Date de publication:

Vosne-Romanée: les Grands Crus

mise en ligne: mars 2021

CONTENU:
1 ⇒ Cartographie de mise en situation
1.1 → Position de Vosne-Romanée au sein de la Côte de Nuits
1.2→ Vosne-Romanée et vignobles avoisinants
1.3→ Carte des climats du vignoble de Vosne-Romanée
1.4→ Carte des lieux-dits du vignoble de Vosne-Romanée
2
⇒ Un peu d’étymologie et d’histoire
2.1 → Quelques éléments d’histoire
2.2→ Établissement et appropriations de la dénomination ‘Romanée’
3 ⇒ Classements historiques des climats en Grands Crus
4 ⇒ La Grande Rue
5 ⇒ Richebourg
6 ⇒ La Romanée
7 ⇒ La Romanée-Conti
8
⇒ La Romanée-Saint-Vivant
9 ⇒ La Tâche
10 ⇒ Bibliographie

1 ⇒ Cartographie de mise en situation

1.1 → Position de Vosne-Romanée au sein de la Côte de Nuits

Carte issue du site du BIVB.


1-2→ Vosne-Romanée et vignobles avoisinants

Vignoble de la partie septentrionale de la commune de Nuits-Saint-Georges:

Secteur Nord du vignoble en AOC
‘Nuits-Saint-Georges Premier Cru’

Secteur Nord du vignoble
en  AOC ‘Nuits-Saint-Georges’

Vignoble de la commune de Vosne-Romanée:

Grands Crus
(La Romanée, Romanée-Conti, Romanée-Saint-Vivant, Richebourg, La Tâche et La Grande Rue)

Secteurs de la commune en AOC
‘Vosne-Romanée Premier Cru’

Secteurs de la commune
en AOC ‘Vosne-Romanée’

Vignoble de la commune de Flagey-Echézeaux:

Grands Crus
(Grand Echézeaux et Echézeaux)

Premiers Crus de la commune
repliés sous AOC ‘Vosne-Romanée Premier Cru’

Secteur de la commune
replié sous AOC ‘Vosne-Romanée’

Vignoble de la commune de Vougeot:

GC Clos Vougeot
(
considérable portion
de la commune)petit périmètre en AOC ‘Vougeot Premier Cru’
 GC ‘Le Musigny’ à sur la commune de Chambolle-Musigny:

GC Le Musigny

1.3→ Carte des climats du vignoble de Vosne-Romanée

Carte des climats de Vosne-Romanée, et aussi de Flagey-Echézeaux, issue du ‘Le vin de Bourgogne’ de Jean-François Bazin. Nous l’apprécions particulièrement pour l’illustration des lignes de niveau, ce que la majorité des cartes semblables ne montrent pas.


1.4→ Carte des lieux-dits du vignoble de Vosne-Romanée

Carte des lieux-dits du vignoble de Vosne-Romanée tirée du BIVB.
· Les lieux-dits ‘Les Gaudichots’, en majeure partie, et ‘La Tâche’, en totalité, forment le climat ‘La Tâche.
· Les lieux-dits  ‘Les Richebourgs’ et ‘Les Verroilles’ forment le climat ‘Richebourg’.
· Les annotions ‘1’, correspondent à autant de sections du lieu-dit ‘Les Gaudichots’ qui s’inscrivent dans l’aire du Premier Cru du même nom, et non dans celle du Grand Cru La Tâche.
Erratum (erreur sur la carte): un des périmètres sous l’annotation ‘1’, celui placé à droite de la mention ‘Au dessus des Malconsorts’, figure en Premier Cru ‘Les Gaudichots’ et non en Grand Cru La Tâche.



2 ⇒ Un peu d’étymologie et d’histoire

2.1 → Quelques éléments d’histoire

L’abbaye Saint-Vivant de Vergy fut construite entre 894 et 918 dans le secteur Curtil-Vergy, à ± dix kilomètres de Vosne-Romanée dans les Hautes Côtes. En 1087, celle-ci est formellement soumise à l’ordre monastique de Cluny et en deviendra un des importants prieurés au Nord de la Bourgogne. Pionnière du vignoble de Vosne, l’abbaye fut vendue à la révolution et démolie puis laissée à l’abandon, en ruines.

Les Clunisiens à Vosne, les Cisterciens tout à côté à Vougeot… et aussi un peu à Vosne: une rivalité.

Extrait du remarquable ouvrage ‘Romanée-Conti’ (1994) de Jean-François Bazin: « Les promeneurs découvrent sur le mont de Vergy, dans les Hautes Côtes, les vestiges romantiques d’une ancienne abbaye envahie aujourd’hui par les ronces et le lierre (illustration ci-contre). La Romanée Saint-Vivant doit à cette pieuse fondation son origine et son nom. À la fin du 9e siècle, le comte de Chalon, de Beaune et d’Oscheret dit Manassès l’Ancien et son épouse Ermengeard, fille de Bonson, roi de Bourgogne, recueillent auprès du château de Vergy, une vieille demeure construite deux ou trois siècles plus tôt, les reliques d’un saint poitevin (habitant du Poitou), Viventis. Sa légende en fait un habitant de Samarie en Palestine venu évangéliser le pays de Herbauges en Vendée, au 9e siècle. Il aurait vécu sur l’île d’Olonne et serait mort à Saint-Vincent-sur-Graon, dans ce même petit coin de Vendée. Un humble monastère se fonde autour de sa tombe. En 868, la communauté menacée par les Normands doit s’enfuir. Elle emporte les ossements de Saint-Vincent, le matériel liturgique, les ustensiles de cuisine, et s’en va sur les routes en quête d’un abri. L’évêque d’Auvergne l’accueille à Clermont et lui offre un beau domaine dans le Jura à Saint-Vivant-en-Amous près de Dole. Une vingtaine d’année plus tard, les Normands ravagent la Bourgogne et la communauté doit à nouveau s’enfuir sous la même menace. Vers l’an 900, elle trouve refuge près du château de Vergy − aujourd’hui L’Étang-Vergy à une dizaine de kilomètres de Vosne dans les Hautes Côtes −, sur un promontoire rocheux offrant une solide défense naturelle. Le nouveau monastère est fondé sur les reliques de ce saint lointain et par ces moines errants. À la fin du 11e siècle, il devient un grand prieuré de Cluny…. Si la communauté clunisienne de Vergy reçoit une multitude de donations, elle prend vraiment pied dans la Côte le 13 novembre 1131 quand le Duc de Bourgogne Hugues II lui cède ce qu’il possédait ‘dans toute la terre inculte de Flagey et Vosne, en bois et en champs’.

Il existe à cette époque, certainement, des vignes à Vosne, mais sans éclat particulier… » À Saint-Nicolas-les-Cîteaux, à une douzaine de kilomètres à l’Est de Vosne-Romanée, l’Ordre des Cisterciens fut fondé en 1098 par Robert de Molesme et l’abbaye Notre-Dame-de-Cîteaux y fut construite. Les cisterciens possèdent au fil des siècles un important domaine viticole sur La Côte, notamment à Vosne. À cet endroit, les clunisiens et les cisterciens se trouvent alors à équidistance de Vosne, toutefois en milieu clunisien. Tout à côté de Vosne au Nord, les cisterciens vont circonscrire et développer le fameux Clos de Vougeot.

Pour l’histoire de Saint-Vincent de Vergy par l’abbé Jean Marilier.
Site internet documentaire sur létat actuel du lieu de l’abbaye.

Établi non loin à une douzaine de kilomètres à l’Est de Vosne, dans la plaine de la Saône, l’abbaye de Cîteaux participe aussi au développement du vignoble de Vosne à partir du 12e siècle. Jean-François Bazin écrit «les deux communautés (moines clunisiens et cisterciens) s’opposent ici avec vigueur
Par ailleurs, sous l’angle diocésain, l’évêché d’Autun contrôle la Côte de Nuits, dont Vosne, sauf le secteur de Gevrey qui est plutôt sous l’emprise de Langres. Ce qui fait dire à Jean-François Bazin que « Le pays de Gevrey n’a guère de liens, d’affinités naturelles ou patrimoniales aujourd’hui encore avec celui de Vosne. » Son propos, écrit dans son ouvrage ‘Chambertin’ de 1994, est encore largement vérifiable aujourd’hui au plan vinicole, les vignerons de Vosne étant peu présents sur Gevrey et vice versa. Pour sa vie économique et sociale, Vosne est dans la sphère d’influence de Nuits-Saint-Georges.

Jean-François Bazin, auteur prolifique sur le vaste sujet du vin de Bourgogne, cite l’historien Claude Courtépée qui mentionne que la renommée de Vosne ne s’établit qu’à la fin du 17e siècle et signale « qu’Il n’y a point de vins communs à Vosne » . À l’onglet ‘Époque Moderne (17e et 18e siècle)’ sous la rubrique ‘Histoire’ de monocepage.com, l’explication en est fournie:
Durant la période couvrant la fin du 16e et le 17e siècle, le ‘vin issu de raisins à peau rouge’ connaît, partout, une métamorphose considérable. Il était soumis auparavant à une très courte cuvaison et un élevage sommaire, générant ainsi un vin clairet, rouge léger et peu coloré. Il sera dorénavant élaboré avec davantage de couleur et de corps, au moyen d’une extraction tangible et un élevage allongé. C’est aussi le moment correspondant à l’industrialisation de la bouteille, contenant qui confère alors une meilleure capacité de vieillissement au vin. En Bourgogne, la pratique de la vente du vin, qui avait cours systématiquement en novembre, est alors décalée progressivement jusqu’en février suivant la vendange. Du coup, ce sont des vins plus aboutis et, partant, plus caractérisés qui sont commercialisés. Concurremment, l’appréciation des vins subit une évolution graduelle et irréversible. Le cru devient une notion commerciale vers la fin du 17e siècle.
Sur le moment où la magnificence du finage de Vosne est reconnue, Jules Lavalle écrit « Monsieur Jacquinot, de Richemont, est le premier qui a fait connaître la supériorité des vins de Vosne sur les autres cantons de Nuits, vers 1680. » Jacquinot, de Richemont était un parlementaire de Dijon, propriétaire de vignes à Vosne.

Après la crise phylloxérique (1880-1890) et la mévente des années 1920 à 1930, une partie importante du vignoble est acquise par des petits vignerons qui créent des domaines, presque tous familiaux, et acquérant le contrôle des crus.


