’ pour ceux des Chaillées de l’Enfer, dont une partie des vignes fut plantée en 1957.

7⇒ Lieux-dits et vins de crus

Le jeu de cartes, géologiques, placé à la suite, sous ‘géologie de Condrieu’, indique et montre les positions des lieux-dits.

Voici une liste, certes incomplète, de domaines et maisons réalisant des cuvées de crus, c’est à dire des cuvées désignées sous le nom de leur lieu-dit d’origine unique; liste par commune:

Commune de Condrieu:
Lieu-dit ‘Chéry’: André Perret, Clusel-Roch, Ogier, Niero et Chapoutier.
Lieu-dit ‘Côte Bonnette’: Mouton, Clos de la Bonnette
Lieu-dit ‘Côte Chatillon’: Bonnefond, François Girard, Xavier Girard
Lieu-dit ‘La Caille’: Pichat
Lieu-dit ‘Vernon’: Yves Cuilleron, Julien Pilon et Georges Vernay

Commune de Vérin:
Lieu-dit ‘Clos Bouche’: Delas
Lieu-dit ‘Les Grandes Maisons’: D. Faccin

Commune de Saint-Michel-sur-Rhône:
Lieu-dit ‘Poncin’: Chirat, François Villard

Commune de Chavannay:
Lieu-dit ‘Ayguets’:
Lieu-dit ‘La Côte’: Les Amphores
Lieu-dit ‘Jeanraude’: François Gaillard, François Merlin, Vins de Vienne
Lieu-dit ‘L’Amaraze’: D. Richard

Commune de Malleval:
Lieu-dit : ‘Chanson’: André Perret

Commune de LImony:
Lieu-dit ‘Côte-Fournet’: Marie-Paule Dumazet

 

8⇒ Géologie de Condrieu

Les aires des appellations en Rhône-Nord occidental — successivement du Nord au Sud, sur une distance continue de ±70 kilomètres à vol d’oiseau: Côte Rôtie/Condrieu/Château-Grillet/Saint-Joseph/Cornas — sont toutes accrochées sur le rebord du Massif Central. Ce cortège de vignobles a une géologie ‘relativement’ similaire. Partout, les soubassements, les substratum, sont constitués de roches cristallines: granites, gneiss et micaschistes; lesquelles sont composées chacune des mêmes minéraux: quartz, mica et feldspath. Les ‘assemblages’ de ces trois minéraux diffèrent toutefois d’un endroit à l’autre et il en découle des sols comportant des différences d’un endroit à l’autre.

La géologie de l’aire de Condrieu est formée principalement de ‘granite à biotite’ (présence de mica noir) et ‘granite à muscovite’ (présence de mica blanc). Ces deux types de granite distinguent Condrieu des autres appellations du Rhône-Nord.

Au sujet du rapport entre la géologie et le terroir:

« Le granite (et les roches métamorphiques associées au granite, comme le micaschiste de Côte Rôtie) est une roche très sensible à l’altération (désagrégation), presque comme les calcaires, car le feldspath et le mica, qui le composent avec le quartz, sont facilement désorganisés. Les radicelles (des racines) extraient des éléments chimiques: le feldspath donne surtout du potassium, du calcium et du sodium; le mica donne du fer, du magnésium et du potassium. Une fois que ce réseau minéral est appauvri (dégradé), l’échafaudage du silicate d’aluminium s’effondre; silice et alumine se recombinent pour donner des argiles. Et là, tout est gagné en matière de terroir. » propos de Georges Truc en 2015  à la revue Le Rouge et le Blanc (#117)

 

BIBLIOGRAPHIE INCOMPLÈTE

Bettane Michel et Desseauve Thierry, essai ‘Condrieu, la renaissance du viognier’, 2014
Benoit France, Grand Atlas des vignobles de France, 2002
Chapuis Robert, ‘La renaissance d’anciens vignobles français disparus’, 2016
Clarke Oz, Atlas des vins du monde, 2003
Fanet Jacques, Les terroirs du vin, 2001
Gabler James M., ‘Passions: The wines and travels of Thomas Jefferson
Gadille Rolande, ‘L’héritage d’une viticulture antique, vignes et vins de Côte Rôtie et Condrieu’, 1978
de Monza Jean-Pierre, L’Atlas des vins de France de  (1992)
Robinson Jancis, Le livre des cépages, 1988
Robinson Jancis et Hugh Johnson, L’Atlas mondial du vin, 2001
chateau-grillet.com

Décret d’appellation Condrieu
Décret d’appellation Château-Grillet
La Revue du vin de France, copies de novembre 2011 et février 2012 (spécial ‘vallées du Rhône’)