Date de publication:

Morey-Saint-Denis: physiographie/géologie/pédologie

Mise en ligne: novembre 2020

NB: Ce dossier se documente principalement du rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de Morey-Saint-Denis‘ produit à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue) et déposé auprès du requérant de service, l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) de Morey-Saint-Denis, en décembre 2019. Nous remercions l’ODG pour l’autorisation d’utilisation accordée.

CONTENU
1 ⇒ Sur l’intérêt de la géologie et la pédologie
2 ⇒ Géographie et physiographie
2-1 → Positionnement de Morey-Saint-Denis sur La Côte
2-2 → Carte des climats et lieux-dits

2-3 → Séquence des niveaux d’aires d’AOC sur le versant
2-4 → Deux aspects géomorphologiques déterminants: combe de Morey et combe Grisard
2-5 → Exposions, altitudes et pentes
3 ⇒ Géologie de La Côte: genèse schématique

3-1 → 1er épisode: Époque Jurassique
3-2 → 2ème épisode: à l’Oligocène
3-3 → 3ème épisode: de l’Oligocène au quaternaire
3-4 → 4ème épisode: Quaternaire
4 ⇒ Cartographie de la géologie de Morey-Sain-Denis
4-1 → Carte géologique à l’échelle 1/10 0000

4-2 → Quelques observations principales
5 ⇒ Les formations constitutives du sous-sol de Morey-Saint-Denis
5-1 → Série géologique propre à Morey-Saint-Denis
5-2 → Description des formations géologiques
6 ⇒ Carte pédologique

 

1 ⇒ Sur l’intérêt de la géologie et la pédologie

« De même que les vins peuvent présenter des caractéristiques organoleptiques variables, des différences existent également dans les roches. Il n’y a pas un calcaire et une argile, mais une très large palette de roches sédimentaires argilo-calcaires. Ceci est dû à l’environnement au moment du dépôt des sédiments marins, à leur mode de dépôt, à leur composition chimique. En conséquence, ces roches vont elles-mêmes générer une gamme encore plus variée de sols. Le mode d’altération de la roche sera différent, la nature et l’épaisseur des sols pourront varier, le type d’altération de la roche (blocs, plaquettes, sédiments fins et meubles), donnera une pierrosité propre à chaque roche et un stockage potentiel d’eau spécifique. » Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue, ADAMA.

Toujours est-il …
Ce mot s’adresse aux nuls, aux nuls en géologie s’entend, et aussi aux désintéressés du sujet.
Vous concevez une certaine incidence de la géologie dans l’univers du vin, mais le sujet vous rebute. Il est vrai que la science en question est assommante comme une tonne de roche, si bien que le nombre de navigateurs sur ce topo pourrait bien être infime. Toujours est-il que nous ne parvenons pas à renoncer à en traiter. L’amateur immodéré de vins de La Côte devrait comprendre que la géologie et la pédologie apportent des explications capitales au triomphe du concept des climats sur cette ‘terre sainte’.
C’EST QUE SUR ‘LA CÔTE’ LE SOL DANS LEQUEL LES RACINES SE RAMIFIENT ET SE NOURRISSENT ORIGINE EN GRANDE PARTIE DE L’ALTÉRATION DE LA ROCHE SOUS-JACENTE. OR LE SOUS-SOL DE ‘LA CÔTE’ EST UNE VÉRITABLE MARQUETERIE ARGILO-CALCAIRE, COMME L’EST LA MOSAÏQUE DES CLIMATS.
Mise en garde aux lecteurs: N’allez surtout pas conclure que la géologie fournit à elle seule l’explication théorique de la complexité des vins de Bourgogne. Les terroirs s’expliquent aussi par d’autres facteurs.
Autre mise en garde en cas de manifestation de crédulité: la mosaïque des climats de La Côte n’est pas la superposition de la marqueterie argilo-calcaire en place!

 



2 ⇒ Géographie et physiographie

2-1 → Positionnement de Morey-Saint-Denis en Côte d’Or

Cliquez sur la carte pour la grossir.

Partant de l’extrémité Nord de la Côte de Nuits, Morey-Saint-Denis en est la septième commune de la Côte d’Or: Chenôve (seulement le climat ‘Clos du Roy’ au sein de l’AOC Marsannay), Marsannay-la-Côte, Couchey, Fixin, Brochon (n’est pas mentionné sur la carte), Gevrey-Chambertin et Morey-Saint-Denis.

Partant encore du Nord de La Côte, Morey-Saint-Denis est la cinquième aire en appellation communale de la Côte de Nuits, soit successivement  les AOC: Marsannay − appellation communale englobant les vignobles des communes de Chenôve (que le climat ‘Clos du Roy), Marsannay-la-Côte et Fixey −, Fixin, Côte de Nuits-Villages − une partie du vignoble de Brochon est sous cette appellation communale −, Gevrey-Chambertin et Morey-Saint-Denis.

Trouvez l’erreur: Brochon est omis sur cette intéressante carte, issue du BIVB (Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne)!. Fixin est situé entre Couchey et Gevrey-Chambertin. Brochon est ‘victime’ de son anonymat car son vignoble peut s’inscrire, selon, sous les AOC Fixin, Côte de Nuits-Villages et Gevrey-Chambertin.


2-2 → Carte des climats et lieux-dits

Cliquez sur la carte pour la grossir.
Carte issue du rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de Morey-Saint-Denis‘ produite en 2019 à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA.
AOP régionale ‘Bourgogne’ / AOP communale ‘Morey-Saint-Denis’ / AOP ‘Morey-Saint-Denis Premier Cru’ / AOP Grands Crus: Clos de la Roche, Clos Saint-Denis, Clos des Lambrays, Clos de Tart et Bonnes Mares (partie).


