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Epenots et Rugiens en GC?

La communauté viticole de Pommard entretient depuis longtemps l’ambition d’obtenir le rang de Grand Cru pour les climats Epenots, Grands et Petits, et Rugiens, Bas et Hauts. Le projet est certes envisageable, d’autant que des auteur d’ouvrages sur les vins de Bourgogne y apportent des formes de validations:

Dans son ouvrage de 1996, ‘The Great Domaines of Burgundy’, Remington Norman écrivait « If there were a classification, then Les Rugiens-Bas and parts of Les Epenots would be credible candidates for a elevation to Grand Cru status. »
Dans ‘Le Vin de Bourgogne’ (première édition) paru aussi en 1996, Jean-François Bazin exprimait que « Les Grands Epenots et Les Rugiens-Bas semblent décrocher le prix d’excellence. Ces climats pourraient être des Grands Crus. »
Clives Coates en 2008, ‘The Wines of Burgundy’, énonce « If we were to contemplate a change in the hierarchy today, I would nominate for elevation part, but part only, of the two premiers crus: Les Rugiens-Bas and the central part of the Les Epenots (the Clos des Epeneaux, but neither all of Les Grands Epenots nor all of Les Petits Epenots). Clearly these produce the most distinctive wines of the village. »
Plus réservé dans son ‘Inside Burgundy’ de 2010, Jasper Morris formule tout de même le commentaire « By far the finest of these (côté Volnay) is Les Rugiens, at least the lower (Rugiens-Bas) part of it. »

À notre avis, en considérant leurs traits physiographiques, pédologiques et géologiques (analyses produites dans une section de ce texte), le climat les Rugiens-Bas se qualifie certes au rang de Grand Cru; Les Grands Epenots est un candidat solide au titre de GC en autant que la pédologie/géologie de sa partie inférieure soit jugée adéquate pour un GC; La partie méridionale des Petits Epenots ‘pourrait’ se qualifier en GC; Les Rugiens-Hauts est intrigant.

Les titres de cet onglet:

  • À savoir: ‘lieux-dits’ versus ‘climats’ du secteur Epenots
  • Visée de la communauté de Pommard et dilemme sous-jacent
  • Évaluation actuelle des deux climats
  • Statuts des climats selon les antécédences
  • ‘Tests de qualification’ selon des paramètres physiographiques et pédologiques/géologiques
  • Étymologie
  • Parcours d’homologation
À savoir: ‘lieux-dits’ versus ‘climats’ du secteur Epenots

Les lieux-dits et les climats sont de plus en plus différenciés sur La Côte. Le décret d’appellation de Pommard nous apprend qu’il y a lieu de distinguer trois climats dans le périmètre figurant sur l’illustration puisque le Clos des Epeneaux est bel et bien un climat. ‘L’Atlas des Climats et Lieux-dits des Grands Vins de Bourgogne’ (2012) de Sylvain Pitiot clarifie la situation en illustrant les configurations respectives des lieux-dits et des climats de ce secteur du finage de Pommard. Emmêlons la situation en soulignant que la plupart des producteurs sur les climats Les Petits Epenots et les Grands Epenots en désignent les vins sous ‘Epenots’. Par ailleurs, avez-vous remarqué que le climat Clos des Epeneaux est inscrit très majoritairement dans le lieu-dit Les Petits Epenots et minoritairement dans le lieu-dit Les Grands Epenots! Ce gentil micmac est bien bourguignon!