2.2→ Établissement et appropriations de la dénomination ‘Romanée’

La Romanée, La Romanée-Conti, Romanée-Saint-Vivant, sur Vosne-Romanée le nom Romanée se répercute magistralement. Le texte à la suite apprend d’ailleurs que ‘Romanée’ se confondait à ‘Vosne’ au 19e siècle (voir à la suite ‘1866: juxtaposition de ‘Romanée’ au nom Vosne (Vosne-Romanée’). Marie-Hélène Landrieu-Lussigny caractérise bien clairement ces trois noms de climats dans l’ouvrage conjoint, Syvain Pitiot et elle, ‘Climats et lieux-dits des grands vignobles de Bourgogne, atlas et histoire des noms des lieux’ (2010).
Mme Landrieu-Lussigny écrit: « En 1651, une inscription sur les registres de Saint-Vivant (du Prieuré de Saint-Vivant, possesseur alors d’une grande superficie de vignes à Vosne) mentionne ‘deux pièces de vignes sises au finage de Vosne, lieu-dit En La Romanée’. C’est la première fois, à notre connaissance, que le nom de ‘en La Romanée’ apparait pour désigner ces deux pièces de vignes… Ces deux pièces de vignes furent achetées, le 18 juillet 1760, par le Prince de Conti… Le nom ‘Romanée-Conti’ deviendra officiel en 1794. »
« Cinq ans après cette acquisition par le prince de Conti, en 1765, la dénomination ‘La Romanée de Saint-Vivant’ apparait pour la première fois dans un bail signé par l’abbaye de Saint-Vincent… Les moines de Saint-Vivant avaient sans doute apprécié la dénomination prestigieuse qu’était ‘En la Romanée’ et dont bénéficiaient deux pièces de vignes depuis 1651 et ils l’avaient généralisée, depuis un certain temps déjà, à leur vigne toute proche. Elle s’appela ‘La Romanée Saint-Vivant’ en 1765 et s’appelle ‘La Romanée Saint-Vivant’ de nos jours. »
Au sujet du climat ‘La Romanée’, « il s’est appelé ‘Aux échanges’ et, en 1827, il fut baptisé par son propriétaire d’un nom plus prestigieux: ‘La Romanée’ comme ‘La Romanée-Conti’ ou ‘Romanée-Saint-Vivant’, ses voisins. »

Juxtaposition de ‘Romanée’ au nom Vosne: Vosne-Romanée en 1866

Napoléon accorde à la commune de Vosne le 11 avril 1866 le droit d’être prénommée dorénavant ‘Vosne-Romanée’; Gevrey fut la première commune à obtenir une prérogative semblable, la juxtaposition de ‘Chambertin’ à son nom en 1848. Le conseil municipal en avait fait la demande le 7 mai 1865: « Monsieur le Maire expose au Conseil municipal que depuis quelques temps les principaux habitants de la commune et principalement MM. les Négociants ont manifesté le désir qu’il soit ajouté au nom de la commune celui de Romanée. Ces MM. exposent que, en principe, très souvent à l’étranger principalement beaucoup d’acheteurs croient positivement que le nom de Romanée représente le nom d’un village particulier et refusent de croire que ce nom est un nom de climat de grands vins compris dans le territoire de Vosne… Le Conseil municipal supplie le M. le Préfet de la Côte d’Or de bien vouloir appuyer cette demande. » Jean-François Bazin ajoute d’ailleurs que ‘le Dictionnaire géographique de Vosgien revu par Giraud en 1812 indique « Romanée, village de Bourgogne, près de Nuits. » De même Thomas Jefferson qui visite La Côte de façon très attentive en 1787, dessine t-il dans ses Carnets un petit croquis des villages et des vins. ‘Romanie’ y figure comme village et pas seulement comme vin…. Une certaine confusion existe doncCette greffe vient dorénavant supprimer les méprises déterminant Romanée comme commune. »


3 ⇒ Classements historiques des climats en Grands Crus

NOTES:
Note 1: La classification du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860 couvre aussi quelques finages de la Côte de Nuits localisés dans l’arrondissement de Dijon, soit ceux de Chambolle-Musigny, Morey-St-Denis et Gevrey-Chambertin. Il y est précisé, judicieusement, que pour «l’arrondissement de Dijon (le classement a été effectué) par une société de viticulteurs». L’arrondissement de Beaune regroupe les finages de Santenay à Vougeot et l’arrondissement de Dijon comprend les finages de La Côte situés au Nord de Chambolle-Musigny inclusivement.
Pour les finages de Gevrey-Chambertin et Morey-St-Denis, le classement obtenu de l’exercice ‘d’une société de viticulteurs‘ sur le finage ne nous pas apparu suffisamment pertinent pour en citer les éléments.
Ladite mention figure sur la planche cartographique de la classification du Comité de Beaune ‘dessinée par M.L. Bonnamas / ÉD BATAULT MOROT, ÉDITEUR À BEAUNE / 1867′.

Note 2: Le climat Mazoyères-Chambertin est généralement replié sous Charmes-Chambertin.

Note 3: Si la classification de Jules Lavalle pour Morey-Saint-Denis apparait assez sévère, en revanche celle de Camille Rodier en 1920, autre référence majeure, apparait bien généreuse. Rodier attribue entre autres des cotes de ‘Première Cuvée’ ou de ‘Deuxième Cuvée’ à la plupart des Premiers Crus actuels et celle, certainement excessive, de ‘Tête de Cuvée’ au Clos des Lambray. Bref, il y a certainement lieu d’éprouver une certaine perplexité vis-à-vis les classements de Lavalle sur Gevrey-Chambertin et Rodier sur Morey-Saint-Denis.

Note 4: Le lieu-dit Les Chaffots comprend une partie de 2,62 hectares en Premier Cru et une partie de 1,40 hectares en Grand Cru, dont une section de 1,34 hectares dans le Clos Saint-Denis et une autre de 0,07 hectare dans le Clos de la Roche.

Note 5: Une partie de 1,52 hectare du Grand Cru Bonnes Mares s’inscrit sur le territoire de Morey-Saint-Denis; la plus grande partie de ce GC, 13,54 hectares, est cependant sur le territoire de la commune voisine de Chambolle-Musigny.

Note 6: La classification du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860 couvre aussi quelques finages de la Côte de Nuits localisés dans l’arrondissement de Dijon, soit ceux de Chambolle-Musigny, Morey-St-Denis et Gevrey-Chambertin. Il y est précisé, judicieusement, que pour «l’arrondissement de Dijon (le classement a été effectué) par une société de viticulteurs». L’arrondissement de Beaune regroupe les finages de Santenay à Vougeot et l’arrondissement de Dijon comprend les finages de La Côte situés au Nord de Chambolle-Musigny inclusivement.
Différemment des finages de Gevrey-Chambertin et Morey-St-Denis, le classement obtenu de l’exercice ‘d’une société de viticulteurs‘ sur le finage de Chambolle-Musigny nous est apparu suffisamment pertinent pour en citer les éléments.
Ladite mention figure sur la planche cartographique de la classification du Comité de Beaune ‘dessinée par M.L. Bonnamas / ÉD BATAULT MOROT, ÉDITEUR À BEAUNE / 1867′.

Note 7: Jules Lavalle utilise la mention ‘Hors Ligne’ en certains endroits, particulièrement pour le Clos de Vougeot et pour des climats des finages de Aloxe-Corton et Prémeaux-Prissey. Il indique en page 92 de son ouvrage que les ‘têtes de cuvée‘ et les ‘hors ligne‘ sont dans la même classe, sans toutefois mentionner les particularités ou circonstances associées aux attributions de la cote ‘hors ligne’. À notre avis, l’usage de la cote ‘Hors Ligne’ par celui-ci détermine une cote inférieure à ‘Tête de Cuvée’.

Note 8: Jules Lavalle attribue la cote de ‘Tête de Cuvée’ au lieu-dit ‘Les Richebourg’ et celle de ‘Première Cuvée’ au lieu-dit ‘Les Varoilles-sous-Richebourg’.

Classement de Jules Lavalle (1855)
Le Dr Jules Lavalle a rédigé ‘Histoire et Statistique de la Vigne et des Grands Vins de la Côte d’Or’ en 1855. L’ouvrage est une référence majeure car il contient le premier essai de classement complet des climats de la Côte d’Or. Ce classement est réalisé par commune, par finage. La catégorisation comprend surtout cinq classes: ‘Tête de Cuvée’, ‘Première’, ‘Seconde’, ‘Troisième’ et ‘Quatrième Cuvée’. Jules Lavalle utilise aussi ponctuellement la mention ‘Hors Ligne’ en certains endroits (particulièrement sur Clos de Vougeot, Corton et Prémeaux-Prissey). Il indique en page 92 de son ouvrage que les ‘têtes de cuvée‘ et les ‘hors ligne‘ sont dans la même classe, sans toutefois mentionner les particularités ou circonstances associées aux attributions des cotes ‘hors ligne’. Sur un aspect délicat de son classement, celui de l’éventuelle comparaison des classes identiques d’un finage à l’autre (exemple: les climats en ‘Première Cuvée’ sur Gevrey par rapport aux ‘Première Cuvée’ sur Beaune), Jules Lavalle a écrit « Je n’ai étudié les vins de chacune des communes de la Côte comme si les autres communes n’eussent pas existé et la classification que j’ai donnée n’est vraie que pour chacune d’elles prises isolément. » Le monumental travail de Jules Lavalle contient aussi le premier exercice, rigoureux, de cartographie de La Côte.

Classement du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune (1860)
Le Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune fut produit pour la promotion des vins de Bourgogne lors de l’exposition universelle de Londres de 1862. L’arrondissement de Beaune est un des cinq arrondissements du département de la Côte d’Or. Voici quelques extraits des notices liées audit classement: « Non seulement chaque commune, mais encore chaque climat, et souvent chaque parcelle a été l’objet d’un examen consciencieux de la part de cette Commission qui a puisé ses renseignements aux meilleures sources. De plus, avant d’être définitivement arrêté, le classement de chaque commune a été soumis à une enquête publique par M. le Préfet de la Côte-d’Or. / Les observations recueillies dans les diverses localités ont été l’objet d’un nouvel examen très approfondi et le classement a été modifié en vertu des observations qui ont été reconnues fondées. Nous osons donc le dire, le plan que nous publions présente toutes les garanties désirables de sincérité et d’exactitude. / La première classe comprend les vignes qui ont paru réunir à un haut degré toutes les conditions voulues pour produire un vin de choix; ce qu’on appelle ordinairement les têtes de cuvées et premières cuvées. La seconde classe (vulgairement nommée secondes cuvées) comprend les vignes placées dans des conditions un peu moins favorables, par rapport à la nature du sol, à son exposition, à son inclinaison. La troisième classe (troisièmes cuvées) les vignes qui, tout en produisant des vins dignes d’être classés parmi les vins fins, se trouvent placées sur l’extrême limite des bons climats. »
L’arrondissement de Beaune regroupe les finages de Santenay à Vougeot; l’arrondissement de Dijon comprend les finages de La Côte situés au Nord de Vougeot, soit de Chambolle-Musigny jusqu’à Marsannay-la-Côte.

Couverture cartographique du finage de Vosne-Romanée afférente au Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.

Classement de Camille Rodier (1920 et 1937)
Dans son ouvrage important ‘Le Vin de Bourgogne’ de 1920, réédité et quelque peu modifié en 1937, Camille Rodier, co-fondateur, avec Georges Faiveley, de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, écrit « Nous tenons à ce qu’il soit établi que nous n’avons pas cherché à faire un classement nouveau, mais que le travail que nous présentons aux lecteurs résultent de deux classements faisant autorité à des titres différents, savoir … » et il nomme les classements de Jules Lavalle (1855) et du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860. Il n’en adapte pas moins de temps à autre ces deux classements, avec justesse, d’autant que les valeurs des climats étaient certainement encore mieux connues quelques décennies après les classements historiques de Jules Lavalle et du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’arrondissement de Beaune de 1860. Le classement de Camille Rodier doit également être considéré tel une référence majeure.