2-3 → Séquence des niveaux d’aires d’AOC sur le versant

S’il y un finage pour parfaitement illustrer les positions-type des niveaux d’appellations sur le versant de la Côte de Nuit, c’est Morey-Saint-Denis.
De la base du vignoble à l’Est, dans la plaine de la Saône, à la limite supérieure du plan de vignes sur le versant, à l’Ouest (ou inversement) les niveaux d’appellations y sont remarquablement séquencés:
Une large bande en appellation régionale ‘Coteaux bourguignons’ se loge dans le prolongement du piémont du versant, dans la plaine de la Saône; à Morey, l’altitude de ce secteur est globalement de 225 à 240 mètres et la pente est très faible, de 0 à 3%;
Une fine bande discontinue en appellation régionale ‘Bourgogne’ s’insère à l’extrémité du piémont du versant; à Morey, l’altitude y est entre 225 à 240 mètres et la pente est très faible, surtout de 2% à 4%;
√ Une bande au pied du versant en appellation communale ‘Morey-Saint-Denis’; à Morey, l’altitude de celle-ci est surtout entre 250 et 260 mètres et la pente encore faible, de 3 à 5%;
Une bande dans la partie inférieure du versant largement occupée par les Premiers Crus; à Morey, l’altitude de celle-là est globalement de 260 à 275 mètres, selon une pente modérée, de 5 à 10%;
Une bande de Grands Crus dans les parties médiane et relativement haute du versant de vignes; à Morey l’altitude de ce créneau est majoritairement de 275 à 310 mètres et la pente est forte, surtout entre 5% et 25%;
Finalement
une autre bande en appellation communale niche à la limite supérieure du plan de vignes; à Morey l’altitude de cette frange varie de 325 à 375 mètres, à laquelle correspond une pente très forte, de plus de 20%.

Comme le montre l’illustration ci-contre, les positions géographiques des aires d’AOP des vignobles voisins, Gevrey-Chambertin et Chambolle-Musigny, correspondent globalement au même schéma, cependant de manière plus irrégulière.

 


2-4 → Deux aspects géomorphologiques déterminants: combe de Morey et combe Grisard

La combe de Morey-Saint-Denis est située au centre même du finage. Située sur le territoire de Gevrey-Chambertin, immédiatement adjacent à Morey-Saint-Denis, la combe Grisard a un contexte particulier.

→ Combe de Morey-Saint-Denis

La combe de Morey-Saint-Denis, une vallée sèche, découpe le versant de Morey-Saint-Denis en son centre; tous les finages de la Côte de Nuits sont découpés par des combes; l’illustration indique la combe Lavaux qui incise très nettement le vignoble de Gevrey-Chambertin et la combe de Chambolle-Musigny, nommée sur l’illustration que ‘La Combe’. Dans ce ‘couloir’ circule un courant d’air frais venant de l’Ouest. La donne physiographique des lieux-dits logés sur les flancs de la combe en est quelque peu modifiée: entre autres, climat plus frais et expositions différenciées. Aussi, au chapitre de la géologie, on verra qu’à la combe de Morey est associée, dans son prolongement sur le pied du versant, un secteur géologique spécifique, un cône de déjection.

Les cartes du ‘Inside Burgundy’ (2010) de Jasper Morris, sont particulièrement intéressantes pour les courbes de niveau qui permettent d’entrevoir la physionomie du vignoble. La combe de Morey-Saint-Denis, non identifiée sur la carte, découpe le versant du village en son centre. Celle-ci constitue un corridor de circulation d’air frais en provenance de l’Ouest. Les climats placés sur ses dévers s’infléchissent vers le Nord ou le Sud, selon le côté. Ainsi, placé partiellement au débouché de la combe, flanc Sud, le lieu-dit Les Bouchots du climat Clos des Lambray s’infléchit en partie vers le Nord et se trouve certainement sous l’influence des courants circulant dans la combe. Ce lieu-dit déprécie le climat, davantage en année fraîche et moindrement en année chaude.

→ Combe Grisard à la frontière de Morey et Gevrey: dissymétrie de la présence de la vigne sur ses flancs

Une vallée sèche, la combe Grisard, vallonne le versant dans l’axe du Grand Cru Latricières-Chambertin, lequel climat n’est séparé de la limite septentrionale de Morey que par le Premier Cru Aux Combottes. Ce dernier climat qui appartient au finage de Gevrey est curieusement surmonté sur le versant par un secteur du finage de Morey, soit le lieu-dit Mont Luisant (comportant trois parties respectivement en Grand Cru (Clos de la Roche), Premier Cru et communale). Le vignoble de Mont Luisant grimpe jusqu’à la formidable altitude de 360 mètres, tandis que les vignes en position supérieure du versant méridional de Gevrey − celles des Grands Crus Latricières, Chambertin et Clos de Bèze − ne montent guère plus haut que 310 mètres d’altitude; l’illustration montre cette dissymétrie un peu à gauche de la mention ‘Combe Grisard’ . L’explication suit:

Une vallée sèche, la combe Grisard, entame le versant dans l’axe du Grand Cru Latricières-Chambertin, à la quasi limite septentrionale du territoire de Gevrey. Tel que le montre les lignes de niveau de la carte des lieux-dits ci-haut, le prolongement du flanc Nord de la dite combe comporte une exposition au Nord-Est, soit sur le secteur surmontant les GC Latricières, Chambertin et Clos de Bèze. Cette exposition est peu favorable à la culture de la vigne, d’autant que l’altitude y assez élevée, plus de 310 mètres d’altitude. En contre-partie, le prolongement du flanc du côté méridionale de la combe Grisard, particulièrement sur le climat Les Monts Luisants de Morey, bénéficie d’une exposition franc Est, du coup favorable à la vigne, y grimpe jusqu’à 360 mètres d’altitude à la faveur d’une géo-pédologie de grèzes litées, favorable à la culture qualitative de la vigne.

Par ailleurs, deux curiosités: Le Premier Cru Aux Combottes forme la limite méridionale, au haut du versant, du territoire de Gevrey. II est curieux, d’une part, de constater que le territoire de Morey, nommément le climat Les Monts Luisants, s’introduit au dessus du climat Aux Combottes. Par ailleurs, étant un Premier Cru, Aux Combottes interrompt, que sur ce climat, la longue guirlande de Grands Crus s’étendant des Mazis de Gevrey jusqu’aux Bonnes Mares de Gevrey. Aux Combottes apparait bien particulier!


2-5 → Exposions, altitudes et pentes

Vous désirez connaître de façon détaillée la physiographie de Morey-Saint-Denis, voici:
CLIQUEZ SUR LES CARTES POUR LES GROSSIR; celles-ci sont toute extraites du rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de Morey-Saint-Denis‘ produites à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue) en décembre 2019.