Visée de la communauté de Pommard et dilemme sous-jacent

L’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) de Pommard, le regroupement des viticulteurs du finage, a interpellé l’INAO en 2016 pour faire valoir le potentiel de Grands Crus des Epenots et des Rugiens. L’organisme national régissant les Appellations aurait alors indiqué vouloir recevoir un dossier étoffé comportant les éléments suivants: une résolution adoptée par au moins 80% des membres de l’ODG confirmant l’intérêt de ceux-ci au projet de Grands Crus et un dossier technique démontrant le bien-fondé de la requête, lequel devrait comprendre: les éléments historiques et contemporains supportant le statut noble des climats concernés, un rapport géologique, et un volet économique démontrant notamment que les prix pratiqués sur les vins des climats en question sont déjà des indications de leur valeur intrinsèque de GC.
Un aspect délicat à la planification d’un tel dossier a trait au préalable de concertation au sein des vignerons pommardois portant sur les éventuels changements d’identités pour les climats ou les parties de climats qui ne seraient pas graduées en GC et qui, conséquemment, auraient à concéder leur nom actuel, puisque les désignations Epenots et Rugiens seraient strictement réservés aux éventuels Grands Crus. À titre d’exemple, le détenteur de la parcelle de Rugiens homologuée présentement en appellation communale (laquelle était exploitée jusqu’à récemment par le domaine Jean-Luc Joillot) perdrait du coup le droit au nom ‘Rugiens’. Il en serait de même pour les parties actuellement en Premiers Crus qui ne serait pas promues.

Évaluation actuelle des deux climats

Les experts, entre autres ceux de la presse spécialisée, ont une appréciation élevée des Rugiens, particulièrement les Rugiens-Bas, et une appréciation partagée sur les Epenots:
La revue ‘Bourgogne Aujourd’hui’ (copie no 52)1 a établi en 2006 son ‘top 25′, par ordre, des Premiers Crus de La Côte à partir de cotations d’un panel de connaisseurs. Ceux-ci ont attribué respectivement le septième rang au Clos-des-Epeneaux, le huitième aux Rugiens, tandis que le climat Les Epenots2 se situe au 23e rang.
Aussi, dans la copie no 545 (octobre 2010), la Revue du Vin de France désignait les ‘Super Premiers’ de La Côte d’Or, au nombre de huit, soit Les Amoureuses (Chambolle-Musigny), Clos Saint-Jacques (Gevrey-Chambertin), Cros Parentoux (Vosne-Romanée), Les Saint-Georges (Nuits-St-Georges), Les Grèves (Beaune), Les Rugiens-Bas (Pommard), Meursault-Perrières et Le Cailleret de Puligny .

1 Pour votre curiosité, voici la nomenclature selon Bourgogne Aujourd’hui, par ordre: Clos St-Jacques, Les Amoureuses, Les Saint-Georges, Cros Parentoux, Caillerets de Volnay, Lavaux Saint-Jacques, Clos-des-Epeneaux, Rugiens, Vaucrains, Charmes (Chambolle), Malconsorts, Brûlées, Grèves, Cazetiers, Santenots, Beaux Monts, Taillepieds, Clos des Mouches, Suchots, Epenots, Pruliers, Clos des Porrets-Saint-Georges. Le panel était composé de Al Hotchkin, Georges Pertuisot, Rolland Masse et des membres de ‘Bourgogne Aujourd’hui’.

2 Tel que mentionné plus haut (‘À savoir: ‘lieux-dits’ versus ‘climats’ du secteur Epenots’), ‘Epenots’ est la désignation abrégée assez commune de la plupart des producteurs sur Les Petits Epenots et Les Grands Epenots.

Toujours est-il …
… Que les bourguignons sont des experts en relations publiques. En témoignent les événements suivants qui procurent des visibilités considérables à leurs vins et leur milieu: les ventes aux enchères des Hospices de Beaune et de Nuits, les paulées dont celle de Meursault, les cérémonies de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, les Grands Jours de Bourgogne, la St-Vincent-Tournante et autres. Aussi, les bourguignons possédaient déjà à la fin du 19e siècle des rudiments d’une discipline proche des relations publiques qui ne s’est pourtant développée que plus tard au 20e siècle, le marketing. Notamment, à différents moments du 19e siècle, plusieurs communes de La Côte ont adjoint à leur nom celui de leur cru le plus réputé, entre autres Aloxe-‘Corton’, Pernand-‘Vergelesses’, Puligny-‘Montrachet’ et Chassagne-‘Montrachet’. Le communauté de Pommard fut-elle tourmentée entre Rugiens et Epenots pour la désignation de leur cru emblématique? Jean-François Bazin, homme politique bourguignon et écrivain a écrit dans son ‘Le Vin de Bourgogne’ (1996) que « si certains Pommardois imaginaient naguère de baptiser Pommard-Rugiens leur village, l’idée n’a pas eu de suite. »

 