Couverture cartographique des finages de Flagey-Echézeaux et Vosne-Romanée afférente au classement de Camille Rodier en 1920.

Classement de Jasper Morris (2010)
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un classement historique, nous avons jugé bon de l’inclure. Dans son livre de 2010, ‘Inside Burgundy’, Jasper Morris attribue un classement à tous les climats homologués en Grands Crus et en Premiers Crus. De façon générale, il appuie leur statut formel. Toutefois, dans certains finages il prime certains Premiers Crus et/ou Grands Crus en leur octroyant la mention ‘outstanding’ ou ‘exceptional’; et en contrepartie il atténue le classement formel de certain climats. Sur les finages de Vosne et Flagey, les surévaluations sont nombreuses.



4 ⇒ La Grande Rue
(1,65 hectares: 1,42 ha sur le lieu-dit ‘La Grande Rue’ et 0,23 ha sur le lieu-dit ‘Les Gaudichots’)
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→ À savoir

· La Grande Rue est l’un des trois Grands Crus en monopole de Vosne-Romanée et un des quatre de la Côte de Nuits, avec La Romanée-Conti, La Romanée et le Clos de Tart (finage de Morey-Saint-Denis).
· Il est officiellement devenu le 32e Grand Cru de La Côte le 8 juillet 1992. Aucun autre climat de La Côte a été gradué depuis en Grand Cru.
· Son nom se rattache au chemin qui borde le cru le long de sa limite Nord et qui gravit le versant vers le plateau à l’Ouest (illustration ci-contre: La Grande Rue à gauche du chemin et la Romanée-Conti à droite.)

→ Un peu d’histoire

· La Grande Rue appartenait avant la Révolution à la famille Lamy de Samerey de la noblesse française et, ayant été confisqué en tant que bien national, fut vendu aux Marey-Monge, alors une famille dynastique du milieu viticole de La Côte.
· Par le mariage entre Ludovie Marey (1814-1875) et Louis-Charles Bocquillon Liger-Belair (1802-1878), La Grande Rue permute alors d’une famille dynastique, les Marey-Monge, à une autre en essor, les Liger-Belair.
· En 1876, La Grande Rue est dans le lot qui est légué à Cécile, fille de Louis-Charles et Ludovie, qui se marie à Joseph de Champeaux de Sancy, lequel se désintéresse de la vigne.
· Un descendant de Joseph, le général Denys de Champeaux (1865 – 1937), généralement absent de Vosne, en hérite et le vend en 1933 à Henri Lamarche de Vosne, celui-ci appuyé par le financement de son oncle Edouard, ou peut-être le reçoit-il en cadeau de noce de ce dernier.
· La Grande Rue n’est pas homologué en Grand Cru en 1936 ou 1937 parmi les nombreuses consécrations d’AOC de Vosne-Romanée et est plutôt désigné en Premier Cru. Henri Lamarche n’avait pas initié de requête auprès de l’INAO, action qui eut été de son initiative, et non celle d’un syndicat des producteurs locaux, La Grande Rue n’ayant qu’un seul propriétaire. Il est dit que ce dernier concevait que l’éventuel gain financier résultant du statut de Grand Cru n’aurait pas suffisamment compensé la fiscalité additionnelle, d’autant que le succès commercial de la ‘Romanée Grande Rue / Tête de Cuvée Mononople’ (voir l’illustration) était déjà intéressant.
· En 1959 Henri Lamarche et la famille de Villaine réalisent un échange de surfaces exiguës, en vertu de la loi sur le remembrement de 1941. Quatre parcelles du lieu-dit d’alors ‘La Grande Rue et les Gaudichots’, qui s’inscrivent depuis dans le climat La Grande Rue, sont permutées au domaine Lamarche; tandis que sept parcelles des Gaudichots, s’inscrivant depuis dans le climat actuel La Tâche, le sont au Domaine de la Romanée-Conti. Vu les traits de perspicacité et d’initiative du tandem Chambon/de Vilaine, propriétaires de la Romanée-Conti, l’opération fut probablement initiée par ceux-ci.
· Marie-Blanche Lamarche qui a épousé François, le fils d’Henri, a entrepris la démarche d’homologation en août 1984. À la demande de l’INAO, la direction du syndicat des producteurs de Vosne-Romanée a préalablement approuvé la démarche dans un vote, serré, de 6 pour et 5 contre! Le 27 juillet 1989 l’INAO approuve la promotion en Grand Cru de La Grande Rue conformément à la recommandation de la commission de trois experts mandatés pour étudier le dossier. Un projet de décret est établi le 15 février 1990, celui-ci n’étant formalisé qu’en juillet 1992, selon une autorisation de l’emploi de la mention Grand Cru à partir du millésime 1991. Des détails d’ampélographie qui ont par la suite porté sur l’ensemble des vins de La Côte, et inscrits bien évidemment dans le décret de La Grande Rue, auraient occasionné le dernier délai. Une parcelle de 0,15 hectares de bas de coteau des Gaudichots appartenant au Domaine Hudelot qui figurait au dossier fut écartée de l’homologation de La Grande Rue.

→ Physiographie/géologie
(CLIQUEZ SUR LA CARTE CI-CONTRE POUR L’AGRANDIR)

√ Le climat s’étire en longueur sur ±310 mètres en gravissant le versant, entre les altitudes ±255 mètre et ±285 mètres. Sa largeur s’étiole quelque au fil de la montée du versant, de ±100 mètres au bas à ±50 mètres au haut.
√ Sa pente varie de ±3% au bas à ±15% au haut.
√ Selon la carte montrée au chapitre 5, ‘coup d’oeil sur la géologie’ du topo ‘ du topo ‘Vosne-Romanée: mise en situation‘, sa géologie, semblable à son voisin La Tâche, est formée d’une séquence des formations suivantes du bas vers le haut: Calcaire à Entroques, Marnes à Ostrea acuminata, Calcaire argileux et Calcaire de Prémeaux.

→ Position dans les classements historiques et référentiel

‘Première Cuvée’ pour Jules Lavalle en 1855 et Camille Rodier en 1920; tandis que les climats voisins au Nord et au Sud, La Romanée-Conti et La Tâche, sont des ‘Tête de Cuvée’ de Lavalle et Rodier. Au sein de la Première Classe dans le Classement du comité agricole de Beaune de 1860.

→ Le vin du climat

Est-il bien connu? À notre avis, davantage non que oui! Pendant quelques décennies alors que réalisé par François Lamarche, décédé accidentellement en 2013, La Grande Rue ne fut jamais pleinement abouti. Il est réalisé depuis 2006 par la fille de François, Nicole, qui a fait progresser tant le travail dans les vignes que dans le chai. Les vins des millésimes depuis ±2010 fourniront indubitablement, avec un vieillissement de dix à quinze ans, de bonnes représentations du vin de La Grande Rue. Il ne fait cependant aucun doute que La Grande Rue est un Grand Cru.

→ L’énigme de La Grande Rue

La Grande Rue est nettement une des, nombreuses, énigmes de La Côte. Climat resserré entre des climats vénérés, La Romanée-Conti et La Romanée au Nord, La Tâche au Sud, il obtient un classement inférieur à ces voisins par Jules Lavalle et Camille Rodier. La physiologie et la géologie de La Grande Rue ne semblent pourtant pas différées de celles de ses illustres voisins. Qui plus est, son vin n’a manifestement jamais été pleinement révélé, du moins au cours des dernières décennies. La Grande Rue est énigmatique.



5 ⇒ Richebourg
(8,03 hectares: 5,05 ha sur le lieu-dit ‘Les Richebourgs’ et 2,98 ha sur le lieu-dit ‘Les Veroilles’)
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→ Singularité

Les vinophiles boivent ‘un’ Richebourg, selon la mention, au singulier, de l’AOC figurant sur les étiquettes, alors que la désignation du climat est au pluriel, ‘Les Richebourgs’!

→ Un peu d’histoire

· Il a été dit que les moines de l’abbaye de Saint-Vincent de Vergy, autrefois installés à l’Ouest de Vosne dans les Hautes Côtes, détenaient entre autres avant la Révolution la plupart des pièces de vignes constituant actuellement les GC La Romanée-Conti, La Romanée et La Romanée-Saint-Vivant. Les moines de l’abbaye de Cîteaux, installés de façon équidistante plutôt à l’Est dans la plaine de la Saône, étaient par ailleurs un des principaux propriétaires de vignes sur Les Richebourgs.
· Jean-François Bazin écrit que « alors que les moines laissent des exploitants civils s’occuper des Echézeaux, ils veillent eux-mêmes sur Les Richebourgs, donnant lieu à une cuvée particulière et vinifiée au Clos de Vougeot » à un peu plus d’un kilomètre à vol d’oiseau.
· Des biens confisqués à la Révolution, les vignes en Richebourgs des Cisterciens furent acquises en 1791 par des banquiers parisiens qui se le transigèrent entre eux de façon spéculative jusqu’à vers 1820.
· En 1855, Jules Lavalle  en nomme des propriétaires, dont Duveaux (Duvault-Blochet, nom initial de la descendance des de Villaine) et Liger-Belair, toujours des détenteurs importants aujourd’hui.
· Les Verroilles, un des deux lieux-dits constituant actuellement le climat ‘Les Richebourgs’, était désigné ‘Varoilles-sous-Richebourgs’ avant le 20e siècle; d’ailleurs, il est nommé ainsi dans le livre de Jules Lavalle de 1855 (voir ci-haut sous ‘classements historiques des climats en Grands Crus’), alors que Danguy et Aubertin en 1892 (‘Les Grands Vins de Bourgogne’) le nomme ‘Les Verroilles ou Richebourg ou Sous-Richebourg’. Il est dit que Étienne Camuzet, maire de Vosne-Romanée de 1900 à 1929 et député du département de la Côte d’Or de 1902 à 1932, lui-même propriétaire sur Les Veroilles, aurait préconisé que lui soit retiré les deux lettres ‘s’ de ‘sous’ afin qu’il soit alors désigné ‘Veroilles ou Richebourgs’; c’est d’ailleurs ainsi qu’il est nommé par le classificateur Camille Rodier en 1920 (Camuzet et Rodier se connaissaient sans doute très bien).
·Le contexte de la Loi sur les Appellations d’Origine − Loi promulguée en 1919, précurseur de la Loi sur les Appellations d’Origine Contrôlée de 1935, qui confie à la Justice la capacité de fixer des AO en s’appuyant sur les usages loyaux, locaux et constants − est venu  associer formellement les deux noms, Veroilles et Richebourgs: En résumé, des propriétaires du lieu-dit Les Richebourgs initièrent en 1922 une affaire afin d’obtenir de la Justice l’interdiction de l’emploi de la désignation ‘Richebourg’ pour les vins issus des Verroilles. La Cour de Dijon prononça le 23 juin 1924 un jugement en appel qui valida, pour les vins des Verroilles, les désignations ‘Veroilles’ ou ‘Richebourg’. Le jugement n’avait fait que prendre acte d’une entente à l’amiable qui était intervenue dans l’intervalle entre les propriétaires des deux lieux-dits, à partir certainement de tractations intervenues au sein du syndicat des producteurs. Du coup, les deux lieux-dits étaient juridiquement intégrés dans un même climat. La AO ‘Richebourg’ ou Verroilles’ fut mutée en AOC ‘Richebourg’ le 11 septembre 1936.
Produite par Olivier Jacquet, auteur de ‘Un siècle de construction du vignoble bourguignon’ (2009), la carte indique les vignobles de France où furent juridiquement fixées des Appellations d’Origine, des AO, par les tribunaux en vertu de la Loi de 1919. Richebourg y est mentionné. Manque une AO de la Côte de Nuits sur la carte, celle de ‘Clos Saint-Jacques’.