EXPOSITIONS

Le versant de Morey est exposé principalement à l’Est. Il ne peut en être autrement puisque l’axe de La Côte sur le segment de Morey-Saint-Denis est, à toute fin utile, Nord-Sud.

Des dépressions, particulièrement sur le piémont (surtout à l’Est de la route D974 au  centre de l’image) et le prolongement de celui-ci vers l’Est, dans la plaine de la Saône, créent des variations çà et là. Il s’agit de faibles dépressions, si bien que l’influence de ces variations d’expositions est bien faible.

  ALTITUDES

ALTITUDES selon les niveaux d’AOC

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3 ⇒ Géologie de La Côte: genèse schématique

RAPPEL: La source documentaire de cette couverture est principalement le rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de Morey-Saint-Denis‘ produit à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue). La plupart des illustrations sont extraites de ce document.

3-1→ 1er épisode: époque Jurassique (-200 millions d’années à -145 millions d’années)
Bien succinctement, La Côte repose sur un ‘sous-sol’ formé d’une série lithologique – une séquence de roches sédimentaires, des calcaires et des marnes divers – qui s’est constituée en milieu marin surtout au Jurassique, il y a entre ±150 millions et ±200 millions d’années. En fait, une mer recouvrait à cette époque la presque totalité de la France, dont le relief était bien peu marqué. Certains endroits, dont la Bourgogne, se trouvaient en eau peu profonde, en milieu tropical, ainsi propices à l’accumulation de dépôts marins. L’environnement du milieu marin ayant varié au fil de ces millions d’années, des dépôts de différentes natures – débris de coraux et animaliers, micro-organismes, algues calcaires, etc. – s’y sont superposés et ont générés autant de couches rocheuses au fil des millions d’années, tel un mille-feuille. L’illustration à la suite montre la série lithologique sous le vignoble de Morey-Saint-Denis.

À l’époque jurassique, le lieu où se situe la Côte d’Or fut entièrement recouvert par une mer. Pendant des millions d’années, cette mer a eu des épisodes qui ont respectivement donné lieu à la mise en place de dépôts marins distincts qui se sont calcifiés. Ces sédimentations sont à l’origine des divers calcaires et marnes qui composent la série lithologique de La Côte.
Le forage d’Argilly, réalisé dans la plaine de la Saône à une dizaine de kilomètres à l’Est de Nuits-St-Georges, constitue une référence, un étalon de la série lithologique de La Côte.
La séquence lithographique de l’illustration est la section du forage référentiel d’Argilly correspondant au contexte géologique du finage de Morey-Saint-Denis. Les formations rocheuses les plus âgées se retrouvant bien entendu au dessous.

Les formations rocheuses de cette série sont décrites à la suite dans la section 5 ‘Les formations constitutives du sous-sol de Morey-Saint-Denis’

3-2→ 2ème épisode: à l’Oligocène (-34 à -23 millions d’années)

Il y a entre ±33 et ±23 millions d’années, à l’Oligocène, bien après que la mer tropicale se fut retirée (à la fin du Crétacé), un étirement majeur de la croûte terrestre causa un effondrement, un fossé gigantesque (un rift) du Nord au Sud à travers la France, et un enchaînement progressif de failles latérales inhérentes. Dans le département de la Côte d’Or, la bordure occidentale de ce fossé(1) se situe au pied même de La Côtesur l‘illustration ci-contre, la route D974 correspond en quelque sorte à la coupure occidentale de ce gigantesque effondrement et La Côte y apparait selon 4ème épisode achevé − Un réseau de failles fragmenta la longue ‘bande’ étroite d’une cinquantaine de kilomètres qu’est le versant viticole de la Côte d’Or et ses plateaux environnants à l’Ouest. Les blocs (ou compartiments) rocheux découpés par le réseau de failles se décalèrent (des rejets jusqu’à plusieurs dizaines de mètres) les unes des autres le long des clivages en vertu des forces tectoniques. Un ‘marqueterie’ argilo-calcaire en découlera au 3ème épisode.
(1) Le fossé gigantesque, nommé ‘fossé bressan’ − logé dans la plaine de la Saône (la voie ferrée du SNCF est nettement dans la plaine en question) au niveau de la Bourgogne − a été comblé depuis par des millions d’années d’alluvionnement et de colluvionnement.

3-3→ 3ème épisode: de Oligocène au Quaternaire (Quaternaire: – 2,6 millions d’années à – 12000 ans)
Le phénomène de l’érosion agit incommensurablement en tout temps et en tout endroit. L’érosion a ainsi opéré avant et pendant l’Oligocène et sur les millions d’années suivantes jusqu’à une époque ‘récente’, le Quaternaire (capsule suivante). Cette érosion a ‘varlopé ‘le talus de La Côte et lissé une ‘marqueterie’, un puzzle de blocs de calcaires divers et de marnes diverses. C’est cette ‘marqueterie’ qui caractérise la géologie des climats de La Côte, entre eux et au sein d’eux. Lillustration ci-contre − extraite de la carte géologique de Morey-Saint-Denis − montre la ‘marqueterie’ d’un petit secteur du vignoble, sur le Clos de la Roche; les traits violacés correspondent à des failles qui ont produit des rejets et ainsi créé, après érosion, une ‘marqueterie’ (représentées par des couleurs distincts, trois formations rocheuses apparaissent sur ce court extrait) à la surface du substratum.

3-4→ 4ème épisode: Quaternaire (particulièrement durant la dernière période glaciaire il y a une ±vingtaine de milliers années)
À l’époque quaternaire, le paysage de La Côte subit un dernier remodelage: Il y a un peu plus d’une vingtaine de milliers années, au cours d’une période périglaciaire (climat actuel en Alaska), le sous-sol était gelé presque en permanence sur une épaisseur de vingt à trente mètres. Durant les périodes printanières et estivales une mince couche de surface était alors soumise à une alternance quotidienne de gels-dégels. Par phénomène de cryoclastie, des matériaux rocheux de tout format s’effritèrent ou se détachèrent du socle. Depuis les plateaux surmontant La Côte à l’Ouest, des torrents d’eau de fonte dévalèrent les pentes en charriant ces matériaux jusqu’au versant si estimé. En plusieurs axes, ces puissants flots échancrèrent des vallées, suivant des fractures déjà en place, maintenant asséchées et devenues les combes de La Côte. Aux débouchés des combes, les torrents s’apaisèrent et créèrent par délestage, ou encore par épandage, année après année, des deltas de ‘matériaux’, nommés ‘cônes de déjection‘; ceux-ci sont de bons terroirs viticoles destinés surtout aux vins d’appellations régionales et communales.