Statut des climats selon les antécédences

Classement de Jules Lavalle (1855)
Le Dr Jules Lavalle a rédigé ‘Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte d’Or’ en 1855. L’ouvrage est une référence historique majeure car il contient le premier essai de classement complet et solide des climats de la Côte d’Or, par commune. La catégorisation comprend cinq classes: ‘Tête de Cuvée’, ‘Première Cuvée’, ‘Seconde Cuvée’, ‘Troisième Cuvée’ et ‘Quatrième Cuvée’. Jules Lavalle attribue le rang de Première Cuvée aux Rugiens et aux Epenots, comme d’ailleurs à tous les autres climats classés actuellement en Premiers Crus. Il précise que « aucun climat n’est placé au-dessus des autres pour mériter d’être classé à part... »

Classement de 1860
Le Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune fut produit pour la promotion des vins de Bourgogne lors de l’exposition universelle de Londres de 1862; l’arrondissement de Beaune étant un des cinq arrondissements de la Côte d’Or. La hiérarchisation du classement couvre ainsi les vignobles allant de Vougeot à Santenay. Trois classes y sont distinguées: première, deuxième et troisième. Ce classement a constitué la principale référence de l’INAO en 1943 pour la désignation des Premiers Crus. Les climats ‘Epenots’ y figurent en Première Classe, les Rugiens-Bas également, tandis que les Rugiens-Hauts est à cheval sur la Première Classe, minoritairement, et Deuxième Classe’ majoritairement.

Autres nomenclatures historiques
Denis Blaise Morelot désignait en 1831 deux Têtes de Cuvée sur Pommard dans son ouvrage substantiel ‘Statistique de la vigne dans le département de la Côte d’or’: ‘ Les Épeneaux’ (Clos des Epeneaux?) et le ‘Clos de Cîteaux’ qui est placé à la frange méridionale du climat Les Grands Epenots.
Dans leur ouvrage de synthèse produit en 1891, ‘Les Grands Vins de Bourgogne, Classement par ordre de mérite, nomenclature des clos et des propriétaires’, René Danguy et Charles Aubertin ne désignent aucun climat de Pommard dans les ‘Vins Hors Ligne’ de La Côte. Cependant dans leur couverture du finage de Pommard, ils indiquent que « parmi les plus renommés citons en première ligne la Cammarine, les Rugiens, les Epenots. »
Vers 1920, dans son ouvrage ‘Le Vin de Bourgogne’, Camille Rodier désigne tous les Premiers Crus actuels en Première Cuvée, sauf Les Grands Epenots et le Clos Blanc qu’il hisse en quelque sorte en ‘Tête de cuvée’ en les nommant en tête le liste et en caractère gras, soit la forme qu’il a adoptée dans sa nomenclature pour désigner les climats majeurs.

Classement de Jasper Morris (2010)
Dans son livre ‘Inside Burgundy’, Jasper Morris attribue un classement à tous les climats homologués en Grands Crus et en Premiers Crus. Si de façon générale il soutient leur rang formel, il apporte çà et là des ajustements. Sur Pommard, entre autres, Jasper Morris adjoint le superlatif ‘exceptional’ aux trois Premiers Crus ‘Les Petits Epenots’, ‘Les Grands Epenots’ et ‘Les Rugiens-Bas’.

Bilan des classements
Il est franchement étonnant que Jules Lavalle n’ait pas élevé le rang des Epenots et/ou des Rugiens, ou encore, qu’il ait atténué le rang des autres premiers crus actuels. Il a certainement manqué de justesse sur Pommard (d’autant qu’il attribue aussi le rang de ‘Première Cuvée’ au périmètre entier du Château de Pommard, homologué aujourd’hui en appellation communale). Le partage des Rugiens-Hauts en Première et Deuxième Classes dans le Classement de 1860 est nettement un handicap en regard au projet de GC pour ce lieu-dit; d’autant que la portion en Deuxième Cuvée n’a été promue en Premier Cru qu’en 1981.
Il ressort de cette série de classements historiques que Les Rugiens-Bas et les Epenots, particulièrement Les Grands Epenots, représentent les crus émérites de Pommard. Toutefois, leur reconnaissance historique ne les situent clairement pas parmi les plus illustres climats de La Côte.

