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Château de Pommard

Lieu établit il y a trois siècles. Une histoire impressionnante. Des bâtiments et une cuverie parmi les plus exceptionnels de La Côte. Un vignoble d’une vingtaine d’hectares d’un seul tenant, complètement emmuré. Ceci dit, qu’en est-il du terroir du Château de Pommard? Jules Lavalle (1855) intègre le vignoble entier dans la même classe que les Epenots et les Rugiens! Camille Rodier (1920), respectueux de l’ouvrage de classement de Jules Lavalle, omet d’intégrer le vignoble dans son propre classement! La réelle valeur du vignoble est-elle vraiment énigmatique?! Ce volet est un zoom sur la propriété du Château de Pommard.

 

Volets de ce segment:

  • Le Château de Pommard en capsule
  • Jeu de photos
  • Genèse en cinq temps
  • Physiographie/géologie/pédologie
  • Les classements historiques du Clos Marey-Monge
  • Brièvement les vins du Château
  • Incongruité sur la dénomination
Le Château de Pommard en capsule

La propriété du Château de Pommard , aussi nommé Château Vivant-Micault par le propriétaire actuel, couvre 19,35 hectares qui, outre les bâtiments, est plantée de vignes (18,35 ha). C’est le plus grand vignoble privé d’un seul tenant de toute La Côte. Cette surface est entièrement délimitée par un clos, un mur de pierres sèches d’une hauteur de plus de deux mètres. Le propriétaire actuel désigne son vignoble sous Clos Marey-Monge.
Établie en 1725, la propriété fut détenue par trois lignées familiales pendant près de trois siècles: Micault (1726-1763), Marey-Monge (1763-1936) pendant près de 175 ans et Laplanche (1936 -2003). Entre 2003 et 2014, l’homme d’affaires Maurice Giraud en fut le propriétaire, succédé par un autre homme d’affaires, Michael Baum, l’actuel propriétaire.
La propriété comprend le Château même, ses annexes, dont les installations viticoles, et également le Château Marey-Monge, non moins remarquable, lequel est éloigné du Château principal d’environ 200 mètres et dont la façade est plutôt tournée vers la D973, soit la route des Grands Crus.
Depuis 2005, MM Giraud, particulièrement, et Baum ont effectués des rénovations remarquables de toutes les installations. Entre autres, le ‘ravalement’ (sandblasting) de tous les murs de pierres crée une forte impression. Des endroits viticoles à caractère touristique de La Côte réunissant vignoble et bâtiments historiques, nous pensons que seul le Clos de Vougeot représente aujourd’hui un attrait supérieur au Château de Pommard.

Une photo aérienne du Château de Pommard et de ses annexes captée sur le web, sans source mentionnée. Le Château est l’immeuble aux quatre cheminées. Le carré de vignes au haut de la photo, à droite, est hors du périmètre du vignoble du Château; il s’agit d’une vigne appartenant au Domaine Jean-Marc Boillot. À gauche sur la photo, le Jardin à la Française, accessible au public, est rattaché à la propriété. Un autre manoir, nommé celui là Château Marey-Monge (photo suivante), appartient à l’ensemble. Il est distant de 200 mètres du Château ‘principal’ et n’est pas visible sur la photo.

   Deux manoirs sont situés sur la propriété. Bien que la plaque indique ‘Château de Pommard’, il s’agit du Château ‘Marey-Monge’ qui est éloigné de près de 200 mètres du Château de Pommard. Différemment du Château de Pommard auquel on accède par la rue Marey-Monge, d’axe Est-Ouest, le Château Marey-Monge est plutôt tournée à l’Ouest, vers la route des Grands Crus, la D973. Actuellement en rénovation, ce manoir n’est pas accessible au public. Entouré d’arbres, il est peu visible depuis les abords du Château de Pommard. Il s’entrevoit de sa grille d’accès sur la D974, la Route des Grands Crus, à environ deux cents mètres du carrefour principal de Pommard. Il est recommandé de s’y approcher à pied. Lire ‘Genèse en cinq temps’ pour comprendre le motif de sa construction au début du 19e siècle.

