Date de publication:

Cornas: topo

Mise en ligne: juin 2019

CONTENU

1⇒ Géographie/topographie
2
⇒ Infos générales

3⇒ Résurgence après une longue léthargie
4⇒ Comprendre Cornas
4-A→ Morphologie de l’axe Saint-Joseph-Cornas
4-B→ Morphologie de Cornas

4-C → Présence d’un mésoclimat
4-D→ Trois secteurs, trois types de vin
5⇒ Géologie
6
⇒ Les ‘quartiers’ (lieux-dits) du vignoble
7⇒ Retraite du Cornas costaud et rude.
Bibliographie

1⇒ Géographie/topographie

Illustration A. Vous pourriez aussi consulter la monographie de Cornas produite en 2010 par https://www.vin-terre-net.com, source de cette carte des appellations en Rhône-Nord, qui démarque également les départements. Cornas est dans le département de l’Ardèche, face à Valence sur l’autre rive du Rhône, dans le département de la Drôme.

 

NB: Le polygone délimité en bleu observable au dessus du Rhône près de Valence est inopiné, présent sans raison apparente sur Google Earth et ineffaçable!
Illustration B
. Cornas (délimité en rouge) au sein dans la grande agglomération de Valence, qui est située sur l’autre rive du Rhône. Les communes banlieusardes de Guilherand-Granges et Saint-Peray s’intercalent sans discontinuité entre Valence et Cornas. Les périmètres exploités du vignoble de Saint-Peray sont pigmentés en jaune; ceux de Cornas est en ocre; tandis que les vignobles de Saint-Joseph environnant Cornas le sont en vert.

 

La partie urbaine de Cornas côtoie immédiatement le vignoble. Les constructions contemporaines des pourtours de la commune manifestent de sa vocation également banlieusarde, en extension de Valence.

Toujours est-il …
Que les aires de Cornas et Saint-Joseph ont une promiscuité bien particulière. L’aire de Saint-Joseph s’allonge sur ±55 kilomètres à vol d’oiseau, sur le rebord granitique du Massif central entre Chavanay, au Nord, et Guilherand-Granges, au Sud. Cornas s’insère dans l’archipel de vignobles de Saint-Joseph, près de l’extrémité méridionale de cette dernière, entre les communes de Châteaubourg et Guilherand-Granges. En fait, l’appellation Cornas est née, en 1938, bien avant celle de Saint-Joseph, en 1956. Puis Saint-Joseph fut étendue en 1969 pour notamment inclure la zone de Guilherand-Granges; du coup Cornas s’insérait dans l’axe de Saint-Joseph. Selon une vue de l’esprit, Cornas serait un cru, majeur, de Saint-Joseph!


Illustration C. Nous avons circonscrit l’aire de Cornas par un trait rouge et coloré en ocre ses parties exploitées; l’aire correspondant à l’étendue de la commune. Les zones colorées en vert sont celles exploitées de l’aire de Saint-Joseph. Une micro zone de Saint-Joseph est située à Guilherand-Granges, au dessus du nom de la commune sur l’illustration. En jaune, les zones exploitées de Saint-Peray, commune immédiatement voisine de Cornas.

Alors que les aires de Saint-Joseph, Condrieu et Côte Rôtie, polongeant Cornas au Nord du côté occidental du Rhône, sont des ‘archipels’ parce que leurs parties sont discontinues, les aires de Cornas et Saint-Peray correspondent exactement au périmètre respectif des deux communes, dont des secteurs inappropriés à la vigne.

2⇒ Infos générales

Le vignoble est établi sur la seule commune de Cornas, dans le département de l’Ardèche. L’AOC fut homologuée en 1938. En Rhône-Nord, Côte Rôtie, Saint-Peray et Château-Grillet avaient obtenu leur homologation en 1936; Hermitage et Crozes-Hermitage en 1938; Condrieu en 1940; et Saint-Joseph 1956.
Contrairement aux autres appellations en vin rouge de la région du Rhône-Nord qui autorisent des cépages complémentaires à la syrah (viognier en Côte-Rôtie; Marsanne et/ou Rousanne en Hermitage, Crozes-Hermitage et Saint-Joseph),  les vins de Cornas sont issus essentiellement du cépage Syrah.