Toujours est-il …
Que le ‘prophète’ des classements, Jules Lavalle (auteur du premier classement exhaustif et crédible des climats de La Côte en 1855) a produit un ‘Essai de classement des vins de la Côte  d’Or’ (page 162 de son livre). Voici, intégralement, ce palmarès:
« Têtes de Cuvée no 1: Romanée-Conti, Clos de Vougeot (!), Chambertin et Clos-de-Bèze. Viennent ensuite: Clos de Tart, partie des Bonnes-Mares, Musigny, Richebourg et Tâche, Romanée-Saint-Vivant (une partie) et Les Saint-Georges. »
« Têtes de Cuvée no 2: Beaux-Monts et Romanée-Saint-Vivant (une partie) à Vosne; Boudots, Cailles, Murgers, Porrets, Pruliers, Thorey et Vaucrains à Nuits; Caillerets et Champans à Volnay; Clavaillon à Puligny; Clos-Morgeot à Chassagne; Clos-Tavannes et Noyer-Bart à Santenay; Corton (partie) à Aloxe; Corvées, Didiers et Forêts à Premeaux; Echézeaux à Flagey; Fèves et Grèves à Beaune, Perrière à Fixin; Santenots à Meursault.’
Pommard est donc un des rares finages de La Côte qui ne soit pas représenté dans ce palmarès. Une omission?!
‘Tests de qualification’ en Grand Cru /critères physiographiques et pédologiques/géologiques

Cette section n’a aucune valeur scientifique. Elle découle d’une constance d’observations; il s’agit donc d’une analyse empirique. Les futurs experts qui pourraient être mandatés par l’INOA pour analyser le ‘terrain’ des Epenots et des Rugiens s’en désintéresseront certainement, mais votre curiosité à vous, l’intéressé par la Bourgogne et son milieu, sera sans doute captée… Puis comme l’indique le titre, il s’agit simplement de ‘tests de qualification’.

PHYSIOGRAPHIE

Les quatre caractéristiques communes aux Grands Crus de La Côte:
Les Grands Crus rouges de la Côte de Nuits obéissent à quatre conditions physiographiques; quelques Grands Crus comportant des exceptions au pattern, nommément le GC ‘honorifique’ Clos de Vougeot.
1) Exposition: plan uniforme au Sud ou Sud-Est, ainsi longitudinalement à l’axe même de La Côte;
2) Physiographie / topographie: position sur le coteau systématiquement en retrait des débouchés de combes ou du prolongement des axes de celles-ci;
3) Physiographie / pente: inclinaison se situant entre ±3% et ±15%, soit sur des pentes induisant des conditions optimales d’ensoleillement et de drainage;
4) Physiographie / position altitudinale sur le versant: position dans la bande médiane ou supérieure du versant de vignes. Ce liséré se situe entre les altitudes 250 m et 310 m.

Voici, pour chaque Grand Cru de la Côte de Nuits, les données associées à ces paramètres, suivi des informations physiographiques afférentes aux Epenots et Rugiens:

Données physiographiques des Grands Crus de la Côte de Nuits. Tableau réalisé par monocepage.com, au moyen de Google Earth.