Perspective depuis la route D974, Beaune-Chagny, soit à la limite Est du vignoble, laquelle est également la limite de l’AOC ‘Pommard’. La photo est prise à travers la grille du seul accès percé, sur ce segment, dans le magistral mur entourant la propriété, presque une muraille. Le Château de Pommard à gauche. La cuverie au centre, le clocher de l’église au dessus. En retrait de la photo, un peu plus à droite, le Château Marey-Monge n’est pas visible. Les vignes en arrière-plan représentent la coteau méridional, côté Volnay, du finage de Pommard. Le plan suivant indique l’endroit de la prise de photo.

La photo qui précéde fut prise à l’extrémité Est (bas de la photo) du chemin entre les parcelles ‘Émilie’ et ‘Grands Champs’, aux abords de la parcelle ’75 rangs’.
Ce plan (site internet du Château) montre les positions des deux manoirs, les deux châteaux de la propriété. Le Château de Pommard est situé au haut à gauche, au dessus de la parcelle ‘Micault’. Le Château Marey-Monge est au centre, en partie supérieure; on y constate son chemin d’accès depuis de la ‘Route de Beaune’ (route des Grands Crus).

 

La rue Est-Ouest qui longe le Château, rue Marey-Monge, était autrefois nommée rue des Maronniers. L’atmosphère était tout autre. La rangée de beaux arbres a été substituée par un couloir de stationnement. La ligne électrique, si indispensable soit-elle, lèse le paysage.

Le site internet du Château de Pommard montre un jeu de photos anciennes remarquables:

Les cuves autrefois utilisées. Ces vieilles cuves ont été retirées et sont maintenant disposées dans la cour.

Une section du mur, impressionnant, de deux mètres de hauteur entourant le clos. Tout le périmètre de ± deux kilomètres a été emmuré en 1812. Sur le pourtour, que trois ou quatre grilles d’accès. Mais pourquoi donc une muraille semblable pour entourer un vignoble? Plus que jamais, cette construction apparait sans mesure pour une simple fonction de délimitation. Si les constructions patrimoniales ont toujours leur cohérence, celle de ce mur construit au début du 19e siècle n’est pas évidente.

Genèse en cinq temps

Ce volet d’histoire s’inspire surtout du texte ‘Cinq familles, une passion identique‘ du site internet du Château de Pommard

1726-1763: période Micault
Issu d’une lignée familiale de la noblesse présente à Pommard de longue date, Vivant Micault (1681-1756 ) hérite d’un vignoble de sa mère. Entre autres secrétaire de Louis XV, il fait construire le château de Pommard, de style Régence, à partir de 1726, à l’âge de 45 ans. La pierre employée est le calcaire rose de Chassagne-Montrachet. Entre 1730 et 1750, il ajoute des annexes au château destinées à la production du vin. À l’époque, la propriété est exceptionnelle.

1763-1936: période Marey-Monge
En 1763, Joseph Micault (…-1770), fils de Vivant Micault, vend le Château de Pommard et ses dépendances à Claude Marey (1696-1770). Installé à Nuits-St-Georges, celui-ci est un des premiers négociants en vins de Bourgogne.
Nicolas-Joseph Marey (1760-1818), fils de Claude, hérite de la propriété en 1793. En 1795, il marie Jeanne-Charlotte Émilie Monge, fille de Gaspard Monge (1778-1867), originaire de Beaune et illustre mathématicien et co-fondateur de l’École Polytechnique.
Au cours de la période de la Révolution, pour en éviter le pillage, le Château, seul, est vendu à une famille bourgeoise de Beaune. (Le récit historique relaté sur le site internet du Château de Pommard ne précise cependant pas à quel moment celui-ci fut racheté.) En guise de résidence alternative, Nicolas-Joseph Marey fait construire le Château Marey-Monge en 1802, à environ 200 mètre du Château de Pommard.
Le nom ‘Marey-Monge’ est accordé aux huit enfants du couple par un décret royal de 1840.
Le mur entourant le vignoble est construit vers 1810.

1936-2003: période Laplanche
En décembre 1926, descendant de la famille Marey-Monge, Emmanuel de Blic (fils d’Hervé De Blic et Édith Marey-Monge) vend le Château de Pommard, seul cette fois-ci également, à Charles-Georges d’Epinay; puis vend, en 1936, le Château Marey-Monge, le vignoble et l’entreprise viticole dont la cuverie attenante au Château de Pommard, à Louis Laplanche.
En 1965, Jean Laplanche, un des deux fils de Louis Laplanche, achète le bâtiment du Château de Pommard et acquiert la part de son frère de la propriété familiale. Il devient alors le seul propriétaire de la globalité de la propriété.
Jean Laplanche partage son temps entre Pommard et Paris. Il est un psychanalyste mondialement reconnu, notamment fondateur de l’association psychanalytique de France et auteur des ouvrages ‘Vocabulaire de la psychanalyse’ et ‘La Révolution copernicienne inachevée’.
Le couple Laplanche, Nadine et Jean-Louis, vendent la propriété en 2003, en habitant toutefois le Château Marey-Monge jusqu’à leur décès.