Essentiellement rouge, le vin doit être issu d’une vigne de syrah d’au minimum quatre ans et justifier un degré alcoolique naturel d’au moins 10,5°. Le rendement de base est fixé à 40 hl/ha. Le rendement butoir est fixé à 46 hectolitres par hl/ha.

La topographie très accidentée de l’aire induit des parties dont l’insolation est inadéquate à la vigne, soit une centaine d’hectares exposés dans un spectre du Nord à l’Ouest. Si bien que de l’aire théorique de ±400 hectares, une superficie ±300 hectares est réellement exploitable.
La superficie actuellement exploitée est ±150 hectares. Selon des autorisations conférées par l’INAO, les plantations additionnelles de vignes sont de deux à trois hectares par année.
L’altitude au pied du versant est de ±130 mètres et grimpe à plus de 400 mètres. Dans le prolongement du pied de coteau, le contact avec le versant est immédiatement pentu. Des terrasses appuyées sur des murets de pierres sèches y sont aménagées pour retenir la terre et ainsi permette la plantation de vignes.

Le vignoble est particulièrement morcelé. D’une part, la communauté d’exploitants y est nombreuse eu égard à sa superficie et, d’autre part, maints producteurs possèdent plusieurs parcelles.
Près d’une centaine d’exploitants sont présentement actifs sur l’aire: près de trente produisent et commercialisent directement eux-mêmes leurs vins; plusieurs petits producteurs sont associés aux maisons de négoce du Rhône-Nord; et d’autres sont fédérés à la coopérative de Tain-l’Hermitage, située sur l’autre rive du Rhône.

3⇒ Résurgence après une longue léthargie

Le vin de Cornas est reconnu et apprécié depuis des siècles. L’aire exploitée de Cornas a eu des épisodes historiques comportant des étendus très contrastés; des extrêmes très marqués.
Au 18e et 19e siècles, l’extension du vignoble de France est d’ordre général constante. Animé par un essor économique et l’avènement du train, le domaine en vignes atteint son apogée historique au milieu du 19e; le vignoble de Cornas couvre alors ±500 hectares(1). Cette longue prospérité est cependant suivie de près d’un siècle d’instabilité, entre ±1870 et ±1970. Tous les vignobles du Rhône Nord subissent alors un processus de contraction, de quasi délaissement, particulièrement des parties en coteaux.
D’abord, la crise phylloxérique des dernières décennies du 19e détruit tout le vignoble de France. Puis une suite d’avatars engendrés par l’homme se succèdent, voire s’amalgament: 1) La surproduction des années 1900 (la forte prospérité du vignoble languedocien, les importations de vins algériens et la production de vins factices ont entrainé des surproductions un peu partout en France); 2) les marasmes des deux guerres mondiales; et 3) une interminable période de mévente du vin, jusqu’à ±1965 (explicable par les révolutions dans les pays de l’Est, la crise économique des années 1930, la prohibition aux États-Unis, la perte de marchés traditionnels par les guerres, etc…).

En concomitance à ces crises et léthargies dans la viticulture rhodanienne, la région septentrionale de la Vallée du Rhône connait un fort essor économique; c’est l’époque des Trente Glorieuses. Une partie de la main d’œuvre viticole se détourne des coteaux pentus, impliquant des tâches harassantes, pour intégrer les nouveaux emplois moins exigeants et/ou plus rémunérateurs et réguliers dans les nouvelles usines et ceux en découlant dans la sphère économique des services. Par ailleurs, l’extension des milieux urbains crée une pression spéculative sur leur périphérie viticole respective; situé près de Valence, le vignoble de Cornas est ainsi exposé à une source additionnelle de précarité (2). En outre, la production de vins courants et les activités agricoles, maraichères et arboricultures (desserte du marché parisien par le train), substituent la vigne sur les plateaux et dans les parties basses des vignobles. Qui plus est, les coteaux escarpés en Rhône-Nord restreignent l’introduction, au milieu du 20e, de la mécanisation des travaux viticoles, laquelle s’est généralisée partout ailleurs. La viticulture en Rhône-Nord est ainsi partout en léthargie, jusqu’à vers 1970/1980. Notamment, le vignoble de Cornas se contracte jusqu’à une surface de 50/60 hectares. Pire, celui de Condrieu s’amenuise à moins de dix hectares!