Physiographie des Epenots

  • Exposition: Presque tous les Grands Crus et plusieurs Premiers Crus bénéficient d’une exposition intégralement à l’Est ou au Sud-Est, jugée idéale; Les Petits et Grands Epenots sont exposés au Sud-Est.
  • Physiographie / topographie: les crus nobles occupent des périmètres qui sont intégralement longitudinaux à l’axe même du versant, qui est Nord-Nord-Est/Sud-Sud-Ouest en Côte de Beaune. Du coup ils sont situés immanquablement en retrait des combes pour entre autres les raisons suivantes:
    1) Les climats positionnés sur les dévers (flancs) méridionaux de combes comportent des inflexions d’expositions vers le Nord, défavorables (cf. aspect précédent, ‘exposition’);
    2) Les flux d’air plus frais en provenance de l’Ouest circulant dans les ‘couloirs’ que sont les combes créent des micro-climats à leur débouché sur La Côte;
    3) Les sous-sols caractérisant les secteurs prolongeant les combes sur La Côte sont en partie du type ‘cône alluvial’, nommé aussi ‘cône de déjection’, et ne correspondraient pas à ceux supportant les Grand Crus, lesquels sont déposés très majoritairement sur des substrats argilo-calcaires. La moitié méridionale du lieu-dit Les Petits Epenots et la totalité du lieu-dit Les Grands Epenots sont situés en retrait de combes. La moitié septentrionale des Petits Epenots comporte le handicap d’être située dans le prolongement de la combe Lulunne, où entre autres la roche-mère correspond à une partie du cône de déjection associé à cette combe.
  • Physiographie / déclivité: L’inclinaison des Grands Crus se situe entre ±3% et ±15%, soit sur des pentes induisant des conditions optimales d’ensoleillement et de drainage. Les pentes respectives des deux climats Epenots, entre 2% et 3%, ne satisfont que la ‘note de passage’ de ce critère.
  • Physiographie / position altitudinale sur le versant: sur le versant, les Grands Crus et les supers Premiers Crus sont placés dans la bande médiane ou supérieure du plan de vignes. Ce liséré est logé entre les altitudes ±250 m et ±310 m. Étant placés entre les altitudes ±240m et ±260 m, les deux Epenots, ne satisfont encore que la ‘note de passage’.

Le trait vertical sur le profil correspondant aux données〈altitude 257 m / pente de 5,1%〉 correspond à la limite commune des climats Les Pézerolles et Les Petits Epenots. La pente d’une grande partie de ce dernier climat est faible, entre 2% et 3%, à la limite certes d’une insolation et d’un drainage efficaces pour qualifier un Premier Cru, à plus forte raison un Grand Cru. L’altitude du climat s’étend de ±240 m à ±260 m. En fait Les Petits Epenots occupe en partie le glacis du versant.

Le trait vertical sur le profil indiquant〈altitude 253 m / pente de 8,6%〉correspond à la limite commune des climats En Largilière et Les Grands Epenots. La pente d’une grande partie de ce dernier climat est faible, entre 2% et 3%, à la limite certes d’une insolation et d’un drainage efficaces pour qualifier un Grand Cru. L’altitude du climat s’étend de ±245 m à ±255 m. Le climat Les Grands Epenots occupe en partie le glacis du versant de Pommard.

Physiographie des Rugiens

  • Exposition: Presque tous les Grands Crus et plusieurs Premiers Crus réputés bénéficient d’une exposition intégralement à l’Est ou au Sud-Est, jugée idéale par plusieurs; Les deux climats Rugiens sont exposés à l’Est.
  • Physiographie / topographie: les crus nobles occupent des périmètres qui sont intégralement longitudinaux à l’axe même du versant, qui est Nord-Nord-Est/Sud-Sud-Ouest en Côte de Beaune. Du coup ils sont situés immanquablement en retrait des combes pour entre autres les raisons suivantes: 1) Les climats positionnés sur les dévers (flancs) méridionaux de combes comportent des inflexions d’expositions vers le Nord, défavorables (cf. aspect précédent, ‘exposition’); 2) Les flux d’air plus frais en provenance de l’Ouest circulant dans les ‘couloirs’ que sont les combes créent des micro-climats à leur débouché sur La Côte; et 3) Les sous-sols caractérisant les secteurs prolongeant les combes sur La Côte sont en partie du type ‘cône alluvial’, aussi nommé ‘cône de déjection’, et ne correspondraient pas à ceux supportant les Grand Crus, lesquels sont déposés très majoritairement sur des substrats argilo-calcaires. Les deux Rugiens sont nettement en retrait de toute combe significative.
  • Physiographie / déclivité: L’inclinaison des Grands Crus se situe entre ±3% et ±15%, soit sur des pentes induisant des conditions optimales d’ensoleillement et de drainage. La pente des deux Rugiens varie entre ±5% et ±15.
  • Physiographie / position altitudinale sur le versant: sur le versant, les Grands Crus et les supers Premiers Crus sont placés dans la bande médiane ou supérieure du plan de vignes. Ce liséré est logé entre les altitudes ±250 m et ±310 m; Les Rugiens-Bas est placé favorablement entre les altitudes ±260m et ±275 m, tandis que le créneau des Rugiens-Hauts est nettement plus élevé, soit ±275 m/±315.