4 ⇒ Cartographie de la géologie de Morey-Sain-Denis

4-1 → Carte géologique à l’échelle 1/10 0000

Des repères: La Route des Grands Crus (D122) longe la partie inférieure des Grands Crus. La route Dijon-Beaune (D974) traverse en son centre la bande de crus en AOC ‘Morey-Saint-Denis’. Les limites des climats apparaissent sur la carte; se référer à la carte qui suit pour les climats.

CLIQUEZ SUR LA CARTE POUR LA GROSSIR

Extrait du rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de Morey-Saint-Denis‘ produit à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue) et déposé auprès du requérant de service, l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) de Morey-Saint-Denis, en décembre 2019.

Les formations superficielles et les couches de roches sont individuellement commentées au chapitre suivant.

CARTE-RÉFÉRENCE DES LIEUX-DITS ENCORE: CLIQUEZ SUR LA CARTE POUR LA GROSSIR.


 4-2 → Quelques observations principales

• Bien que chacun comporte des particularités, les contextes géologiques de Morey-Saint-Denis et de ses voisins Gevrey-Chambertin et Chambolle-Musigny montrent une cohésion: des réseaux de failles selon des axes similaires, des ‘puzzles’ géologiques parents, des séries lithographiques assez similaires − particulièrement dans les secteurs des Premiers et Grands Cru − et la présence respective d’un cône alluvial (‘alluvions: cailloutis de côte’) dans le prolongement de leur combe principale (vallée sèche découpant le versant); bien entendu le cône alluvial de Gevrey-Chambertin étant singulièrement considérable.

• Tous situés au dessus de la Route des Grands Crus (D122), les Grands Crus de Morey-Saint-Denis ont mutuellement des roches calcaires pour roche-mère (substrat rocheux sous-jacent).

• Au Sud du finage, les GC Clos de Tart et le Clos des Lambray sont principalement déposés sur du Calcaire à Entroques, alors qu’au Nord le Clos de la Roche et le Clos Saint-Denis reposent surtout sur un tandem de Calcaire à Entroques et d’Oolithe Blanche.

• Le GC Clos de Tart et le GC Bonnes Mares de Chambolle-Musigny, voisin immédiat au Sud, présentent des contextes physiographiques et géologiques identiques; des jumeaux en quelque sorte.

• Le Calcaire à Entroques est le dénominateur commun de la longue séquence de Grands Crus s’étendant du Clos de Bèze de Gevrey-Chambertin jusqu’au Bonnes Mares de Chambolle-Musigny. Sur cette distance de 3,3 kilomètres à vol d’oiseau, cette roche occupe de façon ininterrompue une bande du versant entre les altitudes de ±275 m et ±310 m.

Il importe ici de soustraire le terme roche-mère du vocabulaire de ce document. La ‘légende de la carte géologique’ figurant ci-devant comporte différents types de ‘formations superficielles’ (‘alluvions anciennes’, ‘alluvions: calloutis de cône’, etc.), soit des formations reposant en superficie au dessus du socle rocheux sous-jacent. Leur épaisseur étant significative, chacune de ces formations superficielles représentent ainsi le matériau parental de leur lieu respectif; c’est à dire que le sol accueillant le réseau racinaire des vignes résulte (est apparenté) principalement de la délitation, ou désagrégation, du matériel rocheux de ces formations. Du coup, la roche sous-jacente, ou substratum, n’est plus la roche-mère. Alors certains professionnels de la géologie et de la pédologie substituent le terme ‘roche-mère’ par ‘matériau parental’.

• Les Premiers Crus sont majoritairement logés dans une bande géologiquement disparate immédiatement à l’aval, ou à l’Est, de la Route des Grands Crus. Trois grands contextes y sont observés: un contexte principalement de calcaires de Dijon-Corton/Ladoix et d’Oolithe ferrugineuse dans la partie au Sud (Les Ruchots, La Bussière, Les Sorbès, …); un contexte principalement de calcaire de Comblanchien dans la partie au Nord (Aux Charmes, Aux Cheseaux, partie Clos des Ormes, …); et en partie centrale, le cône alluvial − sous ‘alluvions: cailloutis de cône’ dans la légende ci-haut − associé à la Combe de Morey représente le troisième contexte (Clos Baulet, Les Blanchards, La Riotte, Les Millandes, Les Faconnières, …). Bref, de la diversité géologique pour les Premiers Crus.

• Les lieux-dits homologués en AOC communale ‘Morey-Saint-Denis’ occupent une bande au pied du versant, partagée de part et d’autre de la route Dijon-Beaune/D974. La marne de Bresse y est le matériau parental (revoir la note en rouge ci-haut) d’une proportion importante de ce secteur. Des plages de Conglomérat saumon et aussi du cône alluvial associé à la combe de Morey-Saint-Denis sont aussi observées.

• Tous trois situés surtout au pied du versant, les secteurs en AOP communale des trois finages de Gevrey, Morey et Chambolle montrent des géologies assez distinctes: sur Gevrey, cette aire correspond en large partie à l’immense cône alluvial associé à la combe Lavaux; tandis que les aires communales de Morey et de Chambolle ont respectivement de la marne de Bresse et du Conglomérat saumon pour matériel parental dominant. Concurremment, les vins de ces trois aires d’appellation communale sont manifestement globalement différents. Selon notre expérience de dégustation, les vins en AOC ‘Morey-Saint-Denis’ sont globalement avantagés par leur géo-pédologie.



5 ⇒ Les formations constitutives du sous-sol de Morey-Saint-Denis

RAPPEL: La source documentaire de cette couverture est le rapport ‘Caractérisation physiographique, géologique et pédologique du vignoble de Morey-Saint-Denis‘ produit à l’échelle 1/10 000 par la société ADAMA (Françoise Vannier, géologue et Emmanuel Chevigny, géo-pédologue). La plupart des illustrations sont extraites de ce document.