(1) « Dès 1763, le vin de Cornas est cité par le curé Molin « la montagne de Cornas est presque toute complantée en vignes qui produisent un très bon vin noir recherché par les marchands et fort capiteux. » https://www.inao.gouv.fr/produit/5985
(2) « Année 1960. L’urbanisation se développe (à Cornas), la valeur des terrains monte, celle des vignes baisse. Un nouveau plan d’occupation des sols (POS) est lancé en 1972, privilégiant les zones de pavillons... » Site internet du Domaine Alain Voge.

4⇒ Comprendre Cornas

4-A → Morphologie de l’axe Saint-Joseph-Cornas

En Rhône septentrional, les aires de Côte rôtie, Condrieu, Saint-Joseph et Cornas sont accrochées successivement, du Nord au Sud, au rebord oriental du Massif central. L’illustration qui suit montre un segment qui couvre la moitié méridionale de l’aire de Saint-Joseph (l’aire de Saint-Joseph s’allonge sur ±60 kilomètres) et celle de Cornas. Son milieu géo-pédologique correspond à celui observé presque partout sur le rebord oriental du Massif central, du Beaujolais aux Cévennes en passant par le plateau lyonnais, soit des sols issus de l’altération de roches cristallines, granite et roches issues du métamorphisme de cette dernière, entre autres du gneiss et du micaschiste (Côte Rôtie).

Illustration D. Le Nord est à droite, à 3 heures. L’illustration montre un segment d’environ quarante kilomètres de la rive droite du Rhône couvrant la moitié méridionale du vignoble de Saint-Joseph, tacheté en vert (Saint-Joseph s’étire linéairement sur ±60 kilomètres / Saint-Vallier est située approximativement au centre de l’aire), et celui de Cornas qui est délimité par un trait rouge. Les vignes occupent la bordure orientale, très tailladée, du Massif central. Les vignes s’accrochent, d’une part, aux flancs bien exposés (Sud-Est à Sud) de ravines (petits ravins) et ravins sectionnant directement la bordure du Massif et, d’autre part, sur les flancs  (aussi exposés Sud-Est à Sud) de vallées, aux abords (‘vignes regardant le Rhône’) de leur débouché sur la vallée principale du Rhône.

4-B → Morphologie de Cornas

L’aire de Cornas est singulière, presque énigmatique. La topographie y est très accidentée et son dénivelé est nettement le plus fort de toutes les appellations en Rhône-Nord, entre les altitudes ±130 mètres et ±415 mètres. Ce contexte a une explication: son aire correspond à celle de la commune et ne soustrait pas, comme presque partout ailleurs en Rhône-Nord, les parties inaptes à la vigne.