Le trait vertical figurant sur la coupe, indiquant les données〈274 m / 10,3%), correspond à la limite des deux Rugiens, Hauts et Bas. Les Rugiens-Hauts se loge dans le créneau altitudinal〈275 m / 313 m〉selon une déclivité entre 10% et 14%. Les mêmes données sur les Rugiens-Bas sont idéales, respectivement〈260 m / 275 m〉et 6% à 10%.

PÉDOLOGIE

Pour information / sans influence dans la présente analyse physiographique.
Sur le versant de La Côte les sols suivent de façon générale un modèle de distribution typique de l’amont vers l’aval, nommé la ‘topolithoséquence’. Selon ce modèle, le sol évolue au fil de sa position topographique sur le versant et également en fonction du type de roche-mère sous-jacent (calcaires, marnes, alluvions, colluvions). Situés au haut du versant, de faible épaisseur, les ‘rendosols’ ne sont généralement pas des terroirs de Grands Crus. Dans la bande médiane du versant, les ‘calcosols’ et les ‘calcisols’ ont des épaisseurs de 40 à 80 cm et leurs horizons (généralement deux horizons) représentent des stades d’altération du substrat argilo-calcaire sous-jacent; les crus nobles, Premiers et Grands Crus, comportent un de ces deux types de sol. Logés à la base du versant les ‘brunisols’ surpassent 80 cm d’épaisseur et leurs structures pédologiques ne déterminent pas des secteurs de crus nobles. Par ailleurs, les sols appuyés sur des roches-mères de type alluvionnaires, tels les ‘cônes de déjection’, ne sont pas d’ordre général des supports de crus nobles.
Les données pédologiques du finage de Pommard ne nous sont pas connues, si bien que le texte qui précède n’est que didactique.

GÉOLOGIE

Carte géologique de Pommard et ses périphéries immédiates produite à l’échelle 1/10 000 par la géologue Françoise Vannier en 2012.

Selon la carte géologique au 1/10 000 produite par Françoise Vannier en 2012:

  • Les Rugiens-Bas est appuyé sur un substrat de Calcaire de Ladoix, un calcaire qui se constate entre autres sur le GC Corton.
  • Les Rugiens-Hauts montre un contraste puisqu’il est plutôt appuyé, en large partie, sur une roche-mère de ‘grèzes litées’. Les sols qui se développent sur les grèzes litées sont très riches en graviers, pauvres en argiles, très drainants. De tels types de sols se constatent, entre autres, sur la majeure partie du climat Les Grèves de Beaune et une petite section en partie supérieure des Musigny. Certains terroirs de grèzes litées sont donc des terroirs de haut niveau.
  • Les Grands Epenots est déposé pour une moitié sur du Calcaire de Ladoix et une autre moitié sur du Calcaire de Chassagne.
  • Les Petits Epenots repose pour approximativement la moitié sur des Calcaires, de Ladoix et de Chassagne, et sur le cône de déjection de la combe Lulunne pour l’autre portion.

BILAN

Eu égard respectivement à leurs traits physiographiques et leur géologie, les bilans théoriques sont les suivants:

  • Les Grands Epenots se ‘qualifie’ à une candidature de GC. Deux éléments de sa physiographie ne sont cependant pas convaincants: sa pente, bien peu prononcée; et sa position, limite, au sein de la bande altitudinale privilégiée, celle des crus supérieurs, nobles.
  • Les Petits Epenots montre une physiographie assez similaire à celle des Grands Epenots, ainsi peu convaincante. La géologie de sa demie méridionale parait problématique car la roche-mère de l’endroit est associée au cône alluvial ayant été généré par la combe Lulunne;
  • Les Rugiens-Bas satisfait remarquablement tous les aspects physiographiques propres au Grands Crus et sa nature géologique supporte tout autant une candidature en Grand Cru;
  • Les Rugiens-Hauts comportent des inconvénients. Sa position est relativement élevée en altitude et son sous-sol de ‘grèzes litées’ pourrait ne pas être considéré comme un support de GC par les experts de l’INAO. Aussi, la promotion tardive en Premier Cru, en 1981, d’une section importante de ce climat représente certainement un handicap.

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