2003-2014: période Giraud
L’entrepreneur immobilier Maurice Giraud, de Haute-Savoie, achète la propriété en 2003. Il mène des travaux majeurs de rénovation des parties viticoles, de l’extérieur des bâtiments et autres.
La fréquentation du Château passe annuellement de 3000 à 30 000 personnes.

2014-aujourd’hui: période Baum
Le californien Michael Baum acquiert la propriété entière du Château de Pommard en 2014. Il complète les travaux d’amélioration du lieu, particulièrement les parties intérieures.

Physiographie, géologie, pédologie

Identifié sur la carte sous ‘Château de Pommard’, le vignoble s’étend sur un peu moins de vingt hectares entre les routes  D973 (route d’Autun qui traverse le village) et D974 (sur la carte, un tronçon de la D974 ne figure pas!). Les courbes de niveaux montrent que le Clos Marey-Monge est situé au débouché de la vallée de l’Avant-Dheune.

Physiographie
Le Clos Marey-Monge s’étire en pente douce d’Ouest en Est sur une distance importante de ±600 mètres, à la base du versant de Pommard; la déclivité y étant assez faible, de
2% et 4%, entre les altitudes ±245 m et ±235 mètres.
Le vignoble du Château se situe sous la route Beaune-Pommard, la D973. Les climats sous cette route sont classés en AOC village, ‘Pommard’. Les Premiers Crus se localisent au dessus de cette route.

Géologie/géomorphologie
Mandatée par le propriétaire actuel du Château, l
‘équipe de ADAMA, société d’expertise géologique et pédologique dirigée par la géologue Françoise Vannier, a produit en 2016 une expertise portant spécifiquement sur le Clos Marey-Monge. Trois types de roches mères1 y ont été observées. Deux typologies occupent la majeure partie du vignoble: une est issue de l’altération d’alluvions de l’ancien lit du cours de l’Avant-Dheune (le cours actuel de l’Avant-Dheune, plutôt un ruisseau, longe le vignoble au Sud); et l’autre est une portion du cône de déjection, ou cône alluvial, créé au débouché de la vallée de l’Avant-Dheune lors de la dernière période péri-glaciaire il y a vingt à trente milles ans.

Logée sur un mamelon à la bordure Ouest du vignoble, la parcelle désignée ‘Simone’ (voir l’illustration qui suit) aurait cependant un sous-sol singulier désigné sous le nom de Conglomérats Saumon2. Ce type de lithologie se constate en différents endroits le long de La Côte, toujours à la base du versant, en fait en bordure du Fossé bressan. Entre autres, une aire importante en AOC communale ‘Chambolle-Musigny’ est déposée sur ce type de sous-sol. Le sol associé à cette formation génère indubitablement un vin distinct, d’ailleurs le Château en individualise une cuvée (cuvée ‘Simone’).

1) Le terme ‘roche-mère‘ est ici employé, et non celui de ‘substrat’ ou de ‘socle’, car en pédologie et géologie, les ‘alluvions‘ et les ‘cônes alluviaux‘ sont des formations formations superficielles’; déposées en superficie, au dessus du socle sous-jacent.

2) Les Conglomérats Saumon sont formés de galets de calcaires jurassiques érodés. Ce sont des colluvions, des galets issus de l’érosion lors de la formation du coteau et déposés dans la dépression au pied du coteau alors en constitution, soit le fossé bressan. Les galets sont emballés dans une matrice calcaréo-argileuse de couleur saumon, d’où le nom. 

ADAMA a produit des échantillons des sols de chacune des sept parcelles du vignoble du Château (photo ci-après). Les échantillons de sols apparaissent différents les uns des autres. En fait, les trois formations de roches-mères identifiées auparavant présentent des faciès de sols qui varient d’un point à un autre sur l’importante surface d’une vingtaine d’hectares de la propriété.