Toujours est-il …
Si, à la création de l’appellation ou à tout autre moment subséquent, l’aire de Cornas, qui correspond à celle de la commune, avait été découpée pour ne retenir que les parties propres à la vigne, des secteurs inadéquatement exposés en seraient retranchées et une limite altitudinale aurait certainement été fixée, éventuellement à ±350 mètres, qui est la limite notamment fixée sur Saint-Joseph. Or cette absence de limite supérieure ‘fait jaser’ quelques uns car la vigne y est maintenant plantée plus haut, nettement plus haut dans quelques situations, cela depuis une quinzaine années. Ceux-là disent que les conditions au delà de 350 mètres sont inaptes à générer des Cornas typiques, même s’il est évoqué que le ‘changement climatique’ a favorablement adapté la partie supérieure à la vigne. Quoi en penser?! Les vins issus de vignes du secteur en hauteur, dits ‘du plateau’ (ailleurs en Rhône-Nord, c’est bel et bien le ‘plateau’ au delà de l’altitude 350, mais pas à Cornas où le vrai plateau débute au delà de 400 mètres), n’ont certes pas le caractère des vins provenant du secteur dit du ‘coteau’, entre les altitudes 140 et 350 mètres. En fait, la même chose peut être dite des vins, plus souples, du secteur en piémont, qui n’est toutefois pas argumenté! La donne a changé à Cornas. Tant en raison de l’expansion ‘sur le plateau’, du changement climatique, que du style général de vins, maintenant plus contemporain, moins viril.

Une route en lacets interminable gravit la frange Nord de son versant, laissant entrevoir sur son parcours des morceaux de vignes éparses au sein d’un paysage au caractère sauvage et impressionnant avec ses buissons, bois et ravins attenants. Aussi son réseau routier interne comprend tantôt des chemins proprement de vignes, tantôt des chemins insolites alternant vignes, bosquets, aires en friches et parfois des pavillons.
Une surface de ±150 hectares est présentement exploitée en vignes et bien qu’elle s’additionne annuellement de deux à trois hectares, la superficie théorique de l’aire de 400 hectares ne sera vraisemblablement jamais comblée puisque quelques parties, éparses sur l’aire, ont des insolations inappropriées à la vigne.

Illustration E. Le Nord est à ‘trois heures’. Image en 3D de Cornas développée sur Google Earth. Sa topographie est très accidentée.

Illustration F. Comme l’illustration précédente, le Nord est à ‘trois heures. Une autre représentation de la topographie de Cornas. Les intercalaires de lignes de niveau sont de 10 mètres. D’Ouest en Est, le Ravin de Sauman entaille l’aire en son centre et crée en quelque sorte un amphithéâtre. Les multiples ravines et ravins, certains parcourus dans leur talweg par des ruisseaux, créent un jeu d’expositions diverses sur l’ensemble de l’aire.

Illustration G Le Nord est en position conventionnelle, au haut de l’image.
Carte plaçant l’emphase sur les orientations, tirée de l’Étude géo-pédologique sur Cornas réalisée en 2013 par la société ‘Sigales’. Le relief tourmenté de l’aire crée une mosaïque bigarrée d’expositions. L’exposition dominante s’inscrit dans un spectre de l’Est au Sud. Les zones en bleu et en vert, représentant le spectre du Nord à l’Ouest, représentant approximativement 20/25% de l’aire totale, sont inaptes à la culture de la vigne.

4-C → Présence d’un mésoclimat

Jouxtant immédiatement de l’aire de Cornas au Nord, le Massif des Arlettes se prolonge vers l’Est tel un cap et crée, en faveur de Cornas, un bouclier face aux vents du Nord circulant dans l’axe du Rhône.

Deux facteurs déterminent la présence d’un micro-climat sur Cornas: a) La limite Nord de Cornas s’appuie sur le massif des Arlettes, lequel s’allonge tel un cap vers l’Est, vers le Rhône, en formant du coup un bouclier aux vents froids du Nord circulant dans le corridor du Rhône; et b) Sa physionomie d’amphithéâtre dans sa partie centrale, ouvert prinicipalement au Sud-Est, crée un ‘four solaire’; en celte, Cornas signifierait d’ailleurs ‘terre brûlée’. Les vendanges sur Cornas se réaliseraient plus ou moins une semaine plus tôt qu’à Hermitage, situé qu’à une quinzaine de kilomètres sur l’autre rive.

4-D → Trois secteurs géographiques, trois types de vin.

Illustration H. Le Nord est en position conventionnelle, soit au haut, ‘à midi’. Le versant s’élève de droite à gauche.
Carte plaçant l’emphase sur les pentes, tirée de l’Étude géopédologique sur Cornas réalisée par la société Sigales en 2013
. Le vignoble comprend trois secteurs.