→ Position dans les classements historiques et référentiel

Le lieu-dit Les Richebourgs est une ‘Tête de Cuvée’ de Jules Lavalle en 1855 et de Camille Rodier en 1920, et en ‘Première Classe’ du Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.
Le lieu-dit ‘Verroilles’ est une ‘Première Cuvée’ de Jules Lavalle, cependant une ‘Tête de Cuvée’ de Camille Rodier. Il est en ‘Première Classe’ du Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.
La cote de Première Classe’ pour Les Verroilles par Jules Lavalle est intrigante. Cette partie des Richebourg n’est pourtant pas moins estimée de nos jours.

Pour une vue des classements de tous les Grands Crus de la Côte de Nuits, voir le volet no 3 ci-haut: ‘Classements historiques des climats en Grands Crus

→ Physiographie/géologie

Les lignes de niveaux traduisent la déclivité du versant.
Orienté à l’Est, sauf pour la partie supérieure du lieu-dit Les Verroilles qui tourne quelque peu au Nord, le climat Les Richebourg est logé entre les altitudes ±260/265 mètres et ±285/290 mètres.
En vertu de sa fine rotation vers le Nord, la partie supérieure du lieu-dit Les Verroilles occasionne des vendanges plus tardive de deux ou trois jours.

Selon la carte montrée au chapitre 5, ‘coup d’oeil sur la géologie’ du topo ‘ du topo ‘Vosne-Romanée: mise en situation‘, sa géologie comporterait globalement les formations, du bas vers le haut du versant, de Marnes à Ostrea acuminata, Calcaire argileux et Calcaire de Prémeaux; lesquelles sont aussi observées sur les autres Grands Crus de Vosne.

→ Le vin Richebourg

Selon Alllen Meadows, « at is finest, Richebourg is one of the five best red wines in Burgundy. The character of Richebourg is one of extremes: It is sublimetely perfumed yet powerfull, muscular, rich and dense, with a superb intensity., that can some times match that of La Tâche. »
Clive Coates écrit que « I count some Richebourgs among the greatest Burgundies I have ever tasted. As its best, it can offer an explostion of flavours: coffee and chocolate when young, violets when mature, all within a velvet-textured cornucopia of small black and red fruits. »

→ Exploitants de Les Richebourgs

Le climat compte onze propriétaires de parcelles. La majorité d’entre eux sont des domaines renommés, voire très réputés, sinon prestigieux:
· Domaine de la Romanée-Conti: 3,51 ha (Les Richebourgs: 2,57 / Les Verroilles: 0,94 ha)
· Domaine Leroy: 0,78 ha (Les Richebourgs)
· Gros Frères et Sœurs: 0,69 ha (Les Verroilles)
· Anne-Françoise Gros: 0,60 ha (Les Richebourgs: 0,34 / Les Verroilles: 0,26 ha)
· Anne Gros: 0,60 ha (Les Verroilles)
· Thibault Liger-Belair: 0,55 ha (Les Richebourgs)
· Méo-Camuzet: 0,35 ha (Les Richebourgs: 0,05 ha / Les Verroilles: 0,30 ha)
· Jean Grivot: 0,32 ha (Les Richebourgs)
· Mongeard-Mugneret: 0,31 ha (Les Richebourgs)
· Hudelot-Noëllat: 0,28 ha (Les Richebourgs)
· Bichot / Clos Frantin: 0,07 ha (Les Verroilles)

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Illustration de droite, désignant les propriétaires des parcelles du GC Richebourg, issue du site burgmap.com

 



6 ⇒ La Romanée (0,84 hectares)
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→ Singularité

· La plus petite superficie des AOC de la Bourgogne. Qui plus est, la plus petite superficie des AOC de France.
· Bien qu’il s’agisse d’une vérité de La Palice, soulignons-le tout de même: la production annuelle de La Romanée est infime. En vertu du décret d’appellation, le rendement maximal de l’appellation est de 38 hectolitre/hectare, si bien que la production annuelle maximale est de ±4200 bouteilles. En formulant l’hypothèse que les exportations ne touchent que vingt à trente de pays, ainsi ±150 bouteilles/millésime est destinée à chacun de ceux-ci. Ce calcul se traduit donc par une rareté du vin, voire RARETÉ en concevant que les réseaux de vente se referment en faveur de la clientèle fidèle …

→ Un peu d’histoire

· Et quelle histoire!
La suite est un condensé d’une partie du chapitre portant sur ‘La Romanée’ contenu dans le livre ‘La Romanée-Conti’ écrit 1994 par Jean-François Bazin. Ce livre apporte un éclairage étonnant sur l’histoire entourant les Grands Crus de Vosne. Commandité par le Domaine du Compte Liger-Belair, Jean-François Bazin a aussi écrit en 2015 ‘Les comptes Liger-Belair deux siècles au service de La Romanée’ (1815-2015)’.
· Avant le 19e siècle, ce climat aurait porté les noms de ‘Es Échanges’, ‘Au sentier du Prêtre’, ‘Au dessus de la Romanée’. Une partie de la récolte sur ce climat était vraisemblablement intégrée dans des cuvées identifiées à Richebourg, particulièrement celle émanant de la parcelle détenue par les moines cisterciens.
· Le nom ‘En La Romanée’ fut celui utilisé par l’officier Joseph Durand qui fit en décembre 1790 l’évaluation portant sur deux parcelles du climat actuel saisies à la Révolution et destinées à la vente par encan; l’officier Durand a aussi œuvré dans d’autres dossiers sur Vosne, dont celui de la Romanée-Conti.

· ‘En La Romanée’ aurait été composé au début du 19e siècle de six parcelles détenues par différents propriétaires.
· Le nom Liger-Belair est associé pour la première fois à La Romanée en 1815: le Comte Louis Liger-Belair, un général, épouse cette année là Claire-Cécile Basire, veuve depuis un an d’un autre général, Joseph-Nicolas Allemand. Ce dernier avait acheté du père de Claire-Cécile le château de Vosne et une panoplie de belles vignes de l’endroit, dont La Grande Rue, La Tâche (lieu-dit La Tâche de Bévy) et une des six parcelles de La Romanée saisies à la Révolution. Par héritage, Claire-Cécile obtient la jouissance complète sa vie durant du domaine et de son usufruit; la gestion de l’ensemble est confiée à son nouveau mari, Louis Liger-Bélair. La nue-propriété est toutefois léguée pour les trois quarts au frère du général Joseph-Nicolas, Pascal Allemand de Lyon, et le quart restant à sa mère, Julie (Terrot-)Allemand. Ceux-ci réaliseront un échange en 1818 afin d’être respectivement pleinement propriétaire de leurs biens.
· La parcelle dite ‘Gauthier’ de La Romanée est achetée en 1818 par le compte Louis Liger-Belair.

· En février 1820, le compte acquiert une autre parcelle de La Romanée, dite ‘Gillot’.
· En 1825, Julie (Terrot-)Allemand transmet ses avoirs sur Vosne, incluant la partie de la parcelle dite ‘Lamy de Samerey’ de La Romanée, à son ex-belle-fille, Claire-Cécile Basire.
· Pascal Allemand avait vendu en 1821 au Lyonnais Vincent Morand ses propriétés sur Vosne obtenues par héritage. Morand les revend en 1833 à Louis-Charles Bocquillon Liger-Belair, fils adoptif du Compte Louis Liger-Belair et de Claire-Cécile Basire. La parcelle entière dite ‘Lamy de Samerey’ de La Romanée est dorénavant dans le patrimoine Liger-Belair.
· En 1826 le compte achète les trois dernières parcelles en vertu de deux transactions, soit d’une part la ‘Vigne des Pères de l’Oratoire de Dijon’ et d’autre part les parcelles ‘Royer’ et ‘Ménétrier’. Le remembrement de ‘En la Romanée’ est alors complété.
· À l’établissement du cadastre en 1927, le comte s’assure de faire inscrire le remembrement des six parcelles comme une parcelle unique, sous le nom de ‘La Romanée’.
·Petit-fils du Comte Louis-Charles, le Comte Henri Liger-Belair meurt prématurément en 1924, laissant les nombreuses vignes familiales et le Château de Vosne-Romanée à sa veuve et ses dix enfants; le patrimoine leur appartient de façon indivise. Tout se maintient jusqu’à la mort de sa épouse, en 1931. Les dix enfants sont toujours là mais deux sont mineurs. La loi de l’époque impose que tous les enfants soient majeurs pour régler une succession, à défaut de quoi la masse successorale doit être disloquée, pour être répartie et/ou vendue. Trois membres de la famille ne souhaitent pas attendre la majorité des deux mineurs, et imposent donc le dislocation du patrimoine. Le 31 août 1933 à la Mairie de Vosne-Romanée, des vignes sont cédées par vente aux enchères judiciaire, entre autres La Tâche de Bévy (lieu-dit d’origine de La Tâche) et La Romanée.
· Un des enfants de Henri, Just, 29 ans, devenu vicaire à la paroisse de Dijon, acquiert La Romanée aux enchères de août 1933. René Engel (voir volet 2 ‘personnages du passé’ de http://monocepage.com/vosne-romanee-mise-en-situtation/ ) et lui avaient surenchéri.
· Entre 1933 et 2000, Just Liger-Belair confie La Romanée en métayage (forme de location impliquant généralement un partage de l’usufruit entre le propriétaire et le métayer), d’abord à la famille Michaudet, puis du début des années 1950 aux Forey, sur trois générations. La part de l’usufruit revenant à Just Liger-Bélair est commercialisée par des négociants, dont le dernier fut la maison Bouchard Père et Fils, jusqu’en 2001.
· Le début de ce volet-ci est extrait du site internet du Domaine du Comte Liger-Bélair: « En 2000 sont reprises en exploitation − par le Domaine du Comte Liger-Belair − 1,5 hectares de vignes familiales (Vosne-Romanée La Colombière, Vosne-Romanée Clos du Château, Vosne-Romanée Premier Cru Les Chaumes) puis en 2002, 1,6 hectares supplémentaires (Vosne-Romanée Premier Cru Aux Reignots, La Romanée Grand Cru Monopole). » La reprise en main des vignes du domaine est alors réalisée par Louis-Michel Liger-Belair, qui demeure aux commandes encore aujourd’hui.