5-1 → Série géologique propre à Morey-Saint-Denis

À l’époque jurassique, le lieu où se situe la Côte d’Or fut entièrement recouvert par une mer. Pendant des millions d’années, cette mer a eu des épisodes qui ont respectivement donné lieu à la mise en place de dépôts marins distincts qui se sont calcifiés. Ces sédimentations sont à l’origine des divers calcaires et marnes qui composent la série lithologique de La Côte.
Le forage d’Argilly, réalisé dans la plaine de la Saône à une dizaine de kilomètres à l’Est de Nuits-St-Georges, constitue une référence, un étalon, de la série lithologique de La Côte.

La séquence lithographique de l’illustration est la section du forage référentiel d’Argilly correspondant au contexte géologique du finage de Chambolle-Musigny. Les formations rocheuses les plus âgées se retrouvant bien entendu au dessous.

Les formations rocheuses de cette série sont décrites une à une à la suite.


5-2 → Description des formations géologiques

→ Introduction

« Les conditions de formation des roches sont responsables de leur faciès. Une mise en place de sédiments marins par lits successifs de sable transportés par des courants forme une roche qui s’altérera en se délitant en dalles ou en plaquettes selon l’épaisseur des lits, alors qu’une accumulation de particules fines dans un environnement très calme donnera une roche homogène, en bancs compacts, épais, qui s’altérera en blocs massifs. »Extrait du rapport géologique produit par ADAMA.

→ Calcaires à Entroques

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Bajocien inférieur à moyen (172 à 168 Ma)

Épaisseur : 35 à 40 mètres

Occurrence sur Morey-Saint-Denis:  Surtout à l’ouest (amont) de la Route des Grands Crus.

Description : « La formation est composée de plusieurs niveaux. A la base, un banc de 0 à 1,8 mètre sombre, compact, riche en fossiles. Un ensemble de bancs calcaires souvent de couleur ocre à rouille, ponctué de taches d’oxyde de fer dans les bancs inférieurs, riches en entroques, se développe au-dessus sur 15 mètres d’épaisseur, en bancs massifs, à stratifications obliques ou se délitant en bancs décimétriques. Des niveaux calcaires à grain fin et des calcaires marneux, épais de 0 à 10 mètres, riches en polypiers (coraux), lui succèdent, surmontés par un niveau de 7 à 12 mètres environ de calcaire à entroques. L’une des caractéristiques de la formation dans le secteur étudié est la présence de niveaux à chailles, des nodules de silice proches des silex, très résistants à l’érosion. La formation se termine par 3 à 5 mètres de calcaires grumeleux, séparés par des joints marneux, riches en fossiles, avec d’abondantes « pelotes » rousses de nubéculaires (foraminifère encroûtant). Autrefois très employés pour la construction, ces calcaires ont été exploités dans de nombreuses carrières, souvent de taille modeste. Dans la zone du vignoble, certaines ont été plus ou moins totalement comblées et sont aujourd’hui en appellation. Seuls les anciens fronts de taille qui forment des parois verticales d’un à quelques mètres de haut attestent de l’extraction de la pierre à ces endroits. » Rapport ADAMA sur Morey-Saint-Denis.

Affleurement de Calcaires à Entroques dans une ancienne carrière dans le grand cru Les Bonnes Mares de la commune de Chambolle-Musigny. Vue générale montrant des litages obliques caractéristiques de dépôts de tempêtes dans la partie inférieure, surmontés par des dépôts riches en coraux. 

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→ Marnes à Ostrea acuminata

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Bajocien supérieur (172 à 168 Ma)

Épaisseur : 6 à 15 mètres

Description : La formation est composée de marne, c’est-à-dire une roche meuble constituée en proportion à peu près équivalente d’argile et de calcaire (entre 30 et 65%), de couleur jaune-vert clair. Sur Morey-Saint-Denis, les marnes contiennent de très nombreuses coquilles de petites huîtres centimétriques, Ostrea acuminata, parfois très abondantes. Localement, des bancs calcaires riches en coquilles d’huîtres eux aussi peuvent s’intercaler dans la formation.

Occurrence sur Morey-Saint-Denis : Très peu observées sur le secteur étudié. Elles ont été identifiées seulement dans les parties amont des grands crus Clos de Tart et Les Bonnes Mares. Au Clos des Lambrays, elles sont recouvertes par des éboulis de graviers anguleux.

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→ Calcaires Argileux (ou Calcaires Hydrauliques)

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Bathonien (168 à 165 Ma)

Épaisseur : 0 à 15 mètres

Description : Progressivement, les marnes sous-jacentes vont s’enrichir en carbonate, et passer à des calcaires argileux très pauvres en fossiles. Ces calcaires gris clair, blancs ou beige se présentent en bancs massifs ou se délitant finement en minces plaquettes. La formation a autrefois été exploitée localement pour comme pierre à ciment, à Mâlain par exemple.

Occurrence sur Morey-Saint-Denis : Seule une mince bande a été identifiée au Sud, à mi-hauteur du versant viticole, où la présence d’une petite faille forme un ressaut topographique au-dessus du Clos de Tart et des Bonnes Mares.

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→ Calcaires de Prémeaux

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Bathonien (168 à 165 Ma)

Épaisseur : 5 à 16 mètres

Description : La formation est composée de calcaires compacts et durs, très purs (plus de 98% de CaCO3), en bancs décimétriques (5 à 30 cm), à pâte très fine, de couleur beige, crème ou rosé. Certains bancs sont riches en oolithes (petites sphères millimétriques rappelant des œufs de poissons d’où leur nom, formées par précipitation concentrique de calcaire autour de grains remaniés en permanence sous l’action de la houle), et présentent des litages obliques. Ces calcaires contiennent localement d’abondantes chailles. Ce sont des nodules de silice, proches des silex de la craie, qui se forment postérieurement au dépôt, par diagenèse, alors que le sédiment (ici une boue calcaire) n’est pas encore induré.

Occurrence Morey-Saint-Denis : Les Calcaires de Prémeaux sont largement présents sur le versant viticole, que ce soit au nord ou au sud du village de Morey-Saint-Denis. De fréquents affleurements témoignent de leur exploitation comme pierre de construction, aussi bien au Nord, dans l’ancienne carrière dans le Clos de la Roche (Lieu-dit Monts Luisants), juste à l’ouest des Combottes, qu’au Sud, dans le lieu-dit En la Rue de Vergy.