Le premier secteur, le pied de coteau: teinté en jaune sur l’illustration H, totalisant une vingtaine d’hectares, représentant ±10% de l’aire entière, ce secteur correspond à la lisière d’une centaine de mètres en faible pente à la frange orientale. Constitué de multiples couches de colluvions et alluvions de granite altéré originant du versant, le sol y est épais, de quelques mètres en certains endroits, et induit des vins fruités, floraux, moins structurés, moins nuancés que ceux des deux autres secteurs.

Cette photo captée sur le site du Domaine Courbis montre nettement la partie en pied de coteau et, en retrait, l’amorce du coeur de l’appellation, la partie pentue, abrupte, de l’aire.

Teinté principalement en ocre foncé sur l’illustration H, au centre-droit de l’illustration, le deuxième secteur, le coeur de l’appellation en forte pente, correspond à la partie médiane de l’aire. Celui-ci conserve une déclivité entre 25% et 40%, entre les altitudes ±130 mètres et ±300/325 mètres. Déterminant l’image de vignoble rude à travailler, ce secteur n’est demeuré que partiellement exploité lors de la léthargie de Cornas au siècle dernier (voir la partie 3: ‘Résurgence après une longue régression’.) Il couvre actuellement ±50% de la surface exploitée. Les sols y sont assez maigres et génèrent des vins structurés et complexes, rattaché à l’image de Cornas. Les ‘quartiers’ (lieux-dits) les plus renommés s’y trouvent: Reynard, Chaillot, Les Côtes, …

 Cette photo montre des terrasses appuyées sur des murets en pierres sèches, fréquentes surtout sur le secteur médian en forte pente. Le travail des sols sur ce talus raide y est peu mécanisable. Bref, le ratio d’emploi de main d’œuvre peut y être très élevé.

Une vue du réputé secteur Reynard en avril. L’exposition de ce secteur inscrit dans ‘l’amphithéâtre’ est au Sud-Est.

• Couvrant la section gauche aux couleurs bigarrées de l’illustration H, le troisième secteur représente la partie supérieure de l’aire, entre les altitudes ±300 mètres et ±410 mètre. Désigné localement de ‘plateau’, sa topographie est hétérogène, tantôt escarpée, tantôt en replats, et il comprend un patchwork éparse de vignes. C’est à cet endroit que se réalise l’extension du vignoble depuis approximativement 1980. Les vendanges y sont décalées de l’ordre de sept à dix jours puisque cette zone est légèrement plus froide et soumise à une circulation de vents plus frais.

5⇒ Géologie

Voir l’onglet spécifique à la géologie

Une ouverture dans un muret laisse entrevoir une coupe. Le sol sableux s’est répandu au bas de la coupe. Sur le premier mètre dégagé, apparait l’horizon de ‘saprolite’, ou ‘gore’, qui est un état intermédiaire d’altération, un stade de ‘mutation’ de la roche. Le saprolite n’est alors plus de la roche, du granite, et non plus du sable et gravier qui compose le sol, le stade final d’altération du granite. Le saprolite est poreux et friable sans que la masse ait perdu sa cohésion. Les racines s’y développent.

6⇒ Les ‘quartiers’ (crus) du vignoble

La coutume locale est plutôt de nommer les parties du vignoble par l’expression ‘quartier’, lesquels semblent différer quelque peu des lieux-dits formels.
L’usage à Cornas fait cependant assez peu intervenir l’identité du ‘quartier’, du cru, sur les étiquettes de vin; comme d’ailleurs largement ailleurs en Rhône-Nord. Il y a lieu de souligner que la grande fragmentation du foncier signifie que la majorité des producteurs possèdent plusieurs parcelles et qu’ils conçoivent ainsi majoritairement des cuvées d’assemblages portant des noms commerciaux.