 → Position dans les classements historiques et référentiel

Comme La Romanée-Conti, La Tâche et Richebourg, La Romanée est une ‘Tête de Cuvée’ de Jules Lavalle en 1855 et de Camille Rodier en 1920, et en ‘Première Classe’ du Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.

Pour une vue des classements de tous les Grands Crus de la Côte de Nuits, voir le volet no 3 ci-haut: ‘Classements historiques des climats en Grands Crus

→ Physiographie/géologie

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Exposé à l’Est comme la majorité des Grands Crus de la Côte de Nuits, le dénivelé du climat est de ±12 mètres, entre les altitudes de 268 m et 280 m. La pente y est continue, de ±10%, soit le seuil entre les qualificatifs de pente modérée et pente forte.

De bien petite superficie, il ne reposerait que sur deux formations rocheuses, en occurrence du Calcaire argileux dans sa partie inférieure et du Calcaire de Premeaux dans sa partie supérieure.



7 ⇒ La Romanée-Conti
monopole (1,80 hectare)
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Que quelques marches pour accéder à ce dernier vignoble, seul aspect accessible à la Romanée-Conti. « Les deux tiers des vignerons de Vosne n’ont sans doute jamais bu dans leur vie la plus petite goutte de Romanée-Conti. » (Jean-François Bazin, ‘Romanée-Conti’, 1994). Est-ce une consolation pour vous lecteur, qui ne tâterez peut-être jamais de ce vin divin.

Il faut parfois un heureux hasard: Nous (auteurs de ces lignes) sommes huit à une table lors d’une soirée que nous avions organisée en 1999 pour notre club d’amateurs de vins. Un du groupe, un appréciateur du moment davantage qu’un œnophile, mentionne avoir une Romanée-Conti 1979 obtenue en cadeau d’une personne qui lui est chère. Il lui est dit que le vin pourrait bien être à boire sans trop de délai si la conservation n’est pas idéale…. L’ouverture de celle-ci est alors planifiée en faveur du même groupe. Le moment venu: extase. Inoubliable!

→ Singularité

· Il y a très peu de climats bourguignons portant le nom d’une personne. La Romanée-Conti, du nom du prince de Conti, en est une bien concrètement. Les autres sont Corton-Grancey, en vertu d’une tradition, et Clos des Corton Faiveley, encore que ‘Faiveley’ résulte d’une décision de justice de 1930.
· Est-il à dire que ce cru est un monopole du Domaine de la Romanée-Conti (DRC)? En fait, la DRC détient deux monopoles exceptionnels sur Vosne: le pré nommé et La Tâche.
· Est-il à dire que c’est là le vin dont le prix est le plus élevé de tous les vins du monde.

→ Un peu d’histoire

· En 1512, un document de l’Abbaye de Saint-Vincent de Vergy, propriétaire du lieu depuis certainement une longue période, indique un vignoble nommé alors ‘Aux Échanges’, qui aurait aussi réuni les climats actuels de la Romanée-Conti et de La Romanée.
· Propriété des moines clunisiens de l’Abbaye de Saint-Vincent de Vergy, le Cloux (Clos) des Cinq Journeaux, grand de huit ouvrées ou 34 ares, qui sera une partie importante de la Romanée-Conti, est cédé à la fin du 16e siècle par bail emphytéotique, une location (cens annuel) s’apparentant à une vente définitive, à Claude Cousin, sergent-général de Dijon.
· En 1621, le Cloux des Cinq Journaux est transmis à Jacques Venot qui œuvre à la chambre des comptes avant de devenir vicomte maïeur (maire) de Dijon et d’acquérir ensuite la seigneurie de Vougeot.
· En 1631, la seigneurie et le Cloux sont cédés à leur fille Jeanne Venot et leur gendre, Philippe de Croonenbourg, une personnalité de la noblesse de France.
· La descendance Croonenbourg est propriétaire de la Romanée-Conti pendant quatre générations, alors que les redevances annuelles du bail emphytéotique sont régulièrement acquittées auprès de Saint-Vincent de Vergy.
· Le paiement pour l’année 1651 se réfère toutefois au lieu-dit ‘En la Romanée’.

Il y a d’autres lieux-dits portant le nom de Romanée sur la Côte, nommément les ‘La Romanée’ de Chassagne-Montrachet et de Gevrey-Chambertin. Selon Jean-François Bazin, oui encore lui, la dénomination de Gevrey précède celle de Vosne de 150 ans. Quant à l’éthimologie de La Romanée de Vosne, il écrit: « on pense aussi au vieux mot françois ‘romenie’, vin de légende. N’est-ce pas l’origine de Romanée? Je le crois. »

· Un descendant des Croonenbourg vend La Romanée à Louis-François de Bourbon, prince de Conti, le 18 juillet 1760. La notoriété de La Romanée est devenue considérable au cours de ce dernier siècle. Vers 1760, le vin de La Romanée se vend dix fois le prix de celui du Clos de Vougeot. Au prix de 9240 livres, La Romanée est aussi transigé nettement plus cher que le Clos de Bèze, 2310 livres, acheté par Claude Jobert en 1750.

Au cours du 17e siècle, le ‘vin issu de raisins à peau rouge’ est soumis à une métamorphose considérable. Il était réalisé auparavant selon une très courte cuvaison et un élevage sommaire; il sera dorénavant élaboré avec davantage de couleur et de corps, au moyen d’une extraction tangible et un élevage allongé. C’est aussi le moment correspondant à l’industrialisation de la bouteille, contenant qui confère alors une meilleure capacité de vieillissement au vin. L’aristocration française acquiert les vignes alors délaissées par les religieux et celle-ci entreprend de valoriser les crus, les climats (voir ‘époque moderne/17e et 18e siècles‘).

· Louis-François de Bourbon, prince de Conti (1727-1776) est seigneur de Nuits (Nuits-Saint-Georges) et d’Argilly, sa famille ayant reçu de Louis XIII cette seigneurie en 1631. Propriétaires de domaines sur La Côte, les Conti en sont familiers et leur intérêt pour La Romanée en découle. Proche un temps du Louis XV, Louis-François de Bourbon est un personnage cultivé, imposant et haut en couleur. Son parcours est divers et trépident. Entre autres, il devient grand prieur de l’Ordre des Chevaliers de Malte et prend avantage d’une panoplie de privilèges. Il apprécie particulièrement les arts de la table; la Romanée-Conti lui est réservé et est servi lors d’événements fastes.
· De l’autre côté du sentier longeant La Romanée au Nord, un parcelle de Richebourg longitudinale à la Romanée-Conti est adjointe à la Romanée-Conti en 1760.
· En 1763, ancienne maison de chasse des ducs de Bourgogne, la Goillotte, dans le village de Vosne (ci contre, illustration de l’entrée de la Goilotte selon une photo qui a un peu d’âge), est reconstruite par les Conti pour y aménager les pressoirs, les cuves et les caves. Bordée de deux sphinx à l’entrée, la Goillotte est vendue au 19e siècle à la famille Chanut de Vosne.
· À la mort de Louis-François de Bourbon en 1776, la Romanée-Conti est transmis à son fils Louis-François-Joseph de Bourbon (1734-1814), également prince de Conti, doté d’une belle intelligence ainsi que d’un comportement nettement plus mesuré que son père. Il conserve la Romanée-Conti. Ses biens sont confisqués à l’arrivée de la Révolution.
· Le rejet de l’aristocratie qui découle de la Révolution n’empêche pas l’adoption définitive de l’adjonction du nom de ‘Conti’ à celui de La Romanée. Ce nom figure pour la première fois sur l’état des des recettes et dépenses pour les années 1789 à 1793 destiné au directoire du District de Dijon et produit par Ligeret, l’homme de terrain du prince de Conti qui avait conservé sa fonction.
· À l’encan de vente des biens nationaux, la Romanée-Conti est vendue en décembre 1794 à Nicolas Defer de Paris.
· Au décès de Nicolas Defer en 1805, la sœur de ce dernier, Anne-Marie Antoinette, hérite de la Romanée-Conti.
· Anne-Marie Antoinette vend la Romanée-Conti le 22 septembre 1819 à Victor Ouvrard qui le cède le même jour à son jeune cousin Julien-Jules Ouvrard, bénéficiaire de la fortune d’un père peu scrupuleux, qui fut banquier personnel de Bonaparte et Napoléon et fournisseur des armées impériales. Il est aussi propriétaire du Clos de Vougeot et du Château de Gilly, tout près du Clos, depuis le 20 avril 1818. Installé au Château, apprécié pour son affabilité et ses implications en politique du milieu, Julien-Jules Ouvrard gère un parc de vignes gigantesque, s’étendant de Gevrey-Chambertin et Aloxe-Corton.
Quatre des neveux et nièces de Julien-Jules Ouvrard, enfants de sa sœur à Élisabeth, deviennent ses héritiers, entre autres du Clos de Vougeot et de la Romanée-Conti, qu’ils vendent le 7 août 1869 pour la Romanée-Conti et en 1889 pour le Clos de Vougeot en raison de délais résultant de complications. Le nouvel acquéreur de la Romanée-Conti, Paul Guillemot de Dijon, manifestement qu’un intermédiaire, le revend le 25 novembre de la même année à Jacques-Marie Duvault-Blochet, alors âgé de 80 ans, de Santenay.

Jacques-Marie Duvault-Blochet (1789-1874): prospérité de Santenay à la Romanée-Conti / ancêtre des de Villaine

La narration qui suit est extraite de deux ouvrages, ‘Romanée-Conti’ (1990) et ‘Le Vin de Bourgogne’ (1996), de Jean-François Bazin (au sujet de ce dernier auteur, voir sur le site internet ‘monocepage’ le deuxième personnage dans ‘version Gevrey des 3M de Bordeaux)

« Ayant fait une grande partie de sa fortune en achetant tout le vin disponible en Bourgogne au lendemain de la révolution de 1848 − La révolution ayant bloqué le marché, le rusé négociant comprend qu’il faut acheter à la baisse. Il contacte son banquier parisien. « Je peux vous prêter quatre millions et même un peu plus si vous le voulez… Jusqu’à huit millions? Oui monsieur. Jusqu’à douze millions? Non monsieur. » − puis le revendant avec un énorme profit grâce au second Empire. Jacques-Marie Duvault-Blochet reste la grande figure de Santenay.
Né en 1789, négociant en vin depuis 1816, Jacques-Marie Duvault-Blochet épouse l’année suivante Sophie Blochet… Ce flamboyant personnage établi à Santenay sera … à la tête de 133 hectares vignes fines dans La Côte. À l’âge de 79 ans, il (…) achète la Romanée-Conti aux héritiers Ouvrard. À partir de 1870, ce vin (…) est transporté jusqu’à Santenay, où il est élevé dans les profondeurs du Château de Passe-temps.
Il est considéré, entre autres élu Conseiller général de la Côte d’Or. Il publie un ‘Traité sur les vins’ et en 1896 un intéressant opuscule ‘De la Vendange’. Il y étudie en effet à l’aide d’observations faites de 1822 à 1866, l’influence du moût sur la qualité du vin, plaidant pour la pleine maturité du raisin et exprimant une compétence professionnelle admirable.
(À sa mort), ses propriétés sont divisées en 341 lots entre ses deux filles. La Romanée-Conti leur est partagée de façon égale, de façon indivise. De succession en succession, dont des transactions au sein des deux descendances: Jacques Chambon cédera sa part de la Romanée-Conti à la famille Leroy en 1942. Tandis que l’autre moitié de la Romanée-Conti demeure au sein de la famille Gaudin de Villaine.»