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→ Oolithe Blanche

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Bathonien – (168 à 165 Ma)

Épaisseur : 10 à 25 mètres

Description : La formation est composée de calcaires blancs, très friables et sensibles au gel-dégel, agencés en grands litages obliques. La roche est formée par l’accumulation de grains sphériques, de moins d’un millimètre à quelques millimètres de diamètre, ressemblant à des œufs de poisson, d’où leur nom : les oolithes. L’Oolithe Blanche affleure rarement, du fait de sa grande sensibilité à l’altération, mais également parce que les abondants éboulis des Calcaires de Comblanchien sus-jacents la recouvrent très fréquemment.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : L’Oolithe Blanche a été observée très localement dans le vignoble de Morey-Saint-Denis : travaux de réfection d’un mur dans le grand cru clos Saint-Denis, affleurement dans un contour au sud du lieu-dit En la Rue de Vergy. Néanmoins la formation est très présente en limite de forêt sur le coteau nord, où elle affleure largement, à la fois grâce à des travaux de préparation de parcelle, dans les Monts Luisants en AOP communale, mais également dans le lieu-dit Pierre virant, sur quasiment toute la bordure occidentale de ce lieu-dit.

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→ Calcaires de Comblanchien

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Bathonien – Callovien (168 à 161 Ma)

Épaisseur : 60 à 70 mètres

Description : L’épaisse formation est constituée de calcaires compacts, très durs, agencés en bancs métriques très massifs, très purs (plus de 99% de CaCO3), exploités en pierre marbrière avec une renommée internationale. La roche de couleur claire, beige à crème, se caractérise souvent par une pâte très fine, d’aspect homogène, et une cassure avec un aspect porcelané. Certains niveaux contiennent des grains de nature variée (intraclastes, débris d’organismes…). Localement, des niveaux repères dolomitisés (riches en carbonate de calcium et de magnésium, CaMg(CO3)2) confèrent au calcaire un aspect de « salamis », ou bien des faciès de plage, cimentés très précocement, donnent un aspect granuleux au calcaire.
Des phénomènes de pression-dissolution sur les bancs indurés ont généré des joints irréguliers appelés stylolithes, fréquemment soulignés par un film d’argiles et/ou d’oxydes de fer. Les Calcaires de Comblanchien forment les falaises qui encadrent les étroites combes de la Côte de Nuits, et est très présent dans la partie haute du versant, là où la culture de la vigne cède la place à la forêt.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les Calcaires de Comblanchien affleurent au pied du versant viticole de Morey-Saint-Denis, entre la route D974 et la Route des Grands Crus, à la fois au nord et au sud du village. Ils ont été observés dans une cave d’un domaine en bas de la Grande Rue. La formation est également présente assez largement sur le versant du coteau nord, où elle affleure à la faveur de contours, lorsque les éboulis cryoclastiques sont minces ou absents (partie occidentale du Clos de la Roche, Clos Saint-Denis, Morey premier cru Les Chaffots), mais également tout en haut du versant, à la limite entre le vignoble et les taillis sous futaie (AOP communale, en bordure du lieu-dit Mont-Luisants). Sur le versant méridional, les lieux- dits en AOP communale La Bidaude, Les Larrets, En la Rue de Vergy, Rue de Vergy reposent principalement sur les Calcaires de Comblanchien.

Faciès homogène à pâte très fine d’un bloc de Calcaire de Comblanchien.

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→ Calcaires de Dijon-Corton et Calcaires de Ladoix

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Callovien (165 à 161 Ma)

Épaisseur : 30 à 40 mètres

Description : Cet ensemble, connu également dans la littérature ancienne sous le nom de « Calcaires Grenus » pour la base et de « Dalle Nacrée » pour la partie supérieure, est composé de bancs assez hétérogènes. La partie inférieure de la formation (5 à 8 m) est composée de calcaires oolithiques et bioclastiques, massifs ou en bancs pluridécimétriques, avec de grandes stratifications obliques, les Calcaires de Dijon – Corton, autrefois largement exploités comme pierre de construction. Un ensemble épais de 10 à 12 mètres, constitués à sa base de bancs de marnes et de calcaires argileux, riches en fossiles de brachiopodes (Digonella divionensis), puis de calcaires riches en débris coquilliers, lui succède. Au-dessus se développe un niveau épais de 0 à 3 mètres de marnes riches en bryozoaires (petits animaux marins avec un squelette calcaire qui vivent en colonies). La série se termine par un ensemble de bancs calcaires épais de 10 à 12 mètres, riches en bioclastes (débris d’organismes), de couleur ocre-roux, avec des oolithes, et présentant des litages sigmoïdaux typiques des dépôts de marées, les Calcaires de Ladoix, utilisés autrefois pour les couvertures bourguignonnes traditionnelles en pierres plates. Une surface durcie perforée traduisant un arrêt de sédimentation et une lacune termine cet ensemble.
Chaque fois que cela a été possible, ces différents ensembles lithologiques ont été distingués. Sur l’appellation Morey-Saint-Denis, la faible occurrence des affleurements combinée à la grande variabilité des faciès n’ont pas rendu facile cette individualisation.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les calcaires de Dijon-Corton n’ont pas été formellement identifiés, de même que les Marnes à Digonella divionensis.
Les Calcaires de Ladoix ont été observés de manière ponctuelle dans deux fosses creusées au Clos Sorbè, à l’est de la Route des Grands Crus. Les travaux de préparation de parcelle dans les Monts Luisants ont mis au jour un calcaire qui se délite en minces dalles, de couleur ocre-rose, avec un fort pendage probablement dû à la proximité immédiate d’une faille. Ce calcaire, constitué de grains assez gros, des intraclastes et de nombreux débris d’organismes, notamment de gros fragments de crinoïdes (entroques), cimentés par de la calcite, a été rattaché aux Calcaires de Ladoix par déduction, car ce faciès n’est pas classique de la série dans le vignoble.

Bloc de Calcaire de Ladoix dans les Monts Luisants.

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→ Bancs repères : Oolithe Ferrugineuse

Âge : Jurassique moyen (Dogger), Callovien, (165 à 161 Ma) pour les deux niveaux à la base, et Jurassique supérieur (Malm), Oxfordien moyen (161 à 156 Ma) pour les deux bancs sommitaux

Épaisseur : 2 à 4 mètres

Description : Sous le terme « Oolithe Ferrugineuse s.l. » sont regroupés quatre niveaux repères caractéristiques bien distincts. Ces niveaux sont très peu épais, mais leur lithologie très particulière ainsi que les caractéristiques topographiques qui leur sont associées en font un excellent repère cartographique. À la base, des calcaires et des marnes jaunes, riches en fossiles, se développent sur une épaisseur de 0 à 1 mètre, avec localement une rubéfaction au toit de ce dépôt. Cet ensemble est surmonté par un banc de calcaire gris-bleu très dur, riche en fossiles, épais de 0 à 0,4 mètre, au toit souvent mamelonné, rubéfié, incrusté d’oolithes ferrugineuses ou couvert par une épaisse couche de limonite. Viennent ensuite les dépôts de l’Oolithe Ferrugineuse s.s.. Il s’agit de calcaires plus ou moins argileux et de marnes très hétérogènes, rose-rouge à roux (illustration ‘a’), riches en petites oolithes ferrugineuses (illustration ‘b’) et contenant de très nombreux fossiles souvent corrodés et ferruginisés. L’ensemble se termine par un calcaire dur, compact, hétérogène, qui forme un banc épais de 0,4 à 3 mètres, massif, noduleux, à cassure gris à gris-noir, ou brun marbré, ponctué de grandes plages de calcite blanc laiteux à cassure plane, de gros entroques, des débris de crinoïdes, Balanocrinus subteres (illustration ‘c’).

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Sa très faible épaisseur en fait un dépôt anecdotique à l’échelle du vignoble. Morey-Saint-Denis Néanmoins, il a tout de même été observé par deux fois lors du creusement de fosses pédologiques dans le secteur méridional, au lieu-dit Les Ruchots, et immédiatement au sud sur la commune de Chambolle- Musigny dans le lieu-dit Les Sentiers. Des cailloux de Calcaire à Balanocrinus subteres ont également été observés ponctuellement dans le contour au nord et à l’ouest des Monts Luisants, sans être rattachés à un affleurement précisément localisé.

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→ Dépôts de conglomérats et marneux de couleur rose saumon à rougeâtre

Âge : Oligocène supérieur (28 à 23 Ma)

Épaisseur : très variable, de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètres

Description : Ces dépôts sont constitués de tous les matériaux érodés aux reliefs qui se forment avec la création du fossé Bressan. Ce sont des conglomérats très hétérométriques, plus ou moins bien consolidés par cimentés par un calcaire argileux de couleur rose saumon, avec des éléments de nature très variée à proximité du relief et des zones d’apports, et ce sont des marnes ocre, rose ou rougeâtre dans les zones distales et les secteurs éloignés des axes de transport.

Conditions de mise en place : Ces sédiments se déposent en domaine continental, lors de la phase de rifting, au fur et à mesure que le relief naissant prend forme. Les conglomérats correspondent aux zones d’apports, aux débouchés des vallées de l’époque. Les marnes se mettent en place dans des domaines protégés, que ce soit au pied du versant entre deux axes de transport ou dans des secteurs plus distaux dans la vallée.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les dépôts continentaux d’âge Oligocène ont été identifiés assez fréquemment au pied du relief, que ce soit par des fragments de conglomérats présents dans les sols viticoles (Clos de la Bussière, Très Girard…) ou dans les sondages réalisés à la tarière et les fosses creusés dans le vignoble de Morey- Saint-Denis (fosse F16 dans le lieu-dit Les Porroux).

À l’initiative de monocepage.com, Françoise Vannier commente la formation de Conglomérats saumon sur You Tube.

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→ Marnes de Bresse

Âge : Plio-Pléistocène (de 5,3 à 1,4 Ma)

Épaisseur : mal connue, de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètres

Description : La formation est composée de marnes gris-bleu, jaunâtre, carbonatées, qui reposent en discordance sur les dépôts précédents. La partie sommitale, altérée, est de couleur jaune ocre, et très riche en précipitations secondaires de carbonate de calcium (illustration de gauche à la suite). Cette formation est entaillée par des cellules de cryoturbation et des dépôts fluviatiles variés d’âge quaternaire.

Conditions de mise en place : Ces sédiments se déposent dans la plaine de la Saône, en domaine continental, dans un environnement palustro-lacustre (marais et lacs), sous un climat tempéré. La formation résulte de l’accumulation de sédiments fins, principalement argileux et marneux, au pied du relief. Ces dépôts poursuivent le comblement du Fossé Bressan. L’altération de ces marnes et argilites donne des sols riches en argiles, à forte réserve utile, avec une très faible capacité de circulation de l’eau due à la fois à la taille des particules et à la position en pied de versant.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les Marnes de Bresse occupent un large secteur oriental de l’appellation. Elles sont localement recouvertes de dépôts quaternaires plus ou moins grossiers (illustration de droite ci-bas). (Les Cognées, Les Crais…).

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→ Alluvions anciennes de la plaine de Saône 

Âge : Pléistocène

Épaisseur : de quelques décimètres à quelques mètres tout au plus

Description : Cette formation alluviale repose principalement sur les Marnes de Bresse. Elle est constituée de galets et de graviers calcaires bien roulés, emballés dans une matrice argilo sableuse.

Conditions de mise en place : Ces alluvions résultent de dépôts anciens au pied du relief, notamment pendant les périodes de climat périglaciaire.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les alluvions anciennes ont été identifiées dans la partie la plus basse, sur le secteur oriental de Morey- Saint-Denis (En Poisot, Platières, Corvée de l’église, En Grebillet…).

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→ Cônes alluviaux ou cônes de déjection 

Âge : mal connu, plio-quaternaire, avec un fonctionnement pendant les périodes de climat froid (5,4 Ma à 15 000 ans)

Épaisseur : 0 à 5 mètres

Description : La formation qui repose en discordance sur les dépôts jurassiques, tertiaires ou plio-quaternaires, est constituée de galets calcaires, principalement des Calcaires de Comblanchien, emballés dans une matrice argilo-limono-sableuse. La faible diversité lithologique des galets et de fréquents encroûtements carbonatés les distinguent des conglomérats d’âge Oligocène à matrice de couleur saumon, ainsi que l’absence d’auréole d’oxyde de manganèse en périphérie des clastes. La taille des galets est également très variable, de 1 à 50 centimètres, avec localement la présence de blocs.