Voici une liste, non exhaustive, de producteurs commercialisant des cuvées de ‘crus’:
Quartier ‘Chaillot’: Franck Balthazar, Thierry Alllemand
Quartier ‘Les Eygats’: Franck Balthazar, Courbis
Quartier ‘Les Côtes’: Yves Cuilleron (auparavant nommée ‘Les Vires’)
Quarter ‘Saint-Pierre’: Vins de Vienne, Jaboulet
Quartier ‘Patou’: Ferraton, Dumien-Serrette
Quartier ‘Reynard’: Thierry Alllemand
Quartiers ‘Champelrose’ et ‘Sabarotte’: Courbis
Quartier ‘Les Ruchets’: Jean-Luc Colombo
Quartier ‘Genale’: Vincent Paris (Gueynale)

Prélevée de l’Étude géo-pédologique sur Cornas réalisée par la société ‘Sigales’ en 2013, cette carte géologique indique de façon schématique les ‘quartiers’ de Cornas.

7⇒ Retraite du Cornas costaud et rude.

Le vin astringent, longtemps sévère, a traditionnellement été le standard à Cornas, comme notamment celui de Pommard en Bourgogne (lire ‘pommard: construit d’une réputation). Historiquement, de génération en génération, les vignerons le concevaient comme tel; le commerce, c’est à dire les négociants (la mise en bouteille y a été entreprise au cours des années 1960), les requéraient ainsi; et les acheteurs l’appréhendaient de la sorte. Les raisins étaient récoltés moins mûrs qu’actuellement, mis en cuve non égrappés, les moûts étaient extraits assez fortement et longuement, et les modes d’élevages rudimentaires induisaient de la rusticité. Quelques producteurs maintiennent encore aujourd’hui ce genre ‘traditionnel’ de vin impérativement de garde. Certains d’entre eux, présents sur les plus beaux terroirs, demeurent estimés parce qu’ils préconisent de vinifier des raisins les plus sains possibles, nommément les domaines Auguste Clape et Thierry Allemand.

Commentaires sur les vins de deux fameux domaines de Cornas tirés du guide ‘Vins et domaines – Le classement de 1996 » rédigé par M. Bettane et T. Desseauve:  » (domaine) meilleur représentant de l’école traditionnelle de Cornas où l’on n’érafle pas et l’on fait vieillir le vin dans du vieux bois... » « (producteur) de vins solides, charpentés, parfois à la limite de l’astringence, en particulier lors des millésimes de maturité moyenne. »

Les Cornas actuels, sont des vins contemporains, élaborés en vertu de savoir-faire dispensés dans toutes les écoles d’œnologie françaises et d’ailleurs, et donnant lieu à des échanges à travers les stages réalisés maintenant par les tous apprentis vignerons. Il faut lire ici que les vignerons actuels ont écarté partout en France les normes et coutumes locales et traditionnelles.
Les vendanges sont attendues, sachant que le réchauffement climatique induit déjà des maturités plus abouties, les extractions sont plus douces et les élevages plus judicieux, aptes à lisser les textures. Bref, les Cornas actuels sont des vins intenses, toutefois sans dureté, propres à être appréciés plus rapidement.
La majorité des plantations en coteau est conduite en gobelet à 2 ou 3 (plus rarement 4) portants et 2 yeux chacun.

 Bibliographie principale (peu féconde sur le vignoble du Rhône-Nord)

Cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « CORNAS »
Fanet Jacques, Les terroirs du vin, 2001
France Benoit, Le Grand Atlas des vignobles de France, 2002
Gadille Rolande, L’héritage d’une viticulture antique, vignes et vins de Côte-Rôtie et Condrieu, 1978
Monza Jean-Pierre de, Atlas des vins de France,1992
Renvoisé Guy, ‘Le monde du vin a-t-il perdu la raison?’, 2004
Robinson Jancis, Le livre des cépages, 1988
La Revue du vin de France, copies de novembre 2011 et février 2012 (spécial ‘vallées du Rhône’)
www.vin-terre-net.com dossier Cornas, 2011