· Entre 1869 et 1942, la Romanée-Conti demeure la propriété de Jacques-Marie Duvault-Blochet et ses descendants: Soyez bien concentré pour suivre les épisodes de transferts au sein des descendants:
· Au décès de Jacques-Marie Duvault-Blochet (1789-1874), ses biens sont transmis à parts égales de façon indivise à ses deux filles, Claudine-Constance Massin et Henriette Dupuis; chacune d’elles possédant dorénavant la moitié de la Romanée-Conti.
· Claudine-Constance Massin partage ses biens entre ses trois filles; une d’elles, Gabrielle (Massin)-Chambon (1857-1903), obtenant la moitié de la Romanée-Conti.
· En 1855, Henriette Dupuis et sa nièce Gabrielle (Massin)-Chambon s’échangent des vignes: Henriette Dupuis obtient la moitié de la Romanée-Conti de Gabrielle (Massin)-Chambon, en retout de vignes aux Gaudichots, Richebourg et Echézeaux; Henriette Dupuis détient alors 100% de la Romanée-Conti.
· Henriette Dupuis décède en 1887 sans descendance et ses biens sont transmis à sa sœur et ses trois nièces. Deux de ces dernières obtiennent chacune une moitié de la la Romanée-Conti: Gabrielle (Massin)-Chambon, qui reprend la moitié qu’elle avait auparavant échangée avec sa tante Henriette Dupuis, et sa soeur Cécile (Massin)-Guyot.
· Au décès de Gabrielle (Massin)-Chambon, ses deux enfants, Jacques Chambon (1889-1969) et Marie-Dominique Gaudin de Vilaine, née Chambon (1883-1915), héritent conjointement de la part de celle-ci dans la Romanée-Conti.

· Cécile (Massin)-Guyot transmet sa moitié de la Romanée-Conti à ses trois fils: Émile, Jean et Honoré. Ceux-ci vendent en 1912 cette moitié au cousin et à la cousine, Jacques Chambon et Marie-Dominique Gaudin de Vilaine, mariée à Edmond Gaudin de Villaine (1881-1950), lequel deviendra le grand-père de Aubert de Vilaine. Ces deux-ci détiennent alors chacun une moitié de la Romanée-Conti. (Ci-contre, étiquette de 1942 de la Romanée-Conti désignée sous la propriété de J. Chambon et de Villaine.)

 

Étienne Camuzet, fondateur du domaine Méo-Camuzet et alors maire de Vosne et député de la Côte d’Or applique sur les étiquettes du cru ‘Les Chaumes’ de 1919 et 1920 la mention ‘Les Chaumes-section C, dite de la Montagne et de la Romanée-Conti’. La mention est conforme au cadastre, cependant celle-ci vise bien entendu à créer un lien de terroir avec celui de la Romanée-Conti. Les de Villaine et Chambon initient une cause en justice en s’appuyant sur la Loi des Appellations Contrôlées − Loi de 1919 précurseur des AOC du milieu des années 1930 − afin d’empêcher cette pratique. En appel à Dijon, le juge établit que ‘l’usage de l’appellation Romanée-Conti demeure ‘la propriété personellle et exclusive de Chambon et de Villaine’ …

· Jacques Chambon vend en 1942 sa moitié de la Romanée-Conti à Henri Leroy (1909-1998), propriétaire d’une maison de négoce établi à Auxey-Duresses. La Romanée-Conti appartient dorénavant à deux lignées: de Vilaine et Leroy. La vigne est à cette époque en mauvais état et n’a guère rapporté au cours des dernière décennies.
· Edmond de Villaine est co-gérant du Domaine de la Romanée-Conti, conjointement avec Henri Leroy, jusqu’à son décès en 1950. La co-gérance par la partie de Vilaine est assumée subséquemment par Henri de Vilaine (1909-1998), fils de Edmond, jusqu’en 1974. Le relais suivant étant pris par Aubert de Vilaine (1939-…) qui officie jusqu’en 2021.
· Les vignes de la Romanée-Conti n’avaient pas été arrachées à la fin du 19e siècle pour se défaire du phylloxera (l’étiquette de 1942 figurant un peu plus haut indique fièrement ‘vigne originelle française non reconstituée’). Les de Vilaine s’étaient opposés à l’arrache de la ‘vigne française’ et la replantation au moyen de greffe sur pied américain et avaient cherché à conserver intacte la plantation historique dite ‘en foule’ au moyen de traitements coûteux de sulfure de carbone. En mauvaise état, la vigne ancienne est arrachée en 1945, le terroir laissé en jachère deux ans, puis replanté en 1947-1948 par des greffons prélévés dans La Tâche.
· Henri Leroy lègue en 1974 sa part de la Romanée-Conti à ses deux filles: Marcelle Bize, prénommée ‘Lalou’, et Pauline. Lalou Bize-Leroy assume la co-gérance incombant à la partie Leroy jusqu’en 1992. Une discorde, dont la cause fut attribuée à Lalou, entraîna un changement de la co-gérance Leroy par Charles Roch, fils ainé de Pauline, qui décéda peu de temps après dans un accident d’automobile. Henri-Frédéric Roch, aussi fils de Pauline, lui succède depuis à la co-gérance de la Romanée-Conti.

→ Position dans les classements historiques et référentiel

Comme La Tâche (seulement le lieu-dit ‘La Tâche), Richebourg et  La Romanée, la Romanée-Conti est bien entendu une ‘Tête de Cuvée’ de Jules Lavalle en 1855 et de Camille Rodier en 1920, et en ‘Première Classe’ du Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.

Pour une vue des classements de tous les Grands Crus de la Côte de Nuits, voir le volet no 3 ci-haut: ‘Classements historiques des climats en Grands Crus

→ Physiographie/géologie

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Cru induisant le vin absolu de toute la Bourgogne, la physiologie et géo-pédologie de la Romanée-Conti seraient-elles ainsi idéales?

Climat orienté à l’Est, voire tourné finement au Sud, entres les altitudes de 260 mètres et 270 mètres, selon une pente de ±7%, soit une déclivité modérée.

Selon la carte montrée au chapitre 5, ‘coup d’oeil sur la géologie’ du topo ‘ du topo ‘Vosne-Romanée: mise en situation‘, sa géologie comporterait deux formations, la Marnes à Ostrea acuminata au bas du climat et le Calcaire argileux dans la partie supérieure; lesquelles formations sont aussi observées sur les autres Grands Crus de Vosne, à l’exception de la Romanée Saint-Vivant.

 


8 ⇒ La Romanée-Saint-Vivant,
(9,44 hectares)
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→ Un peu d’histoire

Les Clunisiens à Vosne, les Cisterciens tout à côté à Vougeot… et aussi un peu à Vosne: une rivalité.
À gauche, le monastère clunisien de Saint-Vincent de Vergy dans les Hautes Côtes, d’après une reconstitution du chanoine historien Jean Marilier, ouvrage ‘Saint-Vincent de Vergy’, selon le plan conservé aux archives aux Archives de la Côte d’Or à Dijon. À droite, une partie de ses ruines au début du 20e siècle.

Texte comprenant des extraits de l’ouvrage ‘Romanée-Conti’ (1994) de Jean-François Bazin:
Les promeneurs découvrent sur le mont de Vergy, dans les Hautes Côtes (à environ huit kilomètres de Vosne-Romanée), les vestiges romantiques d’une ancienne abbaye envahie aujourd’hui par les ronces et le lierre. La Romanée Saint-Vivant doit à cette pieuse fondation son origine et son nom. À la fin du 9e siècle, le comte de Chalon, de Beaune et d’Oscheret dit Manassès l’Ancien et son épouse Ermengeard, fille de Bonson, roi de Bourgogne, recueillent auprès du château de Vergy, une vieille demeure construite deux ou trois siècles plus tôt, les reliques d’un saint poitevin (habitant du Poitou), Viventis. Sa légende en fait un habitant de Samarie en Palestine venu évangéliser le pays de Herbauges en Vendée, au 9e siècle. Il aurait vécu sur l’île d’Olonne et serait mort à Saint-Vincent-sur-Graon, dans ce même petit coin de Vendée. Un humble monastère se fonde autour de sa tombe. En 868, la communauté menacée par les Normands doit s’enfuir. Elle emporte les ossements de Saint-Vincent, le matériel liturgique, les ustensiles de cuisine, et s’en va sur les routes en quête d’un abri. L’évêque d’Auvergne l’accueille à Clermont et lui offre un beau domaine dans le Jura à Saint-Vivant-en-Amous près de Dole. Une vingtaine d’année plus tard, les Normands ravagent la Bourgogne et la communauté doit à nouveau s’enfuir sous la même menace. Vers l’an 900, elle trouve refuge près du château de Vergy − aujourd’hui L’Étang-Vergy à une dizaine de kilomètres de Vosne dans les Hautes Côtes −, sur un promontoire rocheux offrant une solide défense naturelle. Le nouveau monastère est fondé sur les reliques de ce saint lointain et par ces moines errants. À la fin du 11e siècle, il devient un grand prieuré de Cluny…. Si la communauté clunisienne de Vergy reçoit une multitude de donations, elle prend vraiment pied dans la Côte le 13 novembre 1131 quand le Duc de Bourgogne Hugues II lui cède ce qu’il possédait ‘dans toute la terre inculte de Flagey et Vosne, en bois et en champs’. Il existe à cette époque, certainement, des vignes à Vosne, mais sans éclat particulier…
Saint-Vincent possède au fil des siècle un important domaine viticole…. Vignes clunisiennes quasiment en pays cistercien, car à Saint-Nicolas-les-Cîteaux, à une dizaine de kilomètres à l’Est de Vosne-Romanée, l’Ordre des Cisterciens fut fondé en 1098 par Robert de Molesme et l’abbaye Notre-Dame-de-Cîteaux construite en ce lieu. Les clunisiens et les cisterciens se trouvent à équidistance de Vosne. Les cisterciens vont aussi détenir des vignes à Vosne et, tout à côté, ils circonscriront, murons et développerons le Clos de Vougeot.

Maints auteurs du passé et contemporains évoquent l’histoire de La Romanée-Saint-Vivant. De l’un à l’autre, certains aspects comportent des scénarios distincts. Notre couverture comporte aussi des imprécisions.

· Le climat Romanée-Saint-Vivant est la réunion de blocs de vignes couvrant dix-huit journaux − journal: ancienne unité de mesure correspondant approximativement à 34 ares −, nommés ‘les cloux de Saint-Vivant’, qui appartenaient aux moines de Saint-Vivant de Vergy avant la Révolution. Il s’agit de trois cloux, des clos autrement dit, nommément le ‘Cloux des Neuf Journaux’ (en réalité sept journaux et demi), le ‘Cloux de Moitan’ (cinq journaux un quart) et le ‘Cloux des Quatre Journaux’. Le Cloux de cinq journaux apparaissant sur la carte ancienne ci-contre, de 1512,  deviendra le climat La Romanée-Conti.
· Le nom de Romanée-Saint-vivant serait apparu pour la première fois en 1765, afin de prendre avantage de la notoriété alors élevée du nom Romanée que contient le cru qui le surmonte, la Romanée-Conti.
· Parmi les biens confisqués aux moines de Vergy lors de la Révolution, l’ensemble des vignes et des bâtiments, dont caves et vendangeoir, sont vendus à Nicolas-Joseph Marey le 22 janvier 1791. Celui-ci y adjoint quatorze parcelles entre 1791 et 1807 qui sont greffées au Clos du Moytan, soit plausiblement le périmètre indiqué ‘Vigne à Étienne Bégnet’ sur le plan ancien illustré ci-devant. Aussi, se sont ajoutées en 1821 deux ouvrées et demie acquises par Jeanne-Charlotte Marey-Monge, veuve de Nicolas-Joseph. La Romanée-Saint-Vivant des Marey-Monge représente alors en très grande partie le périmètre actuel du Grand Cru.
· Une première échancrure du grand bloc des Marey-Monge est produite en 1898, alors qu’une partie du Clos des Quatre Journaux est vendue par un descendant héritier des Marey-Monge à la famille Louis Latour d’Aloxe-Corton. La maison Latour maintient d’ailleurs encore aujourd’hui la mention ‘Les Quatre Journaux’ sur l’étiquette de ce Grand Cru (illustration ci-contre).
· Au décès de Louis Latour, les vignes de ce dernier sur La Romanée-Saint-Vivant sont attribuées par héritage à sa fille Marie Poisot, puis de celle-ci à son fils Pierre et subséquemment aux trois enfants de ce dernier, Maurice, Henri et France. Henri, vendit sa part à AXA/Domaine de l’Arlot en 1990. Les parties de Maurice et France furent confiées en fermages et métayages, entre autres, aux maisons Louis Latour et Joseph Drouhin et aux domaines Michel Voarick et Follin-Arbelet. À partir de 1986, Maurice Poisot a entrepris de récupérer ses vignes; un de des enfants, Rémi, a d’ailleurs démarré une exploitation familiale en 2010, le Domaine Poisot Père et Fils.
· En 1920, la descendance Marey-Monge vend la bande septentrionale du ‘Clos des Moytan’ au Domaine Charles Noëllat. Celle-ci sera ultérieurement découpée en trois sections dont deux sont transmises par héritages aux Domaines Jean-Jacques Confuron et Hudelot-Noëllat et une, de 0,99 ha, vendue au Domaine Lalou Bize-Leroy en 1988.
· Un moment-clé survient en 1966. La dernière personne de la lignée des Marey-Monge, Geneviève Marey-Monge, confie en fermage (forme de location), ou métayage (location avec partage de l’usufruit entre propriétaire des vignes et exploitant de celles-ci), au Domaine de la Romanée-Conti (DRC) une pièce maitresse de la Romanée-Saint-Vivant, grande de 5,28 hectares, reconnue pour être la plus belle section du Grand Cru. Une vente suit en 1988, en vertu du ‘droit de premier refus’ accordé à la DRC au moment de l’entente initiale de fermage. Comme la maison Latour, la DRC met une inscription commémorative, ‘Marey-Monge’, sur l’étiquette de sa cuvée de Romanée-Saint-Vivant (voir l’étiquette ci-contre). Aussi ci-contre, Aubert de Vilaine en 2016 assis sur le muret oriental de la Romanée-Saint-Vivant, aux abords du village de Vosne. Ce muret jouxte immédiatement les bâtiments de la DRC. Photo par monocepage.com.
· Un quadrilatère du ‘Clos des Quatre Journaux’, figurant sur le plan ancien sous ‘Vigne de Jehan de Rouves’, serait demeuré hors la propriété des moines avant la Révolution. Au 20e siècle, il appartient à André Galtié, qui en avait hérité de Charles Thomas (Maison Moillard-Grivot). Il s’en sépare en 1984. Près de la moitié de la surface est alors vendue à Robert Arnoux, un des deux métayers de ces vignes depuis 1928, tandis que l’autre moitié est vendue à part égale entre son deuxième métayer depuis 1941, Sylvain Cathiard (0,17 hectare), et la SCI du Clos de Thorey; cette dernière parcelle ayant été vendue en 2005 à Wilfred Jaeger, qui la loue depuis au Domaine Grivot.

→ À savoir

La renommée de ce cru s’est indéniablement accrue depuis que les illustres Domaine de la Romanée-Conti et Leroy en sont des exploitants.

→ Position dans les classements historiques et référentiel

‘Première Cuvée’ pour Jules Lavalle en 1855. ‘Tête de Cuvé’ pour Camille Rodier en 1920. Au sein de la Première Classe dans le Classement du comité agricole de Beaune de 1860.

Pour une vue des classements de tous les Grands Crus de la Côte de Nuits, voir le volet no 3 ci-haut: ‘Classements historiques des climats en Grands Crus

 → Physiographie/géologie

La Romanée-Saint-Vivant se loge entre les altitudes de ±250 mètres et ±265 mètres, selon une pente variant de ±2% à ±7%.
Le Clos de Vougeot, Les Grands Echézeaux et La Romanée-Saint-Vivant sont les seuls Grands Crus situés sur la partie basse du versant; le Clos de Vougeot se prolongeant même sur le pied du versant.
Il est dit que son sol est épais, ce qui correspond généralement à l’état des sol en partie inférieure du versant.

→ Occupants de la Romanée-Saint-Vivant:

Cliquez sur l’illustration ci-contre pour l’agrandir.
Captée du site burgmap.com.
• Domaine de la Romanée-Conti: 5,28 ha
• Domaine Leroy: 0,99 ha
• Maison Louis Latour: 0.76 HA
• Domaine Jean-Jacques Confuron: 0.50 ha
• Domaine Poisot: 0,49 ha
• Domaine Hudelot-Noëllat: 0,48 ha
• Domaine Robert Arnoux: 0,35 ha
• AXA/Domaine de l’Arlot: 0.254 ha
• Domaine Sylvain Cathiard: 0,17 ha
• Wilfred Jaeger/location au domaine Dujac: 0,17

→ Le vin de La Romanée-Saint-Vivant

Selon Clive Coates, le vin « is the lightest, the most delicate and the most feminine of the Vosne Grands crus. There is a distinct ressemblance to Musigny. At its best it is an exquisite fermumed wine, silk where Richbourg is velvet., but not less intense, no less beautifull. While in the DRC lineup the Richebourg is usually superior. »
Pour Allen Meadows, « Beginning in 1999, and particularly since 2001, the qualité of the DRC’s Romanée-Saint-Vivant has markedly improved, not only surparssing the qualiy ot the Grands Echézeaux, but now vying with the Richebourg for the third place behind La Tâche and La Romanée-Conti…. Chez Lalou Bize-Leroy, Romanée-Saint-Vivant beat her Richebourg in the most vintages…. Romanée-Saint-Vivant is a wine of elegance and finesse but rarely of power or muscle… Unbelievable aromatic intensity and breadth along with aristocratic understatement all wrapped in perfect balance and harmony… its takes its rightfull place among the world’s greatest wine. »
Il est clair que les Domaine de la Romanée-Conti et Leroy procurent du panache à ce cru que les ‘classifcateurs’ Jules Lavalle et Camille Rodier ont simplement catalogué en Première Classe’.



9 ⇒ La Tâche
(1,43 hecatare sur le lieu-dit ‘La Tâche’ et 4,63 hectares sur le lieu-dit ‘Les Gaudichots ou La Tâche’)
Cliquez sur l’illustration pour l’agrandir; captée sur l’intéressant site winehog.org

 

 

→ Singularité

· Le climat La Tâche se compose de deux lieux-dits:
√ Le lieu-dit ‘La Tâche’, en totalité, désigné ‘La Tâche Joly de Bévy’ à la suite dans ‘un peu d’histoire‘ ; Louis-Philibert-Joseph de Bévy (1736-1822), président au parlement de Bourgogne à partir 1777 et qui émigre lors de la Révolution française, est le propriétaire de ce lieu-dit lors de la Révolution;
√ le lieu-dit ‘La Tâche et Les Gaudichots’, en très large partie; trois minuscules parties du lieu-dit Les Gaudichots étant classées en Premier Cru et une autre, lillliputienne, en AOC commuale Vosne-Romanée.
· Est-il à dire que ce cru est un monopole du Domaine de la Romanée-Conti (DRC), un deuxième de ce domaine sur Vosne, avec la Romanée-Conti.
· La Tâche, plausiblement un monopole au cours des cinq derniers siècles, a toutefois vu sa surface être modifiée il y a un siècle. Avant 1932, son périmètre se limitait, consensuellement (alors sans contexte légal), au lieu-dit ‘La Tâche’ (Joly de Bevy), qui appartenait à la famille Liger-Belair. Par un jugement cette année-là de la cour de Dijon, le périmètre sous la désignation ‘La Tâche’ fut annoncé pour être élargi, afin d’y nclure des parties ou la totalité du lieu-dit ‘Les Gaudichots’; en fait, il ne fut élargi formellement qu’en 1936 lors son homologation en Grand Cru par l’INAO. Ce lieu-dit comprend actuellement 4,63 ha en Grand Cru La Tâche, 0,80 en Premier Cru et 0,05 ha en AOC communale. Était-il alors un de monopole de la DRC?.

Cette extension décrétée de La Tâche en 1936 dans Les Gaudichots s’inscrivait-elle en totalité dans la propriété du tandem Chambon/de Vilaine sur ce lieu-dit? Si oui, l’aire de l’AOC La Tâche était ainsi demeurée un monopole, ceux-ci ayant acquis la totalité de La Tâche Joly de Bévy en 1933. Si non, le monopole fut temporairement rompu. Dans son édition de 1920 du  ‘Le vin de Bourgogne’, Camille Rodier nomme (entre autres?) deux propriétaires sur Les Gaudichots: Chambon/de Vilaine et de Champeaux, ce dernier nom s’inscrivant dans la descendence des Liger-Belair. de Champeaux était-il toujours propriétaire sur Les Gaudichots en 1936 et, si oui, l’était-il au sein de l’aire de l’AOC La Tâche fixée en 1936?! Nous n’avons pas la réponse.

Sauriez-vous différencier les termes ‘climat’ et ‘lieu-dit’? Pour l’essentiel, il importe de savoir que la notion de climat par rapport à celle de lieu-dit peut être restricitive, situation très peu fréquente, ou englobante, situation usuelle. Notion englobante: Prenons un cas bien englobant, celui du Grand Cru ‘Echézeaux’ qui comprend pas moins de onze lieux-dits, dont un seul, ‘Echézeaux du Dessus’ comporte le terme Echézeaux. Le cas du climat ‘La Tâche’ est englobant. Notion restrictive: le climat ne comprend qu’une certaine partie du lieu-dit. Exemples: le climat en Premier Cru ‘Les Porrets Saint-Georges’ (3,55 ha) de Nuits-Saint-Georges est une partie du lieu-dit ‘Les Poirets’ (et non les Porrets / 7,15 ha), ou encore le Premier Cru ‘Clos de la Perrière’ de la commune de Vougeot qui représente une partie (2,16 ha) du lieu-dit ‘Les Petits Vougeot’ (5,64 ha).

→ Un peu d’histoire

· Seigneur de Vosne et de Flagey et président au parlement de Bourgogne, Jean-Baptiste Le Goux de la Berchère, est le premier propriétaire connu, en 1622, du lieu-dit La Tâche.
· Joseph Joly de Bévy (1704-1746), neveu des Le Goux de la Berchère, président en la chambre des comptes de Dijon, hérite d’un domaine sur Vosne qui comprend le lieu-dit La Tâche.
· L’héritier suivant en 1767, le fils de Joseph Joly de Bévy, Louis-Philibert (1736-1822), est contraint d’émigrer dans le contexte de la Révolution; La Tâche figure parmi les biens déclarés nationaux et vendu par encan.

Au Moyen-Age et par la suite, un vigneron est mandaté pour prendre une vigne en tâche, c’est à dire de conduire de façon autonome toutes les facettes du cycle de la vigne d’un lieu en échange d’un paiement forfaitaire. Le ‘tâcheron’ existe encore de nos jours. Le nom du cru ‘La Tâche’ aurait probablement cette origine. Le tâcheron de l’époque de la Révolution est Henri Grivot, un nom de famille encore bien vosnier de nos jours.

· Le 2 juin 1794, La Tâche (Joly de Bévy), lieu-dit de 1,41 hectares à l’époque, est vendu pour 27 200 livres à Jacques Jacquinot, maire de Nuits (Nuits-Saint-Georges), acquéreur de transit du titre puisque le réel acheteur est Claude François Viénot-Rameau, négociant à Dijon. L’estmation par l’État était de 22 000 livres selon une vente du monopole, contre 11 900 selon une vente par morcellement.
· Claude François Viénot-Rameau est contraint de céder, entre autres, La Tâche (Joly de Bevy) à ses créanciers, lesquels l’adjugent en janvier 1799 à Nicolas-Guillaume Bazire. Celui-ci est alors détenteur d’une panoplie de belles vignes sur Vosne et du château de l’endroit.
· Nicolas-Guillaume Bazire vend ses biens sur Vosne en février 1808 au général Joseph-Nicolas Allemand, qui mariera en 1813 la fille de Monsieur Bazire, Claire-Cécile Bazire. Le général Allemand décède l’année suivante des noces. Claire-Cécile se remarie l’année d’après avec à un autre général, Louis Liger-Bélair (1772-1835). Là débute la fameuse lignée, bi-séculaire des Liger-Belair.
· De son ex-époux, le général Joseph-Nicolas Allemand, Claire-Cécile Basire a hérité de la jouissance complète sa vie durant du domaine de Vosne et de son usufruit. Quant à la nue-propriété, elle a été léguée, de façon indivise, pour les trois quarts au frère du général Allemand, Pascal Allemand résidant à Lyon, et le quart restant à leur mère, Julie (Terrot-)Allemand. Ces deux-ci réalisent un échange en 1818 afin d’être individuellement propriétaire de leurs biens, nommément en ce qui concerne la vigne de La Tâche (Joly de Bévy): une portion de 1,07 hectare à Pascal Allemand et 34 ares à Julie Allemand.
· Julie (Terrot-)Allemand décède en 1825. Ses 34 ares de La Tâche Joly de Bévy passent aux mains de son ex-belle-fille, Claire-Cécile Basire, et de par le lien du mariage, à Louis Liger-Bélair.
• En 1833, Louis-Charles Bocquillon-Liger Belair (1802-1878), fils adoptif et seul prochain héritier du général Louis Liger-Bélair (1772-1835) et de Claire-Cécile Basire réalise une transaction déterminante: l’achat au lyonnais Vincent Morand des vignes, neuf hectares et demi, incluant La Grande Rue et la portion de 1,07 hectare La Tâche Joly de Bévy, et les bâtiments de celui-ci sur Vosne, qu’il avait antérieurement acquis de Pascal Allemand. La vigne de la Tâche (Joly de Bevy) devient ainsi la propriété en monopole des Liger Belair.
• Louis-Charles Bocquillon Liger-Belair épouse Ludovie Marey (1814-1875) en 1834, membre d’une autre lignée magistrale du milieu bourguignon du vin des 18e et 19e siècles, Marey-Monge. Louis-Charles crée avec son beau-père Félix Marey (1783-1869) la maison de négoce C. Marey et Comte Liger-Belair qui deviendra prestigieuse. Louis-Charles en devient le seul dirigeant en 1869. La maison de négoce produit au 19e siècle une cuvée issue de La Tâche (Joly de Bévy).
• Henri Liger-Belair (1867-1924), petit-fils de Louis-Charles, forme en 1920 la S.A. des Anciens Établissements C. Marey et Liger-Belair et Fils Successeurs, laquelle société attribue une part de l’entreprise, en indivison, à chaque enfant. Henri décède prématurément en 1924 alors que l’entreprise est puissante. Un imbroglio se développe à la suite du dècès de son épouse, fiduciaire, en 1931. La loi de l’époque impose que tous les enfants soient majeurs pour régler une succession, or deux d’entre eux sont mineurs. Ne souhaitant pas attendre, trois membres provoquent le réglement de la succession, occasionnant inévitablement une vente d’une partie de l’ensemble, dont La Tâche (Joly de Bévy) et La Romanée Le 31 août 1933 à la Mairie de Vosne-Romanée, La Tâche (Joly de Bévy) et La Romanée sont entre autres vendus par enchères judiciaires. Le tandem Chambon/de Villaine, alors propriétaires de la Romanée-Conti, y acquiert La Tâche (Joly de Bévy).

Avant cette date décisive du 31 août 1933, déjà propriétaire d’une partie importante du climat voisin Les Gaudichots, le tandem Chambon/de Villaine de la descendance Duvault-Blochet, propriétaires de la Romanée-Conti, avait mené des initiatives pour désigner sous ‘La Tâche’ leur production, ou une partie de leur production, issue des Gaudichots − la descendance Duvault-Blochet avait acheté des surfaces des Gaudichots en 1834, 1839, 1859 et 1862 et éventuellement après cette dernière date, si bien qu’il en était devenu un propriétaire majeur −; d’autres négociants avant eux avaient d’ailleurs déjà dénommé des vins des Gaudichots sous Tache, Tâche-Gaudichots,Tâche-Romanée et même La Tâche. Leur initiative portant sur la production des Gaudichots de 1929 était cependant hardie: les 92,75 hectolitres alors produits depuis environ quatre hectares des Gaudichots, l’équivalent de près de 1000 caisses de 12 bouteilles, sont désignés sous La Tâche. En conséquence, en vertu de la Loi sur les Appellations Contrôlée de 1919, les Liger-Belair initièrent une cause en justice afin d’interdire l’emploi de la désignation ‘La Tâche’ pour tout vin non issu de La Tâche (Joly de Bévy), nommément la production de 1929 du tandem Chambon et de Vilaine. Impliquant deux fameuses familles, le procès est mondain. Une première décision du tribunal de Beaune en janvier 1932 fut favorable au tandem Chambon/de Villaine. La position des Liger-Belair comportait des faiblesses: des vins provenant de vignes de ceux-ci en Gaudichots étaient aussi vendus sous La Tâche et, qui plus est, ils avaient déjà acheté au tandem Chambon/de Villaine des pièces de vin issues des Gaudichots qui avaient été revendues sous La Tâche. En appel à Dijon, le jugement de décembre 1932 maintient l’emploi de la désignation de La Tâche pour les vins issus des Gaudichots du tandem Chambon/de Vilaine. Le juge s’estime toutefois incompétent pour fixer une délimitation. Une expertise est ordonnée afin d’établir une délimitation. Le temps s’écoule, tant et si bien que survient la vente par enchères du 31 août 1933, toujours sans aboutissement quant à la délimitation judiciaire. En 1936, l’INAO promulgue l’AOC ‘Grand Cru La Tâche’ en continuité avec le jugement de Dijon de décembre 1932, en réunissant une large partie de Les Gaudichots à La Tâche de Joly de Bevy.
« Au milieu du 19e siècle, un négociant concurrent de la maison C. Marey et Liger-Belair et Fils Successeurs, Lausseure, vend un vin issu du lieu-dit Les Gaudichots sous la désignation ‘La Tâche’, ce dernier nom étant notamment plus commercial que Les Gaudichots. D’autres négociants vendent aussi au cours du 19e des vins nommés La Tâche dont la source est autre que La Tâche de Bévy. Il est à signaler que par le passé, particulièrement au 18e siècle, des vignes voisines à La Tâche de Bévy furent associées au nom Tâche, notamment par l’historien Claude Courtépé (1774-1788) qui écrit: « les climats les plus distingués … sont sur le coteau au dessus de l’église …: La Tâche à M. le Président de Bévy, et le reste à d’autres. » Aussi, un acte de vente d’avant la Révoluton impliquant les Marey porte sur ‘En la Tâche ou Malconsorts’ −  Les Liger-Belair tolèrent; d’ailleurs ils ont eux-mêmes agrandi en 1877 le lieu-dit La Tâche de Bévy par l’achat de parcelles voisines. » Jean-François Bazin, ‘Romanée-Conti’ 1994.

→ Position dans les classements historiques et référentiel

Comme la Romanée-Conti, le lieu-dit ‘Les Richebourgs’ et La Romanée, le lieu-dit ‘La Tâche’ est une ‘Tête de Cuvée’ de Jules Lavalle en 1855 et de Camille Rodier en 1920, et en ‘Première Classe’ du Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.
Toutefois, le lieu-dit ‘Les Gaudichots’ est une ‘Première Classe de Lavalle et Rodier, et en ‘Première Classe’ du Classement de 1860 du Comité d’Agriculture et de Viticulture de l’Arrondissement de Beaune.

Pour une vue des classements de tous les Grands Crus de la Côte de Nuits, voir le volet no 3 ci-haut: ‘Classements historiques des climats en Grands Crus

→ Physiographie

Le climat s’étire sur ±400 mètres d’Est en Ouest sur le versant, selon un dénivelé de ±25 mètres, entre les altitudes de ±250 mètres et ±275 mètres. Il est orienté à l’Est.

10 ⇒ Bibliographie

Voir http://monocepage.com/la-cote-dor-bibliographie/

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