Conditions de mise en place : Ces dépôts d’alluvions très proximales résultent de l’écoulement de torrents saisonniers qui, pendant la saison du dégel, charrient tous les matériaux arrachés aux plateaux et aux vallons au débouché de ces combes. Les dépôts se font par épisodes, les lobes successifs s’amalgamant pour construire un vaste édifice, lenticulaire, en forme d’éventail, et dont la taille dépend du volume de matériaux charriés.
Ces formations superficielles se sont mises en place en domaine continental, au cours de périodes de climat périglaciaire. Du fait du climat très froid, le sous-sol est gelé en permanence, un permafrost se développe. Au printemps et en été, les températures positives permettent le dégel de la couche superficielle. L’eau liquide ne peut s’infiltrer dans le sous-sol qui reste gelé sur plusieurs mètres (10 à 30 mètres). L’eau des plateaux cherche alors par gravité à rejoindre la plaine de la Saône. Elle emprunte les zones soit déjà en creux, soit plus faciles à éroder, et arrache tout sur son passage, des matériaux fins jusqu’aux Ces torrents saisonniers charrient pendant la saison du dégel tous les matériaux arrachés aux plateaux et aux vallons. L’eau qui est guidée dans la vallée s’étale largement au pied de versant, et abandonne tout le matériel transporté, au débouché de ces combes. Un lobe de dépôts alluviaux (car transportés par l’eau) se dépose. Les dépôts se font par épisodes, des lobes successifs s’amalgamant pour construire un vaste édifice, lenticulaire, en forme d’éventail, et dont la taille dépend du volume de matériaux charriés, formant un vaste cône d’alluvions plus ou moins grossières, appelé cône de déjection ou cône alluvial par les géologues.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les Cônes alluviaux sont localisés au débouché des combes, dans les zones les plus en creux. Le secteur étudié est situé au débouché de deux vallées sèches ou combes. Ces formations sont souvent peu considérées par les géologues classiques, mais leur cartographie précise est importante car elles constituent un substrat de qualité pour la culture de la vigne.

Schéma expliquant la formation des combes et des cônes associés. (Campy, 2004 in Bon & Rigaux, 2008) 

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→ Colluvions cryoclastiques ou Grèzes litées 

Âge : mal connu, plio-quaternaire, avec un fonctionnement pendant les périodes de climat froid (5,4 Ma à 15 000 ans)

Épaisseur : zéro à plus de 10 mètres

Description : Ces formations superficielles sont constituées de colluvions et d’éboulis actuels et anciens, hétérométriques, indifférenciés, souvent non ordonnés, qui empâtent les versants, avec d’abondants graviers de calcaire, anguleux, très bien triés, d’origine cryoclastique (générés par les alternances de gel- dégel). Ces graviers calcaires de 1 à 2 centimètres résultent principalement de la fragmentation des Calcaires de Comblanchien.

Conditions de mise en place : Ces dépôts se sont principalement formés au cours des périodes de climat très froid du Quaternaire, sous l’action des phénomènes de gel-dégel qui ont fracturé les roches calcaires affleurant en haut des versant et provoqué des éboulis constitués d’éléments plus ou moins grossiers et d’épaisseur variable. Les falaises de Calcaires de Comblanchien sont soumises aux alternances quotidiennes de gel-dégel, ce qui permet à l’eau liquide de s’infiltrer dans les fissures de la roche la journée, et de fracturer le calcaire la nuit lorsque les températures baissent et que la glace exerce une pression très forte sur la roche. Mécaniquement, ce phénomène de gélifraction donne des graviers très bien triés de 1 à 2 centimètres. Le calcaire fragmenté va s’étaler en contrebas de la falaise en lits de graviers successifs, et empâter ainsi le relief, en émoussant le relief des falaises et en accumulant des éboulis lités de graviers en contrebas. La roche fracturée est très riche en carbonate, ce qui donne une matrice limono-sableuse avec peu d’argile aux éboulis qui sont appelés « grèzes litées ». En Côte de Nuits, ce sont principalement les Calcaires de Comblanchien qui alimentent ces dépôts de formations superficielles, et forment des lentilles dont l’épaisseur peut dépasser la dizaine de mètres. Les versants exposés plein Est et au Nord sont les plus fréquemment affectés par ce genre de dépôts.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Les éboulis ont empâté les versants où les conditions étaient les plus favorables, avec des corniches calcaires marquées en haut d’un versant bien exposé donc soumis à une forte amplitude thermique entre le jour et la nuit. Ainsi sur le versant septentrional de l’appellation Morey-Saint-Denis (Les Monts Luisants, Clos de la Roche), les graviers cryoclastiques sont abondants. Sur le coteau sud de l’appellation Morey-Saint-Denis, les graviers calcaires se sont accumulés en comblant probablement un léger relief sur les Marnes à Ostrea acuminata dans le Clos des Lambrays.

Illustration: Graviers cryoclastiques abondants en surface au lieu-dit Monts Luisants.

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→ Dépôts fins non carbonatés 

Âge : Quaternaire

Épaisseur : 0 à 2 mètres

Description : La formation est composée d’argiles et de limons décarbonatés de couleur brune à rouge, qui reposent en discordance sur les dépôts d’âge Oligocène ou Plio-Pléistocène.

Conditions de mise en place :Ces dépôts se sont mis en place en domaine continental. Ils sont riches en argiles et en limons. Les pierres calcaires sont très rares. Ils sont vraisemblablement associés aux périodes de climat périglaciaire, avec une mise en place par déflation éolienne dans un paysage au sol gelé, avec une végétation raréfiée, de type toundra.

Occurrence sur l’appellation Morey-Saint-Denis : Ces dépôts non carbonatés sont localisés à l’est de la zone étudiée, dans les lieux-dits les plus en aval, où ils se sont accumulés sur des épaisseurs de quelques décimètres à plus d’un mètre (lieux-dits Les Herbuottes, Corvée Creunille, une partie des Crais Gillon…).


6 ⇒ Carte pédologique

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