 

Une étude d’ADAMA (expertise géologique et pédologique) a produit des échantillons de sol afférents aux différentes parcelles du vignoble de près de 20 hectares du Château de Pommard. La photo est tirée de la page Facebook d’ADAMA. Les reconstitutions de sols montrées sur l’illustration sont exhibées au Château.

Les classements historiques du Clos Marey-Monge

Le premier classement consciencieux et exhaustif des crus de La Côte a été produit par Jules Lavalle en 1855, dans ‘Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte d’Or’. Jules Lavalle a coté le vignoble du Château de Pommard en ‘Première Cuvée’, au même rang que tous les autres climats classés aujourd’hui en Premiers Crus. Sur Pommard, c’est la seule ‘Première Cuvée’ de Jules Lavalle qui n’est cependant pas classée actuellement en Premier Cru.
Alors que Jules Lavalle précise la superficie de tous les climats de sa nomenclature sur Pommard, et ailleurs sur toute La Côte, il n’indique pas celle du Clos Marey-Monge! Par ailleurs, tous les climats jouxtant le Clos Marey-Monge au Nord et au Sud, aussi sous la route de Beaune-Pommard et présentant grosso modo les mêmes paramètres physiographiques et géologiques, sont placés par Jules Lavalle en Deuxième Cuvée. Jules Lavalle a t-il voulu faire une courtoisie à son propriétaire d’alors qu’il nomme, ‘le Général Marey-Monge’. Quoiqu’il en soit, les classements historiques produits par la suite ont catégorisé le Clos Marey-Monge à un rang inférieur.
L’important classement du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860 place une proportion de ±80% de la surface du vignoble du Château en Deuxième classe et l’autre portion, une lisière au Sud-Est, en Troisième Classe.
Camille Rodier qui a ‘actualisé’ en quelque sorte les classements de Jules Lavalle et du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860, a déterminé une hiérarchie plus élaborée sur le finage de Pommard. Sa nomenclature apparait complète. Notamment, il hisse trois climats en Tête de Cuvée, dont les Rugiens-Bas et Les Grands Epenots. Il détermine un classement à tous les lieux-dits du finage, en omettant toutefois de classer celui du Château!
Au sein des classements historiques, référentiels, le vignoble du Château de Pommard semble un cas à part: sollicitude vraisemblablement par Jules Lavalle, omission par Camille Rodier!
L’ensemble du Clos Marey-Monge est actuellement homologué en AOC village.

Brièvement les vins du Château

Le vignoble du Château est sous la régie de Emmanuel Sala depuis 2007. La conduite du vignoble est particulièrement soignée. Les sols sont travaillés, les labours de la parcelle ‘Simone’ étant tractés au cheval. Une conversion à la culture biodynamique a été entreprise. L’achèvement de celle-ci est prévue pour 2019, si bien que l’homologation formelle à la culture bio serait obtenue en 2022. Les élevages sont assez longs, celui de ‘Simone’ s’allongeant sur 24 mois.
Le lieu exerce une activité de négoce en plus de la production de trois cuvées issues du vignoble même: cuvées ‘Vivant-Micault’ (jeunes vignes), ‘Clos Marey-Monge’ et ‘Cuvée Simone’.
À deux reprises, en avril et juin 2017, nous avons goûté les vins du Château, de courtes séries de Pommard des millésimes 2011 à 2013. D’abord, globalement, ceux-ci ne correspondent pas à l’image, de plus en plus désuète, de vins colorés et tanniques, du Pommard traditionnel décrit dans les livres: les couleurs des vins sont délicatement translucides et ils sont construits sans être rustiques et puissants. Les fruités sont expressifs et les textures sont enveloppées. La cuvée ‘Simone’ a nettement plus d’autorité. Une cuvée remarquable pour son niveau d’appellation communale.

Les labours de la parcelle ‘Simone’, générant la cuvée du même nom, sont effectués au cheval. Photo par monocepage.com lors de notre visite au Château de juin 2017.

Incongruité

Le périmètre du vignoble du Château de Pommard est désigné sous le lieu-dit ‘le village’ dans l’Atlas des Climats et Lieux-dits des Grands Vignobles de Bourgogne’ de Sylvain Pitiot (2010), carte reprise sur le site du BIVB. Cette désignation plutôt anonyme est aussi celle de parcelles minuscules jouxtant immédiatement le village même de Pommard. Nous pensons que le périmètre du Château devrait être individuellement et proprement désigné sous le climat ‘Clos Marey-Monge